samedi 6 juin 2026

Dans la jungle - Adeline Dieudonné

 Dans la jungle  -  Adeline Dieudonné
















L'iconoclaste
Parution : 02 avril 26
Pages : 448
Isbn : 9782378805814
Prix : 22.50 €

Présentation de l'éditeur




Une jolie villa dans le Brabant wallon, l’été à la mer, l’hiver au ski, deux enfants : Aurélie et Arnaud se sont construit une vie qui leur ressemble. Pourtant, un soir d’été, Arnaud prend une arme et assassine les siens avant de se suicider. Adeline Dieudonné rembobine le film de l’histoire de ce couple, du premier regard à la mise en place d’un quotidien bourgeois. À chaque étape, la mécanique prend forme sous nos yeux, insidieuse, inéluctable. Chronique d’une mise à mort annoncée, ce roman haletant nous entraîne au cœur de la bourgeoisie belge, où il est courant de tutoyer son banquier et où la violence se dissimule derrière les façades de briques blanches.


Adeline Dieudonné

Née à Bruxelles, formée à la nouvelle et au théâtre, Adeline Dieudonné a surgi dans le paysage littéraire avec La Vraie Vie, un premier roman tour à tour cauchemar pavillonnaire, conte noir et épopée de survie féminine. Le succès est immédiat : plusieurs prix littéraires, des centaines de milliers de lecteurs, une écriture féroce, drôle, acide, qui pulvérise ce qu’on a lu jusqu’ici. Depuis, elle n’a cessé d’arpenter les marges : dans Kérozène, elle orchestre une polyphonie d’âmes cabossées sous les néons d’une station-service. Avec Reste, elle explore le thème du deuil dans un huis clos amoureux et tragique. Et dans Être mère, elle s’aventure pour la première fois en terrain autobiographique et questionne la parentalité.


Source : L'iconoclaste





Mon avis

Le roman commence en janvier 2021 dans une étude notariale avec la lecture d'un partage successoral. L'écriture nous fait ressentir la froideur administrative de l'acte et dès le départ crée une tension. On apprend très vite la catastrophe qui s'est déroulée, le féminicide d'Aurélie, l'infanticide de Diego et Lily et le suicide d'Arnaud.


Le décor est planté mais que s'est-il passé dans cette famille aisée, donnant l'apparence d'un couple solide dans un quartier bourgeois du Brabant Wallon ? Adeline Dieudonné nous décrit la jungle et nous propose de remonter le temps pour comprendre comment s'installe petit à petit la domination, quand l'amour cesse et devient un terrain de prédation.


C'est au scalpel, avec minutie qu'elle décortique les petits détails insidieux qui vont construire cette dépendance, cette emprise et violence conjugale : un silence, un regard méprisant, des humiliations répétées, une jalousie de plus en plus grande, un contrôle de tout allant jusqu'à la géolocalisation.


C'est quatorze ans de vie depuis la rencontre jusqu'à la catastrophe finale, la tension est croissante durant tout le récit, la psychologie et profondeur des personnages est excessivement bien décrite. C'est une écriture sèche, précise, sans pathos qui accompagne le récit. J'ai beaucoup aimé , c'est bien documenté mais il m'a manqué un petit quelque chose, les descriptions précises des mécanismes ont peut-être enlevé l'émotion ressentie lors de la lecture.


Ma note : 8.5/10

Les jolies phrases

Un couple, ça se fait confiance, on est une équipe, on doit pouvoir tout se dire.


On rêve toujours de ce que l’on n’a pas et pour finir la réalité déçoit.


Il aimait l'ordre. Et comme il aimait l'ordre, il se délectait aussi du désordre car il promettait le rangement, la remise à niveau.


La surveillance permanente, la rigidité de leur vie, soumise à des règles toujours plus nombreuses à mesure que les enfants grandissaient, la façon qu'il avait de hausser les sourcils quand elle se servait un verre de vin ou qu'elle commandait un dessert au restaurant. Quand il s'absentait pour le boulot ou pour une compétition, elle ne pouvait s'empêcher de penser.

Les caméras l'empêchaient de préparer le moindre sac, elle envisagea un moment de lui dire qu'elle partait en week-end avec les enfants pour pouvoir emmener au moins le minimum mais le délai était trop serré, jamais elle ne planifiait quoi que ce soit à si court terme, ça éveillerait ses soupçons. Elle ne pourrait même pas prendre les cartes d'identité de Diego et de Lily, qu'il gardait dans son portefeuille. Elle disposerait d'une trentaine de minutes, entre le moment où il quitterait la maison avec les petits le matin et celui où elle se mettait en route d'habitude. A priori il n'y avait aucune chance qu'il l'observe via les caméras durant cet intervalle. Ça lui laisserait juste le temps de jeter quelques vêtements dans une valise, son ordinateur, quelques objets rassurants pour les enfants, ses albums photos et sa caisse à souvenirs, le reste, elle le rachèterait.
C'était comme abandonner sa maison lors d'un incendie.


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mercredi 3 juin 2026

Comme ta mère - Pieterke Mol

 Comme ta mère  -  Pieterke Mol




















Noir sur blanc
Parution : 05/03/26
Pages : 272
Isbn : 9782889831890
Prix : 22.50 €


Présentation de l'éditeur



Sur insistance de son grand-père, Debbie prend le train à Bruxelles pour rendre visite à son père, qu’elle n’a pas vu depuis dix ans. Enfant non souhaité de parents trop jeunes, celui-ci en a gardé une détresse qu’il noie depuis longtemps dans l’alcool. Il vit à Rotterdam, dans un pays que Debbie évite, et parle une langue qu’elle ne comprend pas. À trente-cinq ans, l’âge où d’autres sont déjà mères, elle peine à s’inscrire dans sa propre existence, trop soucieuse d’échapper à la malédiction de son héritage familial.

En dévoilant peu à peu les non-dits d’une famille sur trois générations, Pieterke Mol éclaire les mécaniques de la transmission et signe un poignant roman d’émancipation, porté par une plume audacieuse, brusque et intense.


Mon avis

C'est l'histoire de trois générations de femmes que nous propose Pieterke Mol dans son deuxième roman.  Un roman polyphonique de 1956 à 2019.  Les mêmes interrogations pour sa grand-mère Anouk, sa mère Anne et pour Debbie 35 ans qui à l'insistance de son grand-père Pieter va renouer avec son père Guus, alcoolique qu'elle n'a plus vu depuis 10 ans.   Entre Bruxelles et Rotterdam en mélangeant langue française et néerlandais, Pieterke avec son phrasé particulier, poétique, tranchant et dynamique nous plonge au cœur de son histoire et de ses interrogations.

On découvre son questionnement par rapport à la maternité, à l'attachement maternel des enfants des autres.  On comprend le destin de trois femmes dont le vie bascule face à l'arrivée d'un enfant voulu ou pas.  On se questionne sur l'avortement inexistant par le passé, au choix à poser. Aujourd'hui Debbie 35 ans peut choisir d'avorter ou pas, de se consacrer à sa passion la photographie ou de garder son boulot alimentaire.

On voit le destin de ses ancêtres, ses souvenirs d'enfance, la tendresse mais aussi la violence, l'addiction à l'alcool,  génétique ou pas ?  C'est réaliste parfois dur mais aussi lumineux et l'humour n'est jamais très loin.  Comment se construire avec le poids du passé et de la transmission dans une famille dysfonctionnelle ?  Une belle play-list accompagne la lecture du récit.

A découvrir 

Ma note : 9/10

Les jolies phrases

Quand on naît dans une famille en manque, on devient ce manque.  On le mange, on l'incorpore.  On le fait sien.  Le manque dicte les gestes, creuse les trous.  Dans les organes.  Parfois, il ne reste rien. 

Ce que j'aime, c'est l'ancrage, l'idée d'enregistrer et d'ancrer un souvenir dans le réel.  Le souvenir est passé tandis que l'image est présent. 

L'alcool à flots. Ma mère née colère . L'alcool à flots. Sa mort brutale. Et moi. Moi, la dépendante à tout. En manque de tout. Qui galère dans tout.




dimanche 31 mai 2026

L'histoire de la cafetière - Anne Herbauts

L'histoire de la cafetière   -   Anne Herbauts



 
















Casterman jeunesse
Parution : 22 avril 2026
Pages : 40
Isbn : 978-2203311831
Prix : 18.50 €
Lectorat : 3-6 ans

Présentation de l'éditeur

Un album subtil pour parler avec légèreté de conflits et de paix.

Ce livre devait être une belle histoire, mais
le chat a vu l’oiseau qui suivait un escargot
depuis le haut d’une branche et le chat a bondi,
l’oiseau s’est envolé, l’escabelle est tombée, et…
la cafetière se renverse dans le livre,
la cafetière tache l’histoire du chat, du chien, de l’oiseau…

Cela devait être une belle histoire, mais
la faute à la pluie, au chat, à l’oiseau, au vent…
C’est à cause de l’autre !
Tout le monde est mécontent.

Alors, la Tache (de café) se lève.
Et houspille tout ce petit monde : on nettoie,
on s’excuse, on range, et…
on prend le thé dehors, au soleil.
Mais voilà que le vent se lève…


Anne Herbauts 

Anne Herbauts est née à Bruxelles en 1975. Elle a fait ses études supérieures à l’Académie des Beaux-Arts de Bruxelles en Illustration & Bande Dessinée dans l’atelier de Anne Quévy et Bruno Goosse.

Auteur et illustratrice, elle a publié une cinquantaine de livres, principalement des albums pour la jeunesse.
Primée et reconnue dans le monde entier, elle travaille avec Casterman depuis 25 ans, et a réalisé plus de trente albums chez Casterman.







Mon avis

Un joli graphisme très expressif.  Tout en subtilité et légèreté, Anne Herbauts nous parle des conflits, de la colère et de la paix.  Une petite catastrophe, la tache de café mais c'est la faute à qui ?   On s'en fout, peu importe, on essaie de comprendre et de réparer ensemble et on évacue la colère.

Pour les 3-6 

Ma note : 8.5/10




samedi 30 mai 2026

Café littéraire coup de cœur pour faire le plein de lectures pour l'été.

Café littéraire coup de coeur 

En manque d'idées lecture pour l'été ?


















Voici venu le temps des longues soirées d'été, le temps des vacances , peut-être le moment de l'année où on a le plus de temps pour lire. 

Mais aussi pour le plaisir de se retrouver en mode "auberge espagnole" autour d'un verre et de sucreries dans un moment convivial et de partage. 

Je vous proposerai, ainsi que les bibliothécaires et les libraires de chez Claudine, des idées de lecture,  en partageant avec vous des coups de cœur, mais c'est aussi l'occasion pour vous  - si vous en avez envie - de nous partager un ou deux livres qui vous ont émus, surpris, touchés afin qu'ensemble nous partagions et repartions avec des idées de lecture pour l'été. 


Quatre invités surprises de la région viendront nous présenter leur bouquin.


Cela vous tente ? 

C'est facile et c'est gratuit, s'il fait beau , nous profiterons du jardin.


Notez la date  : le 11 juin à 19h à la bibliothèque Maurice Carême de Wavre.

Adresse du jour : rue de l'Ermitage 65 à 1300 Wavre

Attention pour la bonne organisation de l'événement il est INDISPENSABLE de s'inscrire en téléphonant au 010/230415 ou en envoyant un mail à bibliocareme@wavre.be


En espérant vous y voir nombreux.ses. 



 

vendredi 29 mai 2026

La dernière nuit - Odile d'Oultremont

 La dernière nuit  -   Odile d'Oultremont















Julliard
Parution : 15/01/2026
Pages : 224
Isbn : 978-2260057574
Prix : 21.00 €

Présentation de l'éditeur

" Tu connais mon histoire, forcément tu la connais. C'est la tienne aussi.
Peu importe ce que tu en penses, je te la raconte quand même. De notre rencontre jusqu'à ce jour où elle se terminera. J'ignore comment.
Vois ça comme une défiance. De la justice et de ses égarements. Prends mes mots comme un plaidoyer et mes intentions comme l'exécution d'un juste châtiment. "

Une nuit d'ivresse, un coup de feu, une vache abattue : le geste impardonnable d'un homme, le comte Abélard de Hesbaye.
Des années plus tard, alors que la justice a depuis longtemps détourné le regard, débute la revanche des oubliés. Dans une grange isolée, Nikki, l'agricultrice trahie, fait comparaitre son bourreau, jadis ami.
Se déroule alors un autre procès, plus intime, plus implacable, enraciné dans un terreau social contrasté et mû par la nécessité d'une femme et de toute une communauté de se faire justice soi-même. Au risque de s'y perdre ?
Tragédie sociale, La Dernière nuit est un roman haletant qui oscille entre vengeance et réparation en interrogeant des questions très actuelles, parmi lesquelles : le spécisme et les dérives du patriarcat.


Odile d'Oultremont

Odile d'Oultremont est l'autrice de deux romans remarqués, Les Déraisons, prix de la Closerie des Lilas, et Baïkonour, prix du Roman qui fait du bien. Scénariste et réalisatrice, elle vit à Bruxelles.











Mon avis

Immense coup de cœur pour ce roman que j'ai dévoré d'une traite.

Abel né Abélard Comte de Hesbaye et Nikki sont de deux mondes différents, l'un est bien né et fera des études de finances dans un internat anglais à l'adolescence et deviendra banquier d'affaires, elle est fille de métayer, elle reprendra plus tard l'exploitation de ses parents en prenant soin au bien être animal.

Pourtant enfants, ceux que tout séparait, étaient unis comme les doigts de la main, toujours ensemble.  C'est lui qui a fait aimer la ferme, les animaux à Nikki qui les détestait petite.  C'est Chance, une vache exceptionnelle au destin tragique qui est le lien véritable de leur amitié mais aussi de leur différend et de la naissance du sentiment de vengeance.

Par une nuit d'ivresse, douze ans après son départ en Angleterre, Abel a voulu impressionner ses amis et a tiré sur une vache l'abattant par balle, lâche il n'a pas comparu au procès laissant ses avocats régler le problème. Depuis Nikki rumine, s'emplit de colère et il est temps deux ans plus tard d'assouvir sa vengeance.

C'est un huis clos alternant passé et présent que nous propose Odile d'Oultremont qui aborde avec brio, la domination des classes, le spécisme et le bien être animal mais aussi les traces du passé et du manque d'amour et de considération et surtout la question de la justice et de la vengeance libératrice.

L'écriture est nerveuse, hypnotique, happante.  La plume est à la fois tranchante, incisive, percutante mais également caressante.  La tension est parfaitement maîtrisée, le livre se lit vraiment comme un thriller.  L'écriture riche décrit à merveille la profondeur des sentiments, de la colère, de l'impuissance face à l'injustice et de l'envie de vengeance.

Immense coup de cœur ! et en plus c'est belge ♥

Les jolies phrases

Si on était parfait, on n'apprendrait rien.

Grâce à toi, j'apprendrai que la nature, aussi vaste soit-elle, détient les choses immédiates, la simplicité et parfois les miracles.

Il n'y a rien à chercher ailleurs que tu ne trouves ici.

La nature se fout de nos calculs, seule compte sa survie. 

Est-on d'autant plus petit qu'on se croit grand ?  Je me pose la question.

Est-on vraiment fait pour être sérieux quand on est si jeune ?  Le fait de ne pas l'être n'était-il pas justement l'expression d'une grande liberté ?  Á quand la connerie, la bêtise, l'inconsidération, à quand l'impulsivité et l'ineptie si ce n'est durant ses jeunes années ?  

L'adversaire est à vaincre.  L'ennemi à détruire.


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