L'envol de la mémoire - Myriam Spira
Essais et documents
Parution : 14/01/26
Pages : 198
ISBN :9782246841906
Prix : 20 €
Présentation de l'éditeur
Betty, résistante, a vingt et un ans lorsqu'elle est arrêtée à Bruges, en mars 1942, pour avoir dissimulé un poste émetteur clandestin. Elle est déportée au camp de Ravensbrück puis de Mauthausen. Joseph, juif et résistant, est arrêté quelques mois plus tard, Gare du Midi à Bruxelles, et déporté à Auschwitz-Birkenau. C'est après leur libération, à bord d'un train de la Croix-Rouge, que Betty et Joseph se rencontrent. Cinq enfants grandissent dans l'ombre de ce couple singulier, beau et meurtri. Cinq enfants pour reconstruire une famille décimée, celle de Joseph, dont le père et les quatre frères et soeurs ont été assassinés dans les camps.
Petite, Myriam Spira écoutait ses parents raconter : la faim, le froid, les souffrances, la douleur des expériences médicales. Mais aussi leur combat pour la vie, l'espoir de retrouver une existence normale. Cet héritage douloureux imprègne l'âme des enfants qui connaîtront le mal-être existentiel, et la difficulté à devenir parents à leur tour. Autant de symptômes d'une transmission souvent indicible.
Myriam Spira nous offre le récit rare d'une « deuxième génération », l'histoire de sa vie déportée dans les souvenirs de ses parents, mais aussi de sa reconstruction : à quarante-six ans, grâce à une volonté féroce, elle obtient sa licence de pilote privé et part seule survoler les camps, pour comprendre, maintenant adulte. Et raconter à son tour.
Un récit bouleversant.
Myriam Spira
Myriam Spira vit aujourd’hui à Bruxelles. L'envol de la mémoire est son premier livre.
Mon avis
C'est le premier livre de ma compatriote Myriam Spira. Un témoignage, un document qui nous parle d'un sujet peu abordé en littérature, le poids de la transmission, du transgénérationnel, du trauma de la Shoah.
Myriam Spira est la fille non pas d'un survivant mais de deux survivants de la Shoah. Depuis sa plus tendre enfance, ses parents racontent et partagent leur histoire, l'indicible vécu dans les camps. Cette ouverture de la parole n'est pas sans conséquence sur les générations à venir, c'est l'objet de ce récit.
Pour comprendre il faut d'abord découvrir l'histoire de ses parents. Joseph son père, juif et résistant, violoniste, arrêté le 30 juillet 42, déporté à Auschwitz Birkenau pendant 998 jours, 33 mois. Il reviendra le 18 mai 1945.
Betty, sa maman, âgée de 21 ans lors de son arrestation, pour avoir caché un poste émetteur clandestin, seule survivante de son groupe dénoncée par une taupe. Elle a été déportée à Ravensbrück et Mauthausen, comme prisonnière politique classée Nacht und Nebel. Un parcours particulièrement dur avec des périodes d'isolement total.
Ces deux parties du récit sont extrêmement difficiles à lire car elles nous font part de leurs souffrances, de l'indicible, des conditions de détention atroces, inhumaines, de leurs vécus , de leur courage, de cette force de vivre. Indispensable pour comprendre ce qu'ils ont transmis car plutôt que le mutisme et le silence, ce couple qui s'est rencontré dans un train de la Croix Rouge vers un sanatorium à Chamonix, a fait le choix de parler entre eux, devant leurs enfants. Cinq enfants pour reconstruire la famille décimée de Joseph dont le père et ses quatre frères et sœurs ont été assassinés dans les camps.
Que faire lorsque l'on a toujours entendu raconter la souffrance, la faim, la douleur, les expériences médicales, l'horreur, même si ses parents se sont toujours battus pour la vie?
Myriam nous parle de ce mal-être existentiel , de la difficulté de devenir parent à son tour, de ses questionnements personnels et du poids sur la troisième génération. Myriam nous parle de sa prise de conscience de la souffrance héritée mais aussi du droit de s'en libérer, de faire quelque chose pour vivre pour elle.
Un déclic, une force et le besoin, à 46 ans de devenir pilote d'avion privé. D'aller survoler les camps, les lieux et de raconter pour s'en libérer à son tour, de retrouver ses racines.
Une très jolie plume chargée d'émotion et d'amour. C'est lumineux, rédempteur. Un récit qui bouleverse, indispensable.
A découvrir.
Ma note : 8.5/10
Les jolies phrases
Ecrire m'a permis d'alléger un peu et de comprendre que leurs vies et leurs destins ne m'appartenaient pas et que j'avais le droit de m'en délester.
Leur combat pour la survie en avait fait des vainqueurs. De véritables héros. Cela laisse sans voix. Ils ont survécu à l'enfer pour redonner la vie.
Et ce jour là, il prend conscience qu'en chaque être humain sommeille une bête.
Que ma vie m'enchante ou me désole ou que la mort m'interpelle sans crier gare. Je leur dois cette vie, un véritable défi pour eux.
C'était alors que j'étais là-bas depuis un bon bout de temps, quelques mois, ce qui était déjà assez long... Je marchais la tête baissée pour éviter les petits cailloux qui vous heurtent les pieds et soudain j'ai entendu un oiseau chanter : un chant d'oiseau ! L'hiver était passé et je remarquai cet oiseau et la nature. Pendant que je marchais, je me suis mis à pleurer. Pleure comme un bébé. Remarquant subitement la nature, les fleurs, les arbres, les animaux, le soleil qui brillait. Aux alentours, tout continuait comme si rien n'avait changé. La nature suivait son cours et nous, nous étions là tels quels, des vagabonds décharnés et annihilés... C'est la seule fois où j'ai vraiment pleuré au camp.
Ce qu'ils avaient en commun, plus encore que leur jeunesse anéantie par la guerre, c'était la barbarie, inscrite sur leurs corps et dans leurs âmes - des stigmates qu'en cette fin de guerre, personne ne pouvait concevoir.
Le monde préférait se laisser porter par la liesse de la liberté enfin retrouvée. De toute façon, on ne les aurait pas crus. On les aurait pris pour des fous ou des affabulateurs.
N'avaient-ils pas survécu et choisi de redonner la vie pour remplacer cinq âmes assassinées et arrachées à une famille heureuse ?

























