jeudi 26 mars 2026

L'envol de la mémoire - Myriam Spira

L'envol de la mémoire -  Myriam Spira



















Grasset
Essais et documents
Parution : 14/01/26
Pages : 198
ISBN :9782246841906
Prix : 20 €


Présentation de l'éditeur


Betty, résistante, a vingt et un ans lorsqu'elle est arrêtée à Bruges, en mars 1942, pour avoir dissimulé un poste émetteur clandestin. Elle est déportée au camp de Ravensbrück puis de Mauthausen. Joseph, juif et résistant, est arrêté quelques mois plus tard, Gare du Midi à Bruxelles, et déporté à Auschwitz-Birkenau. C'est après leur libération, à bord d'un train de la Croix-Rouge, que Betty et Joseph se rencontrent. Cinq enfants grandissent dans l'ombre de ce couple singulier, beau et meurtri. Cinq enfants pour reconstruire une famille décimée, celle de Joseph, dont le père et les quatre frères et soeurs ont été assassinés dans les camps.

Petite, Myriam Spira écoutait ses parents raconter : la faim, le froid, les souffrances, la douleur des expériences médicales. Mais aussi leur combat pour la vie, l'espoir de retrouver une existence normale. Cet héritage douloureux imprègne l'âme des enfants qui connaîtront le mal-être existentiel, et la difficulté à devenir parents à leur tour. Autant de symptômes d'une transmission souvent indicible.

Myriam Spira nous offre le récit rare d'une « deuxième génération », l'histoire de sa vie déportée dans les souvenirs de ses parents, mais aussi de sa reconstruction : à quarante-six ans, grâce à une volonté féroce, elle obtient sa licence de pilote privé et part seule survoler les camps, pour comprendre, maintenant adulte. Et raconter à son tour.

Un récit bouleversant.

Myriam Spira


Myriam Spira vit aujourd’hui à Bruxelles. L'envol de la mémoire est son premier livre.










Mon avis

C'est le premier livre de ma compatriote Myriam Spira.  Un témoignage, un document qui nous parle  d'un sujet peu abordé en littérature, le poids de la transmission, du transgénérationnel, du trauma de la Shoah.

Myriam Spira est la fille non pas d'un survivant mais de deux survivants de la Shoah.  Depuis sa plus tendre enfance, ses parents racontent et partagent leur histoire, l'indicible vécu dans les camps.  Cette ouverture de la parole n'est pas sans conséquence sur les générations à venir, c'est l'objet de ce récit.

Pour comprendre il faut d'abord découvrir l'histoire de ses parents.  Joseph son père, juif et résistant, violoniste, arrêté le 30 juillet 42, déporté à Auschwitz Birkenau pendant 998 jours, 33 mois. Il reviendra le 18 mai 1945.

Betty, sa maman, âgée de 21 ans lors de son arrestation, pour avoir caché un poste émetteur clandestin, seule survivante de son groupe dénoncée par une taupe.  Elle a été déportée à Ravensbrück et Mauthausen, comme prisonnière politique classée Nacht und Nebel.  Un parcours particulièrement dur avec des périodes d'isolement total.

Ces deux parties du récit sont extrêmement difficiles à lire car elles nous font part de leurs souffrances, de l'indicible, des conditions de détention atroces, inhumaines, de leurs vécus , de leur courage, de cette force de vivre.  Indispensable pour comprendre ce qu'ils ont transmis car plutôt que le mutisme et le silence, ce couple qui s'est rencontré dans un train de la Croix Rouge vers un sanatorium à Chamonix, a fait le choix de parler entre eux, devant leurs enfants.  Cinq enfants pour reconstruire la famille décimée de Joseph dont le père et ses quatre frères et sœurs ont été assassinés dans les camps.

Que faire lorsque l'on a toujours entendu raconter la souffrance, la faim, la douleur, les expériences médicales, l'horreur, même si ses parents se sont toujours battus pour la vie?  

Myriam nous parle de ce mal-être existentiel , de la difficulté de devenir parent à son tour, de ses questionnements personnels et du poids sur la troisième génération.  Myriam nous parle de sa prise de conscience de la souffrance héritée mais aussi du droit de s'en libérer, de faire quelque chose pour vivre pour elle.

Un déclic, une force et le besoin, à 46 ans de devenir pilote d'avion privé.  D'aller survoler les camps, les lieux et de raconter pour s'en libérer à son tour, de retrouver ses racines.

Une très jolie plume chargée d'émotion et d'amour.  C'est lumineux, rédempteur.  Un récit qui bouleverse, indispensable. 

A découvrir.

Ma note : 8.5/10 
  
Les jolies phrases

Ecrire m'a permis d'alléger un peu et de comprendre que leurs vies et leurs destins ne m'appartenaient pas et que j'avais le droit de m'en délester.

Leur combat pour la survie en avait fait des vainqueurs.  De véritables héros.  Cela laisse sans voix. Ils ont survécu à l'enfer pour redonner la vie. 

Et ce jour là, il prend conscience qu'en chaque être humain sommeille une bête.

Que ma vie m'enchante ou me désole ou que la mort m'interpelle sans crier gare.   Je leur dois cette vie, un véritable défi pour eux. 

C'était alors que j'étais là-bas depuis un bon bout de temps, quelques mois, ce qui était déjà assez long... Je marchais la tête baissée pour éviter les petits cailloux qui vous heurtent les pieds et soudain j'ai entendu un oiseau chanter  : un chant d'oiseau ! L'hiver était passé et je remarquai cet oiseau et la nature. Pendant que je marchais, je me suis mis à pleurer.  Pleure comme un bébé.  Remarquant subitement la nature, les fleurs, les arbres, les animaux, le soleil qui brillait. Aux alentours, tout continuait comme si rien n'avait changé.  La nature suivait son cours et nous, nous étions là tels quels, des vagabonds décharnés et annihilés... C'est la seule fois où j'ai vraiment pleuré au camp.

Ce qu'ils avaient en commun, plus encore que leur jeunesse anéantie par la guerre, c'était la barbarie, inscrite sur leurs corps et dans leurs âmes - des stigmates qu'en cette fin de guerre, personne ne pouvait concevoir.
Le monde préférait se laisser porter par la liesse de la liberté enfin retrouvée.  De toute façon, on ne les aurait pas crus.  On les aurait pris pour des fous ou des affabulateurs.

N'avaient-ils pas survécu et choisi de redonner la vie pour remplacer cinq âmes assassinées et arrachées à une famille heureuse ? 



mercredi 25 mars 2026

Le complexe - Lucie Albrecht

 Le complexe  -  Lucie Albrecht




















Casterman
Parution : 04/03/26
Pages : 208
ISBN : 9782203258372
Prix : 25 €

Présentation de l'éditeur


Dans un monde prônant la perfection, jusqu’où iriez-vous pour devenir enfin la plus belle version de vous-même ?


Une mystérieuse clinique promet d’effacer tous les complexes de ses patients en seulement cinq jours. Mais cette promesse n’est-elle pas trop belle pour être honnête ?

Avec Le Complexe, Lucie Albrecht imagine une dystopie glaçante où le corps devient marchandise et terrain d’exploitation.

Inès, Nadège et Toni réussiront-ils à s’extraire de ce jeu toxique et capitaliste ?


Lucie Albrecht

Lucie Albrecht est née en 1995 dans le Grand Est. Après des études en illustration et bande dessinée à l’ELMAD Auguste Renoir à Paris, elle publie en 2019 son premier roman graphique, Bruits de couloir (Vide Cocagne), récit intimiste sur l’adolescence et l’impact d’une rumeur sur les réseaux sociaux. En 2021 paraît Sylvain (Même Pas Mal), album qui raconte le quotidien de deux sœurs amenées à vivre leur adolescence sans leur mère, emportée prématurément par un cancer du sein.


Mon avis

Inès, Nadège et Tony sont les heureux lauréats des produits de beauté "LC" (Le complexe).  Faut dire que ces produits étaient victimes de leur succès et presqu'en rupture de stock depuis leur tombola.

Mais qu'ont-ils gagné, me direz-vous ?  Cinq jours pour avoir enfin une vie où tout est possible, disait le slogan.  Cinq jours au Complexe pour perdre tous leurs complexes, pour se façonner à l'image de leurs rêves. Le docteur Nazer, un chirurgien sans limite est là pour satisfaire tous leurs désirs.

Ils sont accueillis sur "Le Complexe", une île loin des regards, où Andrea les accueillent.  Ils ont la première journée le droit de choisir gratuitement ce qu'ils veulent modifier, tout est permis - un vrai supermarché avec présentoir de nez, sein, menton, pommette, peau, tout y est possible !, mais attention passé ces choix, c'est à leurs frais qu'ils les réaliseront !

Inès veut juste refaire son nez , Nadège veut effacer les signes du temps sur son corps et Tony lui est à la recherche de l'esthétisme absolu.  Des quêtes différentes, la recherche de reconnaissance pour Inès, l'émancipation et la réussite pour Nadège et Toni le paraître avant tout en vue de partager avec ses followers.

Jusque là, vous me direz, c'est bien à l'image de notre société actuelle !  Oui mais Lucie Albrecht pousse le curseur un peu plus loin et nous emmène dans une dystopie qui fait froid dans le dos !

Sur cette île tout est fait pour pousser à la consommation, pour faire naître d'autres besoins toujours et sans fin et encore plus loin que vous ne pourriez l'imaginer ! 

Il faut lire ce graphique pour le savoir.  Le dessin choc, semi réaliste,  joue essentiellement sur trois couleurs, le rose girly jusqu'à l'écœurement, le bleu et le vert pour le contexte médical.

Un sujet interpellant, la dysmorphobie c'est à dire le fait de se voir laid ou déformé, alors que la réalité est tout autre, avoir une perception erronée de son corps en grande partie à cause des informations et publications véhiculées sur les réseaux sociaux, des tendances propagées auxquelles à force on a envie de s'identifier.  Un vrai problème de société.

A découvrir !

Ma notre : 8.5/10







dimanche 22 mars 2026

Zebraska 1. Un garçon pas comme les autres - Borecki/Bary/Corbeyran

 Zebraska  1. Un garçon pas comme les autres - Borecki/Bary/Corbeyran




















Dupuis
Parution : 13/02/26
Scénario : Isabelle Bary
Dessin : Ludo Borecki
Couleur : Corbeyran
Pages : 72
Isbn : 9782808504850
Prix : 13.90 €

Lectorat : 9 ans et +

Présentation de l'éditeur



2055. Dans un monde apaisé après la « Grande Bascule », le jeune Marty vit confortablement malgré l'absence de livres, même s'il sent bien qu'en son âme se percutent mille sentiments complexes... Mais Zebraska, une BD auto-publiée par sa grand-mère, va soudain lui parler de sa condition de HPI à travers le quotidien de Thomas, son propre père, qui enfant se débattait dans son inadéquation avec la société de l'ancien monde, incapable de ménager un espace à sa différence...

Basé sur le formidable roman éponyme d'Isabelle Bary, un scénario signé Éric Corbeyran (Le chant des Stryges) et illustré par Ludo Borecki (Léa Olivier) à la découverte des HPI, qui vont vous surprendre et vous faire chavirer d'émotion. Chaque partie de ce diptyque sera complétée d'un indispensable dossier pédagogique afin de susciter dialogue et compréhension, en famille comme en milieu scolaire.

Isabelle Bary

Isabelle Bary est née à Bruxelles en 1968. Elle se définit comme une femme par délicatesse, une auteure par instinct et une maman par amour. Elle cultive une adoration presque inquiétante pour les histoires, les chevaux et le chocolat. Et une aversion particulière pour tout type d'entrave, d'ailleurs elle est claustrophobe !

Ingénieure commerciale de formation, elle a écrit une dizaine de romans dont Zebraska, mettant à l'honneur des héros hypersensibles (Éditions J'ai Lu, mars 2020) et, tout récemment, Le second printemps (180° éditions, mars 2025).

Elle anime également des conférences et des ateliers d'écriture créative.

En 2026, elle adapte et scénarise pour la bd Zebraska, avec Ludo Borecki au dessin.


Source : Dupuis

Ludo Borecki

Très tôt, Ludo Borecki sait qu'il sera dessinateur de bande dessinée. N'ayant pas de temps à perdre, il attaque une formation professionnalisante à 15 ans, aux Cours des Métiers d'Art du Hainaut, sous la houlette de Philippe Foerster, entre autres. Un parcours qui le conduit, quasi naturellement à l'ESA Saint-Luc de Liège, réputé pour ses cours dédiés à la bande dessinée. Une fois ses études achevées, en 1994, il entre au studio Peyo. Borecki y fait vite son trou, passant rapidement des illustrations publicitaires aux albums des Schtroumpfs, qu'il dessine à partir de 2002. Son trait rond et extrêmement lisible est repéré par Bob de Groot et Turk, qui cherchent un repreneur graphique à Robin Dubois - tâche dont Borecki s'acquitte avec talent, en compagnie de son ami Dìaz Vizoso, également issu du studio Peyo. En 2014, il se consacre à l'adaptation, en BD, avec Alcante au scénario, du best-seller de Catherine Girard-Audet La vie compliquée de Léa Olivier dont 12 tomes sont déjà parus. Aujourd'hui, il travaille au sein de l'atelier Armageddon de Liège, en compagnie de Batem, Ers et Clarke, et continue à développer des projets plus personnels, sans toutefois renier ses origines schtroumpfs ! En 2026, sortira chez Dupuis son adaptation graphique du roman Zebraska, scénarisé par Isabelle Bary.


Source : Dupuis


Corbeyran

Corbeyran vit à Bordeaux. Influencé par la culture populaire (films, séries TV, littérature, BD), il opte très tôt pour la bande dessinée et signe son premier scénario en 1990 aux éditions Vents d'Ouest. Scénariste fécond, il se sent à l'aise dans tous les genres : fantastique, aventure, polar, thriller, western, anticipation...
À l'aube des années 2000, sa série Le Chant des Stryges (éditions Delcourt avec Guérineau) rencontre un beau succès. En 2011, il change radicalement de registre avec la saga familiale Châteaux Bordeaux (aux éditions Glénat, avec Espé).
Zebraska est sa première collaboration avec Ludowick Borecki et son premier album aux éditions Dupuis.


Source : Dupuis

Mon avis

C'est avec beaucoup d'intérêt que je découvre la première partie de ce dyptique adapté du roman éponyme d'Isabelle Bary lu à sa publication d'origine.  L'idée est géniale car elle permettra de donner le goût de la lecture à un maximum de monde et sans doute d'enfants et parents concernés qui ne comprennent pas toujours leur malaise et leur différence par rapport à d'autres.

Nous sommes en décembre 2055, Martin alias Marty a 15 ans, sa grand-mère Mamiléa lui offre un cadeau singulier, un livre unique, une bd qu'elle a rédigé et publié en un seul exemplaire.  Un livre qui va sans doute changer la perception des choses pour Martin.  Il faut savoir que nous sommes après la Grande Bascule, dans un monde où l'on porte des lunettes holographiques, un monde hyper connecté où les livres et les traces du passé ont disparu. Un monde dans une société tolérante et apaisée. 

Marty va à travers ce livre découvrir la vie de Thomas, son père.  Il va découvrir son père, un enfant différent dans une société qui n'aimait pas cela et ne lui laissait pas toujours la place, laissé au jugement et regard des autres. Ce livre le titille, lui fait peur mais pourquoi ?
Il se rend compte que lui aussi parfois ne se sent pas à sa place, voit la vie en noir, est nerveux, émotif, avide de sens, éprouve un sens de la justice exacerbé, qu'il aime les autres mais n'aime pas être comme les autres.  Le livre de Mamiléa va agir comme un miroir entre sa vie et celle de son père.

J'ai beaucoup aimé les deux temporalités représentées graphiquement en bord noir pour aujourd'hui et en bord blanc pour le passé, une mise en scène qui nous permet de nous situer de suite en tant que lecteur. 

Le trait est clair et expressif, l'émotion tout en finesse dans les visages et le ressenti. 

L'adaptation en bd permet d'aborder la douance avec un jeune public, de manière simple et imagée.   Le cahier pédagogique à la fin complète bien le sujet donnant des clés pour comprendre cette "différence" et d'aider les parents et enfants concernés sur le fonctionnement du mental des enfants HPI.


Un premier volet très réussi, j'attends avec impatience le second.

Ma note : 9.5/10


Les jolies phrases

Lire est une conquête, un acte d'insolence. 

Quand on a un enfant différent et qu'on le sait, le pire à supporter c'est la connerie des autres !

Comme la majorité des gens, je doutais du pouvoir des histoires... jusqu'à ce que l'une d'elles vienne bouleverser celle de ma vie.

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vendredi 20 mars 2026

Les enfants de Voynich - Olivier Papleux

  Les enfants de Voynich    -  Olivier Papleux





















M.E.O.
Parution : 22/01/26
Pages : 256
Isbn : 978-2-8070-0555-6
Prix : 22 €

Présentation de l'éditeur

Réunis dans un ancien couvent pour une étude comportementale, des jeunes surdoués se voient confier une mission très particulière : déchiffrer le fameux manuscrit de Voynich, un ouvrage mystérieux qui résiste à toute analyse depuis des siècles. Au fil de l’intrigue et des manipulations mentales, des enjeux bien plus essentiels se dessinent. Sommes-nous maîtres de notre destin? Les enfants HPI ou atteints de troubles autistiques ont-ils droit à une émancipation particulière ? Quel regard porter sur eux ? En même temps qu’une une histoire puissante et passionnante, Les enfants de Voynich incite avec subtilité à la réflexion sur le droit à la différence et la place accordée par notre société aux personnalités qui s’y adaptent difficilement.

Olivier Papleux est né près Charleroi et vit dans le Brabant wallon. Passionné des mathématiques et des lettres, il est corédacteur du Dictionnaire officiel du Scrabble. La Vénus de la vallée mosane, son précédent roman, a connu un beau succès. Les enfants de Voynich est son septième roman et son second publié aux éditions M.E.O.



Olivier Papleux


Né dans la région de Charleroi en 1963, vivant à Braine-l’Alleud, Olivier Papleux est agrégé en mathématiques et corédacteur du Dictionnaire officiel du Scrabble. Il se passionne depuis toujours pour les cycles de la vie, le génome humain et le passé préhistorique de sa région. Il est l’auteur de six romans.


Source : les éditeurs singuliers






Mon avis

Al-Jabr, Aurore, Babel, Kryptos et Floris ont tous en commun d'être diagnostiqués HPI, ils ont tous un QI proche ou supérieur à 140, ils sont soit laminaire, Asperger ou à tendance complexe.   Ils vont vivre une expérience particulière durant 8 semaines dans un ancien couvent près de Waterloo.

C'est Topaze, professeur de neurosciences de 39 ans, qui est chargé d'une étude universitaire d'étude comportementale.  Il sera assisté du neveu de son boss, Vinci .  Ce sont tous des adolescents de 10 à 15 ans qui ont cette différence liée à la douance, une difficulté d'adaptation ou un décrochage scolaire, ils sont inadaptés à la vie en société, ont du mal à trouver leur place et éprouvent un grand besoin de reconnaissance.   Vous l'avez compris ce roman aborde d'une façon originale les ados HPI.

C'est qu'il va falloir les occuper pour les observer !  Une mission leur est confiée :  décrypter le fameux manuscrit de Voynich,  un manuscrit du quinzième siècle non élucidé, conservé à Yale et chose non négligeable !, une récompense de 7 millions de dollars est promise à qui le déchiffrera.  Ce point n'est évidemment pas divulgué aux adolescents qui sont stimulés par l'envie d'élucider ce mystère.

Voilà une façon originale de nous tenir en haleine et je peux vous dire que vous ne serez pas au bout de vos surprises !   Aspect scientifique très documenté comme toujours dans les récits d'Olivier Papleux, on parle de manipulation ! On verra qui manipule qui !  Mystère mais les rebondissements sont nombreux, on voyage, il nous emmène ailleurs de façon originale.

L'écriture est fluide mais parfois aussi un peu trop pointue au niveau scientifique.  Entre laminaire, asperger ou complexe, si cela semble ardu au tout début, cela se fluidifie par la suite et on comprend bien les personnalités de chacun.  On se laisse emporter dans cette aventure passionnante.  J'ai apprécié l'humour et la fantaisie dans la construction et les retournements de situation du roman. 

Un roman qui éclaire et fait réfléchir sur la différence, sur la santé mentale, sur la difficulté pour les jeunes HP de vivre avec des gens normaux et sur leur besoin de reconnaissance.  Un questionnement également sur la différence de regard sur les personnes HPI se trouvant dans les maximas ou minimas de la courbe de Gauss.

Ma note : 8/10 


Les jolies phrases

La haute intelligence n'est pas la cause de son dérèglement.  L'hypersensibilité qui la déstabilise lui permet aussi d'analyser et d'accepter la souffrance. 

Pourquoi les intelligences de si haut niveau connaissent-elles l'échec ?

- Pourquoi la société a-t-elle besoin de nous caser ?  Même les autistes devraient choisir entre l'Asperger de génie et le débile bouffeur de neuroleptiques.  Faut-il absolument nous diagnostiquer ? 
- Oui, je le pense, répond le neurologue.  L'évaluation des troubles permet de mieux les prendre en charge, à l'entourage de mieux les comprendre.
L'enfant contient sa colère, poursuit l'argumentation.
-Pff! Ma mère me traite comme un malade.  Tu sais bien que mettre un mot sur un trouble risque d'enfermer l'individu dans un statut incurable et figé.
- Un ensemble de symptômes n'est pas synonyme de maladie.
- Va lui dire ça, à ma mère !
- Vous êtes différents, c'est tout. 

Rares sont ceux qui préfèrent s'enrichir de la différence. Rares sont les passants adeptes d'une justice sociale équitable, qui ne se détournent pas et préfèrent aider ces enfants bizarres à vivre dignement plutôt que de se protéger d'eux. 


– Nous ferons aussi des mathématiques ? »
La réflexion réjouit le médecin qui voit dans le futur du verbe faire une envie d’adhérer.
« Pourquoi pas ? En quelles branches excelles-tu ?
– L’élégance.
– ? »
Fière de l’effet qu’elle produit, elle ne manifeste pourtant rien. Aucune lueur d’ironie dans ses yeux. Son humour est puissant, mais indécelable.
« L’art des mathématiques est une science dont l’élégance consiste à établir la démonstration la plus simple. Je kiffe trop lorsque je peux identifier et utiliser de nouveaux concepts pour résoudre une équation élaborée.


En réalité, le manuscrit de Voynich réunit l’ensemble des problématiques de la science du secret, puisqu’on ignore le langage utilisé et le système de cryptage autant que l’époque ainsi que la personne qui a procédé à l’opération. Un cas extrême où les seuls éléments lisibles constituent la pagination maladroite des planches.

Les HQI, particulièrement ceux à tendance complexe, se focalisent souvent sur un domaine d’expertise. En réalité, les penseurs ont la capacité de briller partout, mais cette spécialisation les rassure. Parfois, le schéma cognitif choisi est influencé par un discours parental qui croit déceler chez l’enfant un génie spécifique qu’ils appellent un don.


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jeudi 19 mars 2026

Trace - Geneviève Damas

 Trace  -  Geneviève Damas






























Grasset
Parution : 21/01/26
Pages : 208
Isbn : 9782246841227
Prix : 19 €

Présentation de l'éditeur

Mince, pâle et tendue, Farkass court pour dealer. Cette adolescente solitaire trouve dans le trafic de drogue une source d’argent facile. Pour subvenir aux besoins de sa mère, avec qui elle vit dans une cité délaissée, elle vend de la cocaïne après les cours.
Au lycée, elle est repérée par son professeur de sport pour ses qualités d’endurance. Rejoignant son club d’athlétisme, elle découvre un exutoire, bientôt une passion : la course. Sur la piste, elle découvre des sensations nouvelles ; elle ne pense à plus rien d’autre qu’à son corps, à cette tension enivrante, et elle excelle.
Cette nouvelle occupation devient vite incompatible avec les nouvelles tâches qui lui sont confiées par son supérieur. Trahisons, règlements de compte et tueries se multiplient. Que choisira Farkass à choisir : la course, ou le trafic ?
D’une addiction à l’autre, un roman étonnant, dans la double ligne du célèbre La solitude du coureur de fond d’Alan Sillitoe et du Mean Streets de Scorsese.


Geneviève Damas


  

   Après une licence en droit, Geneviève Damas suit une formation de comédienne à l'IAD puis se tourne vers différents métiers du théâtre où elle est comédienne, metteuse en scène, adaptatrice puis autrice dramatique. Pour mettre en œuvre son projet artistique, elle crée en 1998 à Bruxelles la compagnie Albertine qu’elle anime depuis lors.

Autrice d’une vingtaine de pièces de théâtre, elle en a publié sept aux éditions Lansman.

En 2004, son texte dramatique, Molly à vélo, reçoit le Prix du théâtre/meilleur auteur 2004, ainsi que le Coup de cœur des lycéens de Loire-Atlantique 2006 et STIB, publié en 2007, le Prix du Parlement de la Communauté française. Elle est également l’autrice de cinq romans et d’un recueil de nouvelles. En 2011, son premier roman Si tu passes la rivière (Luce Wilquin) reçoit le Prix Victor Rossel 2011, le Prix des cinq continents de la francophonie 2012, la Plume d’Or du premier roman en 2012, ainsi que le Prix du roman de la ville de Seynod en 2013.

Jacky publié en 2021 est son troisième roman aux Éditions Gallimard.


Source : Bela

Mon avis

Farkass a 15 ans, elle a échoué avec sa mère dans les Tours, dans une cité délaissée suite à la séparation de ses parents.  Son père avait des dettes de jeu, aujourd'hui encore, sa mère fait des ménages à l'hôpital et chez des particuliers pour rembourser.  C'est la raison pour laquelle elles ont échoué ici.

Farkass a changé d'école, elle est en décrochage scolaire et pour subvenir aux besoins de sa mère vend de la coke après les cours.  C'est elle qui nous raconte à la première personne son histoire, une manière d'immerger dans ce monde, avec son langage, ses codes, ses dangers.

Un jour, Farkass est présente au cours de sport de Couturier, il la repère pour son endurance à la course.  Elle a du talent, il lui propose de l'entraîner mais cela demande rigueur, discipline.  Farkass découvre enfin un exutoire, un lâcher prise, un moment où elle se sent bien et oublie le reste.  C'est qu'elle aime cela la course, l'effort, la fierté d'y arriver, la réussite, la confiance que cela procure, l'oubli le temps d'un instant. 

Le souci c'est que c'est difficile à concilier avec la bande, elle, la nana de 15 ans qui a su se faire une place dans ce monde masculin, l'incompatibilité de ses horaires, cet argent facile, non sans risque mais nécessaire à leur subsistance.  Elle va en parler au boss qui va aménager ses horaires et lui proposer des missions spéciales pour qu'elle puisse s'entraîner.

Farkass est face à un dilemme, tendre la perche de Couturier et peut-être accéder à une carrière athlétique, grandir ou rester dans le milieu.  Fera-t-elle les bons choix ?

La plume de Geneviève Damas est fluide, elle colle aux personnages, proche de l'oralité avec un vocabulaire jeune, actuel, authentique et crédible.  On est dans la tête de Farkass qui essaie de s'en sortir, de faire au mieux.  On s'attache à elle qui est déchirée entre l'espoir de s'en sortir et la réalité.  

Une façon de comprendre un fait de société, le pouvoir du milieu de la drogue, les guerres de gangs, la violence, la jeunesse précaire démunie face à de l'argent facile ne voyant malheureusement pas beaucoup d'autres alternatives.

Un livre coup de poing que je vous conseille vivement.

Ma note : 9/10


Les jolies phrases

Si l'école aidait tout le monde, cela se saurait.

Soudain le mouvement a ouvert une porte dans ma tête et je suis partie dans un endroit où personne ne pouvait m'atteindre.  

Quand tu aimes quelqu'un, tu te bats. 

Dans les Tours, c'est simple.  Tout le monde est dans la merde, personne ne fait le malin. 

Il te faut un rêve. Sinon, tu vendras toute ta vie. Et forcément, tu finiras par tomber.

L'honnêteté paie trop mal.

Il faut passer par le pire pour aller mieux.

La course, c'est comme la vie ; il faut en garder un peu pour chaque jour.

Dans la vie, on a un certain nombre de chances.  Ne les gâche pas. 

Tout en haut, les ministres, les responsables ne croient pas à l'égalité.  Ils veulent que les riches restent riches et que les pauvres leur servent de larbins.  Voilà pourquoi il faut trouver les moyens de s'en sortir.  On n'a qu'une vie.  

Les animaux mettent beaucoup plus de temps de sortir de la souffrance parce qu'ils n'ont pas les mots. 


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