mercredi 19 septembre 2018

Le prince à la petite tasse - Emilie de Turckeim ♥♥♥♥♥

Le prince à la petite tasse  -  Emilie de Turckeim

Le Prince à la petite tasse

Calmann Levy
Parution : 16/08/2018
Pages : 216
EAN : 9782702158975
Prix : 17.00 €

Présentation de l'éditeur

Un jour, j’ai dit : « Ils sont des milliers à dormir dehors. Quelqu’un pourrait habiter chez nous, peut-être ? » Et Fabrice a dit : « Oui, il faudra juste acheter un lit. » Et notre fils Marius a dit : « Faudra apprendre sa langue avant qu’il arrive. » Et son petit frère Noé a ajouté : « Faudra surtout lui apprendre à jouer aux cartes, parce qu’on adore jouer aux cartes, nous ! »

Pendant neuf mois, Émilie, Fabrice et leurs deux enfants ont accueilli dans leur appartement parisien Reza, un jeune Afghan qui a fui son pays en guerre à l’âge de douze ans. Ce journal lumineux retrace la formidable aventure de ces mois passés à se découvrir et à retrouver ce qu’on avait égaré en chemin : l’espoir et la fraternité.

L'auteure

Emilie de Turckheim


Nationalité : France
Né(e) à : Lyon , le 05/10/1980
Biographie :

Emilie de Turckheim vit et écrit à Paris. Elle publie à vingt-quatre ans Les Amants terrestres.

Étudiante en doctorat de sociologie à Sciences Po, elle est visiteur de prison à la maison d’arrêt de Fresnes et modèle vivant pour des artistes peintres et sculpteurs.

Son expérience de visiteur à la prison de Fresnes lui inspire en 2008 "Les Pendus".

En 2009, elle reçoit le prix de la Vocation pour "Chute Libre", son deuxième roman et le prix Bel Ami 2012 pour "Héloïse est chauve".

Elle est modèle vivant pour des peintres et des sculpteurs, une expérience qu’elle relate dans "La Femme à modeler", paru en 2012.

En 2013, elle publie "Jules et César" et "Mamie Antoinette" aux éditions Naïve.

Elle reçoit le prix Roger Nimier pour "La disparition du nombril" (2014). "Popcorn Melody" est son huitième roman paru en 2015 aux éditions Héloïse d'Ormesson.


Source : Babelio


Mon avis

C'est un récit de vie, un partage avec nous lecteurs d'une expérience de vie magnifique qui nous est proposé.

Emilie de Turckeim, Fabrice son mari et leurs deux enfants Marius et Noé ont accueilli le temps d'une grossesse, un jeune afghan de 21 ans; Reza, le tout encadré par le Samu Social.

Bravo pour le geste, une expérience enrichissante qui ouvre l'esprit et crée des liens, modifie le regard envers l'autre.  Merci de la partager avec nous dans ce très joli livre.

Dans un petit appartement parisien, la famille libère une chambre pour Reza qui souhaitera qu'on l'appelle Daniel ensuite.  Sous l'encadrement du Samu Social, l'idée étant de lui permettre de s'intégrer, de réussir son insertion dans notre société.  Reza vient d'obtenir ses papiers , il travaille dans une crèche où il fait des ménages.  Il est par ailleurs très maniaque, aime l'ordre, la propreté, cela n'a pas dû être simple pour lui dans la rue.

Reza va devoir vaincre ses PEURS constantes, l'uniforme par exemple, ou être renvoyé dans son pays.  On apprendra petit à petit son histoire.  Depuis qu'il a quitté son pays l'Afghanistan, dix ans se sont écoulés.  Il peut enfin se poser, prendre un nouveau départ et se reconstruire.

Ce n'est pas son histoire, ni son périple qui sont mis en avant mais plutôt ce qui se passe aujourd'hui , comment s'intégrer, prendre confiance dans un pays, dans une culture et une langue si différente de la sienne.

Peurs à vaincre donc, CONFIANCE à trouver, ou celle qui lui est donnée pour qu'il se sente bien chez Emilie et les siens.

Emilie et sa famille sont très attentifs à ne pas le choquer, à ne pas commettre d'impairs, à faire en sorte qu'il se sente vraiment bien, chez lui. 

Il est discret Reza, il ne veut pas faire de bruit, toujours en train de nettoyer mais comment a-t-il fait pour vivre dans la rue...

Reza s'oublie souvent au profit des autres, il est généreux, plutôt que d'économiser pour demain, il préfère acheter de la nourriture ou des tentes pour ceux qui vivent dans la rue. Il est bienveillant et veut toujours faire plaisir.

On comprend aussi grâce à ce récit la difficulté d'apprendre la langue, ne fut-ce que par la difficulté de trouver un dictionnaire adapté.

De ce beau récit je retiens principalement des mots :
 "Peurs", celle de Reza mais aussi de la famille d'Emilie de mal faire, de choquer, de froisser leur hôte.
"Confiance" sans limite accordée d'entrée de jeu à Reza, une des clés sans doute de la "reconstruction".
 "Pudeur" dans l'écriture d'Emilie mais aussi dans le chef de Reza. 
 "Solitude", "Isolement" Reza qui se sent seul dans cette situation particulière.  
"Dialogue" très important qui se crée peu à peu dans le rituel de la tasse de thé, avec les enfants surtout, la clé de l'intégration, d'une compréhension mutuelle et de la découverte de l'autre.
Et enfin, "Bienveillance" l'un envers l'autre.

L'écriture est simple, sincère, ponctuée de poèmes , une des autres passions de l'auteure.  Elle est sans fioriture, sobre, authentique, agréable.  Avec beaucoup de pudeur et de générosité cette expérience de vie nous est partagée pour je l'espère changer la vision de certains, éveiller les consciences qu'un migrant est avant tout une personne qui à mon sens encore plus que d'autres a besoin d'attention, de bienveillance pour trouver sa place dans notre société.

On peut y contribuer si l'on change notre vision des choses.

Merci Émilie pour ce joli partage, un récit lumineux de la rentrée.

Un coup de coeur ♥

Les jolies phrases

Il sait ce que fuir veut dire.  Avoir le corps pour seul abri.  Avoir comme monde entier son corps.

Accueillir, c'est cuisiner. C'est acheter des légumes, les couper, les faire longuement revenir  dans l'huile d'olive.  Accueillir, c'est ne pas se dépêcher.  Ne jamais bâcler la cuisine.

Avoir des papiers.  Ne surtout pas les perdre. Veiller sur les papiers comme sur un feu qui ne doit jamais s'éteindre.

Sa joie est si réelle qu'on pourrait la toucher.  Il a besoin d'entendre parler farsi comme d'un toit.  Entendre enfin sa langue et y trouver refuge.

Que se passe-t-il, au fond de soi, quand on a perdu sa langue et sa famille et qu'on cherche éperdument un lieu, même étroit, même sourd, où replanter sa vie ?

Quand on fuit, il n'y a pas de fin à la fuite. La ligne d'arrivée est comme celle de l'horizon : imaginaire.

La vérité, c'est que notre confiance en lui est sans limite.  La confiance est un prénom. Elle nomme celui qui en hérite.

Apprendre le français, ce n'est pas seulement apprendre des mots inconnus et une façon mystérieuse de les ordonner.  Apprendre le français, c'est faire table rase.  C'est l'ultime effort de renaissance après avoir dépensé toutes ses forces pour survivre à la guerre, à une décennie d'exode, au malheur sans fond d'avoir perdu toute trace de sa famille.

Le jour où quelqu'un se fait du souci pour vous, vous n'êtes plus seul.

Accueillir quelqu'un est un voyage joyeux.  Être accueilli est une aventure sans repos.

La lecture est une sorte de course d'endurance : au début, c'est difficile, ennuyeux et décourageant.  Et puis à force d'essayer, à force de mettre un pied devant l'autre, à force de pousser ses yeux de mot le long des lignes, quelque chose jaillit.  Le monde se rue à l'intérieur de soi. Et tout apparaît.  Et toutes les voix s'élèvent. Et tout palpite. 

C'est guerre dans mon pays.  Chez vous, c'est guerre dans la tête.

Plus je l'écoute plus je comprends qu'il en sait trop sur la souffrance humaine pour juger qui que ce soit.

Mais le plus souvent, les gens lisent parce que leur corps, dans leur jeunesse, a côtoyé des livres et des gens qui lisent.

J'ai toujours peur que ce temps partagé soit un nid fragile, posé sur la route d'un exil qui ne finira jamais.  Un nid que la vie, injuste et violente, aura vite fait d'écraser.



dimanche 16 septembre 2018

Tenir jusqu'à l'aube - Carole Fives

Tenir jusqu'à l'aube      -   Carole Fives



Gallimard
L'arbalète
Parution : le 16 août 2018
Pages : 192
ISBN : 9782072797392
Prix : 11.99 €

Présentation de l'éditeur

«Et l'enfant ?
Il dort, il dort.
Que peut-il faire d'autre ?»

Une jeune mère célibataire s'occupe de son fils de deux ans. Du matin au soir, sans crèche, sans famille à proximité, sans budget pour une baby-sitter, ils vivent une relation fusionnelle. Pour échapper à l'étouffement, la mère s'autorise à fuguer certaines nuits. À quelques mètres de l'appartement d'abord, puis toujours un peu plus loin, toujours un peu plus tard, à la poursuite d'un semblant de légèreté.
Comme la chèvre de Monsieur Seguin, elle tire sur la corde, mais pour combien de temps encore?
On retrouve, dans ce nouveau livre, l'écriture vive et le regard aiguisé de Carole Fives, fine portraitiste de la famille contemporaine.


Carole Fives nous en parle




Mon avis

Roman de la rentrée, auteure découverte grâce à l'intime festival dont elle était l'invitée en août dernier.

Roman coup de poing, qui fait prendre conscience du sort des mères célibataires, du poids qui pèse sur leurs épaules, du risque de précarité et du regard de la société les concernant.

J'ai pris une claque en lisant ce récit d'une mère solo avec son fils de deux ans.  Ne pas pouvoir s'évader lui pèse, ce huis-clos perpétuel avec un fils difficile en manque de père, possessif, exclusif, réclamant sans cesse d'avoir sa maman à côté de lui "à côté, à côté"..  Ne jamais pouvoir souffler, avoir un moment de répit, pas simple.

Elle, car c'est à la troisième personne que l'auteure nous en parle, nous décrit son quotidien.

Peu à peu, elle veut retrouver un peu de liberté, retrouver sa vie d'avant.  Alors la nuit elle s'évade.  Elle s'octroie un peu de temps pour elle, marchant simplement dans les rues à la recherche de ce sentiment de liberté.  Quelques minutes d'abord, puis un peu plus à chaque fois.

En parallèle, elle raconte "La chèvre de Monsieur Seguin" à son fils, cette chèvre éprise elle aussi de liberté.  La fable raisonne,  se fera-t-elle aussi manger par le loup ?  Quelle sera la conséquence de ces petits moments d'évasion ?

La réponse vous l'aurez en lisant ce très beau roman.

Beaucoup de sujets abordés, la difficulté de travailler en étant 24h/24 avec son fils car difficulté de trouver une place dans une crèche, ce qui a un effet boule de neige ; moins de travail, moins de moyens, plus de fatigue mentale et physique,  un enfermement social et moral.

J'ai été interpellée par les réactions sur les forums internet, en utilisant les recherches concernant les vocables mère solo (et sortie), mère solo et argent, mère solo et disparaître ou encore mère solo et autorité, père absent, plutôt que de trouver aide et réconfort, la plupart des réactions condamnent la mère en détresse, l'enfoncent au lieu d'être solidaire.

Un très bon livre de la rentrée, une plume vive.  De courts chapitres, c'est dynamique, cela me donne envie de découvrir le répertoire de Carole Fives.

Ma note : 9/10


Les jolies phrases

On les a voulus les loulous, on les a désirés, et eux, ils n'ont rien demandé.  Il faut relever la tête, assumer et assurer.

Qu'est-ce qu'on ferait sans eux ? Tout ce qu'on faisait avant !

Le petit est devant la télé.  La moins chère des babysitters, à défaut d'être la meilleure.

Ces promenades les laissaient hagards, défaits, le plaisir de la sortie était gâché, il fallait traverser quelques rues encore, puis le grand hall de la résidence et ses mosaïques au sol, se jeter dans l'ascenseur et regagner leur dernier étage, leur huis clos, leur petit enfer quotidien. 

L'enfant avait besoin de l'affection de ses deux parents pour grandir, comme de ses deux jambes pour marcher.

Solo, c'est moins sinistre que seule. Solo, ça renouvelle la figure de la mère célibataire, larguée, quittée, abandonnée, ça éloigne le cliché misérable de la fille-mère, de l'adolescente promenant son landau sur un trottoir défoncé du nord de la France.

Désormais un seul mot d'ordre, ne pas tomber malade, on ne pouvait pas se le permettre. 

Un matin qu'ils avaient passé la nuit côte à côte, elle était partie seule, sur les bords de la Saône.  Il faisait beau, et elle était pareille à cette rivière, profonde, escarpée, prête à se jeter dans le premier fleuve venu. Ce matin-là, quelle joie.  Quelle joie de penser à lui, à eux, à l'avenir qui s'ouvrait enfin.

C'était sans doute dans ces moments-là que l'envie de fuir était la plus forte.  Quand elle réalisait qu'elle ne supportait plus cet unique rôle où on la cantonnait désormais, dans un film dont elle avait manqué le début, et qu'elle traversait en figurante.  C'était alors que les fugues s'imposaient, comme une respiration, un entêtement.

Avoir un corps.  Un corps sans enfant qui s'y cramponne.  Un corps sans poussette qui le prolonge.  Ça lui a paru étrange lors de ses premières sorties.  Elle s'était sentie nue, vulnérable.  Comme si on l'avait amputée de quelque chose, d'une extension quasi naturelle d'elle-même. 




mercredi 12 septembre 2018

Les dix-sept valises - Isabelle Bary

Les dix-sept valises         -     Isabelle Bary

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Luce Wilquin
Collection Sméraldine
Parution : 13 septembre 2018
Pages : 192
ISBN : 9782882535504
Prix : 19 €

Présentation de l'éditeur

Ce qui importe, ce n’est pas la vie qu’on a reçue mais la manière dont on la vit.

Alicia Zitouni est ce genre de femme qui a tout pour aller mal. D’origine marocaine, elle est née en Belgique, mais ne se sent ni d’ici ni de là-bas. Elle sillonne une vie chahutée et marquée au fer rouge par un environnement violent, enfermant, acculturé et soumis au diktat des hommes. Pourtant Alicia rayonne. Elle transpire cet enchantement pour la vie qui permet de la traverser les bras grand ouverts, quel que soit le cadeau de naissance.
Lorsque Mathilde Lambert – jeune femme moderne qui a tout pour aller bien – décide d’écrire un roman inspiré par le destin étonnant d’Alicia, elle est loin d’imaginer que ce projet va bouleverser sa vie.
En se glissant dans la peau de son héroïne, elle découvrira, au bout de sa propre plume, une manière d’appréhender l’existence aux antipodes de la sienne. Elle pénétrera les mondes invisibles des croyances et de l’imaginaire et se laissera porter par la grâce d’envisager le monde avec poésie. Elle comprendra enfin pourquoi, d’elles deux, c’est Alicia qui souriait le mieux.

Isabelle Bary tisse, dans son dixième livre, le portrait d’une femme aux origines métissées et au lourd passé qui gagne sa liberté en posant un regard particulier sur les choses de la vie. Elle a ce pouvoir de transformer les fardeaux de son existence en cadeaux. Et si nous étions tous dotés de cette force-là ?

Mon avis


Quel bonheur de retrouver la plume d'Isabelle Bary pour son septième roman.

C'est au départ d'une rencontre en 2016 que petit à petit est né ce roman nous raconte Isabelle Bary.

Ce qui importe ce n'est pas que la vie qu'on a reçue mais la manière dont on la vit.

Une très jolie phrase qui résume bien que la vie est peut-être ce que l'on décide qu'elle soit.

Mathilde Lambert est journaliste, sa vie a changé lorsqu'elle a croisé Alicia Zitouni, une grande cheffe internationale d'origine marocaine. Elle se rend à Essaouira pour la revoir mais Alicia a disparu, elle se serait noyée lors de son bain de mer quotidien.

Mathilde décide d'écrire un roman rendant hommage à Alicia et racontant sa vie, son parcours. Elle s'installe donc à Essaouira avec Zahra qui veille sur elle.

Alicia a eu un destin hors du commun, elle en a bravé des sorts de la vie. D'origine marocaine avec un père algérien, elle a connu le déracinement, la violence, la pauvreté, le décrochage scolaire, elle a fait de mauvais choix mais a toujours abordé la vie avec force, vitalité et optimisme, cherchant toujours à mettre en avant le beau côté des choses pour devenir la grande cheffe internationale qu'elle est devenue.

On assiste donc à la naissance du roman dans le roman. L'écriture, son processus, ce besoin d'écrire et de petit à petit s'abandonner, se révéler. En écrivant, Mathilde va peu à peu comprendre qu'il y a différentes façons d'affronter l'existence, on peut subir, être fermé au changement ou au contraire lâcher prise, vivre une autre vie imaginaire.

Elle va alors écouter les croyances racontées par Zahra, les Djins, les tarots, comprendre peu à peu le sixième sens de son amie. Pouvoir lâcher prise, arrêter de diriger son existence peut tout changer. Ecrire deviendra un acte d'amour.

La plume est vive, dynamique, elle alterne avec le moment présent, sa perception du monde, celle qui peut changer la vie et en italique le roman, la vie d'Alicia, ses manques, ses forces, sa joie.

Une écriture souple, agréable parsemée de moments d'émotions intenses.

Le manque du père, l'amour, la relation père-fille sont abordés. Un roman qui compte plusieurs strates de lecture, à lire je pense sous différents angles.

J'ai passé un agréable moment.


Ma note 8.5/10
Les jolies phrases


C'est ma capacité à voir le beau qui m'a sauvée.

Mais écrire, c'est être libre, non ?

Je comprenais qu'à défaut de pouvoir changer le monde, le voir autrement est parfois la seule issue.

Un petit aveu de bonheur volé, et tout devint de ma seule faute.

Tu crois qu'écrire rend plus tolérant ? Évidemment ! Et plus heureux.

..Si on ne pouvait entièrement diriger sa propre existence, on avait toujours le pouvoir de regarder autrement.

C'est l'apanage des âmes prodigieuses, on leur trouve toujours une attitude, un sourire, une délicatesse qui nous incitent à nous laisser entraîner dans leur liberté.

Je comprenais qu'à défaut de pouvoir changer le monde, le voir autrement est parfois la seule issue.

Les mots sont dangereux, parfois. Ils instillent des impressions, des vides qu'on comble en cherchant à deviner ce que l'autre n'a pas dit.
 
Du même auteur j'ai lu

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dimanche 9 septembre 2018

Débâcle - Lize Spit ♥♥♥♥♥

Débâcle     -   Lize Spit



Actes Sud
Traduit du néerlandais par Emmanuelle Tardif
Parution : février 2018
Pages : 432
ISBN 978-2-330-09265-8
prix indicatif : 23, 00€


Présentation de l'éditeur

À Bovenmeer, un petit village flamand, seuls trois bébés sont nés en 1988 : Laurens, Pim et Eva. Enfants, les “trois mous­quetaires” sont inséparables, mais à l’adolescence leurs rap­ports, insidieusement, se fissurent. Un été de canicule, les deux garçons conçoivent un plan : faire se déshabiller devant eux, et plus si possible, les plus jolies filles du village. Pour cela, ils imaginent un stratagème : la candidate devra résoudre une énigme en posant des questions ; à chaque erreur, il lui faudra enlever un vêtement. Eva doit fournir l’énigme et ser­vir d’arbitre si elle veut rester dans la bande. Elle accepte, sans savoir encore que cet “été meurtrier” la marquera à jamais. Treize ans plus tard, devenue adulte, Eva retourne pour la première fois dans son village natal. Cette fois, c’est elle qui a un plan…

Véritable coup de tonnerre dans le paysage littéraire aux Pays-Bas et en Belgique, immense succès de librairie qui a valu à son auteur les plus grands éloges, Débâcle est un roman choc, servi par une écriture hyperréaliste et intransigeante. Une expérience de lecture inoubliable.

L'auteure


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Nationalité : Belgique
Né(e) à : Viersel, Zandhoven , 1988
Biographie :

Flamande, Lize Spit a grandi à Viersel et vit à Bruxelles depuis 2005.

Après des études de cinéma au RITS (Master en écriture de scénario), elle enseigne l’écriture de scénarios au sein de l'école Wisper.

En 2013, elle remporte le prix du jury et celui des lecteurs de WriteNow !, un prestigieux concours d’écriture. Het smelt, traduit en français sous le titre Débâcle, est son premier roman.
Celui-ci ("Het smelt", éditions Das Mag, janv. 2016), s'est vendu à plus de 100 000 exemplaires et lui a valu de nombreux prix littéraires aux Pays-Bas et en Belgique. Il a été rapidement traduit en neuf langues.


Source : Babelio


Mon avis

Débâcle est le premier roman de Lize Spit, née, elle aussi comme Eva de Wolf l'héroïne de son roman en 1988 dans la région d'Anvers.

Eva est professeur d'arts plastiques à Bruxelles, elle reçoit  une invitation de la part de Pim qui a repris l'exploitation agricole pour commémorer la mémoire de son frère Jan qui aurait eu 30 ans ce 30 décembre 2015.

Eva quitte Bruxelles pour rejoindre son village natal Bovenmeer, où elle n'a plus remis les pieds depuis 13 ans emportant avec elle un immense bloc de glace dans le coffre de la voiture !

Eva est née en 1988, la même année que Pim (fils de fermier) et de Laurens (fils du boucher du village), ils étaient inséparables étant enfants, on les surnommait les trois mousquetaires.  Ils étaient inséparables jusqu'à l'été 2002 qui scella la fin de leur amitié.

Habilement Lize Spit va nous raconter ce qui pousse Eva à revenir à Bovenmeer, ce par le biais de trois périodes successives.

Elle décrit heure par heure la journée du 30 décembre 2015, jour après jour l'été 2002 et enfin parsème le tout d'anecdotes, d'événements familiaux, de souvenirs d'enfance.

C'est lent, très visuel, de manière presque cinématographique, on s'imprègne de l'ambiance, on voit défiler les images.

On découvre la famille d'Eva, son frère Jolan passionné d'insectes, on ressent l'ombre de Tess sa soeur prédécédée, sa soeur Tessie l'anorexique remplie de Toc, ses parents , une mère alcoolique, un père peu impliqué, une famille dysfonctionnelle.

La vie du village est bien décrite, la mère de Laurens à la boucherie qui aime colporter les ragots et petites histoires du village, tout le monde s'observe, tout se sait.  Il n'y a pas grand chose à faire pour tromper l'ennui.

L'été 2002 est chaud, lourd, poisseux comme l'atmosphère du roman.  Nos trois mousquetaires ados ont élaboré un jeu cruel où Tessie participe malgré elle, de crainte de perdre l'amitié de Pim et Laurens qui découvrent la sexualité, faut dire que les hormones travaillent un max, les corps des filles les émoustillent.

Eva est chargée d'inventer une énigme, devinette qui sera au coeur de l'intrigue.  Les filles invitées par les garçons devront la résoudre et perdront un vêtement à chaque mauvaise réponse.

Cette cruauté entre eux tournera au drame.

Ce livre est noir, très glauque mais reflète bien je pense la vie de ce petit village campagnard et ce milieu social où il n'y a rien à faire pour braver l'ennui.

Lize Spit a une écriture extrêmement réaliste.  La construction et le suspense sont magnifiquement maîtrisés.  C'est glauque, malsain, collant, poisseux, cruel.  Elle décrit à merveille la cruauté des adolescents.

Quelle claque ! Quelle imagination, un livre qui secoue, qui bouleverse, certaines scènes me poursuivent encore quelques semaines après la lecture.  C'est lent, mais au fur et à mesure de la lecture, la tension monte, le mystère reste entier, on veut savoir ce qui est arrivé à Jan, le frère de Pim, savoir ce qu'Eva a vécu, quelle sera la vengeance d'Eva.  Petit à petit les choses se mettent en place, l'écriture nous porte, une prouesse.

La couverture du livre est dérangeante, surprenante, elle n'a rien à voir avec l'histoire mais correspond bien à l'atmosphère du roman.

Une plume à suivre et à découvrir de toute urgence.

Ma note :  un coup de ♥


Les jolies phrases

Plus quelqu'un a besoin de temps pour réfléchir, moins on peut en attendre de la sincérité.

Je regarde le sang. Il y en a partout, dans ma culotte, à l'intérieur de mes cuisses écartées, sur la lunette des WC.  Mon vagin n'est plus un trou qui ne mène nulle part, une poche de chemise qu'on croyait tout simplement cousue, mais qui, après l'achat, se révèle fausse. J'ai un utérus, je ne suis pas différente des autres? Elisa  dit n'importe quoi.

J'étais la croûte sur la plaie, je devais tomber sans avoir à être écorchée.

Pour nous, c'est clair : Tessie a chargé son corps d'assurer le secrétariat de ses émotions.  Plus elle est mal, plus elle fait d'heures supplémentaires.  De là où je suis, assise sur la troisième marche, je peux sentir qu'elle a faim.

Ma chemise de nuit, humide, me collait à la peau.  Ce n'était pas le chagrin, ni la pluie.  J'étais restée si longtemps immobile, raidie de honte et de remords, que le matin m'avait prise pour une plante ou un arbuste, pour un élément du jardin, et il m'avait moi aussi couverte de rosée.

Chaque vie se résume à une simple somme algébrique, mais peu de gens s'y prennent à temps pour faire le compte depuis le début. Ceux qui tentent le coup en deviennent malades ou dérangés, ils fixent à l'avance un nombre précis de mastications pour que ça soit clair dès le départ et en défalquent tout mouvement de mâchoire.  Leur existence à eux n'est pas une addition, mais une différence.  Ils se remettent à zéro.

Ça c'est sûrement passé de la même façon que pour le sable de mer : au départ, les grains constituaient ensemble un rocher qui n'avait pas l'intention de s'effriter, mais au bout du compte, le temps et l'eau en ont décidé autrement.

Les enfants, sont comme des souris : pas besoin de beaucoup d'espace pour les laisser passer.

Tessie et moi, on serait restées à notre place, pas du tout parce qu'on se croyait heureuses, mais parce qu'il faut d'abord que les choses arrivent avant qu'on puisse les regretter, et aussi parce que le sachet de pickles n'était pas encore vide.

Les gens qui veulent partir n'importe où ne cherchent pas forcément à se retrouver ailleurs, ils veulent juste ne pas rester où ils sont.

Je crois que les êtres humains ne sont pas très différents des terres agricoles : de temps à autre, il leur faut se reposer, rester en friche, afin de pouvoir continuer par la suite.

Est-ce qu'il existait un mot pour exprimer ce qu'elle était devenue ? Un nom comme veuve ou orpheline, mais réservé aux mères ayant perdu un enfant ? Et le fait qu'il n'y en ait pas, est-ce que c'était une consolation ou au contraire une chose qui transformait le chagrin en un animal féroce et indomptable ?

Évidemment qu'une mère ne défendra jamais l'enfant de quelqu'un d'autre.  C'est pour ça qu'elle est mère. 



samedi 8 septembre 2018

Les beaux étés 4. Le repos du guerrier Zidrou & Jordi Lafebre

Les beaux étés                      -   Zidrou et Jordi Lafèbre

Tome 4  -  Le repos du guerrier      

   

Dargaud
Parution : le 01/06/2018
Pages : 56
Dessinateur et Coloriste :LAFEBRE JORDI
Scénariste : ZIDROU
Ean : 9782505070559
Prix : 14 €


Présentation de l'éditeur


Dans ce 4e tome, nous retrouvons les Faldérault au complet : Pierre, Madeleine et leurs quatre enfants, auxquels s'est joint Jean-Manu, le petit ami de Nicole. Cet été sera celui du grand changement : Pierre est devenu copropriétaire d'une villa toute neuve, clé sur porte, dans la campagne provençale ! En route ! La clé, ils l'ont - mais où diable se trouvent la porte et la villa ?...

Plus que jamais, l'aventure est au programme, et c'est avec bonne humeur que la famille se serre les coudes. L'été des Faldérault, c'est sacré ! Et celui-là va drôlement marquer les mémoires...

Mon avis

C'est l'été, comme chaque année la famille Faldérault se prépare aux vacances.  Pierre sera-t-il prêt à temps pour le départ en vacances ?  

C'est l'année du changement, terminé le camping, Pierre et Madeleine sont devenus copropriétaire d'une toute nouvelle villa clé sur porte, elle se nommera "Le repos du guerrier".

En route pour de nouvelles aventures, la famille se met en route, il y a un peti nouveau c'est le petit ami de Nicole.  Bien entendu ces vacances ne se dérouleront pas comme prévu, une chouette aventure à lire en famille.

J'adore cette série, on visite les chansons des années 80 cette fois.  Toujours autant de plaisir à lire cette série.  Hâte de retrouver la prochaine aventure programmée fin de l'année avec un "Les beaux étés " à Noël...


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