jeudi 1 octobre 2026

Je - Lilia Hassaine

 Je -  Liliane Hassaine















Gallimard
La Blanche
Parution : 20/08/26
Pages : 256
Isbn : 32601000048280
Prix : 21 €

Présentation de l'éditeur

« — Que savez-vous de la beauté, Antoinette ?
Il se tourna vers moi, suspendu à ma réponse.
— Pas grand-chose. Mais je sais la reconnaître quand elle est là.
— Eh bien moi, chaque fois que je la vois, elle me blesse.
Quand je vois votre visage, par exemple, quelque chose en moi se trouve comme ébranlé. »

Île de la Jamaïque, 1831. Antoinette Cosway, créole de bonne famille, s’éprend d’Edward Rochester, un Anglais aussi impénétrable que fascinant. Mais à la séduction enflammée succèdent rapidement des scènes vénéneuses, où les baisers sont des blessures, où toute une société livre la jeune femme à son bourreau.
Des années plus tard, Antoinette tente de conquérir sa propre histoire.
JE se situe à mi-chemin entre roman victorien et thriller intimiste contemporain. Lilia Hassaine s’est inspirée du personnage de la première femme de Rochester dans Jane Eyre, le roman culte de Charlotte Brontë. Elle a choisi de lui donner une voix, un corps, une destinée.


Lilia Hassaine



























Mon avis

Lilia Hassaine revisite ici le roman victorien et le transforme en thriller domestique qui à l'heure actuelle résonne en violence conjugale, au poids du patriarcat.

JE, c'est la première personne avec laquelle s'exprime Antoinette Cosway alias Bertha Mason, mais ce sont aussi les initiales de Jane Eyre, l'héroïne de Charlotte Bronté.

Avec beaucoup de finesse dans une écriture travaillée, sensorielle, délicate, un style élégant, Lilia Hassaine imagine et donne la parole à la première épouse de Rochester enfermée dans le grenier. 

Antoinette Cosway, créole de bonne famille rencontre Edward Rochester en Jamaïque et en tombe éperdument amoureuse.  Un récit d'amour passion qui deviendra vite celui de la violence et de l'emprise mais aussi celui du déni des personnes qui en sont témoins par leur silence.

La fin de l'esclavagisme et du colonialisme sont bien présents, nous sommes en 1831 lorsqu'Antoinette quitte la Jamaïque pour rejoindre l'Angleterre.

Une découverte par ce roman de la plume de Lilia Hassaine que j'ai vraiment beaucoup aimée.

C'est un coup de ♥


Les jolies phrases

Mais si le cœur est vide, vous verrez la vérité ; et vous n'aimerez pas ce que vous verrez.  Parce qu'un cœur vide, c'est une maison sans gardien : tôt ou tard, de mauvais esprits viennent l'habiter.

Pourquoi le langage amoureux est-il si plein de mensonges, d'histoires qu'on se raconte et qu'on raconte aux autres ?

Pourtant, si je devais plonger plus profondément en moi-même, il me faudrait admettre que je savais déjà. Je savais l'ambivalence de ce geste. Que dans toute morsure est contenue une menace. La morsure parle, et elle dit : Je peux te faire mal, je peux t'entamer, je peux te déchiqueter. Elle est le velours de la bouche, et la cruauté de la mâchoire. La douceur des lèvres, et la pointe des dents. Le baiser, et la blessure. La morsure elle-même recelait toute l'ambivalence du caractère de Rochester.

Les vrais remèdes, c'est pas dans les feuilles.  C'est dans nous. 

Je pensais à tout ce qui porte un nom : une musique qui vous précède, une mémoire qui se déploie à chaque syllabe.  "Antoinette" portait l'odeur du café grillé et des livres humides.  C'était le grain d'une langue dans laquelle ma mère avait ri, pleuré, aimé, la cadence grave de Christophine quand elle priait pour moi.
"Bertha" n'avait pas encore d'odeur. "Bertha" était un couloir vie. 

Ce que Rochester n’aime pas, il ne le détruit pas. Et ce qu’il ne peut pas détruire ne l’intéresse pas.

J'enviais ces femmes de lettres, capables de transformer leur fièvre en lumière, leurs élans en liberté.

Si la vieillesse réduit mon corps, elle semble en retour éclaircir mon esprit - comme si la vie, en se retirant, révélait un sens plus profond à chaque chose.  Peut-être est-ce là le privilège des années : goûter le monde avec plus d'acuité, plus de passion peut-être, à mesure que le temps se resserre. 

Ces hommes éveillent en nous des sentiments si violents qu'on les confondrait aisément avec la passion véritable, oubliant que l'amour ne conduit jamais à l'abîme. 

On juge une femme nerveuse, excessive, ingrate.  Si elle se défend, on la dit violente ; si elle se tait, on l'estime coupable. 

mardi 29 septembre 2026

N'efface pas mes cercles - Emma Marsantes

 N'efface pas mes cercles   -  Emma Marsantes













Verdier
Collection jaune
Parution : 08/26
Pages : 160
Isbn :  9782378562953
Prix : 19.50 €

Présentation de l'éditeur



1980, une femme se suicide dans un appartement cossu. Dans les années cinquante, elle s’était unie avec un jeune homme à qui tout l’opposait.

Explorant son histoire familiale, la narratrice tente de démêler les raisons de ce drame et dresse ce faisant le portrait d’une société aux prises avec ses démons : le patriarcat, la guerre, la colonisation, les injonctions à la réussite et au bonheur.

N’efface pas mes cercles remonte le temps à la recherche des destins brisés et restitue avec force l’atmosphère des époques traversées. Cette saga bouleversante confirme le grand art d’Emma Marsantes.

Emma Marsantes



Née en 1960, Emma Marsantes a grandi à Neuilly-sur-Seine. Elle suit des études de lettres modernes à la faculté de Nanterre, puis à la Sorbonne.

Dans les années quatre-vingt-dix, elle écrit de la poésie qu’elle publie en revue. Professeure de français, elle a principalement enseigné dans des collèges de la banlieue parisienne. À partir de 2009, elle se consacre à la pratique de la photographie.
















Mon avis

Le 18 octobre 1980, la mère de Mia met fin à ses jours dans son appartement cossu de Neuilly.  Emma Marsantes s'interroge sur l'héritage familial.

Par cercles concentriques, comme les anneaux d'un arbre, elle va remonter l'histoire de la famille, des femmes en particulier depuis le début du siècle dernier, une histoire qui se répète, le poids du passé sur des vies empêchées ou dirigées. 

Un style incisif, sobre, petites touches par petites touches, des fragments pour comprendre l'effacement, la violence familiale, le poids du patriarcat, le colonialisme, le manque de liberté des femmes, l'emprise et les injonctions sociales.

La langue est poétique, subtile tout en délicatesse, élégance et pudeur.  Une écriture aiguisée, fragmentée d'une puissance et d'une beauté extraordinaire.

Coup de ♥



Les jolies phrases

Sa vie délivre son grand-père de ce chagrin qui a failli le tuer.

Est-ce d'avoir pris la vie d'un autre qui va le rendre fou ?

Les morts sont-ils morts ? Apparemment, tant qu'on n'en parle pas. Elle a fait passer une consigne stricte, on ne discute pas de politique à table, vous n'y comprenez rien et on n'évoque pas les absents, cela attristerait les enfants.  Comme la guerre s'éteint à peine autour des Grands Chênes, il ne reste plus beaucoup de vivres pour la conversation.  Traverser l'étendue des repas de famille, sans marcher sur les mines enterrées, demande aux convives de la concentration, et l'on avance de gaffe en gaffe, de foudroiement de regard en coup de pied sous la nappe, on s'étouffe à avaler les plats le plus vite possible, on renonce au café pour s'échapper, les larmes aux yeux, dans le jardin.


Sentiments, assentiments, sans et sang, tels sont les homonymes du mot femme.  Sentir, ressentir, être sensible, et supporter le sang.  Le sang rouge et avare laisse les hommes sans voix.  Il s'agit de ne pas en parler.  Chez les hommes, on ne saigne pas. 

Ils obéissent.  Ils n'ont pas le choix.  Déserter, être fusillé, fuir, ou alors la garnison, un régiment, le front.  C'est pour eux;  Affaire de génération. 

Léa fixe l'avenir dans les yeux.  Ne pas jeter un regard en arrière.  Ne pas se retourner.  Qui est ce soldat mort dans la boue des rizières ?  Le savoir, elle n'y survivrait pas.  Si elle rejoint le môle, si elle embarque, il n'y a rien.

Entendez bien, il y a une vulgarité pour les pauvres et une autre pour les riches, il s'agit simplement de ne pas adopter les mauvaise pratiques des autres. 

L'insecte danse dans la lanterne.  Epouse coloniale, femme colonisée, au nom de Dieu, au nom du mâle, au nom des innocents, le grand prisme de la violence, chacun y sera réfléchi à son tour, prédateurs ou indigènes dominés.  La narration est une imposture assumée.  De ma mère, pourtant, je ne retiens pas l'abjection. 

Personne ne sauvera tante Nanette.  Mais Elsa a retenu la leçon.  Obéir. Passer pour, filer droit, ou être transformée en déchet. 

dimanche 27 septembre 2026

La rentrée de Goulubouftou - Jo Hoestland - Robin

 La rentrée de Goulubouftou   -  Jo Hoestland - Robin




















Casterman jeunesse
Parution : 03/06/26
Pages : 32
Scénario : Jo Hoestland
Dessin : Robin
Isbn : 9782203299993
Lectorat : 4/8
Prix : 11.90 €


Présentation de l'éditeur



Une belle histoire d'amitié entre un petit ogre et une petite fille.


Goulubouftou n'est pas un enfant comme les autres. C'est un ogre ! Un ogre mignon, certes, mais un ogre tout de même ! Il aurait bien envie de croquer ses petits camarades mais il fait très attention, surveillé de près par la maîtresse. Comment se faire accepter si les autres ont peur de lui ? Grâce à Margareth Rose Delafleur Dujardin (un nom pareil ça ne s'invente pas !). Cette petite fille va lui faire découvrir ce que le mot amitié veut dire. Et peut importe les différences !

Vive l'école, les copains, et Margareth bien sûr !


Jo Hoestland

Après des études de Lettres à Paris, Jo Hoestlandt enseigne la littérature pendant trois ans avant de se consacrer à l’écriture presse et édition. Elle a créé des ateliers de lecture et d’écriture pour les enfants qu'elle anime encore aujourd'hui. Elle a reçu de nombreux prix, dont deux fois le Prix Chronos, et le grand prix de Bologne pour son album La grande peur sous les étoiles (Syros).


Robin

Robin, de son vrai nom Pascal Gindre, est un illustrateur. Après des études d’art, il est devenu directeur artistique chez Bayard Presse ("Mes premiers j'aime lire"). Il a également illustré de nombreux livres pour différents éditeurs, notamment Nathan, Gallimard, Actes Sud, Sarbacane.



Mon avis

Pas facile pour un ogre de faire sa rentrée des classes avec des enfants car c'est bien connu, un ogre, ça a tout le temps envie de croquer ses camarades !  Sa maîtresse va le lui expliquer . 

Il va faire la connaissance de Margareth Rose Delafleur Dujardin (si si je vous jure c'est son nom),  une petite fille qui n'a pas peur de lui et lui permettre de découvrir l'amitié.

Un joli récit pour les 4-8 qui parle de différence, d'amitié et de rentrée scolaire.






Le cartable aux fraises - Mary Orchard et Amandine Meyer

 Le cartable aux fraises    -  Mary Orchard et Amandine Meyer





























Casterman jeunesse
Parution : 03/06/26
Pages : 32
Scénario : Marie Orchard
Dessin : Amandine Meyer
Isbn : 9782203296565
Lectorat : 4/8
Prix : 12.90 €

Présentation de l'éditeur

Un album anti-sexiste sur la liberté d'être soi ... dès la maternelle !

Pour son entrée à l'école, Armand choisit un magnifique, prodigieux et ébouriffant cartable orné de fraises. Fou de joie, il s'empresse de le montrer à tout son entourage... jusqu'au moment fatidique où sa nounou affirme : "Les fraises, c'est pour les filles." Armand ne comprend pas, lui qui aime tant les fraises...
La rentrée approche, et il ne sait plus s'il aime toujours autant son cartable. Et si on se moquait de lui ? Heureusement, ses parents et le maître sont bien décidés à lui prouver que tout le monde peut aimer les fraises !


Mary Orchard


Anciennement libraire spécialisée en littérature jeunesse, Mary Orchard est née dans un vallon du Périgord, au bout d’une route que ne peuvent emprunter que ceux qui la connaissent déjà. Grande lectrice depuis l’enfance, elle n'avait pourtant jamais songé écrire avant un déclic soudain un après-midi de juin. Après ses romans à succès Sous les étoiles de Bloomstone Manor, La première rose de Bloomstone et Metamorphosis, elle signe avec Le cartable aux fraises un premier album lumineux.


Amandine Meyer


Artiste multi-facettes qui utilise aussi bien le dessin, la céramique ou la gravure pour donner vie à son univers, Amandine Meyer a déjà reçu plusieurs prix (dont le prix de l'Ecole Européenne Supérieure de l'Image pour l'ensemble de son travail). Avec Le cartable aux fraises, elle signe sa première collaboration avec Casterman.


Mon avis

Armand prépare sa rentrée, il a choisi un cartable orné de fraises, il est super content mais déchante vite lorsque sa nounou lui fait remarquer que c'est pour les filles !!!   

Le jour de la rentrée, il ne sait plus s'il aime encore son cartable et a peur que l'on se moque de lui !  Ses parents et sa maîtresse vont vite le rassurer et lui font remarquer que tout le monde peut aimer les fraises.

C'est malin de parler ainsi du droit à la différence, de la liberté d'être soi dès le plus jeune âge.

Les illustrations sont tout en douceur, magnifiques.


mercredi 23 septembre 2026

C'était ça ou mourir - Thélyson Orélien

 C'était ça ou mourir  -   Thélyson Orélien




















Grasset
Parution : 19 août 2026
Pages : 272
Isbn : 9782246847069
Prix : 21.50 €

Audio-book : Audiolib
Réf : 978B0H9RH42L9
Lu par Jean-Michel Vaubien


Présentation de l'éditeur

Le premier roman de Thélyson Orélien est déjà le phénomène littéraire de l’année 2026. En cours de traduction dans plus d’une vingtaine de langues, C’était ça ou mourir a conquis le Québec et bientôt le monde entier, en racontant l’Odyssée de Jonas Dorléon.

Après l’embrasement de son quartier de Port-au-Prince, Jonas n’emporte presque rien avec lui en quittant Haïti : un diplôme, un cahier de poèmes, la photo de sa mère. Toute une vie dans un sac plastique. Se réfugiant d’abord en République dominicaine, puis au Brésil et au Mexique, ce professeur d’histoire franchit les frontières tantôt à bord d’un autobus surchauffé, tantôt en affrontant les profondeurs de la jungle. À chaque étape des visages surgissent, des corps tombent, des solidarités se nouent puis se brisent. Dans l’espoir d’atteindre le Canada et le peu de famille qu’il lui reste, Jonas se retrouve aux portes des États-Unis, seul face aux agents de l’ICE et d’une administration prête à tout pour mener sa chasse aux migrants.

Avec la trajectoire de Jonas, c’est une cartographie intime de la survie qui se dévoile. Aussi contemporain qu’universel, ce roman raconte les migrations au présent — non comme un concept, mais comme une expérience physique : marcher, avoir faim, se blesser, rire devant l’horreur pour ne pas abandonner. Thélyson Orélien y déploie une écriture foisonnante, traversée d’humour et de poésie, une langue d’exil qui s’apprend « sans grammaire, sans dictionnaire, juste avec les os et la peau ».
Porté par un souffle narratif irrésistible, C’était ça ou mourir est un premier roman bouleversant qui révèle un écrivain majeur de notre temps.






L'auteur


Né en 1988, Thélyson Orélien est un écrivain québécois d’origine haïtienne. Poète, romancier et critique, il construit une œuvre habitée par la mémoire, l’exil et la question de l’appartenance. Depuis sa publication au Québec par les Éditions du Boréal, C’était ça ou mourir, en cours de traduction dans le monde entier, a rencontré un écho international exceptionnel. Un premier roman qui annonce une grande voix de la littérature contemporaine.



©JF PAGA

Source : Grasset







Mon avis

S'il ne faut lire qu'un livre de cette rentrée, c'est celui-ci que je vous conseille car il a tout, la langue, l'humanité, de l'humour et un vrai sujet de réflexion, il parle de l'immigration mais avec un vrai visage humain, il vous fera voir les choses autrement.

C'est le premier roman de Thélyson Orélien, une plume sublime à suivre, un véritable écrivain.

Joseph Dorléon est professeur de géographie et d'histoire, il vit à Carrefour-Feuilles en Haïti.  Un matin face à la violence des gangs armés, il n'a pas d'autre choix ; c'est partir ou mourir !

C'est l'odyssée d'un exil. Au départ, Jonas n'a pas envie de quitter son pays, il espère y revenir mais son regard sera forcé de changer.  Il a tout perdu et emporte avec lui quelques petites affaires, un sac qui au fil du temps sera un sac Carrefour contenant une photo de sa mère, des carnets de poésie, un morceau de savon, un slip propre et un livre de Depestre. 

Il a croisé la mort à plusieurs reprises, elle montant dans un bus -  son aptitude à faire rire, l'a sauvé plus d'une fois - le laissant repartir. Il traversera des pays entiers, supportera l'humiliation, perdra peu à peu son identité mais gardera toujours son rire, car rire, c'est ce qu'il  lui reste pour tenir debout, c'est sa façon de résister. 

Au fil du récit l'homme en exil devient migrant et on en comprend toute la dureté, la violence, la déshumanisation subie et perte d'identité.  Heureusement émanent de la solidarité et fraternité entre eux.
C'est dur, excessivement difficile à vivre, on lit ce texte à la langue riche, foisonnante, aphorique, métaphorique en apnée.  L'écriture est fulgurante mais aussi remplie d'humour.

Mention spéciale à Jean-Michel Vaubien pour la lecture audio. 


Un immense coup de ♥


Les jolies phrases

Je n'en note aucune pour deux raisons, j'ai écouté le livre en audio sur des trajets de voiture et il y en a tellement tant cette plume est magnifique qu'il faudrait presque recopier le livre  !    Alors un conseil, lisez-le au plus vite !