mercredi 17 août 2022

Quelque chose à te dire - Carole Fives ♥♥♥♥♥

 Quelque chose à te dire   -   Carole Fives  ♥♥♥♥♥










Gallimard
La Blanche
Parution : 18 août 2022
Pages : 176
Isbn : 9782072989780
Prix : 18 €


Présentation de l'éditeur

Elsa Feuillet, jeune écrivaine, admire l’œuvre de la grande Béatrice Blandy, disparue prématurément. Cette femme dont elle a lu tous les livres incarnait la réussite, le prestige et l’aisance sociale qui lui font défaut. Lorsque Elsa rencontre le veuf de Béatrice Blandy, une idylle se noue. Fascinée, elle va peu à peu se glisser dans la vie de sa romancière fétiche, et explorer son somptueux appartement parisien — à commencer par le bureau, qui lui est interdit…

Jeu de miroirs ou jeu de dupes ? Carole Fives signe avec Quelque chose à te dire un thriller troublant.

Mon avis

Attention pépite !  Gros coup de  ♥♥♥♥♥

Béatrice Blandy, grande romancière, incarnait pour Elsa Feuillet, notre narratrice la réussite, le prestige, l'aisance sociale.  Elle vient de disparaître prématurément emportée par un cancer laissant derrière elle cinq romans. 

Elsa une jeune romancière, admirait son écriture. Elle a lu et relu à plusieurs reprises ses courts romans qui à chaque fois, lui permettait  tant de s'identifier.  Pour Elsa, c'est un peu son modèle qui s'éteint.  

Lorsqu'elle publie son roman "Forum", elle est surprise car elle reçoit via sa maison d'édition, un courrier de Thomas Blandy, grand amateur d'art, travaillant dans le milieu du cinéma, il n'est autre que le mari de Béatrice !  Il lui propose de la rencontrer à Paris car il a beaucoup aimé son livre. 

Béatrice va le rencontrer, découvrir l'appartement de son héroïne ou de sa muse ??? et peu à peu se glisser dans la vie de sa romancière favorite, suivre ses traces...

Un roman en quatre parties : Admirer, explorer, imaginer et quelque chose à te dire.

Un magnifique roman monté comme un thriller.  Quelle claque !  Je n'ai pas vu venir la chute ! mais chut je n'en dirai pas plus, à vous de le découvrir !

Une plume fluide, dynamique que j'aime lire de plus en plus.

Le thème central est la création, le statut de l'oeuvre d'art.  On y parle littérature, cinéma et art. Elle glisse également un petit clin d'oeil à ses ouvrages précédents. 

Quelques indices "Rebecca" de Daphné du Maurier et "Vertigo" d'Alfred Hitchcok !

Vraiment un gros coup de coeur pour moi, une écrivaine qui s'affirme de plus en plus et qui me donne un très grand plaisir de lecture.

A lire très vite.

Ma note : ♥♥♥♥♥


Les jolies phrases



Elsa ressentait chaque phrase écrite par Béatrice au plus profond d'elle-même: elle nommait ce qui ce qui ne l'avait jamais été, et à travers ses mots, c'était une vision du monde profonde, neuve, qui affleurait à la conscience. Elle avait le don de vous révéler des parties de vous-même dont vous ne soupçonniez pas l'existence jusqu'alors, des zones inexplorées qui ne demandaient qu'à surgir, à s'affirmer enfin.

Elle était libre, vivante et libre.  Elle pouvait tout aussi bien continuer là où Béatrice avait dû s'arrêter, oui, elle le réalisait à présent, chaque jour de gagné, chaque jour était une victoire, vieillir n'était pas une défaite, bien au contraire, c'était une conquête !  Qu'allait-elle faire de cette liberté ?  

Eh bien si les femmes de quarante ans sortent avec les hommes de soixante, celles de cinquante avec ceux de soixante-dix, on leur laisse qui à nos mères ?  Les cadavres ?

Où se termine l'influence, l'admiration d'un écrivain pour un autre ?

Il croit la suivre, mais en fait, c'est elle qui mène le jeu !

Quand on admire trop les gens, on est souvent déçu.

- Admirable cette histoire d'une femme qui cherche l'amour absolu, qui forcément subit, qui forcément -souffre !

- L'amour n'a jamais été une garantie de ne pas souffrir...  Vous connaissez cette phrase d'Ophüls, "le bonheur n'est pas gai"?

Les notes de Béatrice étaient comme un tremplin sur lequel elle s'appuyait pour aller de l'avant.  Elles lui donnaient des ailes.  Á chaque fragment, elle comprenait un peu plus profondément le texte, jusqu'à parfois ne plus faire qu'un avec les intuitions de Béatrice, 

Béatrice expliquait que pour elle, la littérature était une aventure. L'écrivain vivait cette aventure en explorateur, lampe torche à la main, contrairement au lecteur, qui lui emboîtait le pas.


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mardi 16 août 2022

Café littéraire du 15 septembre avec Sébastien Ministru

 Café littéraire du 15 septembre avec Sébastien Ministru





















Pour démarrer la nouvelle saison des cafés littéraires,  c'est Sébastien Ministru qui sera mis à l'honneur.

Vous êtes tous les bienvenus c'est gratuit, il suffit d'envoyer un petit mail de réservation à bibliocareme@wavre.be ou de téléphoner au 010/230415 pour signaler votre présence.

Comme à chaque fois, la rencontre en toute convivialité sera suivie d'une séance de dédicaces et d'un verre de l'amitié.

La librairie Claudine sera présente et vous permettra d'acquérir les deux romans dont nous allons parler.



La garde-robe Sébastien Ministru






Grasset
Parution : 13 octobre 2021
Pages : 192
EAN : 9782246826354
Prix : 18 €


Présentation de l'éditeur

Vera vient de mourir. Elle avait fui sa famille quand elle était jeune, et deux nièces sont chargées de vider le dressing de cette tante qu’elles n’ont pas connue.De vêtement en vêtement, de tailleur en écharpe et d’écharpe en robe du soir, chaque pièce de la garde-robe de Vera raconte un épisode de sa vie. Chanteuse de variétés dans les années 1970 ayant connu un grand succès puis l’oubli, elle épouse un riche industriel dont les nièces vont découvrir le secret, un secret que Vera a protégé jusqu’à la mort de son mari. Elle-même transporte la blessure de son enfance sans rien pardonner à son milieu d’origine. L’armure des vêtements se fend parfois : quand un réalisateur l’approche pour les besoins d’un film sur les corons de son village natal, les images reviennent, les sens vibrent, et la peau se fait plus tendre.

En reliant les pointillés que forment les habits de Vera, Sébastien Ministru reconstruit la biographie d’une femme qui a traversé les époques, fière, blessée, combative et ne regardant jamais un passé que ses nièces découvrent avec bien des surprises. Elle avait fait de l’élégance un rempart contre la violence du monde. Au fur et à mesure que les siens surgissent de son vestiaire, les faits se redessinent, et se précise l’itinéraire de celle qui avait tout fait pour renoncer à ses origines. Puisque aussi bien elle était “partie sans dire au revoir à son père et à son frère qui, partenaires dans la monstruosité des hommes, lui avaient fait mal sans réussir à la blesser.” Elle a porté sa souffrance comme ses vêtements, avec grâce.
Un personnage de femme dans la lignée des grands personnages féminins de Tennessee Williams.


Apprendre à lire - Sébastien Ministru




Grasset
Collection Le Courage
Parution le 10/01/2018
Pages : 160
Ean 9782246813996
Prix : 17 €


Présentation de l'éditeur


Approchant de la soixantaine, Antoine, directeur de presse, se rapproche de son père, veuf immigré de Sardaigne voici bien longtemps, analphabète, acariâtre et rugueux. Le vieillard accepte le retour du fils à une condition : qu’il lui apprenne à lire. Désorienté, Antoine se sert du plus inattendu des intermédiaires : un jeune prostitué aussitôt bombardé professeur. S’institue entre ces hommes la plus étonnante des relations. Il y aura des cris, il y aura des joies, il y aura un voyage.
Le père, le fils, le prostitué. Un triangle sentimental qu’on n’avait jamais montré, tout de rage, de tendresse et d’humour. Un livre pour apprendre à se lire.


Premier roman


Rappel des modalités pratiques


C'est le 15 septembre prochain à 19h.


Adresse du jour: Bibliothèque Maurice Carême
Rue de l'Ermitage 65
1300 Wavre


Parking à proximité (La Sucrerie)




C'est gratuit mais il faut s'inscrire en envoyant un petit mail à l'adresse suivante : bibliocareme@wavre.be ou de téléphoner au 010/230415


Au plaisir de vous y retrouver nombreux j'espère !

lundi 15 août 2022

Méfiez-vous des corvidés - Régine Heindryckx

 Méfiez-vous des corvidés    -     Régine Heindryckx















Auto édition via Amazon
Parution : 18/06/22
Pages : 238
Isbn : 979-8637121878
Prix : 15 €
Existe en ebook via Amazon
Lien Amazon pour achat 

Présentation de  l'éditeur

Dans la neige, en pyjama et les pieds nus, Manon, petite fille de huit ans déboule chez sa voisine Cassandra, adolescente : « Il faut que tu sauves ma maman ! » sanglote-t-elle. Cet instant va bouleverser la vie de la jeune fille. Pourquoi sa mère, décédée douze ans auparavant, revient-elle la hanter ? Quel lien s’est établi entre elle et les gens d’à côté qui pourtant ne l’ont jamais connue ? Quelle est l’identité de ce « corbeau » qui terrorise la maman de Manon et de son petit frère Manuel ? Quel secret cache chaque protagoniste ? Il s’établit un face-à-face dont personne ne sortira indemne ! Et lorsque le passé refera surface, tout explosera…


Régine Heindryckx




Régine Heindryckx vit en Picardie. Passionnée de littérature depuis son enfance. Créatrice du Salon du Livre de la mairie du 7e à Paris. Animatrice d’un club de lecture. Déjà auteure du roman « Ces mains sur mon corps ». Avec « Méfiez-vous des corvidés », Régine Heindryckx signe son deuxième ouvrage.










Mon avis

Régine Heindryckx est passionnée de lecture, elle a créé un salon littéraire à Paris, il est donc tout à fait logique qu'un jour, elle devienne elle aussi auteure.  Un premier roman érotique en 2017 "Ces mains sur mon corps", elle change complètement de genre et nous propose un thriller psychologique très réussi.
Elle n'a pas de maison d'édition et a décidé de s'auto-publier, son roman est disponible sur amazon

Manon et son petit frère Manuel découvrent le corps inerte, ensanglanté de leur maman Aline.  La petite Manon à peine âgée de 8 ans court chercher de l'aide chez sa voisine - sa baby-sitter Cassandra, une adolescente de 17 ans.

À partir de ce jour, des visions d'Isabelle, la maman de Cassandra, disparue tragiquement vont naître de façon de plus en plus fréquente.  Comme c'est étrange, mais quel est le lien avec ses voisins arrivés quelques années plutôt?

Cassandra vit seule avec son père, un officier de police fort occupé.  Cela fait 12 ans que sa maman a perdu la vie dans un accident de voiture, c'est un sujet tabou à la maison qui met toujours son père en colère ou de mauvaise humeur.  Ce trauma aurait enfui des choses en elle ?

Cassandra va essayer de comprendre pourquoi Aline, sa voisine a tenté de mettre fin à ses jours. Un corbeau la menace, elle a reçu des lettres anonymes lui confie Christophe le mari d'Aline avec qui elle va mener l'enquête.  

Cassandra va découvrir la famille de ses voisins sous un autre angle, étrangement, plus elle les cotoie, plus elle a de visions, comme si sa maman voulait lui dire quelque chose.  Cassandra va peu à peu quitter le monde de l'adolescence et devenir adulte.

Un thriller psychologique qui vous happe d'emblée.  Une fois commencé, impossible de le lâcher.  La tension grimpe au fil des pages, les questions s'accumulent et au final c'est la grosse surprise.  Bravo, une totale réussite !

L'écriture est fluide, dynamique.  Le suspense est garanti.  C'est très bien construit avec des flash-back qui permettent peu à peu d'assembler les pièces de ce puzzle et à Cassandra de trouver les réponses à toutes ces questions dont elle n'obtenait jamais de réponse.  À noter, la fine analyse psychologique des personnages.

On retrouve un peu de l'auteure dans son roman; ses chanteurs préférés, son amour des fleurs, de la nature et de la bonne cuisine mais aussi celui des papillons.

Les thèmes centraux : secrets de famille, vie de couple, amitié et découverte de l'amour.

Soyez curieux , découvrez-le !

Ma note : 9/10

Les jolies phrases

Toi, tu as tes deux parents, moi, je suis bancale, comme amputée d'un membre.

Je comprends que grandir, devenir adulte n'est pas un chemin facile.

Tout est envisageable... La haine peut faire commettre l'irréparable... Suis-je aveuglée par mon amour pour lui ?

Des secrets, Cassandra, nous en avons tous.
Quelquefois, il est bon de crever l'abcès et parfois... Ne rien savoir... Ne pas remuer le purin est plus judicieux...  
Déterrer le passé n'est pas toujours une bonne chose, des révélations peuvent t'anéantir !

Est-ce le piment de notre relation?  L'interdit fait-il monter le plaisir des sens ?

Le ciel est bleu, sans aucun nuage, les nuages, eux, sont dans mon coeur, cette vapeur invisible se transforme en gouttelettes si légères qu'elles restent en suspension au fond de mon être...  Lorsque l'orage éclatera, elles se déverseront et formeront un torrent, j'espère ne pas m'y noyer!

dimanche 14 août 2022

Partir sur les chemins de Compostelle - Lili Sohn ♥♥♥♥♥

 Partir sur les chemins de Compostelle     -  Lili Sohn






















Casterman
Parution : 25 mai 2022
Pages : 296
Isbn : 9782203221918
Prix : 22 €



Présentation de l'éditeur



2 mois pour rejoindre Saint-Jacques de Compostelle depuis Cajarc et le Mas de Jantille.
2 mois et 1250 km, seule et le strict nécessaire dans un sac à dos.
2 mois pour se réapproprier l'espace et le mouvement entre deux confinements.
2 mois de marche, de réflexion et d'initiation.
2 mois pour questionner son rapport au corps, aux autres, à la nature.


Lili Sohn





Après des études en arts appliqués et arts visuels, Lili Sohn s’installe à Montréal où elle travaille en tant que graphiste dans le milieu du jeu vidéo. En 2014, suite au diagnostic de son cancer du sein, elle ouvre le blog « Tchao Günther » où elle raconte sa maladie avec humour et en couleur. Son premier album, La Guerre des tétons (Michel Lafon) est tiré de ce blog. En 2015, Lili se lance à plein temps dans la bande dessinée et l’illustration. En juin 2018 paraît Vagin Tonic, un guide décontracté de l’anatomie féminine. En 2019, animée par un grand changement dans sa vie, la maternité, Lili poursuit son étude des grands sujets féminins avec Mamas, petit précis de déconstruction de l’instinct maternel publié chez Casterman. Lili Sohn vit aujourd’hui à Marseille.





En route avec Lili Sohn






Mon avis

En novembre 2019, l'éditeur de Lili Sohn - hyperconnectée aux réseaux - lui suggère un projet sur les Chemins de Compostelle à réaliser sans téléphone !  L'occasion de se "désintoxiquer" des réseaux, de se prouver aussi qu'elle peut le faire seule.

Cela lui parle, ses parents l'ont fait, ils possèdent un gîte sur le site :  le mas de Jantille. 

Elle pense à la préparation physique, au matériel, aux chaussures à "entraîner", au fameux "crédentiale" - le passeport indispensable pour préparer le pélerinage, à fixer une coquille sur son sac à dos - le signe des pélerins.

Le covid passe par là et le départ est reporté au 1er septembre 2020.  45 jours de marche pour plus de 1250 kms.  

On va vivre avec elle, non sans humour, la préparation et le voyage, les émotions, le vide, plus exactement comment s'approprier le vide et le silence, la marche, la fatigue et les rencontres.

On suit son parcours magnifique.  On suit ses conseils et prend aussi conscience de l'empreinte humaine laissée sur le circuit.

Après le recentrement sur soi, le vide, le réconfort d'être ensemble, de se livrer facilement à des inconnus. Une expérience humaine forte.

C'est un voyage émouvant, très riche qui lui permettra de ralentir, d'être moins dans l'urgence du quotidien, retrouver la lenteur des choses, être autonome, s'épanouir et donner un sens à la vie, au bonheur !

Cela se dévore, les photos et dessins sont super chouettes.  C'est super beau et cela donne envie de prendre le large, si pas avec ses chaussures de rando, dans la tête au moins !

Je suis fan, j'ai passé un excellent moment ♥

C'est un nouveau coup de ♥





  
Les jolies phrases

Être seule, sans aucun lien virtuel.

Ça n'a pas du tout été une parenthèse, plutôt un révélateur?  Ce confinement ajoute un éclairage et une nécessité en plus à ma démarche.  Le besoin de se réapproprier l'espace, la liberté de mouvement, l'envie de solitude, mais aussi de relations humaines, la lenteur, le vide, et les questionnements écologiques.

C'est un rapport à la nature réinventé qui m'ancre dans le concret, dans le "ici et maintenant".  Il n'y a plus de montre au poignet pour donner un horaire strict désormais, c'est mon ressenti qui prime.  Mon corps face à la faim, à la fatigue, au soleil qui se lève ou qui se couche, aux intempéries.  je deviens ce que je fais. 

Je veux sortir de ma zone de confort et trouver des sensations nouvelles. Je veux me déstabiliser dans cette zone non routinière et donc inconfortable parfois.  Mais la douleur sera ma frontière. Ça sera la règle de mon chemin de Compostelle. 

On ne se connaît pas, et pourtant on parle de choses très intimes.  C'est fou comme on peut se confier facilement à des inconnus.  Est-ce qu'il y a moins de jugements ?  Je ne crois pas. Mais, il y a surtout moins d'implication, plus de spontanéité et moins de bagage.
Parler avec des inconnus, c'est aussi la possibilité de se réinventer.  Je peux être qui je veux, au dosage que je veux.  je peux changer tous les jours.  Cette possibilité me permet peut-être même d'être encore plus moi-même, sans contrainte de coller à l'image que les gens qui me connaissent se font de moi. 






jeudi 11 août 2022

Tableau final de l'amour - Larry Tremblay

 Tableau final de l'amour   -    Larry Tremblay












La Peuplade
Parution : 19 août 2021
Pages : 216
Isbn : 9782924898987
Prix : 18 €


Présentation de l'éditeur



Librement inspiré de la vie du peintre Francis Bacon, Tableau final de l’amour fait le récit d’une quête artistique sans compromis, viscérale, voire dangereuse. Dans une Europe traversée par deux guerres s’impose la vision d’un artiste radical dont l’œuvre entière, obsédée par le corps, résonne comme un cri. S’adressant à l’amant qui lui a servi de modèle – ce « petit voleur inexpérimenté » qui, en pleine nuit, s’est introduit dans son atelier –, le narrateur retrace les errances de leur relation tumultueuse. Avec ce roman, rappelant l’érotisme de Bataille ou de Leiris, Larry Tremblay poursuit son œuvre de mise à nu de l’être humain.

Il ne fallait pas peindre la surface des choses, mais ce qu’elle cachait. Ne pas peindre l’espace, mais le temps. Ne pas peindre ton corps, mais sa mort.


L'auteur











Larry Tremblay est écrivain québecois , metteur en scène, acteur et spécialiste de kathakali, danse-théâtre qu'il a étudiée lors de nombreux voyages en Inde.

Il a publié plus d'une vingtaine de livres comme auteur dramatique, poète, romancier et essayiste.

Grâce à une succession ininterrompue de nouvelles pièces (Leçon d'anatomie, Ogre, The Dragonfly of Chicoutimi, Le génie de la rue Drolet, Les mains bleues, Téléroman, Cornemuse, Le ventriloque, Panda panda, L'histoire d'un cœur…), son oeuvre est aujourd'hui reconnue au Québec et à l'échelle internationale.

En plus de sa production artistique, il enseigne le jeu et l'écriture dramatique à l'École supérieure de théâtre de l'Université du Québec à Montréal.

Mon avis

C'est un roman inspiré de la vie du très grand Francis Bacon, un peintre majeur dont l'oeuvre m'a toujours fasciné.  Un peintre que l'on sent torturé, qui déstructure les corps, les rendant "mous", déformés.

Ce roman car c'est tout l'art de la plume de Larry Tremblay, est une fiction inspirée d'interviews de Bacon.  Il met en lumière et en mots son art de peindre.

Écrit à la seconde personne du singulier, ce qui rend l'intensité encore plus forte, il s'adresse à George Dyer, personnage majeur de son oeuvre. Il nous permet de comprendre sa quête personnelle, artistique et amoureuse.  

George Dyer est arrivé dans sa vie comme un voleur, une tentative de cambriolage qui se termine dans le lit de l'artiste.  Il est celui avec qui il est en recherche, d'amour, de sexe, de violence , son modèle et au final son grand amour.

En partant des traumatismes de son enfance, de la violence des rapports avec son père et les hommes, on peut comprendre ce besoin de peindre, ses tableaux "torturés", lui qui enfant était rejeté et a beaucoup souffert.

En manque d'amour, son besoin de se détruire pour trouver la lucidité dans sa peinture.

Au fil du roman, on va découvrir une partie de son oeuvre, son processus de création et en parallèle de destruction.  On suit également sa relation intense et complexe avec George Dyer jusqu'à sa disparition à deux jours de la grande rétrospective de Paris au Grand Palais.

C'est un texte à la fois cru et poétique, parfois déstabilisant tout comme les oeuvres du peintre.  La plume est fluide et élégante, très belle.  C'est une prouesse de mettre en mots tout l'art du peintre.

J'ai lu ce roman en admirant en parallèle les oeuvres du peintre et en relisant les faits majeurs de sa vie.

Á lire.

Ma note : ♥♥♥♥  8/10



Les jolies phrases

Tu as ébranlé ma vie comme un coup de poing que je n'ai pas eu le temps de voir arriver.

J'ai su avant même de te connaître que je serais ta perte.  J'avais besoin de ta déchéance pour peindre ce que j'avais  dans le sang depuis les affres de mon enfance.  J'étouffais. 

Mais c'était de la chair d'enfant qui recevait la morsure des coups répétés.  Et cette chair n'était pas en mesure de comprendre réellement ce qui se passait.  Elle confondait le chaud et le froid, la douleur et le plaisir, elle les mariait, les fusionnait et accouchait d'une chose innommable, motte d'existence qui n'était pas tout à fait humaine.

Il ne fallait pas peindre la surface des choses, mais ce qu'elle cachait.  Ne pas peindre l'espace, mais le temps.  Ne pas peindre les corps, mais sa mort. 

..Avoir été mon modèle avait constitué le seul accomplissement valable de ton existence.  C'était ta plus grande fierté, tout le reste ne comptait pas.  Ça te permettait de survivre, que des milliers d'inconnus à travers le monde regardent ton corps nu, déformé, tordu, vibrant, en slip, tourmenté, fracturé comme un miroir, cravaté, ta beauté coupée en deux, ouvert comme un oeil.  Parce que tu avais le sentiment que toi aussi, tu pouvais les voir te regarder.  Tu te sentais plus vivant dans mes tableaux que dans ta propre chair.

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