dimanche 2 février 2014

Les voyages de Daniel Ascher Déborah Lévy-Bertherat *****

Les voyages de Daniel Ascher  -  Déborah Levy-Bertherat





Genre : littérature française
Collection : littérature / Rivages
Parution août 2013
Grand format 192 pages
18 euros
ISBN 2-7436-2584-8


Quatrième de couverture



Une année particulière commence pour Hélène, quand elle s'installe à Paris pour étudier l'archéologie. Elle est logée par son grand-oncle Daniel, un vieux globe-trotter excentrique qu'elle n'apprécie guère. Il est l'auteur, sous le pseudonyme de H.R. Sanders, de La Marque noire, une série de romans d'aventures qu'elle n'a même pas lus. Son ami Guillaume, fanatique de cette série, l'initie à sa passion. Mais pour Hélène le jeu des lectures ouvre un gouffre vertigineux. Elle découvre en Daniel un homme blessé, écartelé entre deux identités et captif d'un amour impossible. Elle exhume de lourds secrets de famille remontant aux heures sombres de l'Occupation. Pendant ce temps, les lecteurs de H.R. Sanders attendent le vingt-quatrième volume de la série, dont les rumeurs prétendent qu'il sera le dernier. En explorant avec finesse les blessures d'une mémoire tentée par le vertige de l'imaginaire, Déborah Lévy-Bertherat rend ici hommage aux sortilèges ambigus de la fiction.




Déborah Lévy-Bertherat



Déborah Lévy-Bertherat vit à Paris où elle enseigne la littérature comparée à l'Ecole normale supérieure. Elle a traduit Un héros de notre temps de Lermontov et Nouvelles de Pétersbourg de Gogol. Les Voyages de Daniel Ascher est son premier roman.


Mon avis

Hélène , jeune étudiante en archéologie s'installe dans une chambre de bonne chez son grand oncle Daniel à Paris.  Ce grand-oncle , frère de sa grand-mère, elle le connaît très peu, et il est vrai qu'elle ne l'a jamais apprécié.

Daniel a toujours été présent aux réunions de famille, à la table des enfants à raconter des histoires fantasques.  Il est toujours aux quatre coins de monde pour y trouver source d'inspiration. Et pour cause, son grand-oncle aime les aventures et c'est sous le pseudo de H.R. SANDERS qu'il publie la célèbre série  "la Marque Noire".  Hélène et son frère ont d'ailleurs reçu les 23 volumes dédicacés, mais Hélène n'en a lu aucun.

En s'installant chez Daniel, elle tombe amoureuse de Guillaume, un étudiant qui est lui grand fan de la série.

Petit à petit, Hélène et Daniel vont s'apprivoiser.  Guillaume lui racontant la série va lui donner une clé, et en future bonne archéologue, Hélène va mettre au grand jour les secrets enfouis de son grand oncle.

Daniel, Ascher de son vrai nom, fils d'un photographe juif polonais est arrivé à l'âge de 10 ans dans la famille Roche, des Justes qui l'ont hébergé pendant la guerre, puis adopté c'est alors qu'il est devenu Daniel Roche.

Hélène se rendra très vite compte que les 23 aventures de la Marque Noire racontent la véritable histoire de son grand-oncle.  Elle les relira un à un, voyagera au départ de la rue d'Odessa, en Auvergne, aux Etats-Unis et comprendra le destin tragique, la tristesse de Daniel et comment en utilisant ces déchirements, en se livrant il donnera du rêve aux enfants.

Ce livre fera grandir Hélène , qui quittera sa vision d'ado pour entrer de plein pied à l'âge adulte.  Dommage que le personnage d'Hélène et sa relation avec Guillaume ne soient pas aboutis.

C'est le seul bémol de ce livre oscillant entre histoire d'amour, l'histoire avec un grand h, roman d'aventures qui nous emmène vers une palette d'émotions oh combien variées.  Il revient avec un peu de nostalgie sur des personnages du passé, la guerre, la persécutions des juifs, les Justes.

Un petit livre lumineux, petit format de 185 pages qui se lit d'une traite et nous montre également un  joli travail sur l'écriture et sa nécessité d'être.

Un petit coup de coeur.

ma note  9/10


Les jolies phrases

Est-ce qu'à son âge elle pourrait refaire sa vie, on refait une partie de cartes ou les peintures du salon, mais sa vie, est-ce qu'on peut.

 L'avion est passé au-dessus des nuages, l'océan a disparu.  C'était peut-être ça devenir adulte, émerger des nuages, quitter la pénombre bénie de l'enfance, entrer dans la clarté aveuglante d'une vérité qu'on n'avait pas demander à connaître. Et elle qui n'avait jamais eu peur de l'altitude, elle a senti, pour la première fois, les trente mille pieds de vide au-dessous d'elle.

De toute façon, se disait Hélène, la ressemblance non plus ne veut rien dire, le père, c'est celui qui se lève la nuit quand on a peur, qui retrouve la pièce du puzzle perdue.  C'est celui qui passe des savons. Celui qui est là.


La légèreté Emmanuelle Richard *** 6/10



Emmanuelle Richard
La légèreté
roman
en librairie le 6 février 2014
CollectionLittérature française
Livre140 × 205 mm 276 pagesEAN : 978282360297518,00 €
QUATRIEME DE COUVERTURE


« Alors donc, au départ, il y a ça : la maison blanche simple et bourgeoise prêtée ou soldée, peu importe, et puis le reste, le fond : Antoine s’est jeté du pont de Normandie et elle ne sera jamais légère malgré ses quatorze ans et les champs de coquelicots rouges qui éclatent dans sa tête et l’écrasement du ciel délaissé, les vagues violentes des champs d’herbes sèches qui ondulent subitement, l’odeur de boucherie de ce mois de juillet vibrant. »

Elle est rêche, nerveuse, tordue, électrique. Elle ne peut plus attendre, il faut qu’elle rencontre un garçon. D’errances en déplacements sur une île de vacances, dans un village où elle n’a pas sa place, l’adolescente marche. À la recherche d’autres, pour enfin être vue, car qui peut vivre sans être vu, aimé, désiré ?

Emmanuelle Richard restitue admirablement la sauvagerie de l’adolescence dans ce roman déchirant mais dépourvu de toute forme de sensiblerie



MON AVIS

Premier roman pour Emmanuelle Richard qui traite de l'adolescence.

Je trouve qu'il est tout sauf "léger" comme pourrait le laisser entendre le titre.  Je l'ai ressenti comme grave et tourmenté.

Quoi de plus normal peut-être car nous allons vivre les vacances de notre héroïne âgée de 14 ans et demi.

Elle, ainsi que son petit frère - qui est pour elle l'être le plus important - et ses parents nous emmènent en vacances à l'île de Ré.  D'entrée de jeu, on comprend qu'elle est contrariée, torturée par ses émotions, il y a un vrai mal être en elle.

Antoine 14 ans s'est jeté du Pont de Normandie elle ne le connaissait pas tant que cela mais elle y pense très souvent.  J'ai eu le sentiment que parfois elle était à deux doigts de faire pareil, tellement elle se sent incomprise dans sa tête.

Je dis "dans sa tête" car le livre est écrit de 2 façons. En italique, on vit le "je" ce qu'il y a vraiment dans ses réflexions, dans son esprit.  Autrement on nous parle à la troisième personne.  Les deux écritures se complètent et nous permettent de vraiment cerner notre héroïne.

Elle dépeint le contraste social, sa famille est d'origine modeste, l'argent et les dépenses sont souvent au centre des préoccupations.  Ici, nous sommes sur l'île de Ré, dans des quartiers chics, avec une population huppée.  Mais que fait-elle là ??  Elle a également un regard acide et critique sur ses parents, particulièrement sur son père qui de tout façon ne la comprend pas.

Ce roman décrit aussi le désir, les désirs secrets de notre protagoniste, ce qui explique peut-être ce mal être : je suis moche, on ne me voit pas, j'aimerais être une femme, être désirée, être prise...  Elle est obsédée par son corps trop maigre, son manque de seins, "ses araignées noires"....  Elle est obsédée par le sexe, se sent sale, crasseuse mais qu'est-ce qui est bien ?? Pourquoi c'est bien chez les autres et chez moi cela fait vulgaire ???

Elle veut qu'on la remarque, qu'on l'invite, qu'on l'embrasse mais a peur lorsque le moment arrive...  elle craint ne pas savoir bien faire, elle fuit.

Elle craint de décevoir, de ne pas avoir le temps, elle met la barre trop haut et n'ose pas.

Un témoignage touchant d'une adolescente à la recherche d'elle-même.

L'écriture est belle, la lecture plaisante mais sans plus.


Ma note 6/10

une chose qui m'a interpellée : le nombre incroyable de fois où est utilisé le mot "nuque"

LES JOLIES PHRASES

J'avais oublié que rien n'est totalement gratuit en cette vie à aucun endroit où vous décidez de vous rendre, nulle part, jamais.


A quoi ça sert de venir si on ne comprend rien, A quoi ça sert si vous ne pouvez même pas nous expliquer tout ça, les toiles et les histoires des peintres, des sculpteurs, des artistes, A quoi ça sert de passer de toile en toile sans rien savoir, sans rien comprendre.  Encore un reproche, un de plus.

Si vous lui demandiez elle vous dirait que de toute façon ils seront toujours soudés, elle et lui, lui et elle; qu'ils peuvent se battre et se taper dessus à volonté parce qu'entre frère et soeur ça ne s'abîme pas, jamais, aucune chance.

Je me demande si c'est ainsi que sera ma vie, une succession de tentatives ratées pour aller vers les autres, une ribambelle d'échecs se tenant par la main, pareils aux bonshommes en papier crépon de toutes les fêtes d'école du monde et des kermesses de la terre, sera-ce ainsi que je passerai ma vie, à me traîner péniblement, opiniâtrement, inlassablement, comme un bousier tenace, dans des lueurs troubles de bar, auprès de garçons et de filles qui ne me remarqueront jamais sans calcul donc sans dignité, jusqu'à ce que je me lasse, que je me taise et m'assèche définitivement, pour enfin rester seule, vieille et décatie avec mes chats que j'aurai choisis nus dans un souci égalitaire d'empathie généralisée - ils sont laids et alors ? -, le même genre de sentiments qui poussent certaines personnes à adopter des furets orphelins puants.

Excède déjà de cinq centimètres ce qu'il aurait fallu, fallu pour être parfaite, désirable, parfaitement désirable, parfaitement désirée la plus désirable d'entre toutes et avoir un destin de rêve.

Est-ce qu'il n'y a pas autre chose, quelque part, ailleurs ?  Une autre solution ? Autre chose que le travail et la fatigue, la fatigue et la télé, les courses du samedi et les dimanches à ne rien faire, et les vacances semblables, quasiment identiques, vides à l'égal des longs dimanches de l'année étirés et béants, avec seulement la lumière en plus qui vous brûle d'impatience et vous éperonne d'espoir. Ce qui est pire.

L'art remplit la vie, parce que la vie ne suffit pas.

Quand elle était petite, elle ne pensait pas à son corps.  Il n'existait tout simplement pas. Quand elle était petite, il était là, efficace et suffisant, huilé et confortable, et ça roulait, tout roulait, il n'y avait pas besoin d'y penser ou de réfléchir à ce que l'on portait, de se surveiller et de se regarder faire, de s'observer et de contrôler son image en permanence.  Elle était un tout et non pas une dissociation, pas encore une séparation consommée de son esprit avec son corps, l'un passant son  temps à scruter l'autre pour le juger. .....  Avant c'était avant. Tout à coup elle a un corps qui ne fait plus un avec ce qu'il y a dans sa tête, un corps dont elle a conscience et qui ne la représente plus, un corps encombré dont tout le monde se met à parler et que tout le monde se permet de jauger, d'évaluer, mesurer et elle ne peut rien y faire, il est là et elle doit se mouvoir avec ça, avec tout ce qu'on en dit et qui ne lui plaît pas.

Ici la mer n'existe pas, car en plus tout est plat et aucune rue ne semble monter et s'ouvrir vers la mer.  Ici la mer n'existe pas puisqu'il n'est pas besoin de la gagner - tout est à portée de main et pourtant rien ne peut s'attraper.

Personne n'est à personne.  Empêcher les choses qui doivent se produire d'advenir ne fait que les retarder.


Elle se découvre insondablement triste et ne sait pas nettement ce qu'elle veut, voulait, aurait voulu.  Une chose est sûre, elle aurait aimé qu'ils insistent plus longtemps, et peut-être qu'ils finissent par s'approcher assez pour lui donner une raison de se sauver de se débattre, qu'elle soit farouche, qu'ils la rattrapent.

Prier pour que le garçon vienne à ma rencontre, malgré ma peur immense à tailler au cordeau.  Prier pour qu'il ne vienne surtout pas. Prier pour tout et son contraire.  Pour que ce soit, n'importe, du moment que la vie commence.





La trahison d'Einstein. Eric-Emmanuel Schmitt ***

La Trahison d


janvier 2014
Format : 183 mm x 125 mm
162 pages
EAN13 : 9782226254290
Prix : 12.00 €



QUATRIEME DE COUVERTURE

Sur les rives d’un lac du New Jersey, deux excentriques se rencontrent et sympathisent. L’un est Albert Einstein ; l’autre est un vagabond en rupture avec la société.

À ce confident de hasard, Einstein expose son dilemme. Pacifiste militant, il connaît les conséquences terrifiantes de ses travaux théoriques et craint qu’Hitler et les nazis ne fabriquent la première bombe atomique. Devrait-il renier ses convictions et prévenir Roosevelt, afin que l’Amérique gagne la course à l’arme fatale ? Quel parti prendre alors que le FBI commence à le soupçonner, lui, l’Allemand, le sympathisant de gauche… le traître peut-être ?

Dans cette comédie intelligente et grave, drôle parfois, Eric-Emmanuel Schmitt imagine le conflit moral d’un homme de génie, inventeur malgré lui de la machine à détruire le monde.

MON AVIS

Nous sommes en 1934, Einstein a 55 ans.  Il a déjà reçu son Prix Nobel de physique pour la théorie de la relativité E = mc².  Il est à Princeton et dialogue avec un vagabond.

Le vagabond lui reproche d'être pacifiste.

Echanges sur le pacifisme, le militarisme, l'antisémitisme.

Les positions d'Einstein évoluent, nous sommes en 1939, la liberté est en danger, il faut combattre car l'humanité est en péril dit Einstein.  Hitler est dangereux, Roosevelt est inerte.

Un troisième personnage , l'agent du FBI Oneill voit en Einstein un communiste.

Einstein est lui rongé par la crainte qu'Hitler ne développe la bombe atomique.

La guerre arrive, Hiroshima.

Dans ces échanges qui se situent entre 1934 et 1955, on verra l'évolution de la pensée d'Einstein en fonction de la situation, passant du pacifisme au militarisme au nom de la défense de la liberté.  On présentera ici le "rôle" joué par Einstein dans la politique américaine qui craignait le communisme, la guerre froide.   Le récit aurait pu prendre plus de profondeur.

Une belle histoire d'amitié où l'on peut apprécier le côté humain du savant, avec ses doutes, ses émotions.

Une agréable lecture.

Ma note 7/10


LES JOLIES PHRASES

Le patriotisme est une maladie infantile, la varicelle de l'humanité.

A la guerre, on ne tue pas pour tuer, mais pour ne pas mourir.  Et ce soldat se bat à votre place.

S'il peut réduire nos pages en cendres, Hitler ne parviendra pas à brûler la pensée, parce que la pensée c'est le feu.

Les aventures sentimentales sont plus dangereuses que la guerre : au combat, on n'est tué qu'une fois, en amour, plusieurs fois.

Ma fainéantise n'atteint le pic du plaisir que si les autres travaillent.

Deux choses sont infinies : l'univers et la bêtise humaine.

Si la foi constitue une passion pour le mystère, alors je crois.  Car ce qui demeure éternellement incompréhensible dans la nature, c'est qu'on puisse la comprendre.  Plus j'étudie et j'avance à la poursuite de la vérité, plus je m'étonne et m'émerveille.

Parce qu'il est impossible de prévoir toutes les conséquences de ses actes, le sage se limite à la stricte contemplation.

Quand vous scrutez le ciel, voyez-vous des frontières ? Lorsque vous contemplez les étoiles, considérez-vous que cela a un sens, les passeports, les visas, les postes de douane et les couleurs de peau ?

La vie ressemble au vélo, il faut continuer à avancer si l'on ne veut pas perdre l'équilibre.










samedi 1 février 2014

Nos mères Antoine Wauters ♥♥♥♥♥







Editions Verdier
Parution janvier 2014
160 pages
14.60 euros
ISBN 978-2-86432-745-5

QUATRIEME DE COUVERTURE

Dans un pays du Proche-Orient, un enfant et sa mère occupent une maison jaune juchée sur une colline. La guerre vient d’emporter le père. Mère et fils voudraient se blottir l’un contre l’autre, s’aimer et se le dire, mais tandis que l’une arpente la terrasse en ressassant ses souvenirs, l’autre, dans le grenier où elle a cru opportun de le cacher, se plonge dans des rêveries, des jeux et des divagations que lui permet seule la complicité amicale des mots.

Soudain la guerre reprend. Commence alors pour Jean une nouvelle vie, dans un pays d’Europe où une autre mère l’attend, Sophie, convaincue de trouver en lui l’être de lumière qu’elle pourra choyer et qui l’aidera, pense-t-elle, à vaincre en retour ses propres fantômes.
Ce texte, cruel et tendre à la fois, est avant tout le formidable cri d’un enfant qui, à l’étouffement et au renoncement qui le menacent, oppose une affirmation farouche et secrète de la vie. C’est ce dur apprentissage, fait d’intuition et de solitude, qui lui ouvrira plus tard des perspectives insoupçonnées.



UN EXTRAIT

  Tout bas, nous, en attendant qu’elles rentrent, on plante dans le ciel les racines du rêve et on voit apparaître, au loin, puis tout près, la même petite fille triste.
   La même magnifique petite fille.
   Elle descend des séries d’escaliers devant chez Nisrine la marchande de jouets, les descend et les remonte les genoux couverts de bleus. Et dans son regard, malheur, on sait qu’il n’y a personne. Nulle part on ne l’attend.
   Nos mères, toujours aux portes de nos pensées, nous disent que nous la rencontrerons bientôt, cette petite fille, à la fin de l’été c’est sûr, quand on se séparera, elles et nous, elles et moi. Car il faudra qu’on y arrive disent-elles, à se séparer, à ce que tu me quittes...
   Mais nos mères ne pensent pas ce qu’elles disent et ce qu’elles disent, évidemment, en est la preuve, alors nous gardons le silence et nous sourions encore.


L'AUTEUR




Antoine Wauters (1981) est philosophe de formation. Il travaille comme scénariste pour le cinéma et dans le domaine de l’édition. Il a publié trois livres aux éditions Cheyne, notamment Césarine de nuit, qui a fait l'objet de plusieurs lectures au théâtre par la comédienne Isabelle Nanty. Nos mères, son livre le plus récent, paraît en janvier 2014 aux éditions Verdier. 
 SES LIVRES 
Nos mères (roman), éditions Verdier, Paris, janvier 2014.
Sylvia (récit), Cheyne éditeur, collection Grands fonds, mars 2014.
Césarine de nuit (récit), Cheyne éditeur, collection Grands fonds, mars 2012.
Ali si on veut  (avec Ben Arès), Cheyne éditeur, collection verte, 2010.
Antioxydant (avec Tom Nisse), éditions Maelström, Bruxelles, avril 2012.
Debout sur la langue : éditions Maelström, Bruxelles, 2008.
Os : éditions Tétras Lyre, Liège, 2008.
OUVRAGES COLLECTIFS
Tonton, Les Etats Provisoires du poème XIII, Un vent des Caraïbes, hommage à Aimé Césaire, Cheyne éditeur, 2013
Poésie pour Cy Twombly : à l'occasion de l'exposition Cy Twombly à Bozar Bruxelles, février 2012. Avec des textes de Stéphane Lambert, Roland Jooris, Alfred Schaffer, Monika Rinck et Bernard Dewulf.
Trois poètes belges : éditions du Murmure, Dijon, 2010. (Avec Serge Delaive et Véronique Janzyk)


SOURCE BLOG DE L'auteur son blog


UNE INTERVIEW DE L'AUTEUR



MON AVIS

Enfant, quand je faisais référence à toi dans les histoires que j'inventais pour me tenir compagnie, je ne disais jamais maman, ni ma mère, mais bien plutôt nos mères.  Comme si j'étais plusieurs enfants et toi plusieurs mères à la fois, et comme si tout ce que je souhaitais finalement c'était ça : diluer nos souffrances en fragmentant nos vies.    Jean Charbel

L'introduction de ce premier roman de mon compatriote Antoine Wauters vous plante le décor.

Ce récit se divise en 3 parties.

Première partie :

Nous sommes dans un pays du Moyen Orient déchiré par une guerre civile, au bord de la Méditerranée. Jean Charbel est enfant, il a perdu son père lors des combats.  Il vit avec sa mère et son vieux grand-père , cloîtré au second étage de leur maison jaune.  Sa mère doit travailler pour les faire vivre et elle protège son fils comme elle peut, en l'enfermant pour lui cacher les horreurs de la guerre et sa tristesse.
Ils se mentent.  Elle l'aime, le couvre de baisers, l'étouffe de son amour et l'enferme à nouveau pour cacher sa détresse.  C'est un paradoxe mais c'est ainsi en apparence, tout va bien, l'un prend soin de l'autre à sa façon.

Jean pour survivre dans cette solitude, dans cet enfermement va s'inventer des personnages imaginaires, une fratrie, une amoureuse afin de pouvoir tenir, s'évader.  Il sourira pour dire que tout va bien c'est sa façon d'aider sa mère à supporter le deuil de son mari, la situation difficile, sa dépression.  Son imaginaire va le sauver.

Seconde partie :

Contraste énorme , Jean arrive dans un pays d'Europe, une contrée boisée où tout est calme en apparence.  Une apparence relative car il fera la rencontre d'une nouvelle mère - Sophie , sa mère adoptive.  Sophie est en proie avec une guerre intérieure, elle porte une douleur, un mal être en elle.  Elle aimerait tant aimer Jean autrement.

Troisième partie :

Jean a vieilli, il est écrivain aujourd'hui et il va essayer d'expliquer les raisons qui ont rendus sa mère comme cela.

Un magnifique roman sur la résilience, un merveilleux témoignage d'amour ou comment au delà de ses propres problèmes, si l'on s'intéresse à l'autre, comment on peut soit même aller mieux et même trouver la paix, prendre confiance en soi.

Un somptueux roman sur l'écriture et son pouvoir salvateur.

Une écriture magnifique, tonique, dure et magnifique à la fois. C'est parfois cruel mais tellement rempli d'amour.  On ne sort pas vraiment indemne de ce livre, il nous rend certainement plus fort.  Il y a beaucoup de poésie et de sensualité dans l'écriture.  Beaucoup d'images dans ce récit lumineux rempli d'espoir.

A lire sans modération au plus vite.

Gros coup de coeur.


D'autres avis Anne Argali
LES JOLIES PHRASES

Ne voulant pas nous voir souffrir, ni nous montrer qu'elle souffrent, elles nous retirent ni plus ni moins du monde, nos mères, elles nous coupent l'horizon.

Ou nous faisons diversion, ou nous mourons. Ou nous parlons de tout et n'importe quoi comme nous en avons l'habitude, ou nous mourons encore.

Et elles marchent dans les rues pleines de monde du quartier d'Achrafieh, rebâties avec les moyens du bord pour oublier le plus vite possible ce qui s'y est passé,et, selon les règles du premier sport national - je n'ai rien vu/tu n'as rien vu/personne n'a rien vu -, continuer à vivre.

Les enfants sont dans leurs coeurs tout le temps.

Du reste, pas une seule seconde elles ne se doutent que nous cachons mille choses au fond de nous, totalement dérobées à leur regard, dans une sorte de caisson fragile scellé par un cadenas qui est notre coeur.

Et pour nous convaincre, elles n'ont de cesse de nous répéter que le cristal se griffe facilement, par la topaze et par le quarts et maintenant, supplient-elles, maintenant devient comme eux, Jean, comme le quartz et comme la topaze, deviens dur comme de la pierre.

Et nous les aimons, et nous les haïssons, et elles nous aiment, non, elles nous adorent.  Elles nous protègent des blessures du monde.  C'est tout.

Mais il en est toujours ainsi chez nous : on nous cache les horreurs du monde, rien ne s'est jamais passé et personne personne n'a jamais rien vu.

Vraiment pense-t-on alors pour la toute première fois, ces femmes sont irrécupérables.  Et plus elles parlent, plus on se dit qu'elles sont séparées en deux, carrément, avec d'un côté l'amour qu'elle ont pour nous et de l'autre, le désespoir;

La page 121 est magnifique.



C'est dans la boîte Frédéric Ernotte ♥♥♥♥♥



Avant propos éditions
Parution 15/06/2012
120 x 210 mm - 256 pages
ISBN 978-2-930627-41-0
18,95 €




RESUME



Jeff… Jeff Marnier. C’est mon nom. Je suis inspecteur. Plutôt bien coté, voire admiré par certains. Pourtant, comme tout le monde, j’ai mes problèmes. Je bosse jour et nuit. La vérité ? Je n’ai jamais beaucoup dormi. Je suis accro à la vodka, à la solitude, et depuis peu… à un site Internet. « La boîte noire ». C’est un endroit sombre. Un repère de flics. Un cloaque virtuel où je me sens chez moi. Tellement chez moi que j’oublie régulièrement de me coucher. Pourtant, cette nuit-là, j’avais enfin trouvé le sommeil. C’est toujours mauvais signe quand mon téléphone portable sonne en pleine nuit. Un tueur de flics court dans la région. Catherine est morte. Ça m’enterre encore un peu plus. Je dois me mettre au vert quelques jours. La ronde des boîtes tombe à point nommé. Un huis clos secret entre inspecteurs. Une réunion entre des inconnus en mal de découvertes. Une nuit durant laquelle soulever le couvercle d’une boîte peut vous laisser des traces indélébiles.



FRÉDÉRIC ERNOTTE

Photo Frédéric Ernotte



Frédéric Ernotte est né à Namur (Belgique) le 28 janvier 1982. Assistant social et journaliste de formation, ce jeune écrivain est un véritable touche-à-tout. C’est dans la boîte est son premier roman. Frédéric Ernotte est également à l’origine du blog "Journal d’un Workaholic", un espace virtuel où il dissèque notre quotidien sous la loupe d’un bourreau de travail.


MON AVIS


Cela fait un bout de temps que j'avais entendu parler de "C'est dans la boîte" de mon compatriote Frédéric Ernotte.

Le polar n'étant pas mon premier type de lecture, je l'avais gardé dans un coin de la tête.  Récemment dans un groupe de lecture, on en a reparlé de façon très élogieuse, sur la blogosphère aussi tous les avis sont positifs. Et hop, comme un déclic, je l'ai mis dans ma boîte en deux temps trois mouvements, sur mon ebook je veux dire.

Et sans plus attendre j'ai commencé ce super polar et je suis restée scotchée jusqu'au bout.  Pas moyen de le laisser, non, avalé d'une seule traite. Quelles belles intrigues, que de surprises.  On retient son souffle, on a des montées d'adrénaline, des sueurs froides, j'en passe.  Quel talent, quelle belle écriture, monsieur Ernotte.  Chapeau bas, un polar qui vous coupe littéralement le souffle.

Jeff Marnier a 35 ans, il est inspecteur à la crim.  Il piétine sur l'affaire du "tueur aux piercings"; Il bosse, bosse, dort très peu, carbure au café et à la vodka. Il est très impliqué dans son travail, il passe des heures à surfer sur internet pour trouver des infos.

En surfant, il tombe sur un forum : "la boîte noire". C'est spécial, cela l'intrigue, c'est un forum réservé aux flics. Ils peuvent s'exprimer, décompresser, vider leur sac avec d'autres enquêteurs du monde entier.
Il s'y inscrit. Crevé, il s'allonge enfin pour dormir un peu, lorsqu'un coup de fil le réveille.  Le "tueur des flics" a encore sévi, et dans son équipe. Une de ses collègues très proche a servi de cible.

En effet, depuis quelques temps un tordu prend pour cible des flics.  Il a le toupet de le narguer de très près sur le lieu de l'enquête.  Il rentre chez lui, écume de la vodka et sur le forum de la boîte noire il constate que l'on propose le temps d'un week-end à 8 inspecteurs francophones "La ronde de la boîte".
Il s'agira à chacun d'apporter une boîte à chaussures contenant 5 indices pour faire découvrir l'affaire aux collègues.  Sans trop réfléchir, il se dit que cela lui fera du bien de décompresser et s'y inscrit.

On se retrouve à Dochamps, dans un gîte au milieu de nulle part, cinq hommes, trois femmes, chacun avec leur boîte. Une ambiance digne d'Agatha Christie "Dix petits nègres", un véritable cluedo grandeur nature.  45 minutes par énigme, un pictionary morbide.

Une histoire dans l'histoire, ce livre est comme une poupée russe, à chaque "boîte" son histoire qui en contient une autre.. un régal, des histoires policières un peu comme des nouvelles s'enchaînent, chacune est différente et nous permet d'entrer dans la peau d'une victime, d'un tueur en série, d'un inspecteur....   Chaque personnage avec une grande psychologie.

Une écriture fluide, un texte qui coule tout seul, sans temps mort avec un humour bien de chez nous rempli de belles pointes d'ironie.  On se laisse porter, on vibre, la respiration s'accélère au fil de la lecture, l'adrénaline monte, on retient son souffle, le suspense est à son comble et lorsque l'on pense deviner ce qui se trame.... et bien non un autre rebondissement allant jusqu'au bouquet final : vraiment surprenant.

Mené de mains de maître avec une psychologie des personnages assez juste, chapeau bas.

Un vrai bon polar que je vous recommande vivement.


Un beau coup de coeur ♥♥♥♥♥


LES JOLIES PHRASES

Avec les valises que tu as sous les yeux, tu pourrais faire trois fois le tour du monde sans escale.

Le téléphone portable, c'est un peu comme un membre du corps à part entière. Une prothèse électronique sans laquelle nous ne pouvons plus vivre.

L'esprit humain est un véritable gruyère, lance Adam.  Les failles ne manquent pas et une fois qu'on a trouvé ce qui fait mal, il suffit de taper sur le clou de plus en plus fort avec rage;

Si nous passions moins de temps à nous justifier de tout peut-être que nous pourrions vivre une multitude de choses supplémentaires.

La vérité n'a que peu d'importance quand un mensonge est crédible et fait l'unanimité dans l'opinion publique.

L'être humain peut tuer pour survivre.  Pire, il peut tuer parce qu'il pense avoir un maigre espoir de survie.  L'égoïsme piétine les beaux discours et le sens du sacrifice.

La passion est-elle plus forte qu'une terrible vérité ?