lundi 12 janvier 2026

James - Percival Everett

 James  -   Percival Everett
















L'Olivier
Parution : 22 août 2025
Traduit de l'américain par Anne-Laure Tissut
Pages : 288
Isbn : 9782832622188
Prix : 23.50 €

Présentation de l'éditeur


« Ces gamins blancs, Huck et Tom, m’observaient. Ils imaginaient toujours des jeux dans lesquels j’étais soit le méchant soit une proie, mais à coup sûr leur jouet. [...] On gagne toujours à donner aux Blancs ce qu’ils veulent. »


Qui est James ? Le jeune esclave illettré qui a fui la plantation ? Ou cet homme cultivé et plein d’humour qui se joue des Blancs ? Percival Everett transforme le personnage de Jim créé par Mark Twain, dans son roman Huckleberry Finn, en un héros inoubliable.

James prétend souvent ne rien savoir, ne rien comprendre ; en réalité, il maîtrise la langue et la pensée comme personne. Ce grand roman d’aventures, porté par les flots tourmentés du Mississippi, pose un regard incisif entièrement neuf sur la question du racisme. Mais James est surtout l’histoire déchirante d’un homme qui tente de choisir son destin.


Percival Everett



Percival Everett est né en 1956 en Géorgie. Il étudie la biochimie et la philosophie à l’université de Miami, avant d’obtenir un diplôme en philosophie à l’université Brown, où il amorce sa carrière littéraire. Il est professeur d’anglais et directeur du département de littérature anglaise à l’université de Californie du Sud à Los Angeles.

Son premier roman, Suder (1983), met en scène un joueur de baseball professionnel en pleine crise existentielle. Il enchaîne avec Walk Me to the Distance (1985), centré sur un vétéran du Viêt Nam, puis God’s Country (1994), un western parodique qui interroge les tensions raciales et de genre.

En 2001, il publie Effacement (Erasure), qui explore les stéréotypes raciaux dans le monde littéraire à travers le personnage de Thelonious Monk Ellison, écrivain noir confronté aux attentes du marché éditorial. Ce roman est adapté au cinéma sous le titre American Fiction en 2023.

En 2005, Wounded (Blessés) marque son incursion dans le roman policier. L’intrigue, située dans l’Ouest américain, aborde les thèmes de l’intolérance, de l’homophobie et du racisme. Avec Assumption (Montée aux enfers, 2011), il poursuit cette veine en déconstruisant les codes du roman noir à travers une enquête menée par un shérif adjoint du Nouveau-Mexique.

Son roman James, publié en 2024, revisite le classique Les Aventures de Huckleberry Finn du point de vue de Jim, l’esclave en fuite. L’ouvrage est sélectionné pour le Prix du roman Fnac 2025 et remporte le National Book Award en 2024 ainsi que le prix Pulitzer de la fiction en 2025.

Source : Fnac


L'avis de mon mari

Le point de départ de ce roman est Huckleberry Finn de Mark Twain . Percival Everett reprend le personnage de l’esclave Jim pour cette fois-ci en faire le héros de son roman. C’est donc de la perspective de l’esclave que l’histoire se déroule juste avant le début de la guerre de Sécession qui va voir s’affronter les armées du Nord abolitionnistes aux armées du Sud qui elles sont en faveur de l’esclavage.

Jim , esclave de Miss Watson, va être vendu et séparé de sa femme Sadie et de sa fille Lizzie. Pour éviter cela, il prend la fuite. Seul Huck est au courant de sa fuite et va l’accompagner. Ensuite s’enchaîne toute une série de péripéties où notamment Jim va être engagé comme chanteur dans une troupe de blancs qui se maquillent…en noir ! Il rencontre divers personnages pas toujours très fréquentables et risque de se faire reprendre à chaque fois car sa tête est mise à prix. Son seul objectif est de retrouver sa femme et sa fille et de passer dans un état du Nord abolitionniste.

Le roman se lit comme un livre d’aventures ; le suspense est constamment au rendez-vous. Mais au-delà de tout cela c’est le combat acharné d’un homme pour se libérer de son état d’esclave qui prédomine. C’est aussi une leçon d’histoire pour les plus jeunes qui n’auraient jamais entendu parler de la guerre de Sécession et de l’esclavage. Une écriture fluide, principalement constituée de dialogues qui ferait de ce roman une excellente adaptation cinématographique.

James a reçu le prix Pulitzer 2025.

Sa note : 9/10

dimanche 11 janvier 2026

Mignon - Jérémy Pailler ♥♥♥♥♥

 Mignon - Jérémy Pailler





















L'école des loisirs
Kaléidoscope
Parution : 01/10/25
Pages : 70
Isbn : 9782378883102
Prix : 15 €
Lectorat : 3 à 6 ans

Présentation de l'éditeur

Dans la ville de Chocottes, habiter une maison hantée est une véritable fierté ! Malheureusement, Germain n'a pas cette chance. Chez lui, pas l'ombre d'un monstre ou d'un démon du sol au plafond… Mais cette année, pour la fête d'Halloween, Germain a un plan. Au grenier, il a découvert un vieux grimoire contenant une incantation mystérieuse censée invoquer la créature la plus terrifiante qui soit ! Du moins, c'est ce qu'il croit…

Jérémy Pailler

Né en 1988, Jérémy Pailler travaille sur des projets d’illustration allant du livre à l’affiche de film, en passant par des courts-métrages animés. Il a participé à diverses résidences d’artiste à l’étranger et possède un doctorat en arts plastiques. Il vit à Limoges.










Mon avis

Bienvenue à Chocottes ! Une ville où chaque maison est hantée sauf une, celle de Germain.
A la récré, les enfants comparent les monstres terrés dans leur maison, car les fantômes, vampires sont vraiment leur fierté.  Ils aiment se faire peur et surtout à Halloween.

Même si la maison de Germain a des allures inquiétantes dignes du village, aucun monstre ne l'habite et Germain est solitaire.  Il en a marre, a découvert dans son grenier un vieux grimoire pour faire apparaître un monstre, il compte bien effrayer ses compagnons de classe cette année !  mais le monstre espéré ressemble plus à un animal de compagnie tout en douceur.

Germain réussira-t-il à épater se copains ?  

Un livre magnifique, le graphisme est vraiment magnifique, tout en douceur, un univers fantastique avec pleins de détails. C'est vraiment somptueux.

Le plus important dans la vie c'est quoi ?  se faire peur, impressionner les autres ou tout simplement trouver l'amitié sincère.

A mettre dans toutes les mains.

Coup de cœur ♥♥♥♥♥







samedi 10 janvier 2026

Amours fragiles - l'intégrale tome 2

 Amours fragiles - intégrale- 2  /  Beuriot & Richelle





























Casterman
Parution : 10/09/2025
Scénario : Philippe Richelle
Dessin : Jean-Michel Beuriot
Pages : 200
Isbn : 9782203290617
Prix : 32 €


Présentation de l'éditeur


La grande saga historique de Beuriot et Richelle enfin en intégrale dans un format plus compact.


Octobre 1940. Caserné dans la région de Cologne où il s’ennuie ferme, Martin s’efforce d’obtenir sa mutation à Paris, espérant secrètement pouvoir y retrouver Katarina, son ancienne voisine d’autrefois, juive allemande réfugiée dans la capitale française. Pendant ce temps, à Paris justement, Katarina est devenue Catherine. Très discrète sur la question de ses origines, la jeune femme y est témoin du durcissement accéléré des dispositions antijuives orchestrées par le régime de Vichy. En ligne de mire, parmi tant d’autres, son oncle Pierre, petit industriel patriote et ancien combattant de 14-18, qui va se voir brusquement dépossédé de l’entreprise qu’il dirige au seul motif qu’il est israélite…

Avec un dossier historique de Luc Révillon.


Ce volume reprend les albums Katarina, Résistance, et L'armée indigne.


Philippe Richelle 




Philippe Richelle, diplômé en sciences politiques, débute sa carrière en 1986 (Le Lombard). En 1993, il entre au mensuel (À suivre) où il écrit entre autres Belle comme la mort pour Jean-Michel Beuriot. Parallèlement à de nombreux autres projets, il entame avec Beuriot, chez Casterman en 2001, la série Amours fragiles, qui relate avec nuance et sensibilité le deuxième conflit mondial. En 2019, toujours pour Jean-Michel Beuriot, il écrit un one-shot consacré à Voltaire (Casterman) : Voltaire, le culte de l'ironie.


© Philippe Richelle


Jean-Michel Beuriot



Publié dans (À suivre), Jean-Michel Beuriot acquiert une réputation qui le mène à un premier album, Le Bruit des bottes (Glénat). Avec Philippe Richelle, il dessine Belle comme la mort qui paraît en 1995 chez Casterman. Les deux auteurs créent ensuite la série Amours fragiles qui trouve sa conclusion en 2023 (Casterman). En 2019, ils ont aussi publié un one-shot consacré à Voltaire (Casterman).


Source : Casterman





L'avis de mon mari



Ce deuxième volume d’Amours Fragiles reprend 3 albums sortis précédemment : Katarina, Résistance et l’Armée Indigne.

Martin notre jeune allemand intégré contre sa volonté dans la Wehrmacht est en poste à Cologne en 1940 mais réussit à se faire muter à Paris.

Là il retrouve Katarina qui se fait appeler Catherine pour cacher ses origines juives.

Martin retourne à Cologne pour finalement partir en 1943 pour l’Ukraine dans l’épisode ‘L’Armée Indigne’ où il assiste aux crimes de la Gestapo et de certains soldats de l’armée allemande. Crimes que le colonel de son régiment essaie de cacher.

On quitte momentanément Martin et Katarina dans l’épisode ‘Résistance’ où l’on assiste à la traque des résistants français par la Gestapo.

Il reste 3 épisodes qui paraitront dans l’intégrale 3.

Toujours aussi passionnant et superbement scénarisé et dessiné.


Sa note : 8.5/10

Retrouvez son avis  sur la première partie

Il suffit de cliquer sur la couverture














jeudi 8 janvier 2026

Amours fragiles - l'intégrale tome 1 - Beuriot & Richelle

 Amours fragiles  -  Beuriot & Richelle





























Casterman
Parution : 28/05/25
Scénario : Philippe Richelle
Dessin : Jean-Michel Beuriot
Pages : 208
ISBN : 9782203290600
Prix : 32 €


Présentation de l'éditeur


La grande saga historique de Beuriot et Richelle enfin en intégrale dans un format plus compact.


1932. L'Allemagne traversait une crise sans précédent. Mon père, comme de nombreux compatriotes, voyait en Hitler le seul homme capable de la redresser. Je désapprouvais en silence... C'est à cette époque que Katarina vint habiter en face de chez nous. Je découvris des sentiments inconnus jusqu'alors... Les choses auraient pu être simples, s'il n'y avait eu ma timidité et, surtout, l'arrivée des nazis au pouvoir...


Philippe Richelle 




Philippe Richelle, diplômé en sciences politiques, débute sa carrière en 1986 (Le Lombard). En 1993, il entre au mensuel (À suivre) où il écrit entre autres Belle comme la mort pour Jean-Michel Beuriot. Parallèlement à de nombreux autres projets, il entame avec Beuriot, chez Casterman en 2001, la série Amours fragiles, qui relate avec nuance et sensibilité le deuxième conflit mondial. En 2019, toujours pour Jean-Michel Beuriot, il écrit un one-shot consacré à Voltaire (Casterman) : Voltaire, le culte de l'ironie.


© Philippe Richelle


Jean-Michel Beuriot



Publié dans (À suivre), Jean-Michel Beuriot acquiert une réputation qui le mène à un premier album, Le Bruit des bottes (Glénat). Avec Philippe Richelle, il dessine Belle comme la mort qui paraît en 1995 chez Casterman. Les deux auteurs créent ensuite la série Amours fragiles qui trouve sa conclusion en 2023 (Casterman). En 2019, ils ont aussi publié un one-shot consacré à Voltaire (Casterman).


Source : Casterman






L'avis de mon mari



Ce livre est le premier volume d’une intégrale dont les premiers albums ont paru dans les années 90. Le tout premier album ‘ Le Dernier Printemps’ publié en 1997 dans les derniers numéros du magazine A Suivre avait rencontré un grand succès autant auprès des critiques que des lecteurs.

Ce premier tome reprend trois albums : ‘Le Dernier Printemps’, ‘Un Ete à Paris’ et ‘Maria’.

Le personnage central est Martin Mahner. Martin est un lycéen brillant , très sérieux dans ses études mais aussi très timide avec les filles. Un jour, il remarque du mouvement en face de chez lui. Une famille vient de s’installer. Il s’agit du docteur Braun , de sa femme et sa fille Katarina. Martin est très vite fasciné par Katarina . Il ne sait pas comment l’aborder et lui prête des livres comme prétexte pour lui parler. Il est très clairement amoureux d’elle mais n’arrive pas à le lui dire. Katarina lui présente une amie Andrea qui elle porte un intérêt plus que clair à Martin. Tout cela se passe dans une ambiance assez morose qui annonce l’arrivée des Nazis au pouvoir. Le père de Martin est un admirateur du Fuhrer, Martin lui est plutôt réfractaire aux idées nazies.

Commencent aussi toutes les représailles envers les Juifs. Or Katarina est juive.

Comment Martin va-t-il pouvoir exprimer son amour pour Katarina en cette période trouble où il ne fait pas bon exprimer son soutien au peuple juif et comment éviter un conflit frontal avec son père sur l’idéologie nazie ?



Au travers de cette histoire d’amour, c’est la montée du nazisme que l’on observe.

On quitte Martin juste avant que la guerre n’éclate.

La suite dans le volume 2….



Une bande dessinée passionnante entre histoire d’amour et récit d’aventures sur fond de montée de la peste brune.




mercredi 7 janvier 2026

Une pension en Italie - Philippe Besson ♥♥♥♥♥

 Une pension en Italie -  Philippe Besson   ♥♥♥♥♥



























Julliard
Parution : 08/01/2026
Pages : 240
Isbn : 9782260056782
Prix : 21 €

Présentation de l'éditeur

Milieu des années 60, en Toscane.
Un été caniculaire.
Une famille française en villégiature.
Un événement inattendu.
Des vies qui basculent irrémédiablement.
Un secret qui s'impose aussitôt.
Un écrivain, héritier de cette histoire, en quête de la vérité.

Mêlant suspense et sensualité, Une pension en Italie est un roman solaire sur le prix à payer pour être soi, en écho à Chambre avec vue et Sur la route de Madison.

L'auteur





crédit photo:
©Maxime Reychman



Philippe Besson est un écrivain, scénariste et dramaturge. En l'absence des hommes, son premier roman, publié en 2001, est couronné par le Prix Emmanuel-Roblès. Depuis lors, il construit une œuvre au style à la fois sobre et raffiné. Il est l’auteur, entre autres, de Son frère, adapté au cinéma par Patrice Chéreau, L'Arrière-saison (Grand Prix RTL-Lire), Un garçon d’Italie et La Maison Atlantique. En 2017, il publie Arrête avec tes mensonges, vendu à plus de 120 000 exemplaires, couronné par le Prix des Maisons de la Presse et Un personnage de roman, portrait intime d’Emmanuel Macron, alors engagé dans la campagne présidentielle. Il revient à l'autofiction en 2019 avec Un certain Paul Darrigrand puis Dîner à Montréal​. Ses romans sont traduits dans vingt langues.

Un tango en bord de mer, sa première pièce en tant que dramaturge, a été jouée à Paris près de 200 fois en 2014 et 2015 au Théâtre du Petit Montparnasse.
Il a également multiplié les collaborations avec le milieu du cinéma et de la télévision, ayant notamment écrit le scénario de Mourir d'aimer (2009), interprété par Muriel Robin, de La Mauvaise rencontre (2010) avec Jeanne Moreau, du Raspoutine interprété par Gérard Depardieu, et de Nos retrouvailles (2012) avec Fanny Ardant et Charles Berling.


Mon avis

Coup de cœur absolu pour ce nouveau Besson, je commence l'année comme l'an dernier en compagnie de la plume de cet auteur que j'aime de plus en plus. 

Une plume sincère, sensible, pudique, qui a le don de me capter dès les premières lignes.  Besson raconte toujours avec brio et le lecteur se laisse emporter par l'atmosphère, l'ambiance, l'authenticité de ses mots.  

Ce livre c'est l'histoire d'un secret de famille, lourd, enfoui depuis des années.  Ce n'est qu'à la mort de sa grand-mère, Gaby en 2010, qu'il va essayer de lever le voile, de comprendre et faire parler sa mère Suzanne.  Il revient sur un voyage déterminant en Toscane en juillet 1964.

Gaby a fait toute sa carrière aux PTT, elle a 20 ans en 1939 lorsqu'elle épouse Paul Virsac, professeur d'italien. Après la guerre deux enfants : Suzanne (la mère du narrateur) suivie huit ans plus tard de sa sœur Colette.  Suzanne a 18 ans, l'été 64, son père Paul , 44. Ce sont les vacances, Paul a décidé d'emmener toute sa famille à la découverte de la Toscane, pays dont il est amoureux.  Ils partent avec la 404 pour une pension à San Donato dirigée par Sophia et son cuisinier Sandro, 30 ans.

Le voyage a bien commencé, Paul est heureux je pense, ils visitent, prennent des photos, les descriptions de la région sont magnifiques, on ressent la moiteur de l'été. 

Une insolation, un événement inattendu et ce bonheur bascule.  Paul va se retrouver face à un dilemme, il va être face à lui-même, confronté au regard de la société, du poids de l'éducation.  Il se passera un événement devenu tabou dans la famille à tel point qu'il est difficile pour le narrateur de faire parler sa mère, de trouver des éléments de réponses.

Je ne vous en dis pas plus car c'est en lisant le récit découpé en 5 parties que vous les trouverez.

Un récit qui m'a beaucoup émue, retournée.  Nous sommes en 2026, l'époque est différente mais le regard des autres, de la société pèsent encore dans des causes parallèles, rien ne devrait interdire l'être humain à être lui même, à vivre sa vie parce que c'est ainsi.

Une petite pépite à lire absolument.  

Merci Philippe Besson pour vos récits qui m'enchantent à chaque fois.

C'est un énorme coup de cœur

Les jolies phrases

Si j'ai un conseil à te donner, en ce jour particulier où la vie s'ouvre devant toi, où l'avenir t'appartient c'est : sois toi-même, ne triche pas, ne t'oblige pas à faire ce qu'on attend de toi pour plaire aux autres, emprunte ton propre chemin, va au bout de tes envies, sinon c'est elle qui viendront à bout de toi.

La vie, tu la vis aussi pour les autres. Tu n'es pas tout seul sur cette terre. 
Sauf que c'est pas de la vraie vie, si tu n'as pas commencé par t'accepter tel que tu es. C'est de la comédie. Du conformisme. Tu ne crois pas qu'il est temps que tu l'acceptes ? 


C'est lui qui m'a fait comprendre que tu ne choisis pas d'être homo, que tu ne décides de rien. Ça te tombe dessus, tu n'y peux rien, c'est le hasard qui a distribué les cartes, c'est aussi bête que ça. Alors, c'est sûr que tu peux te désoler d'avoir hérité d'une mauvaise carte, mais ça ne changera pas ta carte.


C'était une autre époque, on se mariait jeune, on faisait des enfants tout de suite, au moins deux, on restait ensemble toute la vie, un soupçon pesait sur ceux qui déviaient.


Oui, la peur, celle de se trahir, d'être découvert. La peur parce que refluent, tout à coup, tant d'élans réprimés, parce que se fissurent toutes les murailles patiemment érigées. La peur de l'inconnu aussi.
Oui, la sidération de n'avoir rien vu venir, rien du tout, de ne pas être allé au-delà des apparences. Et parce que cette rencontre avec soi-même si longtemps empêchée avait fini par devenir improbable ; un embarras certains jours mais qu'on parvient à éloigner, un souvenir mais qui se chasse, un obstacle jadis mais qu'on aurait fini par surmonter.
Oui, le désir. Celui, éclatant, douloureux, qu'on ressent, pour l'autre si différent et semblable pourtant. Celui qu'on provoque aussi, qu'on s'étonne de provoquer aussi parce que ce n'est pas arrivé si souvent.


Cela commence forcément dans l'adolescence.  Cela commence toujours dans l'adolescence. En réalité, c'est là dès le début, c'est ainsi, il n'y a pas à discuter, c'est constitutionnel, foncier, ça ne s'acquiert pas mais, pendant longtemps, c'est dormant, presque inerte, jusqu'à la métamorphose du corps, jusqu'au surgissement du désir, et alors ça se manifeste, malgré soi, ça aveugle. 

Je parle de peur mais il ne s'agit pas que de cela.  Il y a la honte également. Ses pulsions, lorsqu'elles le font souffrir, lui paraissent abjectes, il sait qu'elles inspirent du mépris, un dégoût moral. D'ailleurs, si cette inclination est condamnée par la grande majorité de la société, il doit bien y avoir une raison.  Y céder, ce serait choisir le déshonneur et le scandale. 

On ne parle pas de ce qui n'existe pas, de ce qui n'a jamais existé. 

Vis ce que tu as à vivre mais sache que tu vas devoir te cacher, parce qu'ils ne veulent pas de toi.

Tu seras malheureux parce que tu vas devoir te cacher mais tu seras plus malheureux encore si tu te mens, si tu te trahis.

Du même auteur j'ai lu

Cliquez sur la couverture pour avoir accès à l'article