samedi 12 septembre 2026

Un marché noir - Bérénice Pichat

 Un marché noir - Bérénice Pichat




















Les avrils
Parution : 20 août 2026
Pages : 288
Isbn : 978-2-38311-041-5
Prix : 22 €

Présentation de l'éditeur

Paris, 1943. La faim règle les journées, la peur dicte les choix, et la frontière entre résistance et compromission se floute dans les arrière-cours. Servane veut vivre son adolescence et ose enfin s’engager dans un réseau secret. Paul, trafiquant désenchanté, navigue entre les camps, persuadé que tout s’achète, même la liberté. Mais bientôt, Vichy resserre l’étau, les dénonciations font rage. Et l’histoire, implacable, ne pardonne ni les illusions ni les faux-semblants.

Bérénice Pichat


Bérénice Pichat est professeure des écoles au Havre. Après l’immense succès de La Petite Bonne (Les Avrils, 2024, Le Livre de Poche, 2026, Prix des libraires 2025), elle nous entraîne dans la zone grise de l’Occupation avec une inventivité romanesque éblouissante. Ni héros ni salauds, ses personnages déchirants questionnent nos dilemmes moraux et notre humanité quand tout vacille.





Mon avis

Un deuxième roman !  Exercice difficile après l'immense succès du premier  "La petite bonne", prix des libraires 2025 !  Mission plus que réussie,  un gros coup de cœur en ce qui me concerne. ♥♥♥

Bérénice Pichat s'empare d'une zone grise de l'Histoire, celle de l'occupation allemande et sans jugement nous parle de cette période trouble, de la frontière ténue entre le bien et le mal : du marché noir, du marché gris.

A travers deux personnages, elle va habilement nous mettre face à un dilemme, qu'aurions-nous fait à leur place ?

Deux voix, deux parties de roman pour parcourir la seconde partie de la guerre, et découvrir un peuple qui a faim, qui est confronté à des choix dictés par la peur, résistance ou compromission ?

Servane a 15 ans en 1941, elle a faim, elle passe de longues parties de journée dans des queues devant les magasins vides.  Orpheline, elle vit avec son beau-père. Nous sommes à Paris. Un jour, elle croise Rosa, une amie qui n'a pas l'air de souffrir de la guerre.  Celle-ci lui propose de transporter des paquets, de se rendre à la campagne et de pouvoir manger à sa faim.  C'est le début, Servane s'engage dans un réseau secret, elle veut résister.

Dans la seconde partie, on découvre Paul qui se raconte.  Issu d'une famille pauvre, à l'enfance désenchantée,  vivant dans la misère et le mépris toute son enfance, ancien soldat désabusé, il refuse de rester victime et lorsque l'occasion se présente, décide de survivre. Il comprend vite que certains sont prêts à tout vendre, d'autres à tout acheter.  Il se glisse entre les deux et devient mercanti, fournisseur de l'ennemi.

Ces deux voix se complètent par des témoignages et interventions extérieures, créant un véritable suspense, on s'interroge, la tension monte et je peux vous dire que le final est intense. Un dispositif narratif bien huilé pour un plaisir de lecture intense et garanti. 

L'écriture de Bérénice Pichat est belle, fluide, sobre, sensible, il s'en dégage beaucoup d'humanité. Elle ne juge pas, elle nous décrit de façon précise et avec émotion cette partie de l'histoire de la guerre, cette zone grise où chacun a fait de son mieux pour vivre ou survivre. Elle nous tend un miroir et nous interroge sur ce que nous aurions fait à leur place.

Une petite pépite à découvrir !


♥♥♥♥♥


Les jolies phrases

Ceux qui mangent encore acceptent de se salir les mains. Ceux-là font des compromis avec leur conscience. 

Rien ne réunit les gens mieux qu'un secret partagé.


La mémoire de l'enfance est un bagage terrible à trimballer.

Sous prétexte qu'ils braquaient la marchandise au nez et à la barbe de Vichy et des Boches, ils ont appelé ça faire de la résistance...  Moi, j'appelle ça de l'opportunisme.

Les enfants, j'ai toujours pensé que c'est exactement comme les poussins, vous voyez ? Jaunes et piaulants, on les tient dans la main et ils vous picorent la paume, c'est délicieux et doux. Un beau matin. ils deviennent poulets et ils perdent toute grâce. Leurs plumes poussent n'importe comment sur le duvet qui n'est pas encore tombé, ils se dandinent et traînent des ailes. C'est gauche, c'est mal dans sa peau. Et puis d'un coup, fini, ils sont adultes. Ils marchent fièrement, crête dressée et ergots en place.

Grandir sans argent est une chose, mais c'en est une autre de comprendre, à travers chaque attitude, que le monde est partagé en deux - entre ceux qui ont, et nous, qui n'en avions pas.  

C'est donc vrai; les principes ne tiennent pas longtemps face à la douceur des billets qu'elle froisse dans sa poche, face à la promesse de rapporter chez elle de quoi revivre enfin.


C'est insidieux, la faim. Au début, ça paraît négligeable. Une fringale qui dure, un creux sans fond. Faute d'être jamais satisfait, ce désir latent s'organise et progresse. On prend sur soi , on se serre la ceinture, comme si de rien n'était. Mais ça ne fait que croître : la voix du manque vire , trouble, tourne à la hantise. Face à l'estomac vide depuis trop longtemps, plus rien ne paraît important, plus rien ne tient. A part le prochain repas.


Mais chacun sait que la confiance n'est pas un bien qui se vend; ni ne s'achète.


Oui, les prix montent, et alors ? Très tôt, Paul a compris que le tarif d'un produit n'a aucune importance. Que ceux qui veulent acheter pourront toujours payer.

La peur quand ils la décèlent, transforme les hommes en rapaces, en bêtes féroces.


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mercredi 9 septembre 2026

Choses que je croyais perdues - Clémentine Mélois ♥♥♥

 Choses que je croyais perdues  -  Clémentine Mélois





















Gallimard
L'arbalète
Parution : 20 août 26
Isbn : 9782073162854
Prix : 19 €


Présentation de l'éditeur

« Je voulais te dire : sans le faire exprès, j’ai cassé le verre à moutarde Musclor que tu aimais bien. Le prince sous stéroïdes mal imprimé a perdu sa tête, mais il continue de flatter d’une main distraite l’encolure de son tigre vert de compagnie. Tu avais trouvé ce verre dans un vide-greniers où les gens vendaient pas cher de jolies choses. Après l’avoir regardé longtemps, avec intensité, tu l’avais négocié à deux euros. C’était un souvenir d’enfance et ta joie m’avait attendrie. Ça allait encore entre nous à ce moment-là, enfin je crois. »

Seule dans son appartement, une jeune femme emballe ses affaires. Demain, des déménageurs emporteront ces traces fragiles de son existence. Elle pense à l’homme dont elle vient de se séparer, et des histoires surgissent des objets qu’elle manipule. Une assiette au filet d’or, un ensemble H&M couleur poil de chameau, un rouleau de Sopalin : ces témoins d’une vie ordinaire ont autant à raconter qu’un trépidant roman d’aventures...
Que reste-t-il de ce que nous avons vécu ? De quelles légendes sommes-nous faits ? Les grandes amours comme les petits riens, les désillusions et les désirs sont au cœur de ce roman plein de surprises, à la fantaisie incomparable.


Clémentine Mélois

Photo F. Mantovani © Éditions Gallimard



Clémentine Mélois est une artiste plasticienne et écrivaine française. À l'âge de neuf ans, elle gagne le premier prix d'un concours d'écriture organisé par les éditions Gallimard, et reçoit en cadeau 365 livres, ce qui marque le début de sa vocation de bibliomane.

En 2024 elle publie "Alors c'est bien" chez Gallimard et est lauréate du Prix Méduse 2024 et du Prix Eugène Dabit du roman populiste en 2025






Mon avis

Emilie prépare ses caisses pour un déménagement, elle emballe les divers objets du quotidien et chaque objet fait ressurgir un moment du passé, une petite anecdote.  Avec beaucoup de poésie, d'humour, de tendresse, elle se replonge dans son histoire, 7 ans de sa vie, un quart de celle-ci, c'est énorme.  Et toi, lecteur, comme elle tu t'embarques dans tes souvenirs, son histoire qui peu à peu se dessine, devient universelle car toi aussi lecteur, tu repenses à des périodes de ta vie.

Parfois on retombe sur un article de journal, une période, et on se projette, un objet nous rappelle un souvenir, une époque, une personne.  La mémoire se ravive avec tendresse, nostalgie.

Ce sont les objets qui nous racontent Emilie, une traversée intime, intense qui font prendre conscience du temps qui passe.  C'est subtil, sensible, lucide, drôle avec de l'autodérision et c'est magnifique, universel.  Une petite pépite à découvrir au plus vite.

Coup de ♥

Les jolies phrases

Les grands drames comme les petites joies se décolorent avec le temps et quoi qu'il se passe dans nos vies, rien ne change vraiment : passent les jours et les semaines, sous le pont Mirabeau coule toujours la Seine. 

Mais les souvenirs sont des fleurs sauvages, ils s'épanouissent où bon leur semble et le plus souvent là où on ne les espère pas.

La vie ne pouvait pas être autrement, puisque c'est ça qu'elle était.  Pourquoi s'embêter à tout remettre en question ?  Lorsqu'on a déjà passé une heure à attendre le bus, il est de plus en plus difficile de partir.  On a trop investi.  Accepter l'idée qu'on a attendu pour rien reviendrait à avouer qu'on a bêtement gâché son temps.  Alors on continue de patienter, en vain. 

Le propre des débuts, c'est qu'ils ne durent pas, tandis que les fins s'étirent parfois le temps d'un générique infini. 

Tant que je pourrai raconter leur histoire, toutes ces choses ne seront pas vraiment perdues. 

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dimanche 6 septembre 2026

Bilan de lecture d'août 2026

 Bilan de lecture d'août 2026




C'est le moment du bilan lecture mensuel. Un week-end en Alsace en famille, et celui de l'Intime Festival de Namur, rendez-vous incontournable d'août,  et la préparation du café littéraire de septembre avec Arnaud Nihoul, un blog à jour, du coup, le sentiment de ne pas avoir lu autant que j'aimerais.  On ajoute à cela de la fatigue, ben oui, je travaille à plein temps et commence à lire tard le soir à un rythme plus lent pour l'instant ..   Mais est-ce le plus important !


De très belles découvertes de cette rentrée.  On commence par un compatriote, Thomas Gunzig qui nous propose un roman qui deviendra j'en suis certaine un classique du genre.  Entre dystopie, science-fiction et réflexion sur notre monde en devenir !  Je vous invite à découvrir ce magnifique roman. 





Philippe Boxho est certainement le médecin légiste belge le plus connu, après ces livres voici dans un genre tout à fait différent un roman graphique qui explique son métier et nous fait découvrir l'homme qui se cache derrière celui-ci. 



Oh que je suis contente d'avoir découvert la plume de Clémentine Mélois, à travers des objets qui ont une histoire, elle nous raconte une rupture, une partie de son histoire mais cela devient tellement universel  ♥





Une première plume belge à découvrir, l'éclosion d'un talent.  Un livre qui m'a surprise, fait voyager, découverte du monde des affaires mais pas que !  Idéal pour se vider la tête !



En mode préparation café-littéraire, un super roman belge qui redonne l'occasion de découvrir la littérature policière classique.  Un régal !




Livre coup de poing, l'émergence d'un écrivain à travers ce récit de captivité en Iran.  Profondément humain, lumineux.  A la recherche de la liberté par l'évasion mentale pour fuir la captivité.



Après l'inoubliable  "La petite bonne"  retrouver la plume de Bérénice Pichat !


Terminer le mois par l'écoute de cette nouvelle plume, un uppercut ! Une fulgurance dans l'écriture, une pépite à lire pour changer notre regard sur les migrants.





N'hésite pas à partager tes lectures, avis en commentaires ! Belles lectures !

samedi 5 septembre 2026

Joseph dans la nuit - Olivier Grondeau

 Joseph dans la nuit    -   Olivier Grondeau

















L'iconoclaste
Parution : 20 août 2026
Pages : 256
Isbn : 9782378805975
Prix : 19.90 €

Présentation de l'éditeur



Olivier Grondeau est un voyageur épris de liberté qui, depuis des années, voyage en autostop, sans téléphone, avec un grand sourire et peu de moyens. Il était en route vers Lahore et avait le projet d’aller fêter la fin d’année sur une plage indienne. Mais un matin, dans une auberge de Chiraz en Iran, Olivier Grondeau est arrêté sans explication par quatre policiers et il est transféré pour des interrogatoires dans les locaux gérés par le Renseignement. Une détention au secret, une garde à vue sans légalité. Il est accusé de collecter des informations pour des pays étrangers, alors qu’explose dans le pays le mouvement « Femme, Vie, Liberté ». On lui passe un uniforme bleu à rayures et on l’enferme dans une cellule exiguë. Personne n’a été averti de son arrestation, ni l’ambassade de France, ni sa famille. La première expression en persan qu’il y apprend est Fekr nakon “Ne réfléchis pas”. Privations, silence, peur savamment entretenue : voilà ce qui se passe quand la vérité ne compte plus. Pour survivre, ce passionné de littérature mobilise alors tout ce qui peut lui apporter de la lumière, la poésie persane comme les chansons de Britney Spears. Il se projette mentalement des films aimés. Au coeur de l’enfermement, il cultive les gestes de survie : écrire chaque jour un mot de Nerval, convoquer chaque nuit un.e ami.e en rêve. Dans ces conditions, l’imaginaire est aussi une forme de transgression.

Ce livre dépasse le simple témoignage. Par la précision de sa langue, par la musique qui habite les souvenirs d’Olivier autant que sa plume, par sa manière de transformer le dérisoire en symbole d’espoir, par les portraits émouvants de ses codétenus, Olivier Grondeau nous offre une oeuvre littéraire à part entière, parmi les meilleurs récits d’enfermement. À travers une expérience si singulière, il touche des thèmes universels : la liberté, la peur, la survie, l’identité, la force de l’art. Et nous offre une plongée exceptionnelle au coeur des prisons iraniennes. Un texte comme un appel à croire, même dans l’ombre, que quelque chose en nous refusera toujours de céder.

Olivier Grondeau

Passionné de poésie et d’ailleurs, Olivier Grondeau est parti huit ans sur les routes, après des études littéraires et des emplois en librairie. Curieux, attentif, il a longtemps mené une vie discrète, guidée par le goût des rencontres et de la littérature. À l’automne 2022, il se trouve à Chiraz, en Iran, au moment des manifestations du mouvement « Femme, Vie, Liberté ». Kidnappé par les services des renseignements iraniens, il va passer deux et demi en prison, notamment dans la terrible prison d’Evin. Il finit par sortir de l’anonymat après plus de deux ans de détention, devenant malgré lui l’un des visages de la « diplomatie des otages », ces Occidentaux retenus en prison par l’État iranien pour faire pression sur leur pays d’origine. Libéré en février 2025, il a achevé ses études d’anthropologie à Montpellier. Joseph dans la nuit est son premier livre.






Mon avis

Un premier récit, témoignage lumineux, dur, d'une force incroyable.  Olivier Grondeau nous raconte les 72 premiers jours de sa détention en garde à vue, sous l'autorité du ministère des Renseignements.  Au total, c'est 887 jours qu'il a passés dans les geôles iraniennes, jugé pour espionnage.

Un récit fort, puissant.  Tout commence par l'arrestation dans sa chambre d'hôtel le 23 septembre 2022, quatre hommes l'enlèvent arbitrairement sans explication.  On le questionne sur sa présence, faut dire qu'à cette période explose le mouvement "Femme, vie, liberté" après la mort de Masha Amini.


"L'Iran, on y vient pour sa culture, on y revient contre le régime."

Les interrogatoires du début, puis au fil du temps, le silence, l'oubli, la déshumanisation.  Olivier Grondeau raconte son enfermement, sa sidération, son quotidien, ses codétenus, son espérance.

Les conditions sont très difficiles, lumière blanche allumée jour et nuit, manque d'intimité, filmé continuellement, les cellules de plus en plus petites, la barrière de la langue mais aussi toujours l'espoir et un mental d'acier.  Il entretient son physique en marchant dans sa cellule de 6 mètres sur 2, chaque jour quelques kilomètres, le sommeil la nuit sous sa maigre couverture.  

Le plus fort c'est son mental et je n'ai pu m'empêcher de penser à la chanson de Pagny "La liberté de penser" ou celle de Berger "Diego, libre dans sa tête".  Pour tenir, il imagine des films qu'il regarde minutieusement, scène après scène  "Le seigneur des anneaux", "Le livre de la jungle" qu'il partage avec ses codétenus, il entend la voix de Britney Spears, regarde la coupe du monde de foot ou téléphone de manière quotidienne en pensée avec ses proches.   L'imaginaire pour la liberté, pour sortir de sa condition, l'envie d'écrire avec les moyens du bord lui permettent de tenir.

L'écriture est très belle, les chapitres sont courts, les pages tournent rapidement.  

Une plume à suivre, un témoignage magnifique à lire, une résistance, un rempart contre la violence et l'oppression.


Ma note : 9.5/10

Les jolies phrases

Pourquoi es-tu revenu? Les touristes ne reviennent pas.
Que l'Iran m'ait manqué, voilà ce qu'ils trouvaient suspect. C'est comme s'ils pensaient: l'Iran, on y vient pour la culture, on y revient contre le régime.


Pardonne -moi, Jina, de n'avoir pas osé écrire qu'ils t'avaient tuée.  Je voulais être libre et j'ai cru, bêtement, que ma liberté se jouerait sur l'emploi de ces mots.  Je voulais cesser d'avoir peur : voilà ce que j'entendais maintenant par "être libre".

C'est comme ça, tout doucement, que le drame nous change.  D'abord, ils entrent et nous capturent.  Et nous nous disons ; Cet après-midi, ils me relâcheront, comme du fond de la ville assiégée : Demain, nous reviendrons habiter le quartier. Nous ne concevons pas que le drame se poursuive.
Puis, le bruit s'intensifie.  Les quartiers, les après-midi, y passent les uns après les autres.  Nous n'osons plus placer l'espoir en l'après-midi qui vient, à vrai dire nous y sommes - c'était hier.  L'espoir, en lambeaux, fait des concessions qui n'en finissent pas. 

Je suis incapable d'observer mon innocence.  elle rôde en marge de ma vision.  Son nom m'est étranger.  Je me dis : Je n'ai rien fait.  L'innocence annonce un terrible cortège : boucs émissaires, bourreaux, arracheurs d'aveux, juges aux ordres.  Qu'on m'en protège !

Pour eux, désormais, j'évolue dans l'autre monde, celui qui s'étend hors de la cellule.  Ce monde est un plat de fête, dont notre imagination offre aux camarade disparu les meilleurs morceaux : l'intérieur d'une voiture animé des voix de se proches, une pièce fraîche où il boit des verres de thé, la chambre où il presse l'interrupteur en se couchant.  L'imaginer en ces lieux, c'est la moindre des choses.  C'est son jardin, sa cascade.  Nous n'avons que faire des autres : les cellules d'isolement, les salles de torture, les estrades de pendaison.  Á ce camarade devenu fantôme, on lui doit bien ça, l'imaginer libre. 

On doit convoquer le plus heureux de nos souvenirs et le projeter autour de nous.   Contre leurs mensonges. Contre leurs menaces. 

On se demande souvent quel livre on emporterait avec soi, si l'on ne devait en garder qu'un.  S'il nous restait une seule goutte d'encre, quel mot écrirait-on ? Il y en a que j'ai toujours aimé prononcer, comme "clafoutis", "yougoslave" ou " rocamadour". Mais écrire ? 

- Si tu n'as rien fait, pourquoi as-tu peur ?
- J'ai peur parce que je n'ai rien fait, qu'ils le savent et qu'ils me gardent. 

Ils veulent te faire avouer n'importe quoi.  Mais tu sais bien, toi, que tu n'as rien fait de mal. 

jeudi 3 septembre 2026

Le club des assassins - Arnaud Nihoul

 Le club des assassins  -   Arnaud Nihoul  ♥




















Genèse éditions
Parution : mars 26
Pages : 276
Isbn : 9782382011003
Prix : 22.50

Présentation de l'éditeur

Suite au vol de la Joconde, l’île Saint-Louis, au cœur de Paris, est verrouillée par un blocus militaire. Le voleur s’est réfugié sur cette île d’habitude si tranquille. Pas question qu’il puisse s’échapper.
Pris dans ce siège oppressant, Abel Saint-Yves et Morgane Calissier enquêtent sur la mort d’un distingué magistrat à la retraite. Et si le suicide de Ludovic Hauterive, dans une bibliothèque fermée à clé, n’en était pas un ? Les membres d’un club de passionnés de littérature policière qui se trouvaient avec lui au moment fatidique ont-ils la réponse ?
Arnaud Nihoul signe un thriller littéraire élégant où art, culture et mystère s’entrelacent.


Arnaud Nihoul




À côté de son métier d’architecte, Arnaud Nihoul consacre tout son temps à l’écriture. Après quelque quinze nouvelles très remarquées et trois romans plusieurs fois primés : 
- Caitlin
- Claymore
- Le témoin silencieux   (sélection finale prix des lycéens 2024) qui nous entraînait  au cœur de Manhattan dans les arcanes du monde de l’art.
- La villa Aigue-Marine" qui a des secrets à nous dévoiler.

C'est déjà son cinquième roman qui arrive chez Genèse "Le club des assassins"






Mon avis

Tout commence avec le vol de "La Joconde" au Louvre, l'île Saint Louis est complètement verrouillée par un blocus militaire car le voleur s'est réfugié sur l'île.  Voilà un premier mystère à éclaircir, mais Arnaud Nihoul ne se contente pas de ce huis-clos.

Ludovic Hauterive est un haut-magistrat retraité, il a pour habitude de recevoir chez lui, trois hommes et trois femmes passionnés de polar et d'enquêtes policières, un petit club de lecture baptisé "Le club des assassins" pour partager leur passion.

Un nom qui n'a jamais été aussi bien choisi car durant leur réunion du dimanche, Ludovic qui s'était retiré pour préparer son allocution dans son bureau meurt d'un coup de feu ! Les portes étaient fermées de l'intérieur !  Suicide ou meurtre ?

L'inspecteur Abel Saint Yves et la lieutenante Morgane Calissier sont dépêchés sur place pour le déterminer.  Vous l'avez compris, c'est un second huis-clos dans le premier qui s'annonce...Haletant !

Six suspects qui pourraient tous avoir un mobile, une enquête passionnante menée de main de maître par la plume fluide et entraînante d'Arnaud Nihoul.  On revisite avec lui les grands classiques de la littérature de genre, chaque détail est examiné à la loupe comme Sherlock Holmes, par l'inspecteur au look un peu Maigret avec sa pipe, Hercule Poirot ou encore Columbo pour ses questions parfois décalées.

Chaque détail est examiné au scalpel, chaque personnalité est dénudée.  Changement de genre mais une écriture toujours aussi prenante.  Une plume à découvrir au plus vite si ce n'est déjà fait.

Un coup de ♥

Les jolies phrases


Parfois, il suffit d'un rien pour défaire une vie, un détail, quelques dixièmes de millimètres une simple petite minute...

C'est le jardin d'Eden, ce carnet.  On y sème de minuscules graines, une question, une infime information.  Et en quelques heures, on obtient des constructions arborescentes qui partent dans toutes les directions, racines d'un côté, branches de l'autre. 

Il faut miser sur soi, c'est la seule personne qui ne disparaît pas, sauf quand ça n'a plus d'importance. 


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