dimanche 17 janvier 2021

Le château des animaux T 2 Les marguerites de l'hiver Delep - Dorison

Le château des animaux  

Tome 2  Les marguerites de l'hiver        Delep/Dorison




Casterman
Parution : 04/11/2020
Pages : 56
Scénario : Xavier Dorison
Dessin : Félix Delep
Isbn : 9782203172500
Prix : 14.95 €


Présentation de l'éditeur


La résistance par la non-violence



L'hiver a gagné le château. Le climat est rude pour ses habitants, d’autant que le Président Silvio continue de faire régner la terreur… Mais Miss B et ses amis, le lapin César et le rat Azélar, n’ont pas dit leur dernier mot.
Baptisé « les Marguerites », leur mouvement, continue les outrances au taureau dictateur, refusant le port de collier à grelots et exigeant la gratuité du bois pour tous les animaux. Pour être mieux entendus, ces courageux compagnons bravent le froid chaque nuit pour faire un sit-in sous les fenêtres de Silvio. Mais pour Miss B, vaincre la dictature ne peut se faire qu’en évitant le plus redoutable des pièges : la tentation de la violence. Parviendra t-elle à convaincre ses amis de résister pacifiquement ? Le défi semble bien difficile…

Mon avis

Azélar, le rat voyageur prônant la lutte sans violence a été recueilli par Miss B et César Lapin.

Ces deux personnages discrets et insignifiants vont devenir les instigateurs d'une révolution silencieuse.

L'hiver s'est installé, en plus du travail normal, il y a l'heure blanche qui est imposée,  destinée à récolter du bois .  Le souci est que les animaux doivent payer le bois qu'il ramasse pour se chauffer et c'est la goutte d'eau qui va faire réagir les animaux sans violence.

Ils vont résister à la colère, à la haine et au désir de vengeance.  C'est cela le plus difficile  pour ne pas subir encore plus de tyrannie et cruauté de la part de Silvio le président et sa clique canine.

Le dessin est extraordinaire.  Je me délecte et attends la suite avec impatience.

Les jolies phrases

La démence de la foule est plus à craindre que la foule du despote, car moins maitrisable, ce que nous devons craindre plus que tout, ce n'est pas la violence de Silvio ou de la milice des chiens, mais la nôtre..

Si c'est le crime ou la violence qui rassemblent les animaux, alors vous risquez le pire..

Résister à la colère, à la haine, au désir brûlant de se venger, rien n'est plus difficile. 

Ce n'est pas en semant du sang et des larmes que nous récolterons la liberté ou la paix ...  prête à mourir pour la cause mais pas à tuer.

Dans la même série j'ai lu :

Cliquez sur la couverture pour avoir accès à l'article
















Le château des animaux Miss Bengalore Delep / Dorison

 Le château des animaux  


Tome 1  Miss Bengalore      Delep-Dorison
























Casterman
Parution : 18/09/2019
Pages : 72
Scénario : Xavier Dorison
Dessin : Félix Delep
Isbn : 9782203148888
Prix : 15.95 €

Présentation de l'éditeur


Rire, c’est déjà ne plus subir.


Quelque part dans la France de l’entre-deux guerres, niché au cœur d’une ferme oubliée des hommes, le Château des animaux est dirigé d’un sabot de fer par le président Silvio… Secondé par une milice de chiens, le taureau dictateur exploite les autres animaux, tous contraints à des travaux de peine épuisants pour le bien de la communauté… Miss Bengalore, chatte craintive qui ne cherche qu’à protéger ses deux petits, et César, un lapin gigolo, vont s’allier au sage et mystérieux Azélar, un rat à lunettes pour prôner la résistance à l’injustice, la lutte contre les crocs et les griffes par la désobéissance et le rire… Premier tome d’une série prévue en quatre volumes, Le Château des animaux revisite La Ferme des animaux de George Orwell (1945) et nous invite à une multitude de réflexions parfois très actuelles...

Xavier Dorison




















(c) Manuel Braun

Xavier Dorison rencontre le succès à 25 ans avec son premier scénario, Le Troisième Testament. Il enchaîne l’écriture de séries telles que Sanctuaire et Long John Silver, vendues à plus de deux millions d’exemplaires. En 2006, il signe avec Fabien Nury le scénario du film Les Brigades du Tigre. Enseignant à l’école Emile Cohl et aux Atelier de la NRF, il a en outre publié la série à succès Undertaker (Dargaud), ainsi que Comment faire fortune en Juin 40 chez Casterman.

Félix Delep

Diplômé de l’école Emile Cohl, Félix Delep est né en 1993 et signe avec Le Château des animaux son tout premier livre. Dessinateur animalier remarquable et brillant coloriste, Delep est aussi un narrateur de génie, influencé notamment par les cartoons de Tex Avery. Avec ce premier album, il se propulse d’emblée dans la catégorie des très grands auteurs de bande dessinée.


Mon avis

C'est une tétralogie que nous proposent Félix Delep et Xavier Dorison, une revisite du célèbre roman de George Orwell "La ferme des animaux" paru en 1945.

George Orwell dénonçait la confiscation des idéaux démocratiques par des dictateurs sanguinaires.  Dans son récit, il prône la lutte par la paix lorsque la réconciliation est impossible. Au 20ème siècle, le combat pacifique de Mahatma Gandhi mais aussi d'autres comme Martin Luther King, Nelson Mandela, Lech Walesa.  Des héros prêts à mourir pour une cause mais pas à tuer.

L'adaptation en Bd nous gâte car le dessin est vraiment somptueux.  

Nous sommes dans une ferme château où l'homme a disparu, les animaux ont enfin retrouvé leur liberté en instaurant une république avec à sa tête le taureau Silvio comme président et une escorte canine.

Seulement, voilà la liberté prônée n'est pas la réalité...  Certains semblent bénéficier de privilèges, mangeant à leur faim, s'abreuvant de baignoires de champagne..  Ils sont oisifs, profiteurs , égoïstes et font régner l'ordre à leur profit.

Les autres animaux se tuent à la tâche, ont du mal de manger à leur faim.  On est loin de liberté, égalité, fraternité.

La mise à mort de l'oie Marguerite réclamant la liberté sème le trouble et réveille les esprits.  

Miss Bangalore, chatte de gouttière se tue à la tâche en pensant à la survie de ses petits.  Le lapin César et Miss B joueront un rôle décisif dans une révolution pacifique suite à l'arrivée d'un voyageur artiste qui réveillera leur conscience pacifique.

Le scénario est super bien mené avec de très beaux dialogues.  Le dessin de Delep est magnifique, extraordinairement beau.

Merci à mon libraire d'avoir attiré mon attention sur cette série magnifique.

Les jolies phrases

Ceux qui prônent le désordre ou la désobéissance veulent notre mort !  Parce que sans union pas de force ! et sans force pas de survie !

Tous les animaux sont nés avec l'innocence, la curiosité et l'amour.

Utiliser vos crocs ou vos griffes pour obtenir votre liberté revient à dire que vous espérez récolter une rose en plantant des orties !


Si je devais affronter une gazelle, je ne ferais pas une course avec elle, mais une partie d'échecs !



vendredi 15 janvier 2021

Des frelons dans le coeur - Suzanne Rault-Balet

Des frelons dans le coeur Suzanne Rault-Balet







L'iconopop
Parution : 07/10/2020
Pages : 88
Isbn : 9782378801663
Prix : 12 €


Présentation de l'éditeur

« JE SUIS UNE DISTRIBUTRICE, RIEN QUE ÇA, UNE DISTRIBUTRICE D’AMOUR GRATIS »

Le corps, le désir, l’amour : quand liberté rime avec intranquillité. Les mots sans concession d’une jeune femme d’aujourd’hui pour dire nos peurs et notre besoin d’absolu.

Suzanne Rault-Balet













Suzanne Rault-Balet est née en 1993. Artiste, comédienne et photographe, elle a fait de l’errance son mode de vie et la source de son inspiration. Elle signe ici son premier livre.

Mon avis

C'est un récit sans ponctuation.  Des mots posés, des photos qui complètent le texte, voici ce qu'il m'inspire :

Deux êtres
Attraction et rejet
Force de l'amour
Salvatrice

Liberté,
Liberté d'être soi
Libre
Libre de son corps,
Libre de personnes

Pas esclave,
Non
Ni de soi,
Ni de son corps,
Liberté

Attente, espoir,
183 jours d'attente
Mais aussi d'harcèlement
183 jours de messages,
Lettres, téléphones
183 jours de solitude,
De désert,
D'attentes
183 jours où elle se donne,
Donne ses charmes,
Donne l'amour,
Et,

Se vide
Se vide
Seule
Solitude

L'abeille femelle pique et se meurt,
Se meurt, mort, poison,
Poison de la mère,
Manque du père, 

L'amour
Être ou pas,
L'amour lorsqu'un homme
La touche
Ne pas être elle-même,
Être toutes les femmes
Être ses expériences passées,
Seule dans son corps,
Seule dans sa tête.
Se sentir utilisée,
Être la chose,
Ne pas se sentir elle-même

Poids des hommes,
Liberté,
Amour des femmes?

Se chercher,
Se libérer,
Son corps n'est qu'un vaisseau,
Un instrument,
Pour vraiment être,
Exister,
Libre.


Les jolies phrases


je dois être faite pour le désert
ma vie ressemble à s'y méprendre
à ses dunes de sable aux courbes infinies
à l'horizon si flou
à ses formes qui tanguent

je dois être faite pour le désert
mon coeur ressemble à s'y méprendre
à ces pierres polies-précieuses
dans la poche serrées
ramassées en trésor

je dois être faite pour le désert
mon âme a l'âge des vents qui balaient en poussière
les rayons du soleil sur ses sols arides

j'ai l'aspect d'un mirage
et la voix du silence



je ne sais pas tout à fait
si je suis tout à fait
une femme
précisément parce que je ne sais pas
quand j'en suis tout à fait
devenue
une



ma mère est un poison
de ces venins charmants et distillés
qui parcourent les veines
lentement 
dilués

tellement lunaire ma mère
qu'elle ne se rend pas compte de son effet sur terre
des couteaux qu'elle lance
dans la poitrine
le dos tourné
de ces phrases anodines assassines
les yeux fermés


mercredi 13 janvier 2021

Sapiens La naissance de l'Humanité - Yuval Noah Harari/David Vandermeulen/Daniel Casanave

 Sapiens   La naissance de l'Humanité


Yuval Noah Harari  -David Vandermeulen  -  Daniel Casanave




















Albin Michel
Auteur : Yuval Noah Harari
Scénario : David Vandermeulen
Dessin : Daniel Casanave
Couleurs : Claire Champion
Parution : 07 octobre 2020
Pages : 248
Isbn : 9782226448453
Prix : 22.90 €

Présentation de l'éditeur



Animal insignifiant parmi les animaux et humain parmi d’autres humains, Sapiens a acquis il y a 70 000 ans des capacités extraordinaires qui l’ont transformé en maître du monde.

Harari, Vandermeulen et Casanave racontent avec humour la naissance de l’humanité de l’apparition de Homo sapiens à la Révolution agricole.
Une bande dessinée pour repenser tout ce que nous croyions savoir sur l’histoire de l’humanité.

Yuval Noah Harari










Source Albin Michel

Yuval Noah Harari est docteur en Histoire, diplômé de l’Université d’Oxford. Aujourd’hui, il enseigne dans le département d’Histoire de l’université hébraïque de Jérusalem et a remporté le « prix Polonsky pour la Créativité et l’Originalité » en 2009 et en 2012.
Ses ouvrages Sapiens et Homo Deus sont devenus des phénomènes internationaux : traduits dans près de 40 langues et présents sur toutes les listes de bestsellers à travers le monde.www.ynharari.com/fr

Daniel Casanave

Daniel Casanave vit à Reims et partage son temps entre des domaines aussi variés que l’illustration, la scénographie et la bande dessinée, mais aussi le dessin pour la télévision ou les procès d’assises. Depuis 2001, il explore le monde du 9e Art en mettant l’accent sur l’adaptation de chefs-d’oeuvre de la littérature et la vie de grands hommes. Il publie également régulièrement dans La Revue dessinée et a réalisé quatre albums en collaboration avec l’astrophysicien Hubert Reeves.

Mon avis

C'est une idée géniale de transposer l'essai mondialement connu de Yuval Noah Harari en roman graphique, l'occasion de le rendre accessible à tous. un indispensable dans la bibliothèque familiale, un livre qui plaira à tous, idéal pour les ados par exemple.

Dans son essai Yuval Noah Harari nous fait découvrir l'origine de l'Humanité sous des angles différents, de l'origine du monde à la révolution agricole pour ce premier tome.  Il nous présente l'Homme; Sapiens par la physique, la chimie et la biologie car l'Histoire Humaine en est la continuité.

Pour cette adaptation, il s'est adjoint David Vandermeulen pour le scénario, Daniel Casanave pour le dessin et Claire Champion pour la couleur.  

C'est très agréable à lire, facile à comprendre, rempli d'humour, c'est une très belle réussite.
Apprendre en se divertissant que demander de plus ? Une très belle vulgarisation accessible à tous.

On commence par le tout début, le big bang, l'apparition des espèces en moins 2.5 millions d'années en Afrique, de l'homo Erectus au Sapiens ?

Mais pourquoi sur six espèces n'en reste-t-il qu'une seule ?  La notion d'espèce, de famille ou de genre n'aura plus de secret pour vous.

C'est en s'interrogeant au début de l'Humanité que l'on peut comprendre notre psychologie, nos peurs, nos réactions, comprendre ce qui nous a façonné, modifié comme par exemple la découverte et domestication du feu, l'effet de la chimie et biologie, le fait que l'on mange cuit, la chaleur, la lumière.

C'est vers -70.000 que Sapiens quittera l'Afrique pour partir dans le monde, Pourquoi ?

C'est la révolution cognitive , homo sapiens est le seul animal social.  C'est la création des croyances et des mythes. On apprendra aussi pourquoi Sapiens quittera l'Afrique pour voyager à travers le monde, comment étaient composées les familles à l'époque, les causes de la disparition des espèces, pourquoi l'homme chasseur cueilleur deviendra sédentaire et agriculteur.  C'est le sujet du prochain volume.

C'est captivant, passionnant et nous offre beaucoup de réponses aux questions de l'évolution.

Un Indispensable.

♥♥♥♥♥

Les jolies phrases

Sapiens domine le monde parce que Sapiens est le seul animal sachant créer et croire en des histoires fictives... et dès lors que tout le monde croit aux mêmes fictions, tout le monde suit les mêmes règles et les mêmes normes. 

Une réalité imaginaire n'est pas un mensonge.

Contrairement au mensonge, une réalité imaginaire est une chose à laquelle tout le monde croit.  Tant que cette croyance commune persiste, la réalité imaginaire exerce une force dans le monde. 

Bien sûr, ces histoires fictives, peuvent aussi causer beaucoup d'ennuis.  La plupart des guerres de l'Histoire ont été menées pour des fictions.

Nous comprenons aisément que "les primitifs" cimentent leur ordre social en croyant à des esprits imaginaires.  Ce que nous saisissons mal, c'est que nos institutions modernes fonctionnent exactement sur la même base !    "Arrêtez de couper les arbres. Vous allez fâcher les esprits de la forêt!    Bien sûr, bien sûr ... Mais nous ne pouvons pas quant à nous contrarier les lois du marché, vous comprenez .."

En science, admettre l'ignorance est bien mieux que d'inventer des fictions.

Une bonne partie de l'histoire avec un grand H tourne autour de cette question : Comment convaincre des millions de gens de croire des histoires particulières sur les Dieux, les nations ou les sociétés anonymes à responsabilité limitée ?  Quand ça marche pourtant, cela donne au Sapiens un pouvoir immense, parce que cela permet à des millions d'inconnus de coopérer et de travailler ensemble à des objectifs communs.  Essayer donc d'imaginer combien il aurait été difficile de créer des états, des églises ou des systèmes juridiques si nous n'avions pu parler que de ce qui existe réellement comme les rivières, les arbres et les lions. 

Les fictions sont très importantes, car elles nous permettent de coopérer.  Si les gens ne croyaient pas en l'argent et aux entreprises, le réseau commercial mondial s'effondrerait.  Si les gens ne croyaient pas aux nations, ils ne payeraient pas d'impôts... et il n'y aurait pas de systèmes nationaux d'éducation et de santé.  Mais Sapiens ne devrait jamais oublier que les fictions ne sont que des outils ! Il les a imaginées pour le servir. 

Pensez à nos propres phobies humaines.  Beaucoup de gens ont peur des serpents ou des araignées mais personne n'a peur des voitures, alors qu'elles tuent beaucoup plus de monde que les serpents et les araignées.




dimanche 10 janvier 2021

L'amour au temps des éléphants - Ariane Bois

 L'amour au temps des éléphants - Ariane Bois










Belfond Pointillés
Parution : 14 janvier 2021
Pages : 256
Isbn : 9782714493316
Prix : 19 €


Présentation de l'éditeur



Il n'y a pas d'hommes libres sans animaux libres.

Ils ne se connaissent pas et pourtant, en cette journée caniculaire de septembre 1916 dans une petite ville du Sud des États-Unis, ils assistent parmi la foule au même effroyable spectacle : l'exécution par pendaison d'une éléphante de cirque, Mary, coupable d'avoir tué un homme. Cette vision bouleversera la vie d'Arabella, de Kid et de Jeremy.

De l'Amérique qui entre en guerre au Paris tourbillonnant des années 1920, des champs de bataille de l'Est de la France aux cabarets de jazz, des pistes de cirque jusqu'au Kenya dissolu des colons anglais, ces trois êtres devenus inséparables vont se lancer sur la trace des éléphants au cours d'une prodigieuse expédition de sauvetage.

Dans cette éblouissante saga, une jeunesse ivre d'amour et de nature livre son plus beau combat pour la liberté des animaux et celle des hommes.

Ariane Bois











©Yannick Coupannec


Grand reporter et critique littéraire, Ariane Bois a déjà publié quatre romans, Et le jour pour eux sera comme la nuit (Ramsay, 2009 ; J'ai lu, 2010), Le Monde d'Hannah (Robert Laffont, 2011 ; J'ai Lu 2014), Sans oublier (Belfond, 2014) et Le gardien de nos frères (Belfond, 2016). Tous quatre ont été salués unanimement par la critique, par sept prix littéraires, et traduits à l'étranger. Pour Le Gardien de nos frères (Belfond, 2016), elle a notamment reçu le Prix Wizo 2016. Dakota song est son cinquième roman.

Mon avis

Le 13 septembre 1916 à Erwin dans le Tennessee, Mary, une éléphante d'un cirque est exécutée par pendaison pour avoir la veille tué son cornac de remplacement lors d'une parade dans la ville voisine.  

Arabella, Jeremy et Kid, nos trois protagonistes assistent à la scène horrifiés.

Arabella Cox est la fille d'un père adventiste qui ne souhaite qu'une chose, la voir mariée, femme au foyer mais Arabella, 18 ans ne l'entend pas ainsi, son souhait : prendre son indépendance et devenir infirmière.  Elle est fascinée par les pachydermes et a essayé de défendre la cause de Mary notamment auprès d'un certain Jérémy Parkman.

Jérémy est journaliste au Herald, il vient de Boston et est issu d'une riche famille d'armateur.  Sa route semble toute tracée, reprendre les rennes de l'entreprise familiale et épouser Rosemary une riche héritière mais lui aussi veut autre chose, il veut sa liberté et devenir un journaliste célèbre.

Ce jour là à Erwin, il y avait aussi Kid alias William Vernon, un jeune noir, vivant avec sa mère et ses jeunes frère et soeur.  Il aide sa mère à s'en sortir dans les champs de coton, ils vivent dans une cabane de misère.  N'oubliez pas qu'on est dans le Sud en 1916 et que le racisme et ségrégationnisme sont toujours bien présents tout comme le Ku Klux Klan.  Par mégarde, Kid a bousculé et renversé une dame blanche, il se confond en excuse, veut aider la dame à se relever, à ramasser ses affaires mais cela tourne au drame , elle crie au voleur...  Kid n'a pas d'autre solution que de fuir pour éviter le lynchage.  Sa mère lui ordonne de fuir vers le Nord, de tenter sa chance mais surtout de continuer à jouer chaque jour de la clarinette car il a la musique en lui.

Durant la première partie du récit,  nous allons suivre par de courts chapitres les pérégrinations de chacun , nous emmenant vers New York, Harlem, en rencontrant des personnages illustres dans le domaine du jazz par exemple puis en France; dans les champs de bataille de l'est puis à Paris.

Nos personnages finiront par se rencontrer et ne plus se quitter, une grande histoire d'amitié avec un point commun les éléphants et une idée de sauvetage qui fera basculer le roman dans la seconde partie, direction Kenya, vers "Out of Africa".  

Prêts pour un voyage magnifique ?

Ce roman à l'écriture fluide et agréable est très bien documenté, c'est une fiction certes mais elle nous fait traverser l'Histoire et rencontrer multitudes de personnages intéressants, peut-être un peu trop pour que ce soit vraiment crédible mais peu importe l'écriture nous emporte que ce soit sur les champs de batailles, dans les années 20 parisiennes, dans le domaine du jazz, du ragtime, ou dans la Happy Valley à la rencontre de ses habitants aux moeurs un peu légères et particulières.

Il s'agit bien d'une romance comme son titre l'indique mais en abordant des thèmes sérieux comme le racisme, le colonialisme, la nature humaine cruelle, la cause animale, les guerres et barbaries, la musique jazz et c'est surtout l'histoire d'une belle amitié.

J'ai vraiment pris beaucoup de plaisir à sa lecture.

Ma note : 9/10

Les jolies phrases

La violence est une vieille habitude.

Les Blancs avaient le pouvoir et les Noirs leurs yeux pour pleurer.


La scène, c'est tout un art, il faut savoir s'effacer, laisser les autres briller, pour mieux s'imposer, flamber, aux limites de l'extravagance.

Quand le sol vibre et que les fusées déchirent le ciel, comment engager une conversation avec des hommes qui ne seront peut-être plus demain que des cadavres entassés sur une charette?

La guerre a modifié son regard sur la vie, ses sentiments et l'idée qu'il se faisait sur lui même.  Il ne s'habituera jamais à voir des hommes crever près de lui.

Toujours la même chose, éructe Kid.  Le négro peut bien se faire trouer la peau pour défendre la civilisation.  Mais pour la reconnaissance de la patrie, on se brosse !

Ici un homme est jugé sur son mérite, pas sur la couleur de sa peau.

Arabella la dévisage, surprise.  Elles n'avaient pas vingt ans, il serait toujours temps de se reproduire !  Si la guerre lui avait appris quelque chose, c'était bien la dimension fragile, aléatoire de l'existence, ce cadeau qu'on pouvait vous retirer en une seconde.  Plus que jamais, elle entendait profiter de la vie, traverser des paysages, rencontrer des gens rares, éprouver toutes les émotions, avant de fonder une famille.  

Perdre son père, c'est perdre une partie de son enfance, changer de place dans l'échiquier des générations, se retrouver au premier rang.  

Ici, tous les autres Noirs sont des boys, des serviteurs.  Les Africains ne possèdent aucun droit et vivent sous la loi des Blancs qui les "protègent" en profitant de leur travail.

Traquer, survivre, c'est le loi de la nature.
Ne me parle pas de traque, ni de survie, bwana, risposte Kid.  Je sais ce que c'est !