dimanche 2 août 2020

Charlotte Impératrice 2. L'empire Nury et Bonhomme

Charlotte impératrice 2. L'empire Nury-Bonhomme


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Dargaud
Parution : 12/06/2020
Scénario : Fabien Nury
Dessins : Matthieu Bonhomme
Pages : 76
ISBN : 9782205079562
Prix : 16.50 €

Présentation de l'éditeur


Depuis son mariage avec Maximilien d'Autriche, Charlotte va de désenchantements en désillusions. Sa vie conjugale réduite à néant, elle mise son va-tout sur la couronne du Mexique.

À leur arrivée à Veracruz, le couple impérial découvre un pays exsangue, bien loin d'être pacifié par les troupes françaises. Ils doivent faire face à la défiance des élites locales bien décidées à tirer parti de la faiblesse de caractère de Maximilien pour préserver leurs intérêts.


Fabien Nury

Nury (Fabien)

Fabien Nury est né en 1976. Après une première carrière de concepteur-rédacteur dans la publicité, il s'oriente vers l'écriture de scénarios. Amateur de polars et de cinéma, il puise l'essentiel de son inspiration dans l'histoire du xxe siècle. D'"Atar Gull" à "W.E.S.T." (Dargaud), d'"Il était une fois en France" à "L'Or et le Sang" (Glénat) ou à "Katanga" (Dargaud), il s'est imposé comme l'un des raconteurs d'histoires les plus inventifs de la bande dessinée contemporaine. En 2018, il publie, toujours chez Dargaud, "Charlotte impératrice", dessiné par Matthieu Bonhomme, ainsi que "Vintage and Badass", avec Brüno, une anthologie des films noirs qui ont inspiré "Tyler Cross". En 2020, Le duo Nury/Brüno s'attaque pour la première fois à l'époque contemporaine et au registre documentaire avec "L'homme qui tua Chris Kyle" (Dargaud), un album qui se lit comme un polar et qui interroge la notion d'héroïsme dans une société américaine plus schizophrène que jamais.

Matthieu Bonhomme

Bonhomme (Matthieu)


Matthieu Bonhomme est né à Paris le 17 juin 1973.

Très vite, il passe l'essentiel de son temps libre à dessiner. Il se lance, dès la seconde, dans un enseignement artistique qui s'achèvera, en 1992, avec un BTS d'arts appliqués.

Il fait alors des rencontres décisives, avec Christian Rossi d'abord, puis avec Serge Le Tendre et Jean-Claude Mézières : pendant cinq années Matthieu apprend à leurs côtés. Il reçoit de leur part de précieux conseils concernant le métier sous toutes ses formes. Autant de recommandations qu'il a l'occasion de mettre en pratique alors qu'il attaque divers travaux de presse (BD et illustrations) pour ‘Spirou', ‘Je bouquine', ‘Grain de soleil', ‘Maximum', ‘D-lire', ‘Image Doc', etc.

Il réalise ensuite, avec Jean-Michel Darlot, un 46-pages qui est publié dans ‘Okapi' entre janvier et avril 2000 avant de sortir en album en 2002 (Carabas). Il effectue d'autres petits travaux d'illustration pour Nathan.

Il intègre ensuite durant 2 ans l'atelier de la place des Vosges, où il rencontre Fabien Vehlmann et Gwen de Bonneval.

Le premier lui écrit "Le marquis d'Anaon" (Dargaud, 2002-2008), série en cinq tomes, et avec son complice Gwen de Bonneval il fonde l'Atelier du Coin. Une fois sur place, ce dernier lui écrira "Messire Guillaume" (Dupuis, 2006).

En parallèle, Matthieu Bonhomme réalise également des albums en solo, comme « L'Âge de raison" (Carabas) pour lequel il reçoit le prix du premier album au festival d'Angoulême en 2003.

En 2005, il entame sa série la plus personnelle: Esteban. Publiée tout d'abord dans le magazine Capsule Cosmique, elle continuera à évoluer dans Spirou. Un tome 6 est en préparation.

En 2008 il rencontre Lewis Trondheim. Leur collaboration donnera le jour à "Omni-visibilis" (Dupuis, 2010), puis à "Texas Cowboys" tome 01 et 02 (Dupuis, 2011-2014), un western impitoyable.

En 2016, pour les 70 ans de Lucky Luke, il a le plaisir de publier un album en hommage au plus célèbre des cow-boys : "L'Homme qui tua Lucky Luke" (Lucky Comics), un récit qui révèle les raisons qui ont poussé l'homme qui tire plus vite que son ombre à arrêter de fumer...

En 2018, il sort avec Fabien Nury, le premier tome de "Charlotte Impératrice" (Dargaud), dont le tome 2 est prévu pour 2020.

Mon avis

Second volet d'une série historique inspirée de faits réels mais nous annoncent les auteurs qui mélangent les faits authentiques et l'imaginaire.

Le 29/04/1864 Maximilien est déclaré empereur du Mexique.

Charlotte et son mari arrivent par bateau au Mexique escortés par l'armée française de Napoleon 3.  Ils vont découvrir et traverser un pays dévasté par la fièvre jaune.  La situation est difficile, les indiens sont pauvres et non considérés comme mexicains, la guérilla fait rage supportant Benito Juarez.

L'armée agit secondée par le clergé.  Dans son premier discours, Maximilien parle d'équité, de justice, de liberté des cultes, d'une armée mexicaine.  Avec ce seul discours il se met tout le monde à dos, l'armée et le clergé.  Il a de belles idées, il rétorque que c'est le peuple qui l'a choisi et que l'église doit l'écouter puis il se lasse et part chasser les papillons, enfin pas que les papillons... laissant Charlotte seule.

La constitution prévoit qu'en l'absence de l'empereur, c'est elle qui exerce le pouvoir et elle ne s'en prive pas.  Elle prône la cause des indiens, voulant améliorer leur vie, elle prendra des décisions dans ce sens estimant qu'ils sont mexicains à part entière ce que ne voient pas d'un bon oeil l'armée et le clergé.

Le graphisme et les couleurs chaudes et chatoyantes sont très beaux.  Dommage que le papier ne soit pas légèrement glacé ce qui apporterait à mon sens une plus grande mise en valeur du travail.  Le dessin est magnifique, soigné reflétant bien le Mexique de l'époque.

J'attends déjà la suite avec impatience.

Les jolies phrases

Dans votre position, l'opulence est une vertu.  La maigreur est synonyme de faiblesse.

Discuter avec cet homme me donne une idée assez limpide de ce qu'est l'enfer : une impasse sans issue.

Les peuples coloniaux sont comme des enfants, ils doivent aimer leur mère er craindre leur père.

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jeudi 30 juillet 2020

Le vol du siècle - Jan Walraven

Le vol du siècle - Jan Walraven



Now Future
Parution : janvier 2020
Pages : 224
EAN : 9782930940298
Prix : 19.90 €


Présentation de l'éditeur


Le vol organisé de nos données par les GAFA (Google, Amazon, Facebook, Apple) détériore dangereusement notre vie privée. « Je n’ai rien à cacher » n’est pas un argument. Lorsque un État autoritaire, la police ou la Justice auront décidé, sur base de ces données « parfaitement objectives », que notre profil est celui du parfait futur criminel et qu’on nous jettera en prison préventivement, il sera trop tard pour s’y opposer. Exagéré ? Malheureusement non. Mais on peut s’en protéger : c’est urgent !
Le saviez-vous ? Vous êtes suivi. Vous êtes analysé. Négocié. Et manipulé. Les données personnelles que des sociétés comme Google et Facebook récoltent sur nous à grande échelle sont utilisées pour influencer notre manière d’agir, d’acheter et même de voter. Mais Google et Facebook ne sont que la pointe visible de l’iceberg. Les maisons innovantes et les villes intelligentes nous proposent d’incroyables possibilités, mais elles le font au prix de notre vie privée et de notre liberté de choix.

Comment avons-nous pu laisser faire cela ? Et y pouvons-nous quelque chose ?

Jan Walraven a épluché le monde des cookies qui nous pistent et des algorithmes sexistes. Il nous livre ici un compte-rendu à la fois terrifiant mais aussi stimulant.

Car, si notre vie privée a bien un pied dans la tombe, elle n’est pas pour autant morte et enterrée.

Jan Walravens




Belge d’expression néerlandaise, Jan Walraven est journaliste d’investigation. Depuis 2015, il est membre de la rédaction du site d’information belge indépendant Apache.be. Il y révèle en plein jour les pratiques de la nouvelle économie fondée sur les données.

Il est l’auteur du livre Le vol du siècle.

Apache pose les questions que les médias traditionnels laissent de côté. Site d’information indépendant, il met sous pression les détenteurs du pouvoir pour donner une voix à ceux qui n’en ont pas.



Mon avis

Nous sommes quasi tous devenu accro à notre smartphone.  Il ne nous quitte pas et nous permet d’avoir tout sous la main à tout moment, accès à internet, un dictionnaire, la météo, à la recherche d’un resto, d’un endroit à visiter, des infos, des applis pour trouver notre chemin – waze-, pour trouver un hôtel, écouter de la musique, faire des photos, être en contact avec nos amis.  Quelques clics et c’est tout, ce petit objet est devenu incontournable, indispensable, on en devient addict, accro, dépendant.

 

N’est-ce pas pour la plupart la première chose que l’on fait le matin au lever, la dernière le soir avant de se coucher et pour certains même en pleine nuit, on consulte son portable.

 

Mais ces petits clics ne sont pas sans conséquences, que ce soit via notre pc, notre laptop ou téléphone, nous valons de l’or car tous ces petits gestes sont stockés, analysés, décortiqués par des sociétés qui s’enrichissent en vendant nos données.  C’est une mine d’or, la nouvelle électricité de demain. Nos données alimentent les GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) , les enrichissent et leur permettent de faire du business.

 

Pourquoi croyez-vous que leurs services soient gratuits ?  La raison est simple, ils sont très bien rémunérés avec nos données.

 

En nous connectant sur les réseaux sociaux, en likant ou cliquant sur des publications, nous leur fournissons la matière première, à savoir, des informations à priori sans importance qui vont leur permettre de déterminer notre profil complet, nous « mettre dans des cases ».  Quelques éléments anodins permettent de déterminer notre sexe, nos préférences politiques, sexuelles, notre religion, notre capacité de crédit et notre solvabilité.  L’objectif principal de cela est de déterminer et anticiper nos besoins en nous proposant des publicités ciblées.

 

Cet essai est intéressant à plus d’un titre, il nous permet de prendre conscience de beaucoup de choses par exemple des cookies de traçage que l’on est obligé d’accepter pour entrer sur certains sites, mais aussi des pixels espions (tracking pixels), des balises (beacons) permettant à un nombre incroyable de personnes de suivre nos données.

 

Par faute de temps généralement, nous ne lisons pas les conditions générales, nous donnons notre accord pour l’exploitation de nos données.

 

Vous apprendrez également que certains algorithmes nous attribuent des cotes de solvabilité, ce qu’il en est des objets connectés, de l’avenir pour les objets intelligents, les projets de smart cities qui utilisent des capteurs de traçage pour dire où on se trouvaient ou se trouvent, des logiciels de reconnaissance faciale …  c’est bien le progrès mais il faudra éviter les dérives et cela me fait de plus en plus penser à « 1984 » de G. Orwell..

 

Autres sujets évoqués ; la situation en Chine, ce que les assureurs pourraient faire de ces données, qu’en est-il des algorithmes déviants ?  Du danger de nous mettre dans des cases.

 

L’auteur nous parle de l’impact du RGPD, des moyens de protéger nos données et de reconquérir un peu de notre vie privée.

 

C’est très intéressant, pour info l’étude a surtout ciblé les Pays-Bas et la Flandre … pour certains chiffres mais nous donne une idée générale de la situation.  Une chose est certaine.  C’est interpellant.

 

Il y a encore beaucoup d’autres choses dans cet essai comme les réflexions sur le monopole et le démantèlement des géants technologiques.

 

A découvrir

 

Ma note 7.5/10


Les jolies phrases

Comme dans le conte de Perrault, il y a des prédateurs qui picorent ces miettes.  Et ces prédateurs, ce ne sont pas des oiseaux affamés, mais des entreprises de tailles diverses dont nous ignorons jusqu'à l'existence, mais aussi des autorités locales et nationales.

Nous sommes notre smartphone.  Quand on connaît le smartphone, on connaît la personne qui se cache derrière.

Bientôt, consulter Facebook sera devenu un automatisme aussi naturel qu'un clignement des yeux.  Le fait qu'à chaque récompense, le cerveau libère une dose de dopamine, l'hormone du plaisir, intervient également, sans aucun doute.  Et finalement, nous ne pouvons plus nous en passer.

Ou, comme Zuboff l'écrivait dans la Frankfurter Allgemeine : "Exiger des capitalistes des données qu'ils respectent votre vie privée, c'est comme demander à Henry Ford qu'il refasse entièrement les voitures à la main. C'est comme demander à une girafe de raccourcir son cou.

Pour citer Edward Snowden : "Dire qu'on n'accorde pas d'importance au droit à la vie privée parce qu'on n'a rien à cacher revient à dire qu'on n'accorde pas d'importance au droit à la libre expression parce qu'on n'a rien à dire."  Et tout le monde a quelque chose à cacher. Où voudriez-vous que le facteur lise vos lettres avant de les glisser dans votre boîte?  Même si vous pensez ne rien avoir à cacher aujourd'hui, la situation peut être toute différente dans un avenir proche.



lundi 27 juillet 2020

Le col de Py - Espé ♥♥♥♥♥

Le col de Py - Histoires de vie / Espé  ♥♥♥♥♥

BD COL DE PY (LE)

Bamboo - Grand Angle
Scénario et dessins : Espé
Couleurs : Aretha BATTISTUTTA, Espé
Parution : 03 juin 2020
Pages : 104
Isbn : 978-2-81897-617-3

Prix : 17.90 €

Présentation de l'éditeur


Certains histoires s’inventent, d’autres se racontent…Une transmission d’amour et de vie entre deux êtres.


Camille et Bastien attendent leur deuxième enfant. Un moment de joie. Mais le bonheur est de courte durée. À la naissance de Louis, le diagnostic tombe. Louis est atteint de graves malformations cardiaques. Vu son âge, l’important est de gagner du temps avant une intervention qui peut s’avérer fatale… Durant ces mois de tension et d’incompréhension, les parents trouvent du réconfort du père de Camille, qui vient les aider malgré le cancer qui le ronge petit à petit… Ces longs moments d’attente vont se transformer en mois d’échanges, de jeux, de tendresse, d’émotion et d’amour entre Louis et Pablo, qui resteront à jamais gravés dans leur vie.

Espé

Espé


Originaire du Tarn, Espé découvre le 9ème art en s’inspirant de ses supers héros préférés : Serval, Daredevil, etc… S’orientant tout d’abord vers une filière scientifique, il décide finalement de se diriger vers l’École des Beaux-Arts de Toulouse ou il fera ses premières armes en tant que dessinateur. Après un bref passage par le design industriel, il lancera enfin sa carrière professionnelle aux éditions Petit à Petit avec Paroles de taule.

Source : Grand Angle 




Le col de Py : bel hommage à un papy courage - Comixtrip

Mon avis

"Le col de Py" histoires de vies, comme le dit la quatrième de couverture "certaines histoires s'inventent d'autres se racontent"

C'est une histoire personnelle que nous raconte Espé alias Sébastien Laporte, la sienne, celle de sa famille à travers ses personnages.  

Bastien et Camille, les parents de Chloé vont accueillir leur deuxième enfant, Louis.  C'est le bonheur lorsqu'il naît le 05/05/2007 mais ce bonheur sera de courte durée, tout s'effondre quelques jours plus tard lorsque l'on décèle une maladie cardiaque chez Louis.  Une malformation congénitale qui met sa vie en danger.  Elle nécessitera une chirurgie lourde mais paradoxe il faut attendre le plus tard possible pour la réaliser. Il faut coûte que coûte gagner du temps donc hors de question de le mettre à la crèche, il faut trouver une solution.

C'est Pablo, le père de Claire qui se propose trois jours semaine.  Pablo est toujours de bonne humeur et est heureux de s'occuper de Louis et Chloé malgré le fait qu'il se bat contre un cancer.

Il se sent utile et trouve de cette façon, un sens à sa vie.  Jamais il ne se plaint, toujours optimiste, de bonne humeur malgré ses douleurs et sa fatigue.  "Vivre l'instant présent, il n'y a que ça de vrai." est sa devise.

Cet album est juste magnifique, d'une sensibilité très forte.  On ressent avec les parents les angoisses, le sentiment de culpabilité d'avoir donné la vie avec un handicap, l'impuissance, la révolte, l'incompréhension.

On suit le parcours de Louis, l'hôpital, les attentes mais surtout on ressent l'amour.  L'amour d'un grand-père qui donne le meilleur à son petit-fils.

C'est la transmission d'un père à son fils en immortalisant son histoire, ses épreuves dans cet album mais aussi la transmission d'un grand-père à ses petits-enfants.  Une vie qui part pour une vie qui renaît.  

Les couleurs pastels, le coup de crayon, les grandes pages, les expressions renforcent ce sentiment d'émotion. C'est délicat, tout en retenue, en émotion.  J'ai terminé avec la boîte de kleenex tant c'est beau et émouvant. 

Un énorme coup de coeur ♥♥♥♥♥

Les jolies phrases

Tout se passe merveilleusement bien.  Les enfants sont heureux d'avoir leur papy à la maison ces trois jours, il s'en occupe bien mais on voit qu'il est fatigué...la chimio est un calvaire et le ronge petit à petit... mais Louis est sa raison de vivre... il se sent utile, il se sent vivre.

Vivre l'instant présent, il n'y a que ça de vrai.



samedi 25 juillet 2020

Le pisseux Damienne Lecat

Le pisseux  -   Damienne Lecat

Couverture Le pisseux

Academia
Collection : Evasion
Parution : 10 avril 2019
Pages : 120
Isbn : 9782806104441
Prix : 13.50 €

Présentation de l'éditeur

Belle-doche, salope ! Éric, gamin sensible et intelligent, invective en secret sa belle-mère qui ne rate pas une occasion de le maltraiter. Son père ne veut rien savoir, sa grande soeur Anne essaie de le protéger.

Encore une qui va me faire chier !

Cinquante ans plus tard, Éric, misanthrope, ne supporte ni sa nouvelle voisine qui essaie de s'immiscer dans sa vie, ni sa soeur qui s'occupe de lui.

Un même personnage, une alternance de deux époques, pour un drame psychologique caustique et poétique.

Damienne Lecat




Une biographie pas comme les autres

Diplômée en philologie romane et en communication, elle habite le Brabant wallon, elle est blonde, elle déteste les films d’horreur, elle a enregistré un disque avec sœur Sourire, elle ne retient pas les chiffres, elle porte des lunettes, elle se damnerait pour une croûte aux framboises, elle taille ses rosiers, elle court comme un pied, elle aime enseigner, elle mesure 1m 80, elle est structurée, elle a quatre grands enfants et un poisson rouge, elle préfère l’été, elle chante dans des chœurs depuis son enfance, elle est née en 1966... Sauf qu’un de ces éléments n’est pas correct... Cherchez l'intrus.

Après le succès de son premier roman « Le couteau aveyronnais », Damienne Lecat publie pour la première fois aux éditions bernardiennes son deuxième opus:
Une échappée vitale. 

Source ; Bernardiennes  

Ce roman "Le pisseux" inaugure la nouvelle collection Evasion d'Academia

Mon avis

Ce très beau roman est dans la sélection du prix des lycéens belges, l'occasion de le sortir de ma PAL dans laquelle il est resté trop longtemps.

C'est l'histoire d'Eric, aujourd'hui au milieu de la cinquantaine mais aussi en parallèle on découvre l'histoire du petit garçon qu'il a été, de son enfance qui l'a amené à être l'homme qu'il est devenu aujourd'hui.

Eric est journaliste économique, un expert de renommée qui travaille sous pseudo.  Une particularité, il ne sort jamais de chez lui, de ses habitudes, de ses rituels, de ses odeurs.  Il est enfermé dans sa bulle, dans son appartement au rez-de-chaussée d'un immeuble dont il ne sort jamais.

Seule sa soeur Anne, vient chaque semaine lui apporter ce dont il a besoin.  Elle a toujours été là pour lui, toujours.  Déjà enfant, Anne veillait sur lui, l'enfant fragile.  

Faut dire que la vie n'a pas toujours été tendre avec lui, une maman aimante qui disparait lorsqu'il a 4 ans remplacée par Irène; sa belle-mère, la belle doche - salope comme il l'appelle.  C'est qu'elle lui en a fait baver celle-là, le maltraitant moralement en le surnommant "le pisseux" mais aussi physiquement.  

Il se souvient des humiliations, des frustrations lorsqu'il se retrouvait seul dans le noir dans le garage trainant son pyjama et ses draps... sans que son père ne se préoccupe de lui..

Il y aura trois femmes dans sa vie, trois lâcheuses, sa mère, sa belle-doche et tante Catherine.   Aucune sur qui compter vraiment, la seule c'est Anne sa grande-soeur qui a promis à sa maman, encore enfant à l'âge de sept ans de toujours veiller sur lui quoi qu'il arrive.

Aujourd'hui elle est encore là lorsque Prune s'installa dans l'appartement jouxtant celui d'Eric.  La communication est difficile, Prune essaye d'établir le contact, de s'immiscer dans sa vie mais Eric est hermétique.  

Peut-être que Zélie, une enfant de sept ans les rapprochera, créer une brèche dans sa carapace de vieil ours ?  Sera-t-elle un train d'union entre eux ?

C'est une plume magnifique, délicate.  Des mots bien choisis qui mettent en avant la psychologie du personnage.  Eric, bourru, antipathique au possible qui devient au fil de la lecture de plus en plus touchant par l'empathie naissant de cette plume efficace qui nous entraîne au plus profond de l'âme d'Eric.  

C'est un drame psychologique qui tient en haleine, chaque paragraphe distillant de nouveaux éléments de l'enfance d'Eric qui nous permettent de comprendre l'adulte qu'il est devenu et de découvrir deux personnalités si différentes, une introvertie à l'extrême, l'autre introvertie ?

Ma note de lecture : un coup de ♥

Les jolies phrases

Son coeur est sec comme celui d'un trader jouant sur le cours du blé sans se soucier des populations affamées.

Il échappe à cette vie creuse sans amour et sans but.

Un refuge pour femmes battues !  Comme si lui, il n'en avait pas besoin d'un refuge.  Son appartement, c'est sa carapace, sa peau protectrice.  Il se sent écorché vif comme un lièvre destiné à la casserole, vulnérable comme un escargot sans sa coquille.

Eric a commencé sa vie à la mort de la belle-doche.  Avant, il n'existait pas.  Trois femmes, trois lâcheuses : sa mère , la belle-doche, tante Catherine.  A huuit ans, il n'attendait plus rien ni personne.

Il ne veut pas vivre ailleurs, ne peut pas vivre ailleurs.  Il va dépérir. Il a besoin de sentir autour de lui la gangue de ses habitudes pour être à l'abri, de serrer ce corset protecteur pour maintenir droite la colonne vertébrale de sa vie. 

jeudi 23 juillet 2020

Et les vivants autour - Barbara Abel

Et les vivants autour  -  Barbara Abel

95 – Et les vivants autour – Barbara Abel – Mes aventures ...

Belfond
Parution : 05/03/2020
Pages : 448
EAN : 9782714493163
Prix : 19 €

Présentation de l'éditeur

Voilà quatre ans que l’ombre de Jeanne plane sur eux.
Comme s’ils n’avaient plus le droit de vivre pour de vrai tant qu’elle était morte pour de faux.

Cela fait quatre ans que la vie de la famille Mercier est en suspens. Quatre ans que l’existence de chacun ne tourne plus qu’autour du corps de Jeanne, vingt-neuf ans. Un corps allongé sur un lit d’hôpital, qui ne donne aucun signe de vie, mais qui est néanmoins bien vivant. Les médecins appellent cela un coma, un état d’éveil non répondant et préconisent, depuis plusieurs mois déjà, l’arrêt des soins. C’est pourquoi, lorsque le professeur Goossens convoque les parents et l’époux de Jeanne pour un entretien, tous redoutent ce qu’ils vont entendre. Ils sont pourtant bien loin d’imaginer ce qui les attend. L’impensable est arrivé. Le dilemme auquel ils sont confrontés est totalement insensé et la famille de Jeanne, en apparence si soudée, commence à se déchirer autour du corps de la jeune femme…

Après Je sais pas et Je t’aime, le nouveau thriller de Barbara Abel dissèque à la perfection la psychologie et les émotions en montagnes russes des personnages qui gravitent autour du corps de Jeanne, inerte et si présent à la fois...

Barbara Abel

Barbara ABEL

Crédit photo:
©Melania Avanzato

Née en 1969, Barbara Abel vit à Bruxelles, où elle se consacre à l’écriture. Pour son premier roman, L’Instinct maternel (Le Masque, 2002), elle a reçu le prix du Roman policier du festival de Cognac. Aujourd’hui, ses livres sont adaptés à la télévision, au cinéma, et traduits dans plusieurs langues. Et les vivants autour est son treizième roman.

Mon avis

Barbara Abel est pour moi le maître incontesté du thriller domestique.  La particularité de ses écrits est comme elle le dit souvent elle-même, parler de gens ordinaires qui pourraient être vos voisins, vous-même, à qui on peut s'identifier, et pour qui tout à coup tout bascule et rend leur histoire extraordinaire.

Elle nous propose ici un thriller psychologique maîtrisé du début à la fin.

Le sujet est difficile, inspiré d'un fait divers; cela fait quatre ans que Jeanne Mercier est dans le coma et que la vie de sa famille est en suspens.  Quatre ans que le corps de Jeanne âgée aujourd'hui de 29 ans, ne donne aucun signe de vie.  Le professeur Goossens voudrait les rencontrer de toute urgence, il a quelque chose d'important à leur dire !  Quelque chose qui va avoir l'effet d'une bombe !  

Des décisions devront être prises au plus vite ! L'impensable qui va les plonger dans un horrible dilemne.  

Non, je ne vous en dirai pas plus.

Ce que je peux vous dire c'est qu'une famille en apparence soudée va se déchirer.  Les personnalités, leurs sentiments, leurs convictions vont être mis à rude épreuve.

Mais que faire ?  Mais qui était vraiment Jeanne ?  Qui sont-ils ?

Micheline, la maman, épouse soumise, mère BCBG la cinquantaine au chignon en principe parfait, femme au foyer qui rend visite à sa fille Jeanne chaque jour.  C'est devenu sa principale raison de vivre.  Elle l'habille, la coiffe, lui fait la lecture, lui parle en espèrant un hypothétique réveil.

Gilbert, le mari, homme d'affaires très occupé. Il est froid, intransigeant, dur.  Il passe une à deux fois par semaine.  Il a les idées très arrêtées et est sans coeur en affaires.

Charlotte, la soeur, en ménage avec Guillaume, se débat pour faire vivre le restaurant en difficulté, passe de temps à autre.  Elle se remet en question, a des regrets et des remords.

Jérôme le mari est comédien, il essaie de percer et c'est compliqué.  Il passe entre les répétitions.

Très vite, on va découvrir que cette famille est dysfonctionnelle.  Quand on gratte un peu, on voit les convictions de chacun, leurs regrets, leurs secrets, leur culpabilité.

C'est un page turner efficace.  L'écriture est fluide, dynamique.  Barbara Abel a le sens de l'empathie comme personne. C'est parfois, souvent même, machiavélique, palpitant.  Et bien entendu tout ne se passe pas toujours comme on l'a imaginé, elle nous retourne jusqu'au bout dans les sentiments et attitudes des personnages. Elle passe au scalpel les émotions et ressentis des protagonistes.

Elle nous parle également du monde du théâtre, et on pourrait facilement imaginer ce huis clos familial adapté sur les planches.  Le thème central est l'acharnement thérapeutique, les questions sur la fin de vie.  

Du grand, du très grand Barbara Abel.  ♥

Ma note : coup de ♥


Les jolies phrases

Après tout, les gens heureux n'ont pas d'histoire.

Rien ne se croise plus chez eux, ni leurs yeux, ni leurs pensées, ni même leurs chemins.

Outre que l'idée de perdre sa fille lui est inconcevable, la débrancher signifie pour elle perdre son emploi, son statut, son rôle. Sa raison d'être.

Il observe sa femme comme s'il s'agissait d'un graphique dont l'analyse donnerait lieu à plusieurs interprétations possibles.

Voilà quatre ans que l'ombre de sa soeur plane sur eux. Comme s'ils n'avaient plus le droit de vivre "pour de vrai" tant qu'elle-même était morte "pour de faux".

La passion s'exprime toujours dans la démesure, on se croit unique, on a l'impression de vivre un truc exceptionnel.  Tout prend des proportions extrêmes, le bon comme le mauvais, on vit à cent à l'heure, on regarde les autres avec pitié parce qu'on se dit qu'ils ne peuvent pas comprendre.  Et puis, finalement, on arrive au bout de ses limites.  En vérité, on se lasse même de l'excés.

C'est ça que tu dois retenir, ma chérie, ne pas se battre, ne pas prendre de risques, c'est aussi faire un choix. Mais n'oublie pas que quelles que soient les surprises que la vie te réserve... il y a toujours un moment où il faut payer.

Si mentir est une chose, ne rien dire en est une autre ! Comment faire comme si on ne savait rien alors qu'on sait ? Comment se taire sans devenir complice?

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