dimanche 10 novembre 2013

LES ANNEES DOUCES Hiromi KAWAKAMI 9.5/10 *****

Les Années douces de KAWAKAMI Hiromi
LES ANNEES DOUCES  

Hiromi KAWAKAMI





















Traduit par Elisabeth Suetsugu 

Collection Picquier poche
Poche n° 244
288 pages / 7,00 € / ISBN : 87730-765-4



RESUME

Tsukiko croise par hasard, dans le café où elle va boire un verre tous les soirs, son ancien professeur de japonais. Insensiblement, au fil des rencontres, les liens se resserrent entre eux. " Un livre d'une délicatesse à couper le souffle, d'une poésie sensuelle, d'une gourmandise débordante " (Christine Ferniot, Télérama), qui capte en plein vol la douceur de la vie avant qu'elle ne s'enfuie."Alors, que se passe-t-il dans ce roman ? Rien ou presque, comme dans la vie, mais des riens qui ont leur importance pour ceux qui les vivent. Dispute à propos de base-ball, saké, séance de pachinko, saké, fête des fleurs, et saké, bouillon de poulpe, langoustines frites, haricots en branches , lamelles de baleine fumée, algues au vinaigre… et encore saké."© Sergei Chepik




L'AUTEUR

KAWAKAMI Hiromi 

KAWAKAMI Hiromi est née à Tokyo en 1958. Sa nouvelle Hebi o fumu est couronnée en 1996 par le prix Akutagawa, en 1999, Kamisama obtient le prix des Deux Magots et le premier prix Pascal des jeunes auteurs de nouvelles, en 2000 Oboreru reçut le prix de littérature féminine et c’est en 2001 que Sensei no kaban, « Les Années douces » fut couronné par le grand prix Tanizaki. Kawakami Hiromi a su s’imposer dans le monde littéraire japonais par la tonalité très particulière de son style, à la fois simple et subtil dont les thèmes privilégiés sont le charme de la métamorphose, l’amour et la sexualité.




Photo de KAWAKAMI Hiromi



SES LIVRES :

Les Années douces mars 2003
Cette lumière qui vient de la mer  avril 2008
La Brocante Nakano   septembre 2009
Manazuru   février 2012
Le Temps qui va, le temps qui vient   picquier poche 2013
Les Dix Amours de Nishino  mars 2013



MON AVIS

Si vous recherchez de l'action, la littérature japonaise risque de ne pas vous convenir car en général il ne se passe rien ou pas grand chose.  Elle illustre à merveille l'évolution des sentiments, vous fait partager des émotions, des atmosphères, les gestes de la vie.

J'ai découvert ce style il y a un peu plus d'un an grâce à ma libraire, fan de ce genre et par le biais des magnifiques livres d'Aki Shimazaki que j'ai dévorés.

Aimant le genre, vous l'avez compris, j'ai envie de vous le faire partager et en ce mois de novembre c'est par le biais de la lecture commune de Babelio.

club de lecture babelio

Babelio




Tsukiko n'est pas loin de la quarantaine, elle croise par hasard son ancien professeur de japonais Harutsuna Matsumoto, de 30 ans son aîné.  Elle le nommera "le maître" pendant tout le récit.

Ils se rencontrent toujours ou presque inopinément, ils mangent ensemble, boivent beaucoup de bière et de saké.  Et au fil de leurs rencontres, les liens vont se resserrer.

Que ce soit la visite d'un marché, la cueillette des champignons, la fête des fleurs, un voyage dans l'île .... le temps passé ensemble va les rapprocher.

Les gestes simples de la vie (comme servir le saké), les atmosphères et ambiances nous sont décrits avec pudeur, poésie, sérénité.

Au départ avec distance et retenue, ô combien japonaise.. nous allons partager l'évolution de leurs sentiments.


C'est écrit comme le titre avec une infinie douceur, c'est lent, langoureux j'aurais envie de dire.  Une histoire se tisse petit à petit mais que d'émotions ressenties dans la lecture. C'et tout simplement BEAU, PUR.  Un petit bijou rempli de finesse, parsemé d'haikus (petits poèmes japonais), tout en délicatesse.  Une belle histoire sur l'amour.

Un peu de douceur dans ce monde de brute cela fait du bien.

Je suis à présent curieuse de lire la version tirée par le mangaka Jiro Taniguchi, qui par le dessin apporte une autre dimension au récit, voilà une alternative intéressante pour ceux qui souhaitent approcher cette littérature.


Les Années douces - Jirô Taniguchi - 9782203029750 - 9782203029750Les Années douces - Jirô Taniguchi -  - 9782203034266

paru chez Casterman


Ma note 9,5/10


Vous trouverez ci-dessous le magnifique avis de Piatka

http://www.babelio.com/livres/Kawakami-Les-Annees-douces/6350/critiques/450073


LES JOLIES PHRASES

Du coup, je me rends compte que tout ce que je faisais jusque là, c'était avec le maître, lui seul.  A part lui, il y avait longtemps que ça ne m'arrivait plus de boire du saké en compagnie de quelqu'un, de marcher dans la rue ou de voir des choses plaisantes.  Quand je cherche à me rappeler avec qui alors je faisais des choses en commun avant de devenir intime avec le maître, aucun nom ne me vient à l'esprit.

Quel est ce besoin qui ne me lâche pas de rechercher sa présence? Seulement voila, quand je suis avec lui, j'ai l'impression de vivre quelque chose d'authentique.  Mais c'est peut-être curieux de parler d'authenticité ? Disons alors que c'est comme cet étrange sentiment qui pousse à préférer de laisser le bandeau qui entoure le livre qu'on vient d'acheter, plutôt que de l'ôter.
Me retrouver dans le même bistrot que le maître sans que lui et moi échangions un seul regard, c'était l'équivalent du livre séparé du bandeau qui l'accompagne, qu'on aurait posé ailleurs, ça ne collait pas.

L'homme peut apprendre beaucoup de choses quel que soit l'endroit, vous savez, à condition d'y mettre le coeur.

Vivre, en fait, c'est causer du tort à quelqu'un.

Moi, je croyais que nous étions complémentaires à la manière de ces marmites fêlées qui trouvent quand même le couvercle qui leur convient  Il faut croire que je n'étais pas le couvercle qu'il lui fallait ...

Debout dans cette rue, j'étais loin du maître.  Je me suis mise à ressentir notre éloignement de façon intime et douloureuse.  Ce n'était pas la distance que crée le temps pas l'expérience plus ou moins longue de la vie, ce n'était pas non plus la distance absolue, dont je percevais, ici, maintenant l'existence.

Les soirs comme ça, j'ouvre la serviette du maître, et je regarde à l'intérieur.  La serviette est vide, et ce vide se déploie.  Oui, un vide infini s'étend sur toutes choses, le vide de l'absence.

D'ailleurs ma vie, au fond, c'est tout à fait ça, une île inconnue, j'avance toute seule sur un chemin inconnu, au hasard, sans avoir trouvé la note juste avec cet homme, le maître, que je croyais connaître, qui en réalité est un inconnu.

Si c'était un grand amour, il était primordial d'en prendre soin, comme d'une plante à qui on donne de l'engrais ou qu'on protège de la neige.  S'il s'agissait d'une autre espèce d'amour, inutile de s'inquiéter, il suffisait de le  négliger en attendant qu'il se dessèche.  C'est ce que ma grand-tente se plaisait à dire, comme elle aurait énoncé une évidence.




lundi 4 novembre 2013

Au revoir là-haut. Pierre Lemaître Coup de coeur de la rentrée *****

Au revoir là-haut

août 2013
Format : 205 mm x 140 mm
576 pages
EAN13 : 9782226249678
Prix : 22.50 €
Albin Michel

QUATRIEME DE COUVERTURE

« Pour le commerce, la guerre présente beaucoup d’avantages, même après. »

Sur les ruines du plus grand carnage du XXe siècle, deux rescapés des tranchées, passablement abîmés, prennent leur revanche en réalisant une escroquerie aussi spectaculaire qu’amorale. Des sentiers de la gloire à la subversion de la patrie victorieuse, ils vont découvrir que la France ne plaisante pas avec ses morts…
Fresque d’une rare cruauté, remarquable par son architecture et sa puissance d’évocation, Au revoir là-haut est le grand roman de l’après-guerre de 14, de l’illusion de l’armistice, de l’État qui glorifie ses disparus et se débarrasse de vivants trop encombrants, de l’abomination érigée en vertu.
Dans l’atmosphère crépusculaire des lendemains qui déchantent, peuplée de misérables pantins et de lâches reçus en héros, Pierre Lemaitre compose la grande tragédie de cette génération perdue avec un talent et une maîtrise impressionnants.


L'AUTEUR : Pierre LEMAITRE



De Travail soigné à Sacrifices, en passant par Robe de mariéePierre Lemaitre s'est imposé comme un des grands noms du roman noir français, prix du Polar européen du Point, prix Polar des lecteurs du Livre de poche, prix du Meilleur polar francophone.
Pierre Lemaitre, pour Au revoir là-haut, est en lice pour le prix Renaudot (dernière sélection),le prix Renaudot des Lycéens,le prix Goncourt (dernière sélection), le prix Femina (dernière sélection), le prix Interallié (deuxième sélection), le prix des Libraires (première sélection), le prix Cazes Lipp (dernière sélection),et le prix du Style 2013.

Ce 04 novembre la nouvelle est tombée, pas le Renaudot, mais bien le Prix Goncourt 2013.


MON AVIS

Le livre commence la veille de l'armistice.  Ce 2 novembre 1918, le lieutenant d'Aulnay Pradelle envoie deux hommes voir ce qui se passe sur le front allemand.  On entend des coups de feu, ils meurent, ce qui provoque la rage des hommes et il les envoie prendre possession de la côte 113.

C'est qu'il a de l'ambition Pradelle, pas question que la guerre se termine sans y trouver la reconnaissance et l'étoffe d'un héros. Non, c'est maintenant où jamais qu'il faut prendre cette côte, cette victoire afin d'être promu et reconnu "héros".

Et tout commence sur un mensonge (le premier du livre), les soldats n'ont pas vraiment été abattus par l'ennemi, c'est un sacrifice, Pradelle les a un peu aidés.

Albert Maillard avance au front, tout à coup, il voit le corps de ses camarades et constate qu'ils ont des balles dans le dos...  Pradelle n'est pas loin.
 "Non mais il ne va pas me faire rater mon plan celui-là", se dit-il, il le pousse dans le trou d'un obus. Maillard essaie d'en sortir, cela glisse et un autre obus explose et l'enterre vivant.  Tout semble fini pour Albert.

Pas vraiment.  Arrive notre troisième protagoniste Edouard Péricourt, il trouve bizarre que Pradelle regarde le sol et non pas le front en avant, il sauvera Albert in extremis avant d'être grièvement blessé à son tour.

Je m'arrête ici, car vous avez les 3 personnages qui évolueront tout au long de cette histoire jusqu'en 1920.

A l'aube du centenaire de la première guerre, il ne s'agit en rien ici d'un xème livre sur le sujet, non, pas de batailles, de scènes de guerre, le livre commence juste après et Lemaitre nous entraîne avec lui dans le quotidien de ces soldats en fin de guerre, nous vivrons la démobilisation et le retour à la vie dite normale de nos héros.

J'ai été sensible à l'analyse psychologique des personnages, leurs relations, les liens créés par leur vécu, ce que l'amitié ou la faiblesse amène à faire pour l'autre par devoir, reconnaissance.

Nous verrons comment l'Etat et ses caisses vides se préoccupent beaucoup plus des morts pour la patrie que des survivants en leur laissant comme dédommagement une prime de démobilisation de 52 francs ou une vareuse...

Puis comment fragile, pour survivre on passe par des petits boulots minables de liftiers, hommes sandwichs pour quelques sous.

Comment on peut avoir tout perdu après la guerre : l'amour, celle qui était promise, son estime de soi, son honneur...

Comment certains sortiront leur épingle du jeu en imaginant une monumentale arnaque des cimetières, comment tirer profit de la peine, du souvenir des disparus.

Je ne veux pas en dire trop, si ce n'est qu'on est scotché du début à la fin dans le destin de nos héros, pas toujours moral, noir mais un récit mené de main de maître avec beaucoup de réalisme, une construction simple et percutante, une jolie fresque de l'époque, on attend une suite avec impatience.  J'ai vraiment passé un grand moment.



Et puis c'est tombé aujourd'hui c'est le Prix Goncourt 2013.


LES JOLIES PHRASES

L'expression sonnait bizarrement, mais elle ne semblait pas déraisonnable ; somme toute, une guerre mondiale, ça n'était jamais qu'une tentative de meurtre généralisé à un continent.

Il restait sur le qui-vive, tout était l'objet de sa méfiance.  Il le savait, c'était parti pour la vie entière.  Il devrait maintenant vivre avec cette inquiétude animale, à la manière d'un homme qui se surprend à être jaloux et qui comprend qu'il devra dorénavant composer avec cette maladie nouvelle.

Edouard nourrissait vis à vis d'Albert une rancune vague, mais considérablement atténuée par le fait que son camarade lui avait trouvé une identité de rechange lui évitant de rentrer chez lui.  Il n'avait pas la moindre idée de ce qu'il allait devenir maintenant qu'il n'était plus Edouard Péricourt, mais il préférait n'importe quelle vie à celle dans laquelle il aurait fallu affronter, dans cet état, le regard de son père.

En même temps, attendre, c'est ce qu'on fait depuis la fin de la guerre.  Ici, c'est un peu comme dans les tranchées finalement.  On a un ennemi qu'on ne voit jamais, mais qui pèse sur nous de tout son poids.  On est dépendant de lui.  L'ennemi, la guerre, l'administration, l'armée, tout ça, c'est un peu pareil, des trucs auxquels personne ne comprend rien et que personne ne sait arrêter.

Il estimait normal qu'un homme désire un fils.  Entre un père et un fils, pensait-il, existe une alliance étroite et secrète, parce que le second est le continuateur du premier, le père fonde et transmet, le fils reçoit et fait fructifier, c'est la vie, depuis la nuit des temps.

Pour la première fois de sa vie, il préférait quelqu'un d'autre à lui-même.

Moi, je suis un invalide du coeur.

On imagine souvent que les puissants sont grands, on est surpris de les trouver normaux.

Ce n'était pas pour l'argent qu'il avait imaginé cette affaire, mais pour vivre cette euphorie, la volupté d'une provocation inouïe.  Cet homme sans visage adressait au monde un gigantesque pied de nez ; cela générait en lui un bonheur fou, l'aidait à renouer avec ce qu'il avait failli perdre;

Toute histoire doit trouver sa fin, c'est dans l'ordre de la vie.  Même tragique, même insupportable, même dérisoire, il faut une fin à tout, et avec son père, il n'y en avait pas eu, tous deux s'étaient quittés ennemis déclarés, ne s'étaient jamais revus, l'un était mort, l'autre non, mais personne n'avait prononcé le mot de la fin.

Il n'était plus bouleversé, on s'habitue à tout, mais sa tristesse, elle, restait intacte, la faille qui s'était ouverte en lui n'avait fait, au fil du temps, que s'agrandir, s'agrandir encore et toujours.  Il avait trop aimé la vie, voilà le problème.  A ceux qui n'y tenaient pas autant, les choses devaient paraître plus simples, tandis qu'à lui...


Certaines n'avaient jamais vu la mer Julie Otsuka ****** 9.5/10



Titre Original
CERTAINES N’AVAIENT JAMAIS VU LA MER
Date de parution
19 Septembre 2013
Collection
Littérature Etrangère
Nombre de pagesFormat
144 p.108 x 177 mm
EAN
9782264060532



Traduit par Carine CHICHEREAU




Résumé


Ces Japonaises ont tout abandonné au début du XXe siècle pour épouser aux États-Unis, sur la foi d'un portrait, un inconnu. Celui dont elles ont tant rêvé, qui va tant les décevoir. Choeur vibrant, leurs voix s'élèvent pour raconter l'exil : la nuit de noces, les journées aux champs, la langue revêche, l'humiliation, les joies aussi. Puis le silence de la guerre. Et l'oubli. 

D'une écriture incantatoire, Julie Otsuka redonne chair à ces héroïnes anonymes dans une mosaïque de la mémoire éblouissante. Un roman bouleversant. 

Traduit de l'anglais (États-Unis)
par Carine Chichereau 


Prix Femina 2012




L'auteur

Julie OTSUKA

Nationalité : États-Unis
Né(e) à : Palo Alto , le 15 Mai 1962 
Biographie :

Julie Otsuka est née en Californie d'une mère américaine d'origine japonaise et d'un père japonais.


Elle fait ses études supérieures à l'université de Yale où elle a été diplômée en art (peinture et sculpture) en 1984.


Avec la parution de "Quand l'empereur était un dieu", paru en 2002, Julie Otsuka fait une entrée remarquée dans le monde de la littérature.


Elle vit aujourd'hui à New-York.


En 2012, son roman "Certaines n’avaient jamais vu la mer" a reçu le PEN / Faulkner Award for fiction.


Le Femina 2012 couronne Julie Otsuka

Le prix du Roman étranger est allé à Julie Otsuka pour Certaines n'avaient jamais vu la mer, publié par Phébus en août 2012. 

source : Babelio

Mon avis

Un épisode que j'ignorais complètement, début du siècle dernier, elles sont nombreuses; ces femmes japonaises qui ont quitté leur pays dans l'espoir de l'Eldorado.

Elles ont tout quitté pour se marier sur base d'une simple photo, d'un portrait, d'une lettre d'un inconnu.


Elles ont fait un très long voyage en mer dans des conditions tout à fait déplorables car il y avait l'ESPOIR.


L'espoir de conditions meilleures; l'espoir de rencontrer l'amour, l'espoir de rencontrer la fortune, l'espoir de rencontrer le bonheur, l'espoir d'avoir une vie meilleure moins dure qu'au pays.


Toutes ces femmes nous parlent de leur vie, de leurs espérances souvent tombées à l'eau, évaporées à peine arrivées sur le sol américain.


Une écriture intéressante, le nous est utilisé.  Elles sont des centaines à nous livrer leur témoignage.  Ecriture agréable et fluide.  Le "nous" m'a un peu lassée au centre du récit mais il est à propos car tout s'enchaîne, un flot de mots, de parcours, ces destinées qui nous sont délivrées.


Un témoignage poignant, émouvant, qui donne envie d'en savoir plus sur cette génération de femmes, leurs conditions.


Elles nous content ; leur première nuit, le rejet de leur famille, la ségrégation, leur désenchantement, la vie, la mort, la maladie, les enfants, la stérilité, les conditions de travail, la transmission ou la perte de leurs traditions et de leurs coutumes.  L'évolution de la nouvelle génération, mais aussi leur internement dans des camps après l'attaque de Pearl Harbour, la méfiance, la suspicion, la peur, les sacrifices endurés.


Leurs vies sont partagées avec beaucoup d'humilité, de réalisme, d'émotions.  Un livre qui marque.  Un grand moment, on aurait aimé que cela dure encore.

Les jolies phrases


Une jeune fille doit se fondre dans le décor : elle doit être là sans qu'on la remarque.

Qu'allions-nous devenir, nous demandions-nous, dans un pays aussi différent ?  Nous nous voyions -  peu de petite taille, armé de ses seuls livres - débarquer au pays des géants.

Tu verras : les femmes sont faibles, mais les mères sont fortes.

Il arrivait qu'il regarde à travers nous sans nous voir, et c'était là le pire.  Est-ce que quelqu'un sait que je suis ici ?

Et nous comprenions que jamais nous n'aurions dû partir de chez nous. Mais nous avions beau appeler notre mère de toutes nos forces, nous savions qu'elle ne pouvait nous entendre, aussi essayions-nous de tirer le meilleur parti de ce que nous avions.

Si tu reviens, nous avait écrit notre père, tu attireras la honte sur la famille toute entière.  Si tu reviens, tes soeurs cadettes ne se marieront jamais.  Si tu reviens aucun homme ne voudra plus jamais de toi. Ainsi donc nous sommes restées dans le quartier japonais avec nos nouveaux maris, où nous avons vieilli avant l'heure.

Quelques unes des nôtres ne parvenaient pas à en avoir, et c'était bien là le pire car sans héritier pour transmettre le nom de la famille, l'esprit de nos ancêtres cesserait d'exister.  J'ai le sentiment d'avoir fait tout ce chemin jusqu'en Amérique pour rien.

Et nos maris avaient beau nous répéter que cela ne faisait aucune différence pour eux d'être pères ou pas - tout ce qu'ils voulaient, disaient-ils, c'était vieillir à nos côtés -, nous ne cessions de songer aux enfants que nous n'avions pas eus. Chaque nuit je les entends qui jouent dehors, dans les arbres.

Je me sens comme une cane qui a couvé les oeufs d'une oie.

Et nous avions beau voir s'accumuler les nuages à l'horizon, nous n'en disions mot pour les laisser rêver.


Ma note 9.5/10

mercredi 23 octobre 2013

LES MAÎTRES SPIRITUELS Jacques BROSSE *****

EN PARTENARIAT AVEC MASSE CRITIQUE DE BABELIO
Mon profil sur Babelio.com


Les Maîtres spirituels de Jacques Brosse


Octobre 2013
Format : 180 mm x 110 mm
624 pages
EAN13 : 9782226249586
Prix : 10.90 €
Albin Michel



RESUME

Des religions antiques à l’enseignement bouddhiste, de la naissance de l’islam au monachisme chrétien, des mystiques hindous aux penseurs indépendants comme Boulgakov, Spinoza et Simone Weil, Jacques Brosse (1922-2008) présente ici la grande fresque de l’aventure spirituelle de l’humanité à travers ses maîtres et ses écoles. L’auteur, dont l’œuvre fut couronnée par le Grand Prix de l’Académie française en 1987, était à la fois philosophe, maître zen, naturaliste et spécialiste des traditions spirituelles d’Orient et d’Occident. Il offre au public la quintessence de son savoir dans ces cent vingt-six articles allant à l’essentiel. Mystiques et « accoucheurs d’âmes » de tous lieux et de toutes époques sont réunis dans cette synthèse encyclopédique.

L'AUTEUR

Jacques Brosse, né en 1922 à Paris et disparu en 2008, fut l'un des écrivains les plus originaux de notre temps, à la fois philosophe, naturaliste, encyclopédiste, maître zen et spécialiste des traditions spirituelles d'Orient et d'Occident. Son premier livre, L'Ordre des choses, fut préfacé par Gaston Bachelard, et son chemin (retracé dans son autobiographie Retour à l'origine, collection Terre Humaine, 2002) croisa ceux d'Albert Camus, Claude Lévi-Strauss, Henri Michaux, Jean Cocteau, Jean Malaurie... Son œuvre d'une quarantaine d'ouvrages a été couronnée par leGrand Prix de l'Académie française en 1987. Outre l'encyclopédie qu'il a fait paraître chez Albin Michel en 2003,L'Univers du Zen, il a publié le compte-rendu de ses sessions d'enseignement du zen enjanvier 2005 sous le titrePratique du zen vivant.


MON AVIS

Merci à Babelio et aux éditions Albin Michel pour cette découverte grâce à l'action masse critique.

Inutile de vous présenter Jacques Brosse, philosophe, maître zen il était sans conteste le spécialiste des maîtres de la spiritualité. Je connaissais le somptueux ouvrage très imagé "l'univers du Zen" paru il y a une dizaine d'années, c'est ce qui m'a donné envie de lire celui-ci.

Si vous souhaitez connaître l'origine des maîtres à penser et des courants de spiritualité, pas de doute cet ouvrage est incontournable, une véritable encyclopédie en son genre.

Tout d'abord, qu'est-ce qu'un maître à penser ?

"Un véritable Maître à penser ne peut tirer aucun profit matériel de son enseignement. "
"Il ignore qui il est, il n'a point cherché à le devenir."
"Sa mission à mener les autres sur la voie qu'il a lui même parcouru."

Ce livre ne parlera que des maîtres dont le message est demeuré vivant et encore utile.

Vous y trouverez une méthodologie avec à chaque fois  une monographie présentant la vie, l'expérience , la personnalité de chacun, leur oeuvre et leur enseignement.

Vous trouverez également des articles de synthèse sur les différentes écoles et les courants spirituels.

On démarre en Egypte avec" le Livre des Morts" et on va parcourir le fil des siècles.

Dans chaque courant il y a toujours un côté grand public "exotérisme", accessible à tous, arrive ensuite le maître, l'initiation, une retraite, une consécration , puis pour les "élus" : l'ésotérisme : la transmission du savoir du  Maître.

Du judaïsme en passant par la Bible, la Torah, l'orthodoxie, le catholicisme, les réformés, les maîtres indépendants pour l'Occident,  en passant par l'Orient  avec Confucius, Zarathoustra, le manichéisme, l'islam, l'hindouisme, le bouddhisme, taoïsme...tout vous sera proposé.

Bref une véritable encyclopédie pratique si l'on recherche des infos précises, ou agréable à lire par petites touches.... de quoi devenir incollable sur le sujet.




mardi 22 octobre 2013

HAUT-LE-CHOEUR Gaëlle Perrin-Guillet ***** 10/10 Coup de coeur


haut-le-choeur-couverture


QUATRIEME DE COUVERTURE

Alix Flament, journaliste à Chambéry, travaille sans conviction sur un article relatant les mésaventures sexuelles d’un candidat à l’élection présidentielle française.
Six ans plus tôt, elle était une spécialiste reconnue des affaires criminelles. 
Jusqu’à ce qu’elle publie un livre d’entretiens avec la pire tueuse en série que le pays ait connu depuis le XIXe siècle, ouvrage dont elle ne se remettra pas et qui marquera la fin de sa carrière dans le domaine des faits divers.
L’évasion sanglante d’Éloane Frezet redonne vie aux cauchemars qui la hantent depuis ses dialogues hallucinés avec la meurtrière. Mais seule Alix la connaît suffisamment pour tenter d'aider la police à la traquer.
C'est sans compter que la meurtrière, loin de se terrer, espère bien tenir sa promesse de terminer l'oeuvre mortelle qu'elle a dû interrompre lorsqu’elle se trouvait derrière les barreaux...

Gaëlle PERRIN-GUILLET
Née en 1975, Gaëlle PERRIN-GUILLET est secrétaire de mairie le jour et auteur de thriller la nuit.
Depuis toujours amatrice de romans noirs, elle s’essaie à l’écriture en 2000.
Après deux romans auto-publiés (le Sourire du diable 2010, Au fil des morts 2011),elle participe à deux recueils des Auteurs du noir face à la différence (2012 – éditions JIGAL et 2013 L’atelier Mosesu).
Haut-le-Choeur est son premier roman publié aux Editions Rouge Sang.

MA CRITIQUE
Un véritable coup de coeur. Une réelle découverte. Un grand merci à Marc Louboutin et aux Editions Rouge Sang pour ce partenariat.  Le thriller n'est pas au départ mon terrain de prédilection mais j'avoue que plus je m'essaie au genre, plus cela me plaît, d'autant plus qu'ici nous sommes vraiment dans un récit de très grande qualité.  Quelle force dans l'écriture, aucun temps mort. J'en reste sans voix!
Alix Flament est journaliste. Il y a 6 ans elle était spécialiste en affaires criminelles.  Pendant plus de deux ans, elle a interrogé une redoutable tueuse en série : Eloane Frezet.  De ces nombreuses conversations, elle en a écrit un livre.  Éprouvée par cette période de sa vie, Alix s'est alors reconvertie dans le journalisme tout court. 
Il est tard, elle travaille au journal et reçoit au milieu de la nuit un étrange coup de fil.  
De suite elle sait que c'est Eloane qui lui avait juré qu'un jour elles se retrouveraient.
Elle vient de s'évader de prison, de façon sanglante comme toujours et le cauchemar oublié resurgit.  Alix la connaît mieux que personne.  Comment l'arrêter, comment la comprendre et l'empêcher de reprendre son oeuvre sanguinaire...

Avec beaucoup de style, Gaëlle Perrin-Guillet nous emmène dans les recoins les plus obscurs de l'âme humaine.  Son écriture est captivante. J'ai lu le livre très rapidement, impossible de le poser et d'attendre.  Non, l'envie de savoir, de comprendre cette énigme, ce qui se passe dans la tête d'Eloane.
Quelle imagination, que dis-je d'inimaginable.. Le récit est lent, sombre, très sombre, sans temps mort, il explore vraiment le côté le plus obscur de l'espèce humaine.  J'ai beaucoup aimé l'aspect psychologique, l'accent posé sur les relations entre les différents protagonistes.  L'auteure nous "sème" des pièces de réponse petit à petit au fils du récit.

Un sentiment étrange, un malaise me poursuit à la fin de la lecture.  Chapeau, j'en veux d'autre Madame Gaëlle Perrin-Guillet, votre talent est éclatant.  A lire de toute urgence.

LES JOLIES PHRASES

Elle refusa qu'il entre dans la maison arguant du prétexte que son conjoint devait dormir et qu'elle ne voulait pas le réveiller.  En fait, elle ne voulait pas faire entrer cet homme, et la fonction qu'il incarnait dans son sanctuaire et ramener avec lui toute l'horreur des dernières heures. Sa maison était son refuge, le seul endroit où elle pouvait laisser à la porte ses problèmes, ses tensions et toute la saleté du monde que son couple côtoyait chaque jour.
Et si elle avait raison ? Si au fond de chacun de nous résidait une poussière d'animalité capable de nous faire commettre les pires folies sous l'influence du déclencheur le plus vieux du monde : l'amour ?
Mes lumières, messieurs ? J'espère que vous avez une bonne pelle pour aller déterrer de ma mémoire au fin fond des abysses de mon crâne !