samedi 22 février 2020

Voyage aux îles de la Désolation - Emmanuel Lepage

Voyage aux îles de la Désolation  -   Emmanuel Lepage



Futuropolis
Parution : 10 mars 2011
Pages : 160
ISBN-13 : 978-2754804240
Prix : 26 €

Présentation de l'éditeur

Tout à la fois récit de voyage et reportage dessiné, la bande dessinée d'Emmanuel Lepage donne vie à la beauté hostile des terres de l'Antarctique, ce monde du bout du monde.
Pour la mer afin de la comprendre et de savoir la dessiner , pour les Terres australes qui sont comme la promesse d'un temps qui n'est plus , en mars et avril 2010, pendant plusieurs semaines, Emmanuel Lepage a embarqué sur le Marion Dufresne, au départ de Saint-Denis de La Réunion, pour faire le voyage dans les T. A. A. F., les Terres Australes et Antarctiques Françaises, jadis surnommées les îles de la Désolation. Des confettis d'empire, égarés dans l'immensité bleue à des milliers de kilomètres de toute terre habitée. Îles inconnues, sauvages, inhospitalières, mystérieuses. Battues par des vents violents, elles ne comptent d'humains que les scientifiques, de toutes disciplines, venus le temps de missions pouvant durer plusieurs mois, et les quelques militaires et contractuels chargés de faire fonctionner leurs bases d'habitation et de travail. Emmanuel Lepage, le Breton, en toute contradiction, n'avait jamais pris la mer. Il a été servi! Cap au Sud!

L'auteur

Emmanuel Lepage - Babelio



Voyageur, bourlingueur, un peu moins maintenant qu’il est père, Emmanuel Lepage voyage parce que c’est un homme curieux.Curieux des autres, curieux de l’autre. Ce qui l’intéresse d’abord, ce sont les gens, les personnes, la vie.

Étrange paradoxe : sa notoriété de dessinateur repose, en grande partie, sur ces grands paysages, sublimes et lyriques, qui caractérisent ses plus grands succès : La terre sans mal, Muchacho.

Son regard, cependant, se porte ailleurs, sous la peau de ses personnages, vie intérieure qu’il fouille avec l’acuité, la sensibilité et le talent d’un dessinateur généreux, perpétuellement en recherche de sa vérité graphique. Oh, les filles ! en est le fruit le plus récent : son dessin, vibrant à l’unisson du cœur battant de Chloé, Leila et Agnès, est, sans aucun doute, l’un des plus justes de la bande dessinée actuelle

Source : Futuropolis

Mon avis

Cela fait longtemps que cet album se trouve dans ma bibliothèque, acheté après la lecture du sublime "Un printemps à Tchernobyl" que je vous recommande vivement.

Emmanuel Lepage est contacté par son frère François (photographe) pour lui signaler qu'une place se libère sur le navire de ravitaillement "Marion Daufresne" en partance pour une rotation australe.  Il a une heure pour décider s'il veut en être ou non.  Trente minutes plus tard, le voilà se préparant à se rendre dans ces territoires du bout du monde auxquels il rêvait plus jeune ; Tromelin, Crozet, Kerguelen, Amsterdam, St Paul, les îles de la Désolation.  En route pour un voyage en Antarctique  française avec le personnel de la TAAF (Terres australes et Antarctiques Françaises), des scientifiques, pour une mission de ravitaillement qui durera un mois dans des conditions difficiles.

C'est un voyage magnifique qu'il nous propose dans cet album de 160 pages en crayonné noir et blanc mais aussi de magnifiques portraits des différents protagonistes de la mission, une mise en avant de métiers difficiles, des conditions du voyage.

Des planches plus historiques dans les tons marrons nous racontant par exemple l'histoire des esclaves abandonnés sur l'île de Tromelin suite à un naufrage de négrier, celle de la conserverie de langoustes aux îles St Paul au 19ème, l'histoire de l'explorateur Yves Joseph de Kerguelen parti à la conquête du continent austral.

En couleur, les magnifiques vues des îles, de la mer avec des détails sur la faune des îles, les falaises, le large, les éléments.  Il met en valeur le travail et les missions difficiles des scientifiques, marins, dockers.

Un roman graphique rempli de références littéraires, Herman Melville, Tintin, Jules Verne ...mais aussi il nous sensibilise aux influences des actes des hommes : introduction de lapins, chats, pucerons... et du réchauffement climatique.

Un travail magnifique, des dessins à vous couper le souffle.

Ma note : 8.5/10


Les jolies phrases

Ce qui est étrange avec le voyage, c'est qu'on ne comprend qu'après - et encore pas toujours - ce qu'on est allé chercher.

Le dessin inspire la bienveillance.  C'est un sésame incroyable qui déverrouille les hiérarchies, les classes et les âges.  Dessiner c'est ma façon d'être au monde.

La vie semble plus pleine quand on est riche de toutes ces rencontres.




Du même auteur j'ai lu et adoré

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vendredi 21 février 2020

Bilan complet du Belgestagram challenge

Bilan complet du Belgestagram 
cover photo, L’image contient peut-être : 6 personnes, personnes souriantes, texte

C'est le 21 janvier qu'à commencé ce challenge proposé par @cappuccino.and.the.books, voici le bilan complet

Lecture 1

























Terminée le 28/01 je joue et valide Ath (le pavé soit 560 pages ) 75 points, Liège (accent),25 points, Gand (complot, pouvoir) 50 points et Tournai (pour l'auteur frontalier) 25 points

560 Pages  soit 110 points

A la fin de la première lecture : 285 points

Lecture 2

















Terminée le 31/01  , je valide Charleroi (bd) 25 points, Ostende (la mer) 50 points

Nombres de pages : 160 pages  soit 30 points

105 points

Total après deux lectures : 285 + 105 = 395 points

Lecture 3 


















Terminé le 2 février

Je le joue dans la catégorie Anvers (dernier livre reçu) 25 points et comme c'est un livre d'adolescence, de premier amour, je joue aussi Bruges (pour la romance) 25 points, Louvain-la-Neuve (young adult) 25 points

Nombre de pages : 156 soit 30 points

105 points

Total après ces trois lectures :  285 + 105 + 105 = 500 points

Lecture 4





















Terminée ce 9 février

Je joue ainsi Binche (couverture orange) 50 points et à plus d'un titre la ville de Bruxelles car c'est là que se passe l'action de ce roman belge 100 points

Pages ; 400 soit 80 points

230 points

Total après 4 lectures : 285 + 105 + 105 + 230 = 730 points

Lecture 5



Terminée le 09 février 2020

Je vais jouer la catégorie Namur (chevalerie, conte, légende) 50 points

Pages 64

60 Points

Total après 5 lectures : 285 + 105 + 105 + 230 + 60 = 790 points

Lecture 6

Ma lecture en cours




Un roman coup de coeur d'un auteur belge qui parle de "soins palliatifs" de prime abord cela ne semble pas joyeux mais pourtant je le valide dans la catégorie Spa parce que je pense que c'est un livre qui fait du bien (25 points)

Pages : 246

75 points

Total après 6 lectures : 285 + 105 + 105 + 230 + 60 + 75 = 865 points


Lecture 7

Le Stakhanoviste

Je termine le challenge en validant Arlon (75 points) , sortir de sa zone de comfort, un essai plus exactement un témoignage qui nous parle du burn-out mais surtout comment en faire une renaissance.

Pages : 266

125 Points

Total après 7 lectures : 285 + 105 + 105 + 230 + 60 + 75 + 125 = 990 points


Pages lues : 1852

Je termine avec 150 pages de plus , peu de lecture cette semaine.  Pas si mal 2000 pages usr le mois, c'est étrange de compter le nombre de pages lues.

Je suis au milieu de ma Lecture 8

La Disparue de l'île Monsin



Merci @cappuccino.and.the.books pour ce joli challenge.  Mission accomplie, j'ai validé toutes les catégories.


lundi 17 février 2020

Le second disciple - Kenan Görgün

Le second disciple  -  Kenan Görgün

LE SECOND DISCIPLE de Kenan Görgün / EquinoX / Les Arènes ...

Equinox -  Les Arènes
Parution : 06/09/2019
Pages : 400
Isbn :  978271128846024
Prix : 20 €

Présentation de l'éditeur


Xavier Brulein, ancien militaire de retour du Moyen-Orient, est écroué après une rixe sanglante dans un bar.
En prison, il rencontre Abu Brahim, prédicateur islamiste, l’un des cerveaux du terrible « attentat de la Grand-Place ». Seul membre de son réseau capturé, Brahim est convaincu d’avoir été sacrifié.

Converti avant sa remise en liberté, Xavier devient Abu Kassem, adoptant l’un des noms du Prophète de l’islam. Il infiltre une cellule terroriste pour démasquer ceux qui ont trahi Brahim, devenant l’instrument de sa vengeance, un homme-machine que rien ne saurait faire dévier de sa mission : « En comparaison, le 11-septembre sera l’enfance de l’art. »

L'auteur

Kenan Görgün à Tulitu le 30/11/2016 - Je suis un lieu ...


Kenan Görgün est un écrivain belge d'origine turque, né à Gand en 1977.

Il fait ses études à Bruxelles dans une école francophone. À quinze ans n'ayant jamais lu, il commence à écrire. Un an plus tard, il découvre Stephen King puis Paul Auster.

Il suit les cours d'écriture du professeur écrivain Gustave Rongy. Il contribue d'abord à la revue "Marginales" avant de publier ses premiers poèmes et nouvelles.

Il est aussi un scénariste primé, membre de l'Association des Scénaristes de l'Audiovisuel.
Il a écrit des chansons pour le groupe de rock O.I.L. .


Livres

L’Enfer est à nous, Louvain-la-Neuve, Belgique, Quadrature, 2005
Mémoires d'un cendrier sale, Bruxelles, Maelstrom, Bookleg N°10, 2006
L’ogre, c’est mon enfant, Avin, Belgique, Luce Wilquin Luce Wilquin, 2006
Fosse commune, Paris, Fayard, 2007 -Finaliste du Prix Rossel 2007
Alcool de larmes, Luce Wilquin, 2008
Patriot act, Paris, First éditions, 2009
Anatolia Rhapsody, La Roque d’Anthéron, France, éditions Vents d’ailleurs, 2014
Rebellion Park, La Roque d’Anthéron, France, éditions Vents d’ailleurs, 2014
Delia on my mind, Maelström Editions, 2015


source Wikipédia

Une très belle interview que je viens de découvrir sur Arte





Mon avis

Kenan Görgün est un écrivain belge d'origine turque, il a grandi à Molenbeek, il nous propose un roman explosif, exigeant et interpellant.  

L'action se passe à Bruxelles qui est un personnage à part entière dans le roman.  Le prologue est magnifique, il nous décrit merveilleusement bien le canal de Bruxelles, la frontière entre le nord et le sud de la ville.

C'est un roman noir, très noir qui traite d'un sujet difficile ; le terrorisme, le radicalisme, les attentats, l'extrême droite et les failles humaines.

Comment un homme devient-il un guerrier ?
Comment une telle détermination à passer à l'acte peut-elle naître ?
Comment un fils musulman ou belge peut-il basculer et devenir un assassin ?

C'est une partie de ces questions qui sont abordées avec brio, comme si, l'auteur était entré dans la tête et la pensée du radicaliste.  Ce récit au vocabulaire riche est exigeant, il demande attention et suscite multiples réflexions mais est indispensable.  Quelle claque !

D'une part Xavier Brulein, belge d'origine, une enfance dans un quartier défavorisé, des parents peu présents.  Il sera très tôt livré à lui-même, victime d'un certain racisme, celui de ses origines sociales et de la pauvreté.  Peu ou pas d'éducation, livré à lui-même, un mal être naissant.

Les barrières disparaîtront le temps de l'armée, il s'engagera quatre années au Moyen Orient dans le conflit Irakien.  Peu après son retour, il agressera très violemment un homme pour une fille qu'il connaît à peine, très jeune il se retrouvera cinq années en prison.

Xavier Brulein y rencontrera Brahim Ben Lakdar, le responsable et cerveau d'un sanglant attentat à Bruxelles, à son contact il deviendra Abu Kassem. 

Lorsqu'il sort de prison, il a en tête une mission qui aura lieu dans 56 jours, c'est son but ultime.  Sans le savoir il est devenu l'outil de la vengenace d'Abu Brahim qui veut se venger de ses frères qui l'ont abandonné et dénoncé en prison.

Abu Brahim sortira lui aussi de prison avec un bracelet électronique pour vice de procédure ...  Il retrouvera la liberté , enfin peut-on parler de liberté car seule une heure de sortie est autorisée  par jour !  Sa mère Kadija est la seule à lui avoir rendu visite durant sa détention, elle a préparé son retour mais dévastée cherche à comprendre qui est son fils ?  Qu'a-t-elle raté ? Comment est-il devenu un assassin lui le bon fils musulman ?

Cette fiction est d'un réalisme surprenant, c'est comme si l'auteur était dans la tête des protagonistes, il nous décrit avec brio dans une écriture magistrale, dure, les différentes étapes qui poussent au changement.  Fragilités, doutes, méprise pour en arriver à la haine et à la détermination d'un projet horrible, inhumain.  Il met également en évidence l'absence de mots, de culture , le manque de discernement comme une des causes du radicalisme.

C'est puissant. A lire !

Ma note : 9/10


Les jolies phrases

Aucun guide ne peut te garantir d'être juste, de dire chaque fois la vérité, de ne pas succomber à ses instincts.  

Ce n'est pas toi qu'on libère de la prison, c'est la prison que l'on libère de toi.

La mixité, le vivre-ensemble, tout ça se retourne contre le monde qui en a gavé les gens à défaut de les avoir nourris pareil.

Vous avez accepté la privation, vous en avez fait une base philosophique et elle a cessé de ronger votre personnalité.  Xavier vous a permis de saisir une vérité qui vaudrait partout et toujours : le seul truc dont on n'allait jamais vous priver, c'est la privation.  Le manque deviendrait la force.

C'est confondre la came et l'effet - tu l'as expérimenté à la mosquée : ce n'est pas parce que tu croyais plus fort que tu as fréquenté plus souvent la mosquée, c'est parce que tu as fréquenté plus souvent la mosquée que tu t'es mis à croire plus fort.

Quand l'unité de l'être humain est si forte, tenter d'y porter atteinte, c'est comme la fission nucléaire de l'atome.  C'est le bruit et la fureur.

La méprise se répète, s'amplifie, s'aggrave, tragique.  La méprise est une maladie.  Elle infeste une ville après l'autre.  Elle dresse des peuples les uns contre les autres.  Elle tue et fait tuer.  Des âmes égarées croient servir Dieu.  Des âmes perdues confondent le Jugement dernier avec leurs erreurs de jugement.  Il n'y a plus d'antidote. Il n'y a plus de remède de cheval.  Un acte foudroyant qui ramènera l'Histoire à zéro.

Les êtres humains font ça : se donner du mal pour oublier ce qu'ils savent.  En fin de compte, le Prophète n'était qu'un être humain.  Lui aussi. 

Les gens n'enterrent jamais leurs différences en même temps que leurs morts. Ni leur désir plus ou moins avoué de battre le feu par le feu.  Ceux qui surmontent la haine sont des êtres exceptionnels.  Et les pertes exceptionnels ne courent pas les rues.

Est-ce que la haine c'est l'absence d'amour, ou autre chose encore ?  Et qu'est-ce qui est le plus grave ?  Qu'est-ce qui est le plus difficile à vivre, à endurer, qu'est-ce qui est, à la longue, le plus destructeur : la haine ou l'absence d'amour ?  Et quelqu'un qui hait peut-il encore réaliser qu'il vit non seulement dans la haine mais aussi dans l'absence d'amour ? 


Du même auteur j'ai lu

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samedi 15 février 2020

Les frémissements du silence - Dominique Zachary ♥♥♥♥♥

Les frémissements du silence  -  Dominique Zachary  ♥♥♥♥♥


Editions Kiwi
Parution : 6 février 2020
Pages : 246 
Isbn : 9782378830823
Prix : 18 €

Présentation de l'éditeur

A priori, ces deux-là n’auraient jamais dû se rencontrer. Déjà pour une question de rythme et de volume de voix. Alex Pergaux, chef d’entreprise, 58 ans, revêche et autocentré, parle vite, parle fort, ne vise que la rentabilité. Françoise, infirmière, 39 ans, peintre à ses heures, discrète et mystérieuse, parle lentement, d’une voix douce, ne vise que l’humanité.

Et pourtant leurs chemins vont se croiser. Alex voit ses plans bouleversés lorsqu’on le prévient que sa mère se meurt en soins palliatifs. Il découvre dans cet endroit des valeurs qui le bouleversent : aux frontières de la mort, les équipes soignantes rient et protègent leurs patients. Françoise l’observe et le déstabilise, au risque de faire vaciller Alex.

Il va d’abord devoir apprendre à parler moins fort, puis à parler moins, jusqu’à ne plus parler du tout. Il devra ensuite apprendre à écouter. À apprivoiser le silence. Et ça fait peur, le silence, surtout quand on n’y est pas habitué…

Une quête de soi bouleversante qui va réunir ces deux antipodes, du service des soins palliatifs en Lorraine jusqu’aux confins

L'auteur

Dominique ZACHARY



Dominique Zachary est auteur et journaliste professionnel en Belgique. Il travaille depuis plusieurs années à la rédaction du quotidien l’Avenir Luxembourg, au sud de la Belgique. Il y coordonne la couverture de l’actualité dans sa région et traite plus spécifiquement l’information judiciaire. Son travail de journaliste a été récompensé à deux reprises en Belgique.

En 1992, il a obtenu le Prix des médias pour une société harmonieuse, pour une série d’articles sur l’accueil des candidats réfugiés politiques. En 2010, il a été finaliste et nominé au prix de presse DexiaBelfius.

En parallèle à son métier de journaliste, Dominique Zachary est passionné par l’écriture, l’enquête, la recherche historique.

L’auteur a publié 6 ouvrages qui tous ont été couronnés de succès. Son 7ème livre, Les frémissements du silence, est son 2ème roman.

Source : Kiwi éditions

Mon avis

C'est le second roman de Dominique Zachary, un roman thérapeutique nous annonce-t-on sur la couverture, cela m'intrigue.

Alex Pergaux est le directeur d'une entreprise pharma.  Il y a trente ans, il a quitté sa Lorraine natale pour Paris afin de monter son projet, et depuis il s'y dévoue corps et âme.  Il a 58 ans, est marié depuis 35 ans et père de deux filles qui ont quitté le nid depuis un moment.  Ses filles, il les a vues grandir de loin, toujours préoccupé par son business. Son travail, sa réussite c'est toute sa vie et la réussite est au rendez-vous mais à quel prix!  Alex est autoritaire, imbu de sa personne, égoïste, inaccessible, on ne peut le déranger sous aucun prétexte car il est toujours en réunion ou doit prendre des décisions importantes pour l'entreprise.

Sa maman, Gisèle Pergaux, 84 ans l'a bien compris durant toutes ces années et se contente de le voir peu, elle habite à 375 kilomètres de là, à Monceau-lez-Tourelles.  Cependant, Gisèle est aujourd'hui en fin de vie, en unité de soins palliatifs dans les bonnes mains de Françoise Lucchioni, infirmière en chef du service.  Gisèle a toujours eu peur de déranger mais elle émet aujourd'hui le souhait de voir une dernière fois son fils unique.

Françoise, 39 ans dirige ce service depuis 8 ans, elle est proche des patients, de la famille, fine psychologue à l'écoute, un sens de l'empathie très élevé.  "Offrir. Donner. Aimer. Donner. Offrir."
Donner la main en silence, mettre du parfum à une patiente, un joli foulard autour du cou d'une autre, ce sont ses petits gestes au quotidien, de petits gestes qui accompagnent dans la dignité et donne un peu d'humanité en fin de vie.  Pour se ressourcer et déstresser, elle pratique le dessin, en particulier dessine des portraits le dimanche matin dans ce que tout le monde appelle le petit Montmartre au village.

Elle contacte donc Alex en lui demandant de venir, il ne prendra pas la chose au sérieux dans un premier temps et viendra finalement.  Son comportement choquant n'empêchera pas Françoise d'être pro, à l'écoute et empathique, mais lorsque quelques jours plus tard, Alex lui demandera de dessiner son portrait pour l'afficher dans son bureau, elle refusera.  Françoise sera la seule à "recadrer" Alex, à lui dire ses quatre vérités :  elle est désolée, Alex ne l'inspire pas, il faut qu'il change son âme, qu'il apprenne à écouter pour devenir humble et tolérant.  " Arrêtez de vous exprimer comme si vous aviez  un portefeuille à la place du coeur. Cultivez le silence, l'écoute."

Le choc est grand pour Alex d'autant plus qu'à la maison aussi c'est difficile, sa femme l'inscrit à une retraite de trois jours dans un monastère à trente kilomètres de Monceau, trois jours dans le silence pour apprendre à écouter et se découvrir peut-être.

Ce sera le point de départ du changement, de la remise en question , d'un voyage initiatique qui va changer sa vie à tout jamais.

Je ne vous en dis pas plus....  Un très joli roman, lu en peu de temps, un roman qui vous trotte dans un coin de la tête le jour, où l'envie de retrouver Alex et Françoise au plus vite est présente.  Je n'avais qu'une seule envie en rentrant du bureau, retouver au plus vite les personnages pour voir évoluer cette transformation de vie.

C'est bien écrit, c'est fluide tout en émotion.  La plume est douce, bienveillante.  On sourit car l'humour est bien présent, on s'émeut, on se remet en question, on réfléchit, tout ce que j'attends d'une bonne lecture.  Les personnages sont attachants, tout en émotion, poésie, tendresse. Psychologie, voyage et pédagogie au rendez-vous.

Introspection, questionnement sur le sens de nos vies ou la façon d'être à l'écoute de l'autre, de trouver la sérénité sont au programme.  On ne s'ennuie pas, non au contraire un roman qui fait du bien.   Changements, découverte et hommage aux personnes travaillant dans des unités de soins palliatifs, leur dévouement, leur don de soi, un voyage au Maroc avec des découvertes de culture et traditions sont également au programme.

Un roman, coup de coeur rempli d'humanité et de bienveillance qui aborde magnifiquement les failles de l'être humain.

Je vous le recommande vivement.

Ma note : ♥

Les jolies phrases

Ces premières heures au contact de la communauté religieuse lui avaient appris à prendre ses distances avec pas mal de contingences pour mieux vivre l'instant présent.

Apprends le silence et tu apprendras à entendre.

Le bruit de la nature est plus fin que n'importe quelle sonorité de l'homme.

Comment pouvait-on laisser tomber des êtres si fragilisés, à l'autre bout de l'échelle de la vie, eux qui nous ont donné le souffle et l'énergie pour partir d'un bon pas dans l'existence ?

Notre métier consiste à prendre soin de nos patients le mieux possible.  Mais qu'ils soient en fin de vie ou en soins aigus intensifs, l'objectif est toujours de les garder en vie, tout en maintenant jusqu'au bout une qualité de vie.  Le but est de les garder debout.

Arrête, Alex ! Tu parles pour ne rien dire ! C'est insupportable.  Tu débites des mots pour remplir le silence parce que le silence t'étouffe.  Il te fait peur.  Pourtant, c'est beau le silence.  Cela vit.  Cela remplit.  Ce n'est pas passif, le silence.  Je te demande une chose, Alex, si tu as encore un mini-espoir de sauver notre couple : A-PPRENDS-LE-SI-LEN-CE ! Cela t'aidera dans la vie, cela te permettra, je l'espère, de mieux entendre, d'entendre le monde, de m'entendre moi, mon ressenti.  De t'entendre toi aussi.  Oui, de plonger à l'intérieur de toi et d'y découvrir des choses te concernant, que tu ne soupçonnais même pas. 

Détrompez-vous, un simple regard échangé, un sourire, une main que vous tenez chaleureusement, sans pour autant parler, ce sont des actes d'une profonde humanité.

La vie est parfois faite de rendez-vous manqués, d'occasions loupées, mais si l'on ne peut revenir en arrière, il est par contre toujours possible d'aborder de nouvelles rives, d'entrevoir de nouveaux soleils.

Mon âme s'est souillée quand mes problèmes sont devenus tellement lourds qu'ils ont envahi tout l'espace de mon coeur en m'empêchant de m'intéresser aux problèmes des autres.



mardi 11 février 2020

Le secret Hemingway - Brigitte Kernel ♥♥♥♥♥

Le secret Hemingway  -  Brigitte Kernel  ♥♥♥♥♥


Le Secret Hemingway

Flammarion
Parution : 08/01/2020
Pages : 320
Isbn : 9782081471894
Prix : 19 €


Présentation de l'éditeur

« Ils ont dit que j’avais tué ma mère.
Puis ils ont dit que j’avais tué mon père.
Enfin, ils ont dit que chez nous, les Hemingway, de génération en génération, tout le monde se tuait. »

Ce roman est une histoire vraie, celle de Gloria, née Gregory Hemingway (1931-2001).

L'auteure nous en parle





Mon avis

Ce roman est inspiré d'une histoire vraie, celle du fils cadet d'Ernest Hemingway et Pauline Pfeiffer.  Né en novembre 1931 dans un corps masculin, Gregory , emprisonné dans ce physique qui n'est pas le sien, deviendra femme en 1995 à l'âge de 64 ans et s'éteindra en Gloria en 2001.

C'est l'histoire d'une vie difficile.  Pauline et Ernest Heminguay espéraient une fille, c'est Grégory qui est né, ils l'appelaient Gigi et jusque l'âge de sept ans l'ont habillé en fille.  Cela a-t-il changé le cours des choses?

A l'âge de dix ans et demi, Grégory surprend son père avec l'une de ses maîtresses, il subtilise ses dessous et les essaie, c'est là que naît Gloria.  Son père, le célèbre "prodige de la littérature américaine" est choqué et lui dit "Tu ne seras jamais ça", c'est le rejet et à partir de ce moment Gigi devient Gig, Gloria nous raconte que "Ainsi devins-je sa honte, son secret bien gardé".

C'est en effet une autre facette du génie de la littérature américaine que nous présente avec beaucoup de tendresse et avec brio, Brigitte Kernel.

Grégory, Gloria deviendra avant sa déchéance un médecin, père de huit enfants, marié quatre fois avec trois femmes.

On retrouve Gloria en prison à Miami, arrêtée pour attentat à la pudeur dans un bar suite à la consommation de drogues et d'abus d'alcool.  C'est en prison qu'elle va nous raconter sa vie, son parcours, ses amours, ses zones d'ombres, son mal être, sa vie durant dans un corps qui n'était pas le sien.

Elle nous raconte son enfance, une mère morte jeune qui voulait une fille et qui ne l'a jamais vraiment aimée, sa mère dont on l'accuse de l'avoir tuée.  Gloria ne supportant pas l'injustice, se battra pour rétablir la vérité et prouver le contraire.

Un père célèbre, pour qui elle est la honte, un père qui l'adore pourtant mais en secret car il ne peut accepter l'état transgenre de Grégory, et plus tard sa honte encore plus grande lorsqu'il sera radié de l'ordre des médecins.

Ce roman, c'est aussi des histoires d'amour, la plus belle avec Ida qu'il épousa deux fois, l'amour pour ses enfants qui le poussa à attendre d'avoir 64 ans avant de prendre vraiment son corps de femme.

Et puis, il y a aussi la peur, l'insulte difficile à vivre pour Gloria suite surtout aux violences dont elle fut l'objet avec Douglas Robinson.

Un autre aspect traité avec délicatesse par l'auteur est la malédiction des Hemingway et les idées suicidaires de nombreux membres de la famille.

Il y a beaucoup d'autres choses magnifiques dans ce roman.  L'écriture est fluide, les mots doux, bien choisis.  Ce récit m'a emporté, j'ai appris beaucoup de choses.  Un petit bijou à lire sans modération.

C'est un coup de coeur pour moi. ♥♥♥

Les jolies phrases

Je suis une femme.  Je suis simplement née dans un corps d'homme.

La bête était en lui comme elle est en moi.  Une bête qui va à l'abattoir sans verser une larme.  Mais qui voudrait retenir encore un peu le temps avant l'heure de la mise à mort.

On peut tous tuer à un moment ou à un autre, c'est la faille en nous qui hurle à l'injustice, un cri depuis longtemps bridé.

Les mots sont plus violents que les coups.

Mais les insultes, c'est le pire, ça ne cicatrise pas.  C'est la terreur inscrite en vous, le tatouage odieux partout à l'extérieur et à  l'intérieur de soi.

Sous la carapace rugueuse de son père, son caractère d'ours, une subtile délicatesse.

Vous savez, ce n'est pas le nombre d'échardes que nous avons dans le coeur qui compte, c'est la profondeur des cicatrices mal refermées.

Avez-vous déjà observé un amateur d'arabica à la seconde où ses lèvres effleurent la mousse du nectar ? Son régal l'apaise et son apaisement le régale.

Allez savoir.  Les auteurs sont de telles éponges, des mousses imbibées de détails appartenant à la vraie vie.  Ces reliefs, ces rondeurs et ces senteurs qui font l'existence.  Ils sculptent leur oeuvre, refondent la réalité et la dépassent parfois, avides de trouvailles. "Un écrivain, jurait Ernest, doit dépasser la réalité pour la rendre plus vraie.  Le mensonge doit paraître plus véritable que le réel.

Quel est le pire enfermement ?  Ici, entre ces murs?  A la clinique des fous et des fragiles sous calmants ? Dans son corps d'homme autrefois ?  Ou cette enveloppe de femme aujourd'hui quand Ida ne veut plus me toucher ?

La célébrité a un prix car, toujours, elle devient agression, et impossible de la ranger dans un coin de sa poche. Comme le ver coupé en deux, elle survit à elle-même.

Je veux t'aider, Gloria, tu es si douce, rares sont les êtres bienveillants et purs comme toi.  Tu es née dans le mauvais corps, il faut que tu deviennes toi, sinon tu ne feras que survivre puis mourir à feu doux.

Il n'est pas facile d'être la progéniture d'un homme célèbre, son ombre vous couvre tout entier d'un voile, une sorte de toile de cinéma sur laquelle chacun projette son idée du grand homme, son fantasme éveillé.