mardi 17 mai 2022

Une vraie mère ou presque - Didier Van Cauwelaert ♥♥♥♥♥

 Une vraie mère ou presque  -   Didier Van Cauwelaert
















Albin Michel
Parution : 02 mai 2022
Pages : 208
Isbn : 9782226474391
Prix : 19.90 €

Présentation de l'éditeur



« En trois mois, ma mère a perdu onze points. Elle n’a jamais conduit aussi mal que depuis qu’elle est morte. Il faut dire que j’ai laissé la carte grise à son nom, et j’ai l’excès de vitesse facile. Mais voilà qu’un jour, une lettre de la préfecture la convoque à un stage de récupération de points. C’est alors que Lucie Castagnol, bouillonnante comédienne à la retraite, se jette sur moi avec la ferme intention d’interpréter le rôle de la disparue. »

Irrésistible de drôlerie et d’émotion, l’histoire plus vraie que nature d’un romancier aux prises avec la doublure de sa mère qui, de catastrophes en élans fusionnels, réactive en lui les conflits qu’elle a décidé de résoudre.


L'auteur


Didier van Cauwelaert cumule prix littéraires et succès public depuis ses débuts. Prix Goncourt pour Un aller simple en 1994, il a récemment publié Le pouvoir des animaux, après l’exceptionnel succès en librairie de Jules et Le retour de Jules en cours d'adaptation cinématographique.

Mon avis

Simone Pijkswaert, la mère de Pierre - écrivain narrateur- est morte d'un coup de bière aux obsèques de son cancérologue !  Un fait peu commun vous en conviendrez ! Personnage haut en couleurs, elle lègue à son fils chéri , écrivain en panne d'inspiration,
 son appartement et sa Renault Fuego...  Objectif: qu'il s'en serve et la fasse rouler. Mais aimant la vitesse, trois mois plus tard, la défunte a perdu onze points !  - car la carte grise est toujours à son nom.

Un courrier arrive proposant à la défunte de participer à un stage pour récupérer quatre points.  

Que faire ? Tout avouer ? Pierre hésite mais la solution se présente à lui lorsqu'il rend visite à sa tante résidant en Ehpad. Lucie Castagnol, voisine de chambre, activiste anti pass-sanitaire, accessoirement animatrice du lieu, est une comédienne à la retraite.

Elle vient se présenter habillée comme un sosie de la défunte, proposant ses services. Elle a d'ailleurs pris la liberté de s'inscrire au stage, ce sera pour elle l'occasion d'incarner le dernier rôle de sa vie.

Pierre hésite, pensant à l'usurpation d'identité, mais au final se laisse embarquer, et très vite il va se laisser emporter par l'illusion de cette mère plus vraie que nature, être bluffé par son jeu. Une fausse mère qui va lui faire revivre une vraie relation mère/fils et lui permettre de voir la sienne autrement.  

Didier Van Cauwelaert rend ici un très bel hommage à sa maman disparue, un joli témoignage d'amour.

C'est drôle, jouissif, on rit, on réfléchit aussi à travers cette comédie. L'écriture est addictive, les pages tournent très vite.  Péripéties, retournements jusqu'au bout.

Un livre qui fait un bien fou mais qui indirectement aborde d'autres thèmes : l'écriture, le théâtre et l'incarnation d'un rôle, la prolongation de sa mère, un prolongement de celle-ci, l'amour.

J'ai adoré et vous le conseille vivement. 

Ma note : ♥♥♥♥♥















Les jolies phrases

Il écrit des romans pour recycler ses sentiments, elle récupère les déchets plastiques pour en faire des pulls, et ils pensent être un couple assorti. Enfin ...

C'est le regard des autres qui fait vieillir !

Ma gloire, pour ne pas dire mon honneur, c'est de faire passer l'art avant la thune.  Et la vérité d'un personnage, toute ma carrière en atteste, est le plus haut degré de l'art scénique.  Ils n'y verront que du feu.

Elle avait parfaitement capté la teneur de nos rapports, nos dissensions, les piques à fleuret moucheté par lesquelles son amour s'exprimait - ce mélange de fierté maternelle et de constat sans trêve de l'ingratitude filiale qui m'avait pesé.

Moi qui me livre si peu, sauf dans des situations de fiction, j'étais désarçonné par la confiance irrationnelle que je venais de témoigner à ce fac-similé de ma mère !

L'authenticité se niche dans le détail ! Si je me sens en-dessous, je joue faux.

Ne donne jamais à une femme le pouvoir de gâcher ta vie !

Me réfugier dans le travail des mots quand le monde réel ne veut plus de moi, c'est la même parade qu'elle avait trouvée avec ses recettes de cuisine.

Qui était réellement cette femme, où était sa vérité, dans quel réservoir d'émotions puisait-elle son identité profonde - l'empathie de l'interprète ou l'ascendant de la manipulatrice ?

Je pensais que le deuil effacerait nos tensions.  Mais non, au contraire.  C'est terrible, en fait, d'être pris entre deux amours inconciliables.  On finit par ne plus savoir qui on protège.. Par se dévitaliser, dans l'espoir de souffrir moins... Faire semblant, quoi, pour avoir la paix.

Vous me donnez la réplique en me corrigeant, je suis vos indications à la lettre, et tout le monde y croira. Souvenez-vous de ce qu’a écrit mon cher Cocteau : « Je suis un mensonge qui dit la vérité. » J’en serai la preuve vivante.

à suivre  interview!!!   

J'ai eu la chance de rencontrer Didier Van Cauwelaert ce 16 mai à Bruxelles, je vous propose de découvrir très vite l'interview 




Du même auteur j'ai lu et chroniqué

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lundi 16 mai 2022

Ils ont rejoint mon Himalaya à lire

Ils ont rejoint mon Himalaya à lire


 


Il est lundi quand je commence cet article et déjà 7 nouveaux titres viennent d'atterir dans ma PAL.

Voici les arrivées de la semaine dernière.  Bon choix, belles découvertes et belles lectures.


Il sera en librairie le 2 juin prochain, un premier roman celui de Bérengère de Montalier


  Quartiers Sud   -    Bérengère de Montalier

















Les Arènes Equinox
Parution : 2 juin 2022
Pages : 304
Isbn : 9791037505968
Prix : 17 €


Présentation de l'éditeur



Julia est une étudiante avocate de 19 ans à l’avenir prometteur.
Elle vit à Marseille, sa ville, son amour, mais elle a du mal à trouver un équilibre entre ses amis d’enfance issus de quartiers populaires, où elle est née et a grandi, et ses riches nouveaux « amis » de l’école de droit, où elle poursuit ses études.
Entre une histoire familiale qu’elle dissimule honteusement et les coups bas des avocats, Julia est au bord de l’implosion. Seules son insouciance et sa spontanéité pourront sauver son cœur abîmé.

Dans ce premier roman au goût de récit initiatique, Marseille est le personnage principal.

Bérengère de Montalier dépeint les errements d’une jeunesse tiraillée entre le ressentiment de ceux à qui la vie ne promet plus rien et la vacuité de ceux à qui on a déjà tout accordé.

Retrouver la plume d'Alain Cadéo c'est toujours un grand moment, une pièce de théâtre cette fois

Arsenic et Eczema   -  Alain Cadéo



















Les cahiers de l'égaré
Parution : 10 mai 2022
Pages : 64
Isbn : 9782355021336
Prix : 10 €

Présentation de l'éditeur

Lieu : les égouts de Paris, très en profondeur. Personnages : Deux types avec casques et lampes, tenues d'égoutiers, bardas, sacoches, l'un arrive de la gauche, l'autre de la droite Azema, dit Eczéma. Un rêveur, un optimiste, une boule de malice et de bonne humeur. Peut-être un intello contrarié capable de s'adapter à tout. Il a une grosse tache sur le visage et une autre sur le bras. Passe son temps à se gratter et les démangeaisons s'accentuent en fonction de l'action. Bavard, sympathique, aime à susciter l'inquiétude. Père mineur en Alaska ayant abandonné sa famille. Mère prostituée. Pas d'attache. Arsène, surnommé Arsenic par ses collègues de boulot. Très grand, voûté, l'œil clair, râleur. Le genre revenu de tout. Sens de la répartie aigre-douce. Bosseur, « pro », toujours syndicaliste mais grand déçu de la politique et des humains en général. Au fond pour lui il n'y a pas d'issue. On naît, on vit, on meurt dans un boyau. Pas de choix. « La vie est un long fleuve de merde ». Il est comme la plupart d'entre nous, incrédule, pragmatique, réaliste et pourtant il rêve d'autre chose, d'un ailleurs, différent. Marié, père de deux enfants qu'il ne voit plus, divorcé. Travaille depuis 30 ans dans les égouts. Passionné contrarié, Il se veut lucide, froid, cynique. Eczéma court dans les égouts... On entend comme un galop à sa poursuite... Il passe devant le 109, s'arrête un instant, le téléphone pend avec le même grésillement qu'au début de la pièce. Il finit par trouver l'échelle de sortie, grimpe, trébuche, tombe, se raccroche, continue de monter, soulève enfin la plaque d'égout donnant sur la rue, sort... Clarté aveuglante... Plus rien... La ville a disparu, désintégrée. On entend alors la voix d'Arsène qui hurle en ricanant : Pourquoi tu cours ma poule ! Je te l'ai dit, y'a plus rien là-haut... Y'a plus rien... Les dieux sont revenus…

Du belge pour continuer .... un premier roman

Au-delà des ombres     -    Sophie Kester
































180° éditions
Parution : mai 2022
Pages : 338
Isbn : 9782940721122
Prix : 20 €

Présentation de l'éditeur



En mentant sur ses diplômes, Emily, mère célibataire un peu paumée, parvient à se faire engager par une prestigieuse société internationale. Elle y rencontre l’amour, mais enclenche aussi, sans le savoir, un terrible engrenage. Entre Paris, Londres et des voyages aux quatre coins du monde, la jeune femme doit affronter ses peurs pour découvrir la vérité. Réfugiée dans la campagne anglaise, elle peut néanmoins compter sur des amies singulières qui toutes, à leur manière, l’aideront dans sa quête de justice et de sérénité.

Docteure en science politique, Sophie Kester signe un premier roman captivant qui mêle récit initiatique, dénonciation sociale, suspense et histoire d’amour. Au travers de personnages féminins puissants, elle interroge les failles et les forces présentes en chacun de nous.

Heureuse de retrouver la plume de Dominique Zachary dont j'avais beaucoup aimé "Les frémissements du silence"

P'tite hirondelle  -   Dominique Zachary

























Kiwi éditions
Parution : 10 mai 2022
Pages : 132
Isbn : 9782492534249
Prix : 16 €

Présentation de l'éditeur



Un conte écologique et philosophique qui voit une mère et sa fille adoptive se battre pour le respect du vivant et la liberté.


Paola Ortiz, garagiste dans les Pyrénées-Orientales, tient plus que tout à sa fille adoptive, Finette. Cette dernière est mystérieusement fascinée par les hirondelles qui nichent dans son garage. Seul leur vol est capable d’attirer son attention. Mais un jour, les nids sont vandalisés, laissant la fillette effondrée. S’engage alors un combat pour découvrir l’auteur du crime et réparer les dommages. Au fil de cette aventure, l’histoire de l’adoption de Finette refait surface et dévoile les origines de sa passion pour ces oiseaux.

Avec P’tite hirondelle, Dominique Zachary propose un conte écologique et philosophique qui voit une mère et sa fille batailler pour le respect et la liberté. Mais les contes modernes sont parfois cruels…

Un roman graphique autobiographique

Genre Queer   -    Maia Kobabe


















Casterman
Parution : 04/05/2022
Traduit de l'anglais USA par Anne-Charlotte Husson
Pages : 240
Isbn : 9782203224322
Prix : 19 €

Présentation de l'éditeur


« Je ne veux pas être une fille. Je ne veux pas non plus être un garçon. Je veux juste être moi-même. »


Dans Genre Queer, Maia Kobabe offre le récit intense et cathartique de son chemin vers l’identification en tant que personne genderqueer (ou non binaire, c’est-à-dire qui déroge aux normes de genre et de sexualité) et asexuelle, et celui de son coming out auprès de sa famille et de la société. Parce qu’elle traite d’identité de genre – ce que cela signifie, comment l’appréhender –, cette histoire se révèle un guide aussi nécessaire et utile qu’il est touchant.




Alex Awards 2020 pour lecteurs ados et adultes
Stonewall book awards 2020
Israel Fishman nonfiction award honors runner-up


On termine avec une série bd , après "Les maîtres de l'or" et 'Rani"

Les damnés de l'or brun  
1. Salvador, 1822      -  Alcante/Rodhain/Vallès


















Glénat
Parution : 04 mai 2022
Scénario : Alcante et Fabien Rodhain
Dessin : Francis Vallès
Préface : Jean Van hamme
Pages : 56
Isbn : 9782344041765
Prix : 14.95 €

Présentation de l'éditeur



Le goût amer du chocolat.

Brésil, 1822. Sur ce territoire encore sous domination portugaise, les plantations prospèrent et les notables se pressent au port de Salvador pour trouver des esclaves aptes au travail. C’est là que Dom Louis et son frère cadet Tiago espèrent repérer, eux aussi, des hommes robustes. Mais, subjugué par sa beauté, Dom Louis repart avec une jeune esclave, Maïra ! Ce n’est bien sûr pas du goût de leur père, qui a besoin de main d’œuvre pour faire tourner son exploitation de cacao. Dans un contexte politique incertain où les indépendantistes menacent l’ordre établi, ce père préoccupé par les affaires décide de marier Dom Louis. Malheureusement, le jeune héritier impulsif et violent n’a d’yeux que pour Maïra. Exténuée par le travail dans les champs, cette dernière est à bout de force… Seule échappatoire, intégrer le domaine comme servante. Pendant ce temps, les rivalités grandissantes entre les deux frères dynamitent littéralement le clan familial de l’intérieur. Désormais, Tiago devient l’héritier favori. La haine que lui voue alors son frère Dom Louis dépasse l’entendement. Tiago va-t-il réussir à prendre les rênes du domaine dans un pays au bord de l’implosion ? Maïra va-t-elle rester enchaînée à cette existence ? Et si les destins de ces deux personnages se croisent, jusqu’où iront-ils ?

Sans nul doute, la meilleure saga familiale depuis Les Maitres de l’Orge (2014), dessinée déjà par Francis Vallès et scénarisée par Jean Van Hamme. Cet adepte de la ligne clair revient ici avec un trait classique pour magnifier un récit engagé signé Fabien Rodhain (Les Seigneurs de la Terre) et Alcante (La Bombe, 2020). Alcante a cosigné avec son « père spirituel » Jean Van Hamme (XIII, Largo Winch et Les Maitres de l’Orge) la série RANI (Ed. Le Lombard), déjà illustrée par Francis Vallès. Ce premier tome prometteur, préfacé logiquement par Van Hamme, dénonce l’esclavagisme et les grandes industries qui se sont enrichies en exploitant les populations opprimées.



dimanche 15 mai 2022

Le jeune homme - Annie Ernaux ♥♥♥♥♥

Le jeune homme     -     Annie Ernaux 



 















Gallimard
La Blanche
Parution : le 5 mai 2022
Pages : 48
Isbn : 9782072980084
Prix : 8 €

Présentation de l'éditeur

En quelques pages, à la première personne, Annie Ernaux raconte une relation vécue avec un homme de trente ans de moins qu’elle. Une expérience qui la fit redevenir, l’espace de plusieurs mois, la « fille scandaleuse » de sa jeunesse. Un voyage dans le temps qui lui permit de franchir une étape décisive dans son écriture.
Ce texte est une clé pour lire l’œuvre d’Annie Ernaux — son rapport au temps et à l’écriture.


Annie Ernaux



Crédit photo: Annie Ernaux/ photo Catherine Hélie, Gallimard.




Annie Ernaux, née Duchesne, a grandi en Normandie – à Lillebonne où elle est née en 1940, puis à Yvetot, où ses parents ont déménagé quelques années plus tard pour tenir un café-épicerie. Élève à l’école privée catholique, elle côtoie des filles de milieux plus aisés que le sien, et fait l’expérience de la honte sociale. En 1958, âgée de 18 ans, elle part pour la première fois seule, sans ses parents, travailler dans une colonie de vacances.Annie Ernaux dans les années 60 

Là, elle fera l’expérience de la sexualité et de la vie en collectivité, expérience qu’elle livrera dans Mémoire de fille. Dans ce même livre, elle évoque aussi son séjour à Finchley, dans la banlieue de Londres, comme fille au pair en 1960, avant qu’elle ne décide d’étudier les Lettres à l’Université de Rouen, abandonnant la formation entamée pour devenir institutrice.

C’est à cette période qu’elle écrit son premier manuscrit, qui n’a jamais été publié. Les années qui suivent sont celles du mariage; de la réussite au Capes, puis à l’agrégation; de la naissance de ses deux fils; des années passées à Annecy, en Haute-Savoie, où elle est professeure dans le secondaire; et de la mort de son père, en 1967, alors qu’elle rend visite à ses parents en Normandie. En 1974, Annie Ernaux publie chez Gallimard son premier livre, Les Armoires vides, qui dépeint sous une forme romancée l’avortement clandestin qu’elle a subi en 1964, ainsi que sa trajectoire sociale de ‘transfuge de classe’. En 1977, elle déménage en région parisienne avec sa famille, quitte l’enseignement secondaire et devient professeure au Cned, le centre d’enseignement à distance. En 1983, elle publie La Place, un récit retraçant la vie de son père. Couronné du prix Renaudot, ce livre attire un large lectorat. Apres son divorce, elle continue à vivre dans la maison de Cergy où elle réside encore. Dans les années 2000, elle quitte ses fonctions d’enseignante et signe Les Années, texte perçu par beaucoup comme l’accomplissement de son oeuvre, tant sur le contenu que sur la forme d’autobiographie collective. Ce livre sera couronné du prix Marguerite Duras et du prix François Mauriac, et sa traduction en anglais a été sélectionné pour le prestigieux Man Booker International.

Annie Ernaux a reçu plusieurs prix pour l’ensemble de son oeuvre: le prix de la langue française en 2008 et le prix Marguerite Yourcenar en 2017. Ses textes ont été rassemblés en grande partie dans un Quarto publié en 2011 chez Gallimard (Ernaux est la première femme à être publiée dans cette édition de son vivant). En 2014, elle a reçu le titre de docteure Honoris Causa, décerné par l’Université de Cergy-Pontoise.

Source


Mon avis

C'est un tout petit récit de 38 pages mais quelle intensité ! Un texte écrit entre 1998 et 2000 lorsqu'elle a eu une relation à l'âge de 54 ans avec un homme âgé de trente ans de moins qu'elle !

Une passion qui en miroir lui a permis de vivre le présent comme un passé dupliqué, de revenir vers ses origines sociales, vers son passé...  De revivre tous les âges de sa vie... l'effet du temps qui passe, du vieillissement par le regard des autres mais aussi d'avoir le sentiment pour la première fois avec lui d'être un personnage de fiction...

Ce court et intense récit, minimaliste et intimiste est aussi celui qui lui a permis l'écriture de "L'événement" , il permet de comprendre son rapport à l'écriture et au temps.  Il s'agit d'un des éléments clés de son oeuvre.

Ma note  : ♥♥♥♥♥

Du même auteur j'ai lu

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dimanche 8 mai 2022

Les narcisses blancs - Sylvie Wojcik ♥♥♥♥

 Les narcisses blancs  -  Sylvie Wojcik



























Arléa
Collection : 1er mille
Parution : septembre 2021
Pages : 108
ISBN : 9782363082701
Prix : 16 €

Présentation de l'éditeur



Jeanne et Gaëlle se rencontrent par hasard, un soir d’orage et de tempête, dans un gîte d’étape sur les sentiers de Compostelle. Spontanément, elles prennent la route ensemble. Très vite, elles quitteront ce chemin de randonnée bien tracé pour un autre chemin, au cœur de l’Aubrac, de ses pâturages et de ses champs de narcisses. Ce chemin dans un milieu à la fois dur et enchanteur les ramènera chacune à son histoire, son passé, sa raison de vivre. Elles ne sont pas là pour les mêmes raisons, mais au bout de leur quête, c’est pourtant le même besoin de lumière et de paix qui les fait avancer. Tout semble les opposer, une différence d’âge, d’éducation, de milieu social, mais, de ces différences, naîtront une grande proximité, une force qui les nourrira l’une et l’autre.

Roman sur le dépassement de soi, sur la puissance des rencontres et sur le grandiose d’une nature sublimée, Les Narcisses blancs nous embarque avec grâce au cœur de cette région magnifique et sauvage qu’est l’Aubrac.


L'auteure


















Sylvie Wojcik est née en Bourgogne en 1968. Après des études de langues, allemand et anglais, à l’université de Lyon, puis à Paris, elle vit aujourd’hui à Strasbourg, où elle est traductrice dans les domaines scientifiques et juridiques. Elle écrit depuis plusieurs années des journaux, textes courts, contes et nouvelles, et a publié en 2020 un premier roman Le Chemin de Santa Lucia (éditions Vibration).

Mon avis

Très joli roman lu dans le cadre du Prix du Deuxième Roman - Le Prix Horizon - de Marche en Famenne.

C'est l'histoire de deux femmes que tout sépare à priori, une rencontre sur les chemins de Saint Jacques de  Compostelle.  Tout les sépare et pourtant elles ont la même quête...

Gaëlle est jeune, flamboyante, un peu sauvage.  Elle décide un matin de quitter Ludo, le squat de la rue des Pinsons.  Elle emporte avec elle un sac à dos, un article plié en quatre qu'elle a découpé dans un magazine, il parle du pélerinage de Compostelle.

Elle part, elle marche...  Seule !  Cela lui est nécessaire, vital même.

Jeanne est plus âgée, plus proche du bout du chemin. Elle aussi est engagée sur la route de Saint Jacques.  Elle est courageuse !  De santé moyenne !

Elles vont passer une nuit d'orage ensemble dans un gîte et quelque chose va changer .

Gaëlle, un peu sauvage, solitaire, reprend son chemin, elle pense au courage de Jeanne, à sa santé plus fragile et les femmes vont se retrouver et décider de bifurquer sur les chemins de l'Aubrac.

C'est la nature qui rentre en scène, les grandes étendues de narcisses blancs, les paysages sublimes.

Un très beau roman sur le dépassement de soi, de belles rencontres, la recherche de sens.
La marche pour s'oublier, se retrouver, s'ouvrir aux autres et à la beauté du monde.

C'est un tout petit roman à la plume sobre, concise, magnifique. On rentre dans l'intime avec pudeur et délicatesse.

Un petit roman que l'on savoure comme un bonbon.

Beaucoup aimé. 

Ma note : ♥♥♥♥

Les jolies phrases

La liberté épuise parfois.

Il y a bien longtemps qu'elle ne demande rien à personne.  Les rares fois où elle a posé des questions personnelles, elle l'a amèrement regretté et sa curiosité a tué la confiance et l'amitié.

Son chemin et celui de Jeanne se sont croisés et ne font plus qu'un.  Pourtant elles ne se connaissaicent que depuis deux jours.  C'est le temps compté par l'homme qui demeure figé mais, quand on marche, le temps est un tapis qu'on déroule à l'infini sous ses pas.

Il y a longtemps qu'elle ne vit plus qu'au présent.  Elle avance sur un chemin qu'elle trace au jour le jour et elle a appris à trouver ça passionnant. Jean-Marc lui avait dit : saisissez le présent qui vous est offert, emparez-vous de ce cadeau pour réaliser vos rêves, vos envies, ne le laissez pas filer.  Alors la marche s'est imposée tout naturellement à elle, parce qu'elle a toujours aimé marcher, en montagne mais aussi en bord de mer, partout. Seulement, cette fois, ce n'est pas pareil.  Ce ne sont pas des vacances ni une semaine de randonnée avec club alpin.  Non, cette fois, c'est un pélerinage vers un lieu sacré, vers elle-même, vers son arrière-pays, en hommage à la vie qui lui a toujours plus ou moins souri.

Elle vit, écoute, observe, réfléchit au rythme de ses pas et depuis son départ, elle a l'impression d'avoir déjà plus vécu que durant toute sa vie d'avant.

C'est la transposition de la réalité en paroles qui fait mal, pas la réalité elle-même.

Ses mains et son avant-bras ressemblaient à des branches de chêne aux veines gonflées et sinueuses.

Savoir où on va, dans quelle direction, est-ce si important ?  Gaëlle n'a jamais vraiment su où elle allait.  en revanche, ce qu'elle a toujours su c'est quand le moment était venu de se mettre en chemin.  Couper à travers champs, sauter par-dessus des clôtures, longer des murs, gravir des sommets et redescendre dans la foulée, sans s'arrêter, car s'arrêter c'est toujours laisser un peu de soi : son empreinte dans un carré d'herbe, la marque de ses pas dans la boue jusqu'à la prochaine pluie, ou la trace de son souffle sur les aigrettes d'un pissenlit.

Profite de chaque moment sans chercher à l'interpréter.  Il en sera d'autant plus beau.  Ce que tu as ressenti ce soir, garde-le comme une perle précieuse pour confectionner, avec toutes les autres que tu collectionneras, le collier de ta vie.  




samedi 7 mai 2022

La promotion - Victor Pellet ♥♥♥♥♥

 La promotion    -   Victor Pellet



























Futuropolis
Parution : 2 mars 2022
Pages : 128
ISBN : 9782754830072
Prix : 20 €

Présentation de l'éditeur

Léo, 26 ans, a passé son enfance dans un foyer d’accueil à Bruxelles. Il travaille maintenant dans une station-service situé à quelques kilomètres de la capitale. Il fait ce travail depuis qu’il a quitté le foyer à l’âge de 18 ans. Il vit avec Souade, sa copine, qui travaille dans les assurances et qui vient d’obtenir une promotion qui lui permettrait de partir travailler dans le sud de la France. Mais Léo n’a ni l’envie ni le courage de quitter sa ville, son appartement et son travail.
La situation devient de plus en plus tendue au sein du couple et Léo voit son quotidien se désagréger doucement. Sa rencontre avec une famille Rom, installée dans un camp à côté de l’aire d’autoroute où il travaille, va le pousser à avancer.

Le premier roman graphique de Victor Pellet, lauréat du Prix Raymond Leblanc de la jeune création pour ce projet. Un récit auquel le travail au crayon et le sens du cadrage de l’auteur apportent une grande douceur et une grande lisibilité.

Mon avis

C'est la première publication pour Victor Pellet, le lauréat du Prix Raymond Leblanc.

Ce qui frappe c'est que ce récit est avant tout visuel, véritablement porté par les dessins.  Un travail au crayon, des grisés, peu de texte, un cadrage adapté, des visages parfois vides, absents.

C'est très parlant, les dialogues sont réduits à l'essentiel. On ressent une atmosphère, il y a beaucoup de charme au dessin.  Quelle force !

Léo est diplômé en architecture et exerce depuis quelques années un travail alimentaire, provisoire au départ mais qui perdure.  Il est employé dans une station service aux abords de Bruxelles.  Il vit avec Souade son amoureuse qui pourrait bien décrocher une promotion qui les obligerait à tout quitter pour le Sud de la France.

Pour Léo, ce sont ses fondements qui seraient remis en question , faut dire qu'il n'a jamais vraiment eu de vrai chez lui, il se souvient de son enfance, sans parents, placé dans des endroits différents, c'est difficile de se projeter chez lui, d'imaginer de s'ancrer quelque part.   Et puis, il y a sa rencontre avec les Rom qui campent près de la station service.

Ce roman graphique est magnifique.  Quel talent ! Que d'émotions , de justesse et de maturité pour un tout premier récit.

A lire d'urgence.

♥♥♥♥♥