jeudi 13 mai 2021

La part de l'ombre - Patrice Perna / Francisco Ruizge

 La part de l'ombre 

Tome 1   Tuer Hitler    -    Patrice Perna & Francisco Ruizge


















Glénat
Parution : 6 janvier 2021
Scénariste : Pat Perna
Dessinateur : Francisco Ruizgé
Pages : 56
Isbn : 9782344033142
Prix : 14.50 €


Présentation de l'éditeur


L'histoire incroyable mais vraie de l'homme qui a failli tuer Hitler...

Berlin, décembre 1955. Nous sommes à l’aune de la guerre froide. Guntram Muller est journaliste pour un des plus grands quotidiens, le Berliner Zeitung. Il s’intéresse à une affaire assez singulière et très éloignée des préoccupations du Rédacteur en chef : le procès en révision de Maurice Bavaud, un jeune Suisse que l’on dit « illuminé » exécuté par les nazis en 1941 pour avoir tenté d’assassiner Adolf Hitler. Ce procès, réclamé par la Confédération Suisse se soldera finalement par un jugement pour le moins étonnant : le jeune « terroriste », décapité en 1941, est condamné à cinq ans de détention et cinq ans de perte des droits civiques. Guntram, ancien inspecteur de la célèbre Kripo (Kriminalpolizei), enrôlé dans l’Abwehr en 1939, s’intéresse de près à cette histoire. Et pour cause. Il a été mandaté, à l’époque des faits, par un proche de Himmler, pour enquêter sur les éventuels complices qui auraient pu aider le jeune Suisse à approcher aussi facilement le Führer dans le lieu le plus sécurisé, le fameux Nid d’Aigle.

En 1955, toujours tourmenté par son passé, Guntram tente de réhabiliter la mémoire de Maurice Bavaud et se lance dans une vaste enquête, journalistique cette fois. Il est aidé en cela par un jeune homme, garçon de bureau au journal, pour lequel il s’est pris d’affection. Wolf Fiala rêve de devenir reporter comme son idole, le célèbre Albert Londres. Il va aider Guntram à dérouler le fil complexe de l’histoire de Bavaud. On découvrira toutes les hypothèses échafaudées au cours de cette étrange affaire : Bavaud était-il un fou de Dieu, tueur solitaire ? Était-il un espion agissant pour le compte d’une organisation secrète, A-t-il été mandaté par les alliés ou par un proche d’Hitler ? Comment a-t-il pu approcher le dictateur d’aussi près et à plusieurs reprises ? Pourquoi la Suisse a-t-elle refusé de l’aider en l’échangeant contre un espion Allemand ? Mais les apparences sont rarement fidèles à la réalité.


Patrice Perna



Né le 14 février 1966 en banlieue parisienne, Patrice Perna est scénariste de bande dessinées et journaliste. Après des études littéraires et un BTS de publicité, il s’oriente finalement vers le dessin en autodidacte et commence sa carrière d’illustrateur dans une agence de publicité (Twin Cam). C’est là qu’il fait la rencontre de Christian Debarre (Bar2) et de Fane1. A ses côtés il crée Skud, une série d’anticipation publiée aux éditions Vents d'Ouest. En parallèle il découvre le monde du journalisme et quitte celui du dessin pour s’y consacrer exclusivement. Il devient alors reporter au magazine Auto Verte (Éditions Larivière) pour lequel il couvre notamment la rubrique sport aventure. Sans jamais vraiment abandonner sa passion pour la BD, il réalise de nombreux reportages sur le Paris-Dakar, se liant d’amitiés avec Jean-Pierre Fontenay (vainqueur du Dakar en 1998) avec qui il coécrit la série Calagan dessinée par Fane. Devenu Rédacteur en chef de Tout terrain Magazine (Motorpresse France) il crée avec Henri Jenfèvre la série Tuning Maniacs. Il quitte le journalisme pour se consacrer uniquement à la bande dessinée en 2010 suite au succès du Joe Bar Team tome 7 pour lequel il a réalisé le scénario. Depuis il multiplie les collaborations avec différents auteurs dont son acolyte Fabien Bedouel avec qui il se lance dans la bande dessinée réaliste, abordant des thèmes plus historiques qu’il intègre dans des fictions (Kersten médecin d’Himmler, Forçats, Darnand le bourreau Français). En 2018, il renoue avec sa passion du journalisme en réalisant un reportage au Sénégal pour la revue XXI sur le massacre de tirailleurs sénégalais en 1944 à Thiaroye. Son article donnera naissance à un album publié aux Arènes et dessiné par Nicolas Otero : Morts par la France. En 2019, Patrice Perna prépare Valhalla Hotel avec Fabien Bedouel et La Part de l'ombre avec Francisco Ruizge. Réside en Île-de-France.  source : Glénat


Francisco Ruizgé


Dessinateur espagnol originaire de Valence, Francisco Ruizge a étudié aux beaux-arts de sa ville natale et à ceux de Paris. Alors qu’il enseigne à l’École des Arts et Métiers de Valence, il prend contact avec les éditeurs français à qui il envoie des dossiers. Il est repéré par les éditions Soleil qui lui proposent de participer à la naissance du catalogue Quadrant en 2005 avec Luxley, une série scénarisée par Valérie Mangin. Le temps d’un album, il participe également à la grande saga d’héroic fantasy, La Geste des Chevaliers Dragon avec Ange en 2009 (Soleil). En 2012, l’artiste dévoile une facette plus intimiste et sensible avec un petit ouvrage qui lui tient beaucoup à cœur, Eloïsa et Napoléon (La Boîte à bulle). A partir de 2014, Francisco Ruizge travaille avec Éric Corbeyran à l’élaboration des albums de Bodegas et Clos de Bourgogne, des histoires contemporaines dans l’univers de la viticulture pour les éditions Glénat.

Source : Glénat



 





Mon avis

Maurice Bavaud était suisse, exécuté en 1941 par les nazis pour avoir tenté d'assassiner Hitler.

Nous sommes en 1955 à Berlin, son procès en révision vient d'avoir lieu.  Malgré le fait qu'il ait été condamné à mort et exécuté, il écope d'une peine de cinq ans de prison et de cinq ans de perte de droits civiques...  Absurdie quand tu nous tiens  !!!

En effet, la cour estime qu'avoir l'intention de tuer quelqu'un est un crime même si cette personne était Hitler !

Mais ce qui pose ici question c'est l'attitude de la Suissse qui à l'époque avait l'occasion de sauver son ressortissant et qui même aujourd'hui a une attitude étrange en disant que le dossier est clos !

Guntram Muller est aujourd'hui journaliste à Berlin Est, c'est un ancien de la Kripo (service de renseignements durant la guerre) , il veut aujourd'hui refaire une enquête journalistique .

Les questions sont les suivantes :  Qui était vraiment Bavaud ?  Pourquoi vouloir tuer Hitler ?  Quels étaient ses véritables mobiles ?  

C'est passionnant, si vous aimez les bd's historiques, vous allez adorer.  Les dessins sont très beaux , très réalistes.  Les couleurs bien adaptées , elles nous replongent dans l'ambiance mystérieuse de l'époque.

Seul bémol, c'est en deux tomes, et il me tarde de connaître la suite pour éclairer toutes les zones d'ombre mises en évidence.

Ma note : 9.5/10







mercredi 12 mai 2021

Dessiner encore - Coco ♥♥♥♥♥

 Dessiner encore  -   Coco













Les Arènes BD
Parution : 11 mars 2021
Pages : 352
Isbn : 9791037502834
Prix : 28 €


Présentation de l'éditeur


L’attentat du 7 janvier 2015 tourne en boucle
dans ma tête.
Tout fout le camp en moi mais le dessin résiste…

Le récit graphique bouleversantd’un voyage intérieur, pudique et authentique.






Mon avis

Coco, de son vrai nom Corinne Rey nous propose un gros roman graphique puissant, émouvant, magnifique.  "Dessiner encore" est je pense la seule façon de pouvoir vivre et s'en sortir. C'est aussi la preuve que le dessin est la meilleure arme pour garder la liberté.

Coco était une des petites dernières arrivées à Charlie. Son premier article a été publié le 24 décembre 2014.  

Le 07 janvier 2015, première réunion de la rédaction de l'année.  Tout le monde est content de se retrouver. La réunion de la rédaction se passe et Coco s'en va discrétement pour récupérer son enfant à la halte garderie.  Et là c'est l'horreur !

Elle va être contrainte sans choix possible  d'ouvrir la porte aux tueurs de Charlie Hebdo !
C'est à une véritable scène de guerre qu'elle va être mêlée.  Le traumatisme est énorme ! 

Ce roman graphique est la réponse, un des moyens pour continuer à avancer !

Dessiner, dessiner encore pour essayer de vaincre ce sentiment de culpabilité qui lui fait revivre ancore et toujours cette horrible journée ! 

L'album est superbe, le bleu juste magnifique !  Celui de la vague qui la submerge tout le temps. Le bleu du ciel vers l'espoir.  Le bleu de l'angoisse permanente.

Le trait de crayon pour retracer les différents moments de la journée, les couleurs pour les moments heureux comme la cueillette de champignons avec son père, moments auxquels s'accrocher pour essayer de s'en sortir.

Elle rend hommage à ses collègues et amis, Charb, Cabu, Tignous, Wolin et les autres...

Elle rend hommage à leur gentillesse, disponibilité, bienveillance, humour, à l'esprit d'entraide qui régnait au journal, aux débats de la rédaction.

Humour, tristesse, sincérité dans ce bouleversant voyage intérieur, pudique et authentique.

C'est ♥♥♥♥♥

Les jolies phrases

Qu'on aime ou qu'on n'aime pas "Charlie Hebdo", c'est un journal.  La liberté de la presse, c'est une liberté sacrée pour les français. La liberté de la presse, ça veut dire la liberté d'expression et même la liberté de penser.

Si jeter de l'huile sur le feu, c'est dire ce qu'on a envie de dire au moment où on a envie de la dire, alors il n'y a plus de liberté d'expression possible, et tout est "huile sur le feu"!






mardi 4 mai 2021

Arbres en péril, Nos villes, leur dernier sanctuaire - David Happe

Arbres en péril , Nos villes, leur dernier sanctuaire
David Happe






Le mot et le reste
Parution : 18 mars 2021
Pages : 190
Isbn : 9782361397234
Prix : 19 €


Présentation de l'éditeur


Si le constat est sombre, ce témoignage montre que nous avons les connaissances nécessaires pour mieux comprendre le déclin silencieux mais massif de la biodiversité et inverser la situation.

Conçu comme un voyage botanique qui emmène le lecteur sur les cinq continents, Arbres en péril déploie l’histoire de ces migrants végétaux qui au fil des siècles ont agrémenté parcs et jardins, et dont l’avenir à l’état sauvage est largement menacé. Communément plantées dans notre environnement proche, certaines essences d’ornement peinent à subsister dans leur milieu naturel. Combien de cèdres, de séquoias, de marronniers et de milliers d’autres espèces subissent les nuisances causées par les hommes? Surexploitation forestière, sécheresse, pathogènes, urbanisation galopante entraînent un déclin massif qui affecte près de la moitié de la diversité arboricole de la planète. Il subsiste toutefois l’espoir que le grand public par son intérêt croissant pour ces grands végétaux puisse contribuer à leur sauvegarde.

David Happe


Technicien forestier et ingénieur écologue, David Happe s’investit depuis vingt-cinq ans en faveur de l’étude et de la protection de la biodiversité. Au travers de nombreux articles publiés dans des revues à destination du grand public ou des professionnels, il s’est régulièrement attaché à mettre en lumière la diversité et le rôle essentiel de la flore en général et des arbres en particulier.

Mon avis

Voici une lecture qui sort de l'ordinaire pour moi grâce à Babelio et les éditions Le mot et le reste que je remercie vivement.  David Happe nous fait prendre conscience des arbres en péril à travers le monde.

C'est super intéressant mais aussi interpellant car on parle souvent d'extinction d'espèces en pensant aux oiseaux ou autres espèces animales mais la flore et les arbres en particulier en font partie intégrante.

Dans ce livre on découvre avec de nombreuses photos et croquis à l'appui les différentes espèces, comment celles-ci on été découvertes, introduites dans d'autres contrées mais surtout on prend conscience des menaces, des gestes que l'on pourrait poser pour éviter ou ralentir ces disparitions.

Saviez-vous que sur les cinq continents, ce sont 60.000 espèces à travers le monde qui sont menacées ?

Saviez-vous qu'un tiers des conifères est en régression tout comme un tiers des érables, la moitiè des magnolias, 80 espèces de chênes, 60 de bouleaux  ? 

Saviez-vous que des arbres remarquables comme les séquoias géants sont eux aussi menacés pour cause de sécheresse, d'abandon d'anciennes pratiques ancestrales de brûlis, de vulnérabilité aux insectes, d'un environnement de sapins plus inflammables ?

Ce livre est très bien illustré, de nombreuses photos (juste dommage qu'elles soient en noir et blanc), planches ou documents nous racontent l'histoire d'espèces, leur découverte, leur introduction dans d'autres continents. 

Après avoir parcouru diverses espèces et les menaces pesant sur elles ; comme le peuplier noir victime de pollution, se développant le long des cours d'eau de plus en plus enfouis,  les sorbiers de Serbie, victime collatérale de la guerre, la menace du bois de rose en Afrique, du Gingo Biloba ou des magnolias en Asie , on se penchera sur les causes et solutions pour enrayer le mouvement.

Les causes de disparition :

  • Les grands incendies liés souvent aux changements climatiques, à la sécheresse.
  • Les abattages urbains, diminution de nouvelles plantations comme le marronier par exemple en ville, les arbres ététés, élagués, mutilés pour des raisons de sécurité qui les fragilisent en cas de sécheresse et tempête.
  • L'exploitation intensive comme la biomasse aux Etats-Unis
  • La déforestation et l'apparition de nouveaux parasites suite à cela
  • L'intensification de la sylviculture
  • La pollution urbaine
  • L'imperméabilisation des sols  etc...
A nous d'agir en étant plus conscient de cela et en changeant nos comportements, en créant des banques de graines et en conservant des arbres remarquables dans les arboretum, jardins et parcs botaniques,  en élevant certains arbres ex-situ pour les réintroduire après dans les pays d'origine. 

A nous d'être responsables.

Ma note : 8/10

dimanche 2 mai 2021

BILAN DE LECTURE D'AVRIL

 Bilan de lecture d'avril 




Avril comme chaque année c'est le mois belge.  Je ne déroge pas à cette tradition, même si je lis belge toute l'année , neuf pour ce mois d'avril.  Je vous laisse découvrir ma chronique en cliquant comme à chaque fois sur la couverture si celle-ci est publiée.


La mise à jour de cette page est mensuelle.


J'avais adoré "Des barreaux aux fenêtres" publié il y a quelques années, celui-ci m'a également séduite. C'est chez Weyrich, une maison d'éditions de chez nous à soutenir.




Une bd culte republiée colorisée , magnifique 




Une lecture différente grâce à Babelio et masse critique, un essai très intéressant





Comme à chaque fois un récit très fort de Geneviève Damas  ♥




Une nouvelle plume primée par le Prix écritures Noires, déjanté, jouissif.




Un peu de rêve et de fantasy avec cette nouvelle série .  Evasion garantie.




Un auteur belge incontournable, un excellent roman d'Armel Job.





Un premier roman qui nous parle du déracinement  chez Diagonale éditions.
 





Le dernier Servais, mon chouchou en bd, il dessine la forêt et les animaux de façon extraordinaire.





Encore un premier roman exceptionnel, une symphonie familiale.




Un petit opuscule dont je vous parle bientôt.





Je suis toujours en cours de lecture de :


Si les dieux incendaient le monde - Emmanuelle Dourson

Si les dieux incendiaient le monde - Emmanuelle Dourson







Grasset
Parution : 13 janvier 2021
Pages : 256
Isbn : 9782246823643
Prix : 20 €


Présentation de l'éditeur

Une famille déchirée que le destin va rassembler lors d’une extraordinaire soirée.

Il y a Jean, le père ; Clélia, sa fille aînée ; Albane, la cadette que personne n’a revue depuis que sa sœur lui a volé l’homme qu’elle aimait, quinze ans plus tôt ; Yvan, que Clélia a épousé depuis. Et Katia, leur fille, qui de cette tante disparue sait ceci : elle vit à New York, est devenue une célèbre pianiste, son souvenir hante encore ses parents. Leurs vies basculent le jour où Jean apprend qu’Albane doit donner un concert à Barcelone et décide de s’y rendre. Chacun, à sa manière, devra y assister.

Magistral, ce premier roman est une prouesse littéraire, une épopée où d’une voix, celle de l’énigmatique narratrice, le destin d’une famille est retracé avant d’être à nouveau chamboulé. Y gronde la rumeur de notre monde incendié, appelé lui aussi à se retrouver pour survivre.


Emmanuelle Dourson  nous en parle




Née en 1976 à Bruxelles, Emmanuelle Dourson a fait des études de lettres. Si les dieux incendiaient le monde est son premier roman.




 

Palau de Musica                                                     Opus 111  Beethoven




Mon avis

C'est un premier roman pour ma compatriote Emmanuelle Dourson.

C'est sous forme d'un roman choral, que dis-je d'une symphonie familiale que nous est proposée cette petite pépite. Un livre riche et exigeant où la musique, la littérature et l'art occupent une partie majeure.

Il s'agit d'un double drame familial qui unit les différents membres de la famille, drame dont la narratrice principale Mona nous échappe au début... J'avoue que cela m'a un peu dérouté.    Elle se dévoile au fil des chapitres, elle qui nous parle du passé, de ce qui a détruit cette famille mais aussi de demain et de l'espoir porté pour que réparation soit faite et ses regrets oubliés.

Chapitre après chapitre avec chaque personnage ayant une voix bien spécifique, on entre littéralement dans leur tête, dans leurs pensées et comprend ce qui les relie les uns aux autres.

Il y a Jean, le père impotent, en introspection dans la contemplation de son tableau de Smargiassi et les mots de Nabokov, Clélia sa fille la soeur d'Albane - se préoccupant du réchauffement climatique , absente, en fuite en Ethiopie, Yvan le beau-frère mari de Clélia , premier amour d'Albane, Katia, la nièce fille de Clélia - une ado qui se cherche- et enfin Albane la fille cadette de Jean.

Albane a fui l'Europe il y a 15 ans sans adresse gardant comme lien l'unique carte postale de voeux annuelle.

Chaque protagoniste a entendu l'info, Albane grande musicienne internationale donnera un concert au Palau de Musica de Barcelone.  Cette nouvelle va bousculer la famille et tout va basculer car chacun devra assister à cet événement à sa manière.

Ce premier roman est magistral même si j'avoue avoir eu un peu de mal à situer la narratrice au départ.  Il est surprenant, exigeant avec une structure narrative un peu perturbante mais adéquate, parfaite. 

L'écriture est poétique, fluide, imagée.  Les mots sont savamment choisis avec précision et efficacité. 

C'est un voyage auquel Emmanuel Dourson nous convie, une ode aux voyages même, que ce soit les descriptions des lieux, en particulier le Palau de Musica mais aussi dans le domaine de l'art; la peinture de Smargiassi à Vélasquez, de la littérature avec entre autre Nabokov, Homèren Jacottet et bien entendu la musique avec en particulier l'opus 111 de Beethoven.

La psychologie des personnages, leur façon de penser qui les relie les uns aux autres est puissante.  D'autres thèmes universels sont abordés comme le réchauffement climatique et la fin programmée de notre planète, la solitude, les regrets, la fuite...

Un très beau premier roman à découvrir. Un roman qui doit infuser afin de pouvoir dégager toute sa puissance et sa grandeur.

Ma note : 9.5/10  uniquement lié à mon état de concentration au début du roman



Les jolies phrases

Revoir sa fille, l'entendre et l'admirer.  Observer le fruit de ses entrailles.  Car même pour un homme vieux et un père délaissé, l'enfant qu'il avait conçu restait la chair de sa chair, et si celle-ci se détachait de lui, elle laissait une blessure.  Jean voulait retrouver l'enfant et refermer la plaie.

Pourquoi tant d'inquiétudes puisqu'un jour disparaîtrait l'étoile dont dépendait la vie ?

L'âge n'est pas un fardeau mais une chance.

Après un concert j'ai besoin de calme, je me cache dans ma loge et j'éteins tout, parfois j'allume une bougie, je dois recueillir tous ces fragments qui sont sortis de moi, je dois les rassembler, c'est une opération longue et douloureuse, je suis exangue, mais le public ne comprend pas, il vient frapper à ma porte, il a besoin de se répandre, surtout ne rien garder, et il pleure son émotion à mes pieds.

Il ne fallait pas vivre dans un mausolée, avait-elle dit, pour rester vivant on devait éloigner de soi les têtes sans force des morts.  

Une mouche s’était posée sur le pupitre de Katia, les pattes engluées dans une tache d’encre, et plus le poème s’étirait plus la tache autour de la mouche s’élargissait. Un monde inconnu s’ouvrait à la pensée, on pouvait le prolonger à l’infini, écouter ses résonances, c’était donc ça, la culture, avait-elle pensé, une tache bleue qui se dilatait, une source où venait s’abreuver l’imaginaire. On découvrait un univers parallèle, des eaux nous portaient vers des rivages insoupçonnés, on allait vivre enfin, explorer les abysses, voguer d’un courant à l’autre puis s’échouer quelque part, épuisé et ravi. On aurait gardé sur soi les traces du voyage, la clarté pâle de « l’aurore aux doigts de rose » qu’Homère avait offerte au héros aux mille ruses. On allait pouvoir peindre des fresques, dessiner des traits sur un vase, des traits fins, ceux d’un navire, rouge sur fond noir, et Ulysse attaché au mât. Du fond du vase nos descendants entendraient peut-être un jour monter le chant des sirènes.

Bien des années plus tard, quand j'avais regardé l'album avec Katia, elle m'avait demandé pourquoi j'avais l'air triste sur les photos et je lui avait parlé d'Albane, de mon amour pour elle - l'enfant chérie est toujours celle qu'on ne voit pas, celle qui s'en va.  A la place vide qu'elle avait laissée j'avais bâti des cités, des mondes, un univers, sur son absence j'avais tracé mille routes imaginaires.  J'aurais voulu garder pour moi l'enfant prodige - mes enfants n'avaient pas besoin de gloire, d'amour seulement.  Mais il n'y avait pas eu assez d'amour, il avait donc fallu la gloire. 

Le jour où il n'y aurait plus personne pour entendre les bruits, y aurait-il encore des bruits ? 

Yvan aurait-il eu raison ?  l'univers en expansion n'était-il que la dilatation du temps ? notre existence n'était-elle que l'étirement dans la durée du noyau originel où notre destin était écrit ?

Pour la vingtième fois elle tentait de se rassembler, de réunir toutes les notes comme les perles d'un collier, de les enfouir en elle pour pouvoir bientôt les distribuer.  Non pas les disperser comme le collier cassé de Clélia, mais les égrener selon un ordre précis, rigoureux et continu, presque mathématique, une ligne d'exécution tant de fois répétée que l'interprétation risquait d'être banale si Albane ne retrouvait pas le feu des premières fois.  Derrière ses paupières fermées, c'était cela qu'elle guettait au fond d'elle - la flamme qui parfois se ranimait quand elle parvenait à réduire au silence ses ruminations.