mercredi 15 juillet 2026

La sorcière qui a changé le monde - Le Nahour/van der Zuiden

 La sorcière qui a changé le monde - Le Nahour/van der Zuiden





























Grand Angle
Parution : 06/05/26
Pages : 72
Scénario : Jean-Yves Le Naour
Dessin : Emilio van der Zuiden
Isbn : 979 1 0411 1399 6
Prix : 16.90 €

Présentation de l'éditeur


En 79, l’Angleterre était punk, la Première ministre encore pire...

Angleterre, années 1970. Alors que le pays s’enlise dans la crise, une femme discrète s’impose contre tous : Margaret Thatcher. Fille d’épicier devenue cheffe du parti conservateur, elle accède au pouvoir en 1979 et engage une rupture radicale. Privatisations, affrontements avec les syndicats, guerre des Malouines, détestation de l’Europe qualifiée de « pays de cinglés », lune de miel avec Reagan… Un grand sabbat néolibéral commence ! Experte en communication, la « Dame de fer » fait marcher au pas ses collaborateurs et au bazooka ses adversaires. Détestée autant qu’admirée,Thatcher va bouleverser les codes du pouvoir et transformer durablement la société britannique, pour le meilleur et pour le pire…


Jean-Yves Le Nahour

Jean-Yves Le Naour est né à Meaux (Seine-et-Marne), en avril 1972. Docteur en histoire, il est spécialiste de l'histoire du XXe siècle, et plus particulièrement de la Première Guerre mondiale. Sa thèse porte d’ailleurs sur les mœurs sexuelles des Français durant la Grande Guerre. Il est l'auteur d'une quarantaine d'ouvrages historiques, dont deux ont obtenu plusieurs distinctions : L'Affaire Malvy. Le Dreyfus de la Grande Guerre a remporté le prix Henri Hertz en 2008, tandis que Les Soldats de la honte a été auréolé du Grand prix du livre d'histoire Ouest-France en 2011, ainsi que du prix Jean-Charles Sournia de l'Académie de médecine. Jean-Yves Le Naour a également écrit plusieurs documentaires pour la télévision, essentiellement autour de la Première Guerre mondiale, mais également sur des sujets aussi divers que la guerre de Corée, la Commune, l'empereur Bokassa Ier, ou plus récemment l'avocate Gisèle Halimi. En 2024, il publie le polar Mort à l’université, aux éditions Calmann-Lévy. Depuis 2012, l'historien est aussi scénariste de bande dessinée. Pilier du label Grand Angle, on lui doit plusieurs albums abordant la Grande Guerre (François-Ferdinand, Les Taxis de la Marne, La Faute au Midi – prix de l'Académie de Marseille en 2014 –, Verdun, La Petite fille qui voulait voir la guerre), mais également une biographie dessinée de Charles de Gaulle, ainsi qu'une série d'ouvrages consacrés aux Compagnons de la Libération. Pour sa première collaboration avec le dessinateur Cédrick Le Bihan, il s’intéresse aux années Reagan avec Le Crétin qui a gagné la guerre froide. Toujours dans la collection "Le Grand cirque du pouvoir", Jean-Yves Le Naour s'associe au dessinateur Emilio Van der Zuiden pour La Sorcière qui a changé le monde, un nouveau one-shot consacré à Margaret Thatcher.   source : Grand Angle

Emilio van der Zuiden

Emilio Van der Zuiden est né en Belgique, en 1967, d’un père batave et d’une mère gitane andalouse. Après des études à Paris, il travaille comme graphiste dans la presse écrite, jusqu’à devenir directeur artistique. À l’approche de la quarantaine, il décide de revenir à l’une de ses passions de jeunesse et publie sous pseudonyme sa première bande dessinée : Georges Caplan vous parle... Il est révélé au grand public en 2009, grâce au Mystère de la Traction 22, premier tome de la série Les Enquêtes auto de Margot (scénario d’Olivier Marin, chez Paquet). En 2011, il s’associe au scénariste Metapat pour Les Filles de l'oncle Bob, une biographie romancée du pilote de rallye Robert Neyret. Par la suite, Emilio Van der Zuiden laisse tomber les belles bagnoles pour se consacrer au polar avec McQueen, diptyque pour lequel il officie en qualité d’auteur complet. Inspiré par ce genre littéraire, il retourne aux sources du roman policier en adaptant dans la foulée Mr Brown, second ouvrage d’Agatha Christie, dans lequel apparaissent pour la première fois les célèbres personnages de Tommy et Tuppence Beresford. Emilio Van der Zuiden entame ensuite une collaboration avec le scénariste Stephen Desberg. Ensemble, ils publient Les Anges d’Auschwitz, avant de rejoindre le label Grand Angle pour Aimer pour deux et L'Héritage Wagner. En 2024, Emilio Van der Zuiden met encore en images La Fille du puisatier, avant de s'associer à Jean-Yves Le Naour pour La Sorcière qui a changé le monde, qui paraît au printemps 2026.     source : grand angle

L'avis de mon mari 



Par les mêmes auteurs que " Le Crétin qui a Gagné la Guerre Froide "(sur Ronald Reagan évidemment), voici une nouvelle BD sur celle que l’on surnommait La Dame de Fer, Margaret Thatcher.

Elle a régné sur la Grande-Bretagne pendant dix ans, succédant à plusieurs gouvernements travaillistes. Elle a implémenté une politique néolibérale coupant toute aide aux pauvres, n’hésitant pas à restructurer des entreprises publiques avant de les racheter, à fermer les mines devenues peu rentables. Une guerre aussi à l’IRA qui d’ailleurs avait réalisé un attentat dont Thatcher avait échappé de peu. 

On se rappelle aussi la guerre des Falklands contre l’Argentine, des milliers de morts pour un petit bout de terre insignifiant. Elle sera finalement évincée de son propre parti en 1990, ses anciens supporters et ministres fatigués de sa politique dictatoriale. 

Beaucoup d’humour et de cynisme dans cette BD qui ne fait rien pour nous rendre Maggie sympathique, au contraire. Le refus d’abandonner la livre sterling, des idées très euro sceptiques qui ont clairement mené à la situation de Brexit et aujourd’hui à la montée de l’extrême-droite au Royaume Uni. 

Une BD très colorée qui nous replonge avec un grand plaisir de lecture dans la Grande-Bretagne des riches à l’opposé du mouvement punk de l’époque illustré par la playlist en fin d’ouvrage (Sex Pistols mais aussi plus tard Billy Bragg et le ‘Margaret on the Guillotine’ de Morrissey).




Sa note : 9/10






dimanche 12 juillet 2026

DJ Bambi - Auður Ava Ólafsdóttir

 DJ Bambi  -  Auður Ava Ólafsdóttir





















Zulma
Parution : 04/09/2025
Traduit de l ’islandais par Éric Boury
Pages : 208
Isbn : 9791038703933
Prix : 21.50 €


Présentation de l'éditeur



Logn est biochimiste, spécialisée dans les cellules, les plus petits éléments du corps humain. Elle a 61 ans, s’est toujours sentie femme mais est née dans un corps d’homme. Longtemps elle a tenté de s’en accommoder, s’est parfois habillée en femme, a parfois couché avec des hommes, a été DJ dans un bar gay. Puis elle s’est mariée avec Sonja, a eu un fils, qui lui-même est devenu adulte. Et soudain c’est devenu intolérable, à se jeter dans l’océan pour ne plus jamais reparaître : elle ne veut pas, quand la mort la rattrapera, que son cercueil se referme sur un corps qui ne lui correspond pas. Divorce, traitement hormonal, et bientôt, elle l’espère, l’opération du bas. À son âge ? Sa famille l’a rejetée, ses sœurs refusent qu’elle porte le prénom de leur grand-mère Guðriður. Son seul soutien est son frère jumeau, Trausti, qui passe la voir tous les jours et l’appelle pour lui souhaiter bonne nuit. Il veille sur elle. Face au désarroi d’avoir perdu un frère, il ne peut prendre le risque de perdre aussi sa sœur.
Avec délicatesse, une pudeur salvatrice et une poésie de chaque instant, DJ Bambi s’attache aux questions d’identité, aux marginalités et au temps qui passe, en une merveilleuse ode au genre féminin.



Auður Ava Ólafsdóttir

Auður Ava Ólafsdóttir est sans conteste la reine des lettres islandaises ! Depuis Rosa candida, le charme inimitable de ses romans tient peut-être à son talent sans pareil pour nous faire explorer les troublantes drôleries de l’inconstance humaine avec une poésie et un humour d’une grâce inégalable. Elle a reçu notamment les plus hautes distinctions nordiques, et le Prix Médicis étranger pour Miss Islande.

« Révélée au public français grâce à Rosa candida, l’Islandaise Auður Ava Ólafsdóttir possède l’art de dire les choses compliquées avec des mots simples. Celui aussi de suggérer l’émerveillement devant le miracle quotidien de l’existence. » – Elena Balzamo, Le Monde des Livres.





Mon avis

Logn est née plusieurs heures après son frère jumeau Trausti, comme si elle avait un doute, une appréhension, c'était il y a plus de 61 ans.  Logn est née dans le mauvais corps, celui d'un garçon et c'est toujours sentie femme. Elle ne peut se faire à l'idée de quitter ce monde dans le mauvais corps, elle est dans l'attente de l'opération "du bas".

Auður Ava Ólafsdóttir nous invite avec délicatesse et empathie à être témoin du parcours de Logn au quotidien, de vivre sans chronologie son combat au quotidien depuis sa naissance envers soi même mais aussi face aux réactions de l'entourage proche ou non.

Logn a toujours ressenti dès son plus jeune âge le besoin de s'habiller en femme, elle se sentait différente mais les conventions sociales, familiales ont fait qu'elle n'a pas eu d'autre choix au final que de se conformer et de décider d'apprendre à découvrir comment vivait et agissait les hommes et d'en devenir un, de se marier, de fonder une famille.  La réaction de son coming-out a engendré le rejet dans sa famille, le divorce, de la distance par rapport à son fils.   Seule la bienveillance de son frère Trausti présent au quotidien l'accompagne.

Une situation en effet inimaginable pour beaucoup, comment peut-on si on est né dans le corps d'un homme et être en réalité une femme et le revendiquer ?  J'espère que la lecture de ce magnifique récit le fera comprendre aux incrédules et l'essentiel n'est-il pas d'accepter, d'être tolérant et de changer le regard de la société.  Ce livre nous permet de comprendre qu'il est important d'être en phase avec ce que l'on ressent et d'accepter la transition de genre.

L'écriture est fluide, bienveillante, tout en délicatesse et poésie, d'une sensibilité rare.  Un récit superbe.

Les jolies phrases

Je ne demande pas grand chose.
Juste un corps qui me ressemble.
Un point c'est tout.

Il ne faudrait pas que j'oublie que dans bien des pays, mon existence même n'est pas envisageable, je risquerais d'y subir des violences et d'être jetée en prison. 

Pour ma plus grande joie, la psychologue m'a dit que la culpabilité est un sentiment typiquement féminin lié au fait de se sentir responsable du bien-être des autres.  Et que la mauvaise conscience est inscrite dans la mémoire génétique des femmes, qu'elle se transmet de génération en  génération, je crois même qu'elle a évoqué l'ADN de la femme. 

J'ai découvert que ce qui compte le plus dans la virilité est de susciter l'admiration des autres hommes. 

Lorsque je regarde en arrière, lorsque je balaie les six décennies de mon existence, j’ai l’impression qu’elle appartient à quelqu’un d’autre, que ce n’est pas ma vie dont je me souviens, que je ne suis qu’un hôte de passage dans l’existence d’une autre personne, que je ne suis pas encore née, que je me tiens, non seulement à l’extérieur de ma vie, mais aussi hors du temps. C’est ma blessure. Ma déchirure.

J’ai cru que la douleur finirait par s’apaiser comme le sable se dépose au fond d’une eau trouble, je ne savais pas que la tristesse colorerait toutes mes pensées, chaque jour, comme autant de fragments jalonnant mon existence, jusqu’à ce que j’atteigne l’âge de mes cinquante-cinq ans.

Celui qui connaît les faiblesse d'une personne dispose d'un pouvoir sur elle.

Chaque jour, tous les jours, à tout instant, on fait quelque chose pour la première et la dernière fois. 

Je m'appelle Logn, comme le jour  où la tempête retombe, comme le matin qui suit une puissante dépression, après un ouragan déchaîné, lorsque le monde se brise en mille cristaux, parce que lorsque les bourrasques s'apaisent ne reste que le calme plat.



mercredi 8 juillet 2026

Frankenstein - David Sala ♥♥♥♥♥

 Frankenstein - David Sala














Casterman
Parution : 15 avril 2026
Pages : 220
Isbn : 9782203292710
Prix : 28 €


Présentation de l'éditeur


Une réinterprétation graphique magistrale et contemporaine de l’œuvre de Mary Shelley.


En adaptant magistralement l’œuvre de Mary Shelley, David Sala ne se contente pas de lui donner une sublime interprétation graphique. S’il a choisi ce roman parmi tout ce que compte de chefs-d’œuvre la littérature, c’est qu’il y trouve une résonance particulière avec des thématiques qui lui sont chères : l’acceptation de la différence, la peur de l’inconnu, les violences faites aux minorités, la vindicte populaire... autant de sujets déjà abordés dans ses précédents albums, qu’il met ici en exergue pour faire de ce Frankenstein son album sans doute le plus personnel. Oubliez l’idée d’un récit romantique à la langue ampoulée du XIXᵉ, Frankenstein est une œuvre terriblement moderne, qui fait directement écho aux grands défits actuels de nos sociétés. À lire et faire lire impérativement


David Sala


David Sala est né le 18 juillet 1973, à Décines (69). Après des études à l’école Émile Cohl, à Lyon, il réalise diverses couvertures de romans. Puis il publie, avec Jorge Zentner, sa première série de bande dessinée, Replay (trois volumes, Casterman, 2000). Il travaille également pour l’édition jeunesse, pour laquelle il produit plus d’une dizaine d’albums. En 2017, il s’attaque avec brio à l’œuvre de Stefan Zweig, en signant une adaptation remarquée du Joueur d’échecs, puis s’attaque à sa propre histoire familiale en 2022 avec Le Poids des héros.


©Chloé Vollmer-Lo












Mon avis

Une nouvelle petite pépite, un chef d'œuvre !

David Sala s'empare et revisite à sa façon "Frankenstein" de Mary Shelley en faisant résonner des thèmes qui lui sont chers comme la peur de l'inconnu, l'acceptation de la différence, les violences faites aux minorités, la vindicte populaire ...  des thèmes on ne peut plus actuel!

Victor Frankenstein passionné par le mystère de la vie va créer une créature en assemblant des morceaux de corps, mais pris de panique lorsqu'il lui insufflera la vie, il va le voir comme un monstre et s'enfuir rongé par la culpabilité et les remords.  La créature sera recueillie par une jeune femme qui va prendre soin de lui avec bienveillance, le voir comme un être vivant et qui payera de sa vie, lynchée  par le peuple rendant la colère du monstre impitoyable. 

C'est le point de départ de ce magnifique graphique de 220 pages.  Peu de texte, des illustrations sublimes aux couleurs sombres ou chatoyantes.  David Sala sublime chaque dessin, un esthétisme empreint d'une grande sensibilité.  Des inspirations artistiques telle que Klimt, Van Gogh, Schiele et bien d'autres font de ses dessins des oeuvres d'art.  Un enchantement !

Méga coup de ♥

Les jolies phrases

Rappelle-toi le dégoût dans son regard.
Celui-là même que tu as vu dans les yeux de tous les autres.

Parce que je suis un monstre, une abomination, parce que je ne devrais pas exister, on peut me blesser, me martyriser, me haïr. Pourtant, comme vous je vois, je sens, je connais le beau et aussi le désespoir.  Suis-je si différent ? 

La science est une maîtresse exigeante qui demande abnégation et humilité.

Existe-il une manière de dire le tragique, l’insoutenable, sans briser un cœur ? Je ne l’ai pas trouvée...

Du même auteur j'ai lu

Cliquez sur la couverture pour avoir accès à l'article


















dimanche 5 juillet 2026

Bilan lecture de juin

 Bilan lecture de juin






Un mois de juin en mode préparation café littéraire "coups de coeur", j'ai lu deux livres d'auteurs de ma commune, deux belles découvertes que je vous conseille vivement.  Un week-end parisien sous le signe de la culture, expos, théâtres..


Ensuite semaine bien remplie sous la canicule, résultat un peu moins de lecture , une très belle rencontre avec Simon Gronowski organisée par la librairie La Page d'Après.



Je termine avec un pavé avant d'entamer la rentrée littéraire de septembre.


Elle est Wavrienne et son premier roman est très abouti, j'ai beaucoup aimé, je vous invite à le découvrir 



Autre plume Wavrienne, une très belle rencontre également humainement parlant.  Sylvie Stuer aborde la thématique de la Shoah,  un récit indispensable, très documenté


Ma première lecture de la rentrée, une pépite qui aborde la vitesse, l'accélération de nos vies, l'évolution des nouvelles technologies et nos addictions aux écrans et tant d'autres choses ♥




Un peu de fraîcheur, de douceur avec un nouvel opus dans la série "l'adoption" de Zidrou et Monin


Du belge à l'honneur, on aborde les italiens émigrés après la guerre, mais aussi la transmission 


Un classique lu en Italie en lecture commune à l'initiative de Barrico, un acte de résistance !



Magnifique récit autobiographique sur l'amour et la violence, un retour sur son enfance et la peur de transmettre aux générations futures.  Un témoignage d'amour.


Je termine juin avec mon pavé de l'été, la joie de retrouver la plume de Kathryn Stockett, souvenez-vous "La couleur des sentiments"




Bel été. 


Comme à chaque fois, il suffit de cliquer sur la couverture pour accéder à la chronique si elle a déjà été publiée.  Rubrique actualisée de façon mensuelle.





mercredi 1 juillet 2026

La nuit des cochons - Hélène Zoler

La nuit des cochons   -  Hélène Zoler




















Murmure des soirs
Parution : mars 2026
Pages : 220
Isbn : 978 2 931235 36 2
Prix : 22 €

Présentation de l'éditeur


Trente-cinq ans après avoir fui la ferme familiale un soir d’été, Julien, la cinquantaine, mène une vie solitaire et tourmentée, dans laquelle son passé et sa famille n’ont aucune place. Un matin, il reçoit un appel de sa sœur Faustine lui annonçant qu’une autre de ses sœurs, Agnès, est mourante et le réclame inlassablement. Convaincu d’avoir fait le bon choix en tournant définitivement le dos à une famille qui n’en était pas une, Julien cède cependant à la curiosité, et peut-être, aussi, à sa conscience.


Alors qu’il croyait pouvoir n’y faire qu’une brève incursion, Julien va replonger malgré lui dans ce passé marqué par la misère affective, l’étroitesse d’esprit de la campagne des années 50, la violence verbale et physique d’un père, l’indifférence d’une mère, jusqu’à la nuit des cochons, au cours de laquelle leur père a trouvé la mort. Que s’est-il réellement passé ?


Trente-cinq années plus tard, les circonstances restent floues, mais pour le salut d’Agnès, Julien se met en quête de la vérité. Mais est-ce Agnès ou lui-même qu’il tente d’apaiser ?


Mon avis

Quelle claque ce premier roman que je vous invite à découvrir au plus vite !  Un roman qui démontre que nos belges ont du talent.  Entre roman noir rural et thriller domestique, c'est noir, très noir, une écriture, une ambiance qui m'a un peu fait penser à l'univers de "Débâcle" de Lise Spit. 

Nous sommes en 1991, cela fait 35 ans que Julien a quitté la ferme familiale après la fameuse "nuit des cochons" qui a vu le décès de son père dans des circonstances troubles.  Que s'est-il véritable passé cette fameuse nuit ? Julien est toujours en questionnement et c'est l'appel de sa sœur Faustine qui va le ramener à ces souvenirs, à son sentiment de culpabilité.  C'est à la demande de son autre sœur "Agnès" qu'elle renoue contact, Agnès est au bout de sa vie et réclame son frère à tout prix pour trouver la paix avant de partir.

Retour en 1956-1957 dans cette famille dysfonctionnelle, un père alcoolique, jaloux, violent, dominant qui impose ses lois, semant la peur au sein de la famille nombreuse, une mère froide, silencieuse, détachée.  On vit dans le monde rural avec quelques animaux dont des cochons.  Chaque année la mise à mort du cochon pour une subsistance économique.  Un geste qui avec la violence du père laisse des traces, traumatise la famille.  Des peurs, des dénis, l'alcoolisme du père, son racisme, sa xénophobie, c'est tout ce qui ravive la mémoire de Julien en répondant à l'appel d'Agnès.

L'écriture est très visuelle, efficace, elle vous prend et ne vous lâche pas.  La tension grimpe au fil des pages et des secrets qui éclatent.  Un magnifique premier roman à découvrir au plus vite !

Ma note : un coup de ♥


Les jolies phrases

On croise toute la misère du monde dans un hôpital.  On croise la peur, la douleur, le renoncement, la fin d'une époque.  On croise la joie des guéris aussi, soulagés d'en sortir, mais sachant pertinemment, sans se l'avouer, qu'un jour iles reviendront pour de bon. 

Nous sommes comme prisonniers d'un bocal à poissons, redécouvrant à chaque circonférence parcourue l'horreur du tour suivant.  Je me suis longtemps demandé quel pouvait être le sens de nos vies dans ce bocal.  Dans cette eau trouble et vaseuse, notre seul objectif était de survivre, dussions-nous pour cela tourner en rond, de plus en plus vite.  Je me disais pourtant qu'il arriverait bien un moment où tourner en rond ne suffirait plus.  La survie ne pouvait être l'accomplissement d'une vie, elle n'en était qu'un moyen indispensable.  J'espérais qu'après le bocal viendrait le ruisseau, puis la rivière et enfin le fleuve.  

J'ai l'impression d'exister et c'est une sensation inédite pour moi.  Cette sensation est aussi réconfortante que douloureuse.  J'ai toujours pensé ne pas mériter une quelconque forme d'attention, puisque même mes parents ne se sont jamais donné la peine de faire semblant de m'en accorder. 

La vie peut se montrer plus dure avec certains, mais au bout du compte on choisit comment y faire face. 

On ne fouille pas dans la merde des gens, de peur qu'on s'intéresse à la vôtre ! 

Je me dis qu'en soi la laideur ne s'exprime jamais aussi pleinement que dans sa confrontation avec la beauté, qui la met en valeur.