mercredi 29 juillet 2026

Le calamity club - Kathryn Stockett

 Le calamity club  -  Kathryn Stockett















Robert Laffont
Pavillions
Parution : 28/05/26
Traduit de l'anglais (USA) par Laura Satz
Pages : 682
Isbn : 9782221284131
Prix : 24.90 €

Présentation de l'éditeur

Après plus de 15 ans d'absence et 15 millions d'exemplaires vendus dans le monde, le grand retour de Kathryn Stockett, l'autrice de La Couleur des sentiments. Bienvenue dans Le Calamity Club, une histoire de résilience et d'amitié où la solidarité féminine n'a d'égale que la soif de justice et de liberté.

" Si on donne à une fille une bouffée d'air frais et qu'ensuite on la lui reprend, elle se battra comme une lionne pour la récupérer. " Mississipi, 1933.

Meg, onze ans, a appris à ne compter sur personne. Depuis que sa mère l'a abandonnée, elle fait partie des grandes filles " inadoptables " de l'orphelinat, où elle se bat chaque jour pour garder espoir malgré le mépris et la cruauté de la présidente.
Birdie, missionnée d'aller retrouver sa sœur récemment mariée à un riche banquier pour sauver sa famille ruinée, découvre un foyer parfait en apparence mais qui repose en réalité sur un tissu de mensonges.
Charlie, internée de force dans un asile après avoir été jugée " faible d'esprit ", est prête à tout pour récupérer sa fille perdue et retrouver sa dignité.
Trois destins qui vont se rencontrer par la force du hasard autour de l'orphelinat du comté de Lafayette, puis converger avec celui d'un groupe de femmes intrépides qui élaborent un plan audacieux : le " Calamity Club ". Mais dans une ville où règne l'hypocrisie, le moindre acte de défi vous expose à tous les dangers... Quel sera le prix à payer pour leur désobéissance ?


Mon avis

Si vous avez aimé "La couleur des sentiments", vous aimerez sans conteste ce nouveau roman de Kathryn Stockett.  On y retrouve une fresque romanesque, des destins de femmes, une réalité historique - la période de la grande dépression 1933 dans le Mississipi - et beaucoup d'humour.  Un récit de 664 pages qui se dévore avec plaisir.

Une lecture addictive dressant le destin de trois femmes unies dans la solidarité, la sororité.

Meg Lefleur a 11 ans, elle vit l'enfer dans un orphelinat sous la coupe de Garnett Pittman, la responsable de la ligue contre l'immoralité,  qui l'enferme dans un bureau moisi aux fenêtres condamnées, la prive d'école.  Meg heureusement a de la ressource, c'est une petite fille intelligente, vive dont nous allons suivre le parcours.  La littérature aura une place importante dans sa vie.

Birdie Calhoun est une jeune femme de 24 ans qui vient à Oxford voir sa sœur Frances qui a épousé un banquier et vit dans le luxe avec la famille Tartt, son objectif sauver sa famille de la ruine.

Il y a aussi Charlie, internée de force dans un asile pour avoir parlé à un homme de couleur dans une gare, cabossée par la vie, elle est prête à tout pour récupérer sa fille qu'on lui a enlevée.

Ces trois femmes que tout sépare vont ensemble et avec d'autres s'unir pour combattre les injustices, refuser la misère et essayer de s'en sortir.

Un récit captivant qui raconte les conditions de la femme souvent exclues à cette époque, leur lutte et solidarité pour s'en sortir sur fond historique. On y parle de discrimination, des violences institutionnelles sous l'emprise de la ligue morale, de racisme, de pauvreté, du rôle de la femme, de marginalité et de différence.

Une lecture passionnante, lumineuse, drôle, originale.

Un coup de coeur ♥


Les jolies phrases

Je sais que ma vie serait plus facile si je restais là à encaisser sans bouger.  Mais il y a une autre chose que j'ai apprise : si on vous donne une bouffée d'air frais et qu'ensuite on vous la reprend, vous vous battrez comme une lionne pour la récupérer. 

J'imagine que même les riches aiment bien avoir du personnel gratuit, peut-être plus que les gens normaux. Comme ça, ils restent riches.


J’éclatai de rire. En ce monde, il y avait des chrétiens et il y avait des gens bien, mais ce n’étaient pas forcément les mêmes.


Mais tu sais, la folie, c'est relatif. Je veux dire par là qu'on est tous un peu fous, mais on pense que ce sont les autres qui le sont.


J'ai nourri toute ma vie les plus grands espoirs. Chaque jour je cultive l'optimisme et je compte continuer.


samedi 25 juillet 2026

Hippie Papy - Zidrou et Monin

 Hippie Papy  -  Zidrou et Monin




















Grand Angle
Parution : 29/04/26
Pages : 72
Scénario : Zidrou
Dessin : Arno Monin
Isbn : 979 1 0411 1141 1
Prix : 16.90 €


Présentation de l'éditeur


Et si le vrai héritage n’était pas celui du sang, mais celui du cœur ?

Ancien notaire et hippie depuis 1967, Honoré est l’inverse de son fils François-René, notaire conformiste, et de sa belle-fille Diane, obsédée par le statut social et le patrimoine. Lorsqu’il tente de repartir en stop vers l’Inde pour aider les victimes d’un séisme, son corps ne suit plus. Alors contraint de rester, il se réfugie dans son « ashram » au fond du jardin.

L’arrivée de Kiaan, fils indien qu’il a adopté autrefois, fait voler en éclats l’équilibre familial. Son adoption réveille les non-dits et sonne comme une menace pour Diane, qui craint que l’héritage lui échappe. Affaibli, Honoré renoue une dernière fois avec son rôle de notaire pour organiser sa succession. Mais pour lui, transmettre ne signifie pas posséder, c’est apprendre à vivre libre…



Zidrou 

Benoît Drousie, dit Zidrou, est né le 12 avril 1962 à Anderlecht. Après avoir exercé durant six ans la profession d'instituteur, il décide de se tourner vers l'écriture. Il travaille un temps comme secrétaire de la revue Tremplin, où il rencontre la dessinatrice Carine De Brab, avec qui il collabore sur la série Margot et Oscar Pluche (Casterman). Parallèlement, Zidrou s'associe au scénariste Falzar. Le duo inonde les rédactions de magazines jeunesse et les éditeurs de projets sous le pseudonyme des Potaches. Entre-temps, L’Élève Ducobu, lancé avec Godi comme bouche-trou dans Tremplin, a pris de l'ampleur. Publiée en album au Lombard à partir de 1997, la saga compte déjà 26 tomes, et a été portée trois fois sur grand écran. Pilier du journal Spirou, où il multiplie les histories courtes, Zidrou y crée la série Les Crannibales (avec Jean-Claude Fournier), Le Boss (aux côtés de Philippe Bercovici), et surtout Tamara, avec le dessinateur Darasse. Ce personnage d'adolescente enrobée connaît un immense succès, et connaît une double adaptation cinématographique. Dans les années 2010, Zidrou se diversifie considérablement, parvenant à se détacher de son statut d'auteur jeunesse et humour. Il travaille avec Jordi Lafebre (Lydie, Les Beaux étés), Francis Porcel (Les Folies bergères), Oriol (La Peau de l'ours), ou encore Arno Monin (L'Adoption). Il n'en oublie pas pour autant ses premiers amours, créant notamment la série jeunesse Boule à zéro (avec Serge Ernst) chez Bamboo. Scénariste prolifique, il est débauché pour reprendre plusieurs classiques de la BD franco-belge, notamment Ric Hochet et Léonard. C'est également au Lombard qu'il publie La Baleine-bibliothèque, avec Judith Vanistendael. En 2022, Zidrou s'adjoint les talents d'Eric Maltaite pour créer Hollywoodland dans le magazine Fluide glacial.


Arno Monnin

Après avoir passé un bac littéraire puis une année à la fac en histoire de l'art, Arno Monin intègre une école d'arts appliqués qui proposait la formation dessin, animation, bande dessinée. En cours de formation, un projet BD commence à le démanger. Il s'y consacre alors à plein temps afin de le présenter à des éditeurs, jusqu'à la bonne rencontre avec Grand Angle. Il signe les dessins du très remarqué L'Envolée sauvage, suivi de L’Enfant maudit.







Mon avis

Joie de retrouver un nouvel opus dans cette série que j'adore "L'adoption" qui allie un scénario tout en finesse sur la famille et la transmission de Zidrou et le joli dessin aux couleurs douces d'Arno Monin.

On est notaire de père en fils dans la famille Codicille-Débours, enfin presque car Honoré - notre Hippie Papy - l'a été une heure en réalité.

Soixante-huitard convaincu, il a bourlingué à travers le monde, notamment en Inde. Il squatte la cabane de jardin s'adonnant au yoga et au naturisme ce qui n'est pas pour plaire à sa belle-fille. Il aimerait reprendre la route mais voilà qu'arrive son fils adoptif, un indien vivant au Québec.  

Se pose alors la question de la transmission, de l'héritage et des liens familiaux.  Une jolie brochette de personnages, un récit tout en humour et en émotion comme Zidrou aime nous en inventer.  Le dessin de Monin le complète à merveille. C'est beau, doux, tendre, humain.

Ma note : 9/10


Des mêmes auteurs j'ai lu et beaucoup aimé


Cliquez sur la couverture pour avoir accès à l'article


















J'adore Zidrou; vous pouvez retrouver les albums lus en cliquant sur cette page



vendredi 24 juillet 2026

La fille de Nino - Gabrielle Borile

La fille de Nino  -  Gabrielle Borile



















Weyrich
Plumes de Coq
Parution : 19-03-26
Pages : 188
Isbn : 9782390770114
Prix : 20 €

Présentation de l'éditeur

La neige tourbillonne et les essuie-glaces peinent à balayer le pare-brise. Angela ralentit sans freiner, la chaussée de Waterloo qui mène de Bruxelles à Charleroi est glissante. Autour d’elle, des voitures filent, indifférentes au danger. Elle essaie de ne pas penser, de ne pas pleurer, d’oublier que dans la chambre de l’hôpital, là-bas à Charleroi, son père est entre la vie et la mort. Au téléphone, sa tante a répété qu’elle appelait depuis six heures du matin. Angela n’a-t-elle pas entendu la sonnerie ? Incapable de lui expliquer qu’elle travaille le matin comme nettoyeuse, elle s’est contentée de répondre qu’elle n’était pas chez elle. Sa tante répétait avec son accent carolo: Il faut que tu viennes, il faut que tu viennes. Ne pas penser, ne pas pleurer. Rouler. Conduire. Elle tourne le bouton de la radio. C’est encore l’invasion de l’Afghanistan à la une ! Angela écoute sans entendre et laisse son regard errer sur les champs couverts de neige. Sur sa droite, au loin, la silhouette du Lion de Waterloo se dessine à l’horizon. Depuis combien d’années, son père travaille-t-il à l’usine ? Elle n’en sait rien. Elle ne sait rien de son père. Elle l’a abandonné pour monter à la capitale. Elle n’a pas pensé à l’interroger. Elle n’a pensé qu’à elle. A ses rêves de grandiosité. Elle sait juste que Nino a quitté l’Italie après la guerre et qu’il a passé cinq ans dans une mine près de Monceau, à arracher le charbon au fond des galeries, dans le tumulte des marteaux-piqueurs et la peur que tout s’effondre. Il y a quelques mois, elle a vu par hasard un reportage sur le sur le drame du Bois du Casier à Marcinelle. Elle s’est dit qu’elle interrogerait son père, et puis elle a oublié.

Gabrielle Borile


Gabrielle Borile est née à Charleroi. Sa famille est d’origine italienne de milieu modeste.
Elle est élève à l’athénée royal Vauban à Charleroi puis elle fait des études de droit et de journalisme à l’Université libre de Bruxelles avant
de se consacrer à la presse écrite en 1981 comme journaliste indépendante. Auteur de bandes dessinées, elle devient en 1994
scénariste de télévision pour France 2. Au cinéma, elle a coscénarisé avec le réalisateur Benoît Lamy le long métrage Combat de fauves (1997,
avec Richard Bohringer) et écrit le film Miss Montigny.


Mon avis

Angela est née au Pays Noir, fille d'immigré italien, un père mineur durant 5ans puis ouvrier dans la métallurgie, une mère décédée trop tard suite à la maladie.   Elle vit à Bruxelles, est diplômée en journalisme mais elle est aujourd'hui technicienne de surface dans une banque. Elle a le sentiment d'avoir trahi sa classe sociale.   Elle rêve d'écrire un roman, d'écrire pour la presse.

C'est sa tante qui la contacte et lui demande de venir d'urgence, son père a eu un accident, il est dans le coma.

En se rendant près du père, en le veillant, elle se rend compte qu'elle sait peu de chose sur son parcours, son histoire.  Lui qui à l'âge de 21 ans en 1948 alors que les fascistes avaient tout pris en Italie, fait le chemin jusqu'à la Belgique, quitte sa famille, la pauvreté pour s'y installer.  C'est pas simple à l'époque l'intégration "macaroni", "rital" , il en entend et subi des injures.  Il rencontrera Angela, sa femme, qui est décédée il y a 6 ans de la sclérose en plaque.   Angela comprendra plus tard, qu'il s'agissait d'un mariage forcé.

Elle repense à Michel, son ex mari , quelle retrouvera à l'hôpital,  une situation toxique, sous emprise, qui l'éteignait à petit feu.  Elle repense à son enfance, à son insociabilité, l'incapacité de se faire des amis, à tout ce que son père ne lui a pas transmis, ses souvenirs, ses origine.

Un roman d'apprentissage, pour se libérer du passé, de ses solitudes, dans le but d'avancer, de se réaliser.

Une jolie plume à découvrir ! 

Ma note : 8.5/10

Les jolies phrases

Avec les mots, elle entre dans un autre monde, protégé des émotions trop violentes.

Elle n'est pas née dans la bonne maison.  Celle où l'on grandit dans le royaume des mots, avec de belles phrases et des paroles chatoyantes.  Elle, elle est née dans le silence. 

N'est-ce pas le destin de tous les émigrés ? Un chemin pavé d'errances, de regrets et de séparations douloureuses.  Hantés par les souvenirs du pays natal, les exilés rêvent de rentrer chez eux, mais il leur faut dès lors abandonner les adultes qui ont adopté le pays où ils ont grandi.  Comment savoir alors dans quel pays vieillir et mourir en paix ? 

Quand les enfants partent, ils ne reviennent jamais.

Seuls les mots sur le papier pourront la soulager de la détresse qui grandit en elle.  Quand l'encre de son stylo coule et glisse sur la feuille, elle oublie tout, le temps n'existe plus, ni son corps ni son esprit, elle entre dans un monde protégé, clos et chaud, où elle peut rester des heures durant, comme dans un paysage enchanté.






jeudi 23 juillet 2026

Des idées lectures pour l'été

Des idées lecture pour l'été


Si vous êtes en manque d'idées lecture cet été, voici la sélection du dernier café littéraire coup de ♥  fin juin.  Idées pour passer un bon été. 






Lequel de nous portera l’autre - Violaine Lison























C'est une petite merveille que je vous propose de découvrir, un livre magnifique qui nous fait connaître la courte vie de Léonce Delaunoy, jeune séminariste, brancardier durant la Première Guerre Mondiale.

Léonce a vingt ans lorsqu'il est réquisitionné comme brancardier. Il va vivre l'horreur, l'enfer, la peur, côtoyer la mort, vivre la solitude sans armes pour finalement être emporté par un éclat d'obus quelques jours avant la fin de la guerre, le 15/10/1918.

Ce qui est touchant et incroyable c'est la manière dont Léonce est arrivé à nous pour y trouver une place dans nos cœurs, car croyez-moi après la lecture il restera gravé au plus profond de vous.

Violaine Lison reçoit en 2014 des carnets de guerre de la part du petit-neveu de Paul Nackart. Elle en commence la lecture, la retranscription (un travail de longue haleine), elle est frappée par la beauté de l'écriture poétique, la sensibilité de l'auteur pour la nature, une véritable plume d'écrivain.

" Trouver la beauté dans l'immonde. Dire l'immonde avec beauté "

Violaine se rend compte d'éléments qui clochent et que Paul Nackart n'est que le copiste des carnets de Léonce Delaunoy. Elle enquête auprès de sa famille, se rend à Ostiches et recevra les carnets originaux de Léonce et toute une série d'objets se trouvant en photo à la fin du livre.

Très vite elle se rend compte que des passages n'ont pas été retranscrits. Pourquoi ? Par pudeur ? Pour cacher sa colère contre les autorités ? Ou parce que trop intime parlant d'une amitié amoureuse ?

Et puis, il y a un grand mouchoir militaire plié en seize avec un nom et une adresse, un certain Herman habitant au Havre.

Patiemment avec tous ces éléments, Violaine va tisser des liens, entremêler sa plume à celle de Léonce pour le faire revivre plus d'un siècle après sa mort et lui donner une nouvelle vie de papier. Ce livre est juste sublime, lisez-le, il est en lice pour le prix des librairies indépendantes.



Lalie en l’air - Anne-Sophie Kalfleish



Un court mais dense qui nous raconte une amitié merveilleuse dans un contexte difficile. Nous sommes en 1994 à La Louvière en Belgique lorsque le roman commence à l'époque de l'affaire Dutroux qui aujourd'hui encore a laissé des traces.

alie est une enfant vive et solitaire souvent livrée à elle-même, son père rentre tard du resto où il travaille, sa mère est débordée par son travail et son père à gérer. Nicolas et Justine, frère et sœur plus âgés ont d'autres priorités. Du coup Lalie se promène seule au bord du canal et un jour découvre la maison de Mark, un flamand, jardinier discret vivant là depuis quelques années. Mark était prof de bio à l'université, il est doux, attentif et connait plein de choses sur les oiseaux. Lalie y trouve un père, un ami, elle se sent écoutée au centre des attentions chez lui. Une amitié est née, Monsieur Mark va l'aider pour l'école, lui transmettre son savoir, Lalie sourit enfin.

Mais nous sommes dans les années de disparition des fillettes, de l'affaire Dutroux et les regards suspicieux vont changer la vision des choses. Mais pourquoi un prof d'univ se retrouve ici comme jardinier, les rumeurs vont bon train et on a vite fait de faire un amalgame, de déformer les choses.

L'originalité du récit réside dans l'écriture, l'usage du "tu" pour Lalie nous donne un regard à hauteur d'enfant mais on a aussi d'autres points de vue, celui de son amie Sophie qui rêve de devenir détective, celui des adultes, des voisins.

L'écriture est tout en délicatesse, poétique. La tension grimpe au fil du récit, c'est somptueux. Le récit nous replonge à l'époque et nous interroge sur la vision que l'on peut avoir en fonction du contexte social et des traces du passé.


Trace – Geneviève Damas

















Farkass a 15 ans, elle a échoué avec sa mère dans les Tours, dans une cité délaissée suite à la séparation de ses parents. Son père avait des dettes de jeu, aujourd'hui encore, sa mère fait des ménages à l'hôpital et chez des particuliers pour rembourser. C'est la raison pour laquelle elles ont échoué ici.

Farkass a changé d'école, elle est en décrochage scolaire et pour subvenir aux besoins de sa mère vend de la coke après les cours. C'est elle qui nous raconte à la première personne son histoire, une manière d'immerger dans ce monde, avec son langage, ses codes, ses dangers.

Un jour, Farkass est présente au cours de sport de Couturier, il la repère pour son endurance à la course. Elle a du talent, il lui propose de l'entraîner mais cela demande rigueur, discipline. Farkass découvre enfin un exutoire, un lâcher-prise, un moment où elle se sent bien et oublie le reste. C'est qu'elle aime cela la course, l'effort, la fierté d'y arriver, la réussite, la confiance que cela procure, l'oubli le temps d'un instant.

Le souci c'est que c'est difficile à concilier avec la bande, elle, la nana de 15 ans qui a su se faire une place dans ce monde masculin, l'incompatibilité de ses horaires, cet argent facile, non sans risque mais nécessaire à leur subsistance. Elle va en parler au boss qui va aménager ses horaires et lui proposer des missions spéciales pour qu'elle puisse s'entraîner.

Farkass est face à un dilemme, tendre la perche de Couturier et peut-être accéder à une carrière athlétique, grandir ou rester dans le milieu. Fera-t-elle les bons choix ?

La plume de Geneviève Damas est fluide, elle colle aux personnages, proche de l'oralité avec un vocabulaire jeune, actuel, authentique et crédible. On est dans la tête de Farkass qui essaie de s'en sortir, de faire au mieux. On s'attache à elle qui est déchirée entre l'espoir de s'en sortir et la réalité.

Une façon de comprendre un fait de société, le pouvoir du milieu de la drogue, les guerres de gangs, la violence, la jeunesse précaire démunie face à de l'argent facile ne voyant malheureusement pas beaucoup d'autres alternatives.



Fêlée – Isabelle Félix
























Isabelle,

Je voulais vous dire mon admiration, quel courage de se mettre à nu, de nous raconter votre histoire, votre vie avec tant de sincérité, de simplicité. Merci pour ce courage, cette résilience car vous avez raison, il faut parler, expliquer, ruer dans les brancards pour que les choses changent.

Isabelle dans ce récit de vie nous parle de la santé mentale, de son manque de prise en charge, de la réalité du terrain. Isabelle souffre de troubles bipolaires. Elle a des phases hautes avec une énergie folle, où elle peut être énergique, exaltée, grisante suivies de périodes basses, amorphe, apathique, vidée où elle ressent la peur, la honte.

Ce qui lui arrive, il a fallu du temps pour le comprendre et l'accepter. Isabelle est une femme énergique qui ne manque pas de ressources, c'est une amoureuse, une mère de 3 enfants. Sa chance : avoir une famille unie, des amis toujours présents à intervenir en cas de crise. Lors de ces crises, elle fait souffrir son entourage, elle rit, rugit, se met en colère puis se calme. Elle a galéré et ce n'est pas rien de le dire, à différents moments de sa vie, le plus difficile, inadmissible pour une mère étant la mort de son fils Léon, par choix craignant de ne pas supporter lui aussi la maladie.

On s'y attache à Isabelle, en la lisant on rit, on pleure, on a peur, on se révolte. La colère nous gagne lorsque l'on se rend compte du manque criant de service d'aide, d'accompagnement, de l'attitude des services d'urgence psychiatriques. Une honte alors qu'aujourd'hui tant de jeunes et moins jeunes ont des soucis de santé mentale.

Il est temps de faire quelque chose d'urgent. Ecrire pour être comprise, entendue et lue par vous pour faire changer la vision des choses.

Isabelle, vous êtes une femme forte, magnifique, j'admire votre courage, votre énergie, l'amour porté à vos enfants, toujours aller de l'avant, se relever et avancer malgré tout.

Merci pour ce témoignage très bien écrit, j'ai été très émue à sa lecture, bouleversée, interpellée, en colère parfois. Il faut qu'on en parle et que les choses changent.



La dernière nuit - Odile D’Oultremont


















Abel né Abélard Comte de Hesbaye et Nikki sont de deux mondes différents, l'un est bien né et fera des études de finances dans un internat anglais à l'adolescence et deviendra banquier d'affaires, elle est fille de métayer, elle reprendra plus tard l'exploitation de ses parents en prenant soin au bien-être animal.

Pourtant enfants, ceux que tout séparait, étaient unis comme les doigts de la main, toujours ensemble. C'est lui qui a fait aimer la ferme, les animaux à Nikki qui les détestait petite. C'est Chance, une vache exceptionnelle au destin tragique qui est le lien véritable de leur amitié mais aussi de leur différend et de la naissance du sentiment de vengeance.

Par une nuit d'ivresse, douze ans après son départ en Angleterre, Abel a voulu impressionner ses amis et a tiré sur une vache l'abattant par balle, lâche il n'a pas comparu au procès laissant ses avocats régler le problème. Depuis Nikki rumine, s'emplit de colère et il est temps deux ans plus tard d'assouvir sa vengeance.

C'est un huis clos alternant passé et présent que nous propose Odile d'Oultremont qui aborde avec brio, la domination des classes, le spécisme et le bien-être animal mais aussi les traces du passé et du manque d'amour et de considération et surtout la question de la justice et de la vengeance libératrice.

L'écriture est nerveuse, hypnotique, happante. La plume est à la fois tranchante, incisive, percutante mais également caressante. La tension est parfaitement maîtrisée, le livre se lit vraiment comme un thriller. L'écriture riche décrit à merveille la profondeur des sentiments, de la colère, de l'impuissance face à l'injustice et de l'envie de vengeance.

Zebraska - Isabelle Bary /Ludo Borecki


















C'est avec eaucoup d'intérêt que je découvre la première partie de ce dyptique adapté du roman éponyme d'Isabelle Bary lu à sa publication d'origine. L'idée est géniale car elle permettra de donner le goût de la lecture à un maximum de monde et sans doute d'enfants et parents concernés qui ne comprennent pas toujours leur malaise et leur différence par rapport à d'autres.

Nous sommes en décembre 2055, Martin alias Marty a 15 ans, sa grand-mère Mamiléa lui offre un cadeau singulier, un livre unique, une bd qu'elle a rédigé et publié en un seul exemplaire. Un livre qui va sans doute changer la perception des choses pour Martin. Il faut savoir que nous sommes après la Grande Bascule, dans un monde où l'on porte des lunettes holographiques, un monde hyper connecté où les livres et les traces du passé ont disparu. Un monde dans une société tolérante et apaisée.

Marty va à travers ce livre découvrir la vie de Thomas, son père. Il va découvrir son père, un enfant différent dans une société qui n'aimait pas cela et ne lui laissait pas toujours la place, laissé au jugement et regard des autres. Ce livre le titille, lui fait peur mais pourquoi ?

Il se rend compte que lui aussi parfois ne se sent pas à sa place, voit la vie en noir, est nerveux, émotif, avide de sens, éprouve un sens de la justice exacerbé, qu'il aime les autres mais n'aime pas être comme les autres. Le livre de Mamiléa va agir comme un miroir entre sa vie et celle de son père.

J'ai beaucoup aimé les deux temporalités représentées graphiquement en bord noir pour aujourd'hui et en bord blanc pour le passé, une mise en scène qui nous permet de nous situer de suite en tant que lecteur.

Le trait est clair et expressif, l'émotion tout en finesse dans les visages et le ressenti.

L'adaptation en bd permet d'aborder la douance avec un jeune public, de manière simple et imagée. Le cahier pédagogique à la fin complète bien le sujet donnant des clés pour comprendre cette "différence" et d'aider les parents et enfants concernés sur le fonctionnement du mental des enfants HPI.



Frankenstein - David Sala



Une réinterprétation graphique magistrale et contemporaine de l’œuvre de Mary Shelley.

En adaptant magistralement l’œuvre de Mary Shelley, David Sala ne se contente pas de lui donner une sublime interprétation graphique. S’il a choisi ce roman parmi tout ce que compte de chefs-d’œuvre la littérature, c’est qu’il y trouve une résonance particulière avec des thématiques qui lui sont chères : l’acceptation de la différence, la peur de l’inconnu, les violences faites aux minorités, la vindicte populaire... autant de sujets déjà abordés dans ses précédents albums, qu’il met ici en exergue pour faire de ce Frankenstein son album sans doute le plus personnel. Oubliez l’idée d’un récit romantique à la langue ampoulée du XIXᵉ, Frankenstein est une œuvre terriblement moderne, qui fait directement écho aux grands défis actuels de nos sociétés. À lire et faire lire impérativement !

Trois fois la colère – Laurine Roux
























Au temps des croisades, Miou accompagne son grand-père, Hugon le terrible et d'un coup d'épée mortel elle rend enfin justice aux siens, une vengeance qui prend source quelques générations précédentes.

Remonter aux sources du mal pour comprendre via quatre chapitres : racine, branche, sève, drageon.

Un récit qui se déroule dans les Hautes-Alpes, en partie dans la forêt de Bénévent, la nature étant un personnage à part entière, mystérieuse, envoûtante, crainte pour ses sortilèges. C'est dans cette forêt que tout a commencé et que Joseph le père de Gala a injustement été porté au bûcher.

C'est dans cette forêt que Gala va accoucher avec l'aide de la Prodigue. Trois enfants portant tous une tâche rouge, comme un coquelicot cousu dans le cou, la même que porte le seigneur Hugon, un homme infâme semant sa semence de force un peu partout. Un pacte scellé entre la Prodigue et dame Clarisse qui souhaite un héritier va changer leur destin.

La Prodigue enlèvera les trois bébés, Ephraïm avec un iris vert et un autre marron (signe du diable) sera déposé au monastère, le père Guillaume en prendra soin comme son fils, Reine sera comme convenu remise à dame Clarisse qui a simulé une grossesse et Mange-Ciel laissée pour morte, restera avec Gala dans la forêt.

C'est une fable médiévale, au temps des croisades, une épopée épique qui traite de sujets contemporains : la domination masculine, la soif de justice, l'emprise du passé et la recherche d'identité, la répartition aux victimes mais aussi la puissance de l'amour, la beauté et la force de la nature et l'espoir.

Cela se dévore, l'écriture est riche, poétique, sensorielle. La langue est puissante, très belle, on se laisse emporter par la magie de l'écriture.



Les grues volent vers le sud - Lisa Ridzen






Bo a 89 ans, il vit seul avec son chien Sixten dans sa maison d'un petit village du Nord de la Suède depuis que Fredrika sa femme est placée dans une institution pour démence. Une équipe d'aides- soignantes merveilleuses se relaient pour prendre soin de lui. Hans, son fils passe régulièrement, il pense que Bo n'est plus capable de s'occuper de son chien et veut lui trouver une autre famille.

C'est un cataclysme qui se produit dans la tête de Bo à cette annonce. On va vivre son quotidien, ressentir avec lui ses sentiments. Lisa Ridzen dans ce premier roman magnifique nous fait ressentir avec beaucoup d'émotions les ressentis de Bo, on entre dans sa tête, dans ses pensées, ses souvenirs intérieurs, sa vie d'époux, l'amour profond pour sa femme, sa vie de père, cet enfermement dans ce corps, dans sa tête que par pudeur la vieillesse lui empêche de partager, comme une incapacité de faire, de dire l'amour qu'il porte à son fils. Il ne veut pas reproduire la relation vécue avec son père, il sait que son fils l'aime et veut le lui dire mais c'est difficile. Il s'interroge aussi au basculement de changement de rôle lorsque ce n'est plus le père qui prend soin du fils mais l'inverse.

Un roman qui parle aussi de l'amitié envers son ami Ture, son chien Sixten, et puis un questionnement aussi sur les limites du système pour vieillir bien, de merveilleux aides-soignants se relaient pour permettre à Bo de rester chez lui, l'attachante Ingrid qui fait ce travail avec empathie, amour et respect.

Ce qui bouleverse ici c'est l'humanité dans l'écriture. C'est d'une justesse incroyable. C'est beau, maîtrisé et cela m'a vraiment bouleversé au plus profond de mon être.



Kaya – Lily H Tuzroyluke






Une extraordinaire odyssée dans le Grand Nord arctique. Alaska, printemps 1893. Une épidémie de variole décime les populations autochtones. La sœur de Kaya vient de succomber à son tour ; la jeune Inupiaq et ses trois enfants sont désormais les seuls survivants de leur village. Alors qu’ils campent près de la banquise, sa petite fille de cinq ans, Samaruna, est enlevée par des baleiniers américains. Kaya et ses fils se lancent dans une poursuite désespérée à travers les immensités glacées, affrontant la faim, les tempêtes et la débâcle des fleuves. Leur quête les mènera jusqu’au port de Herschel, où se rassemblent tous les équipages. Puissant cri de révolte mais aussi formidable déclaration d’amour à l’Alaska, à ses peuples et à leurs mythologies, ce roman est le premier récit inupiaq à s’inscrire, enfin, dans la mythique littérature du Grand Nord. Lily H. Tuzroyluke a fait ses études à l’Université de l’Alaska, à Fairbanks, et a travaillé au sein du gouvernement tribal de sa communauté. Elle vit aujourd’hui à Anchorage. Kaya est son premier roman. « Lily H. Tuzroyluke brûle d’une passion farouche pour son peuple et sa terre. »


Les livres de mes invités : 


La nuit des cochons- Hélène Zoler




















Entre roman noir rural et thriller domestique, c'est noir, très noir, une écriture, une ambiance qui m'a un peu fait penser à l'univers de "Débâcle" de Lise Spit.

Nous sommes en 1991, cela fait 35 ans que Julien a quitté la ferme familiale après la fameuse "nuit des cochons" qui a vu le décès de son père dans des circonstances troubles. Que s'est-il véritable passé cette fameuse nuit ? Julien est toujours en questionnement et c'est l'appel de sa sœur Faustine qui va le ramener à ces souvenirs, à son sentiment de culpabilité. C'est à la demande de son autre sœur "Agnès" qu'elle renoue contact, Agnès est au bout de sa vie et réclame son frère à tout prix pour trouver la paix avant de partir.

Retour en 1956-1957 dans cette famille dysfonctionnelle, un père alcoolique, jaloux, violent, dominant qui impose ses lois, semant la peur au sein de la famille nombreuse, une mère froide, silencieuse, détachée. On vit dans le monde rural avec quelques animaux dont des cochons. Chaque année la mise à mort du cochon pour une subsistance économique. Un geste qui avec la violence du père laisse des traces, traumatise la famille. Des peurs, des dénis, l'alcoolisme du père, son racisme, sa xénophobie, c'est tout ce qui ravive la mémoire de Julien en répondant à l'appel d'Agnès.

L'écriture est très visuelle, efficace, elle vous prend et ne vous lâche pas. La tension grimpe au fil des pages et des secrets qui éclatent. Un magnifique premier roman à découvrir au plus vite !

Le Ciel de Samuel - Sylvie Stuer





C'est un roman historique, un docu-fiction que nous propose la wavrienne Sylvie Stuer. Un roman indispensable, lumineux.

Voici un récit qui nous plonge dans deux temporalités, 2012 et la période de juin 42 à janvier 45.

Samy essaie de faire éditer l'histoire de son père David qu'il a découverte il y a peu suite à un voyage à Auschwitz-Birkenau. C'est seulement à partir de ce moment que David a commencé à lui parler de son passé, son histoire familiale, son destin et celui de son père Samuel.

Sur place il ne fallait penser à rien, sinon à survivre mais aujourd'hui, ce qu'il a vécu là-bas, les souffrances et horreurs vues ne l'ont jamais quitté, c'est son quotidien, cela l'accompagne à jamais.

C'est un rescapé mais aussi un mal aimé car il était membre d'un Sonderkommando dont la mission était de participer bien malgré eux à la disparition des leurs.

Se posent alors des questions sur la spiritualité, la foi, la culpabilité d'avoir survécu et surtout la notion de pardon, sur le silence, les non-dits, la difficulté de raconter. Je n'ai pas envie de vous en dire plus si ce n'est qu'il ne faut pas avoir peur de le lire, certains passages sont durs mais essentiels, nécessaires, car au bout il y a toujours la lumière.

La construction du roman est très intéressante, des pièces de puzzle qui s'emboîtent, de belles personnes qui se rencontrent, des destins croisés. L'écriture est belle, très documentée. J'ai beaucoup aimé les réflexions profondes sur la notion de pardon et sur la spiritualité.

Les enfants de Voynich - Olivier Papleux




Al-Jabr, Aurore, Babel, Kryptos et Floris ont tous en commun d'être diagnostiqués HPI, ils ont tous un QI proche ou supérieur à 140, ils sont soit laminaire, Asperger ou à tendance complexe. Ils vont vivre une expérience particulière durant 8 semaines dans un ancien couvent près de Waterloo.

C'est Topaze, professeur de neurosciences de 39 ans, qui est chargé d'une étude universitaire d'étude comportementale. Il sera assisté du neveu de son boss, Vinci. Ce sont tous des adolescents de 10 à 15 ans qui ont cette différence liée à la douance, une difficulté d'adaptation ou un décrochage scolaire, ils sont inadaptés à la vie en société, ont du mal à trouver leur place et éprouvent un grand besoin de reconnaissance. Vous l'avez compris ce roman aborde d'une façon originale les ados HPI.

C'est qu'il va falloir les occuper pour les observer ! Une mission leur est confiée : décrypter le fameux manuscrit de Voynich, un manuscrit du quinzième siècle non élucidé, conservé à Yale et chose non négligeable!, une récompense de 7 millions de dollars est promise à qui le déchiffrera. Ce point n'est évidemment pas divulgué aux adolescents qui sont stimulés par l'envie d'élucider ce mystère.

Voilà une façon originale de nous tenir en haleine et je peux vous dire que vous ne serez pas au bout de vos surprises ! Aspect scientifique très documenté comme toujours dans les récits d'Olivier Papleux, on parle de manipulation ! On verra qui manipule qui ! Mystère mais les rebondissements sont nombreux, on voyage, il nous emmène ailleurs de façon originale.

L'écriture est fluide mais parfois aussi un peu trop pointue au niveau scientifique. Entre laminaire, asperger ou complexe, si cela semble ardu au tout début, cela se fluidifie par la suite et on comprend bien les personnalités de chacun. On se laisse emporter dans cette aventure passionnante. J'ai apprécié l'humour et la fantaisie dans la construction et les retournements de situation du roman.

Un roman qui éclaire et fait réfléchir sur la différence, sur la santé mentale, sur la difficulté pour les jeunes HP de vivre avec des gens normaux et sur leur besoin de reconnaissance. Un questionnement également sur la différence de regard sur les personnes HPI se trouvant dans les maximas ou minimas de la courbe de Gauss.

Les veilleurs (le pacte des solitudes) - Laurence Legrand
















Cinq solitudes. Une maison pour refuge. Un pacte invisible pour ne plus jamais sombrer.
À 71 ans, Élisabeth pensait avoir scellé son destin en revenant dans la demeure de son enfance. Elle n'attendait plus que l'oubli. Mais on ne décide pas de l'heure du départ.
Tour à tour, les portes de sa grande maison s'ouvrent à ceux que la vie a malmenés :
Charles et Dimitri, deux anciens mariniers qui cachent sous leur bonhomie trente ans de tendresse clandestine.
Gabriel, l'ancien ouvrier qui a laissé son vélo au garage, écrasé par un père trop rigide. Il lui faudra le regard des autres pour oser, enfin, se remettre en selle.
Sandrine, une jeune femme qui sort de prison, cherchant à reconstruire les pièces d'un passé douloureux.
Dans ce foyer improvisé, les silences s'apprivoisent autour des plats généreux de Dimitri et les corps se réparent au rythme des entraînements à vélo. Mais pour guérir vraiment, chacun devra accepter de rouvrir les placards du passé et de briser le verrou des secrets pour écrire, enfin, sa propre histoire.
Un roman choral lumineux et vibrant sur la résilience, la force des familles que l'on se choisit et ces liens inattendus qui nous sauvent quand tout vacille.
« Un hymne à la seconde chance et à la solidarité intergénérationnelle. »


Bel été

mardi 21 juillet 2026

Une histoire d'amour et de violence - Olivier Bourdeaut

  Une histoire d'amour et de violence   -  Olivier Bourdeaut





























Gallimard
La Blanche
Parution : 30/04/26
Pages : 240
Isbn : 9782073130242
Prix : 20.50 €

Présentation de l'éditeur

Le jour où il enterre son père, tout le monde félicite Olivier pour le succès de son premier roman. La scène est absurde, presque irréelle. Et pourtant, c’est là que tout commence.
Car derrière la consécration de l’écrivain se cache une histoire intime. Celle d’un fils qui a grandi dans l’ombre d’un père aussi impressionnant qu’insaisissable, d’un enfant qui s’est construit contre la violence et sous les coups, d’un adolescent qui les a rendus et d’un homme qui, au moment de devenir père à son tour, choisit de transformer son héritage.

De Nantes à l’Espagne, des bancs de la pension aux plateaux de télévision, Olivier Bourdeaut remonte le fil d’une vie faite de chutes, de réconciliations inattendues et de victoires inespérées. Peut-on réécrire son histoire familiale ? Et que reste-t-il, au fond, de nos pères ?
Traversé par une émotion et un humour irrésistibles, ce livre raconte la métamorphose d’un mauvais élève en écrivain, d’un fils blessé en un père attentionné. Un récit vibrant sur la filiation, les épreuves, et finalement la joie de trouver enfin sa place.

Olivier Bourdeaut

Olivier Bourdeaut est né au bord de l'Océan Atlantique en 1980. L'Education Nationale, refusant de comprendre ce qu'il voulait apprendre, lui rendit très vite sa liberté. Dès lors, grâce à l'absence lumineuse de télévision chez lui, il put lire beaucoup et rêvasser énormément.
Durant dix ans il travailla dans l'immobilier allant de fiascos en échecs avec un enthousiasme constant. Puis, pendant deux ans, il devint responsable d'une agence d'experts en plomb, responsable d'une assistante plus diplômée que lui et responsable de chasseurs de termites, mais les insectes achevèrent de ronger sa responsabilité. Il fut aussi ouvreur de robinets dans un hôpital, factotum dans une maison d'édition de livres scolaires - un comble - et cueilleur de fleur de sel de Guérande au Croisic, entre autres.
Il a toujours voulu écrire, En attendant Bojangles en est la première preuve disponible.

Source : Fnac


Photo Francesca Mantovani © Éditions Gallimard


Mon avis

Magnifique roman autobiographique empreint s'une grande humanité et émotion. Olivier Bourdeaut nous conte son enfance et la dualité des sentiments d'amour et de violence envers son père.


Tout commence le jour de ses funérailles qui coïncide avec le début du succès de son célèbre et extraordinaire "En attendant Bojangles"; Après 35 ans de galère, la réussite est enfin au rendez-vous.


"Mon éclosion coïncide avec sa consomption"


Lui qui a toujours été considéré par un incapable pour son père lui démontre le contraire, qu'il est "trop intelligent" lui dira-t-il.


Olivier revient à la source de son enfance, déchiré entre l'admiration et la terreur que lui provoquait son père, une dualité entre attirance et répulsion, amour et violence.


Un père notaire, une mère éteinte, soumise, réduite au silence, impuissante. Issu d'une fratrie de 5, c'est sur lui que son père s'acharnait souvent, semant la peur permanente, la violence physique et psychologique, la persécution le plus souvent sous l'effet de l'alcool. Un père qui pour l'extérieur semblait fréquentable, charismatique mais qui en réalité était despote, destructeur.


Olivier était difficile plus petit, c'était une teigne, un bagarreur qui se voulait justicier auprès de ses frères, faire mal, humilier, taper, rendre quelque part la monnaie de sa pièce. Il lui a fallu vingt-trois ans pour s'en rendre compte.


Il a entrepris l'écriture de ce livre lorsqu'il est devenu père à son tour pas peur de reproduire cette violence.


"J'écris ce livre pour tuer le fils que j'avais fini par devenir."


Il y a aussi une reconnaissance


"Alors qu'il est le plus grand échec de ma vie et que c'est grâce à celui-ci que j'écris aujourd'hui."


L'écriture est fluide, rythmée, tout en finesse. C'est intime, lucide, bouleversant d'émotions. Un livre coup de poing qui ne manque pas de traits d'humour.


Ma note : 9.5/10


Les jolies phrases

J'écris ce livre pour tuer le fils que j'avais fini par devenir. 

Mon éclosion coïncide avec sa consomption.

Alors qu'il est le plus grand échec de ma vie et que c'est grâce à celui-ci que j'écris aujourd'hui. 

Nous sommes des enfants abimés par ceux qui sont là pour les défendre, les aimer. 

Alors oui, pourquoi serait-il avantageux d’avoir eu une enfance malheureuse pour devenir écrivain ? J’ai un début de réponse, même s’il me faudrait peut-être mille pages pour élucider ce mystère. Je pense que le fait d’être le bénéficiaire, si je puis dire, d’un traitement particulier pendant l’enfance oblige à se concentrer plus que nécessaire sur soi, à analyser très tôt ce que l’on ressent, ses réactions, ses sentiments, sa capacité de résistance et ses limites. Cela impose d’office une certaine solitude même si l’on vit, comme moi, entouré de nombreux frères et sœurs. Oui voilà, l’enfant malheureux développe un égoïsme de survie et, en même temps, cette mise à l’écart l’oblige à observer le monde qui l’entoure avec un autre regard, de biais, une certaine distance qui peut devenir plus tard celle de l’auteur vis-à-vis de l’univers qu’il décrit et des personnages auxquels il donne vie. (…)
Et je comprends mieux la théorie de Jean d’Ormesson, cette enfance, cette poubelle, c’est mon trésor. Qui peut se vanter d’avoir une anecdote pour chaque jour durant vingt ans ? Oui, ce genre de souvenir est plus simple à retenir que celui, par exemple, de la joie de manger une tartine de confiture devant un fleuve avec sa grand-mère, car la violence on la rumine, on l’entretient, on s’en souvient et on la ressert des années plus tard sur un divan ou sur une feuille de papier. J’ai choisi la seconde option.

Aujourd'hui je suis seul. Plus que jamais, je suis libre.
Je te dois tout, je ne te dois plus rien.
Je te devais bien ce texte.

Mon père était un homme de loi, c'est elle qui nous faisait manger? Mais c'est la sienne qui nous empêchait de respirer. 


De toutes les drogues que j'ai consommées la lecture est la plus puissante, sans descente. C'est la seule qui ne réduise pas l'espérance de vie, au contraire, elle la multiplie par mille sans bouger d'un centimètre. J'ai mis un peu trop de temps à le comprendre.


L’humour ça ne coûte rien, et ça tombe bien, c’était un cadeau dans mes moyens.


Les drogues sont une pyramide de Ponzi. On emprunte à sa vie pour financer d’autres vies, en vivre mille. Au moment du remboursement final, il ne reste que des dettes sur la seule qui compte, la vraie, la sienne. Ces expériences ne sont pas des opérations rentables. Pas même si l’on s’estime lésé d’une valeur ni échangeable, ni remboursable : l’enfance.


Mon père était intelligent, très intelligent. Mon père était cultivé, très cultivé. Mon père était généreux, surtout avec ceux qui ne faisaient pas partie de sa famille.


C’est bien connu, la mort gomme les défauts et accentue les qualités.


C'était un peu le problème avec mon père, c'est qu'on l'admirait souvent pour de mauvaises raisons.

Contrairement à ce que je redoutais, je prends du plaisir à écrire ce livre. Après une longue dépression je n'étais pas certaine de vouloir me plonger dans les tourments qui ont marqué la première partie de ma vie.  Je me suis trompé, la noirceur de ma vie d'avant rend celle que je vis désormais encore plus douce.  



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