samedi 30 septembre 2023

Hors saison - Basile Mulciba

Hors saison   -  Basile Mulciba



 
















Gallimard
Collection la blanche
Parution : 24 août 2023
Pages : 208
ISBN : 9782073005878
Prix : 19.50 €

Présentation de l'éditeur

De nos jours, dans une station de ski en hiver. Tout le monde attend la neige qui tarde à tomber. Yann, un jeune homme d’une vingtaine d’années, interrompt ses études de médecine pour venir travailler comme saisonnier. Il a été recruté par Hans, qui dirige le vieil hôtel hérité de son père et qui commence à subir comme les autres les conséquences de l’absence de neige. Tandis que peu à peu la station se vide, les deux hommes décident de rester.
Roman d’apprentissage poétique et intime, Hors saison restitue avec justesse le sentiment du temps suspendu dans la station déserte et les incertitudes du désir. Les personnages entretiennent un rapport sensible aux paysages et aux autres, alors que la nature entre peut-être dans un cycle de dérèglements inéluctables.

Mon avis

Yann est étudiant en médecine, il vit en ville, au bord de la mer.  Il a une amoureuse - Anne-Lise - et pourtant, il quitte tout, c'est comme un besoin, une urgence qui le pousse à prendre ce train dans lequel on le retrouve en tout début de roman.  Un réel besoin de tout quitter, une fuite peut-être pour se (re)trouver.

Il part pour la montagne, comme saisonnier, lui qui n'a jamais quitté son bord de mer.  Dans sa précipitation, il laisse tout derrière lui.  Arrivé à la montagne, le dernier bus est parti et Yann commence la montée à pied, une manière de se connecter à la nature.

Là-haut, il va rejoindre Hans qui dirige un vieil hôtel hérité de son père, il rencontrera Joaquim et les autres saisonniers.  Commence alors l'attente de la neige pour lancer la saison, une très longue attente !
Peu à peu la station se vide, Yann décide de rester avec Hans.

J'ai beaucoup aimé l'ambiance qui se dégage de ce très beau premier roman.  D'entrée de jeu on ressent le mal être de Yann, son empressement à fuir sa situation actuelle, son quotidien.

Que va-t-il chercher à la montagne ? Il l'ignore je pense mais c'est vital pour lui d'être ailleurs pour se trouver peut-être.

L'écriture est poétique.  Ce roman parle de l'intime avec justesse et beauté.  On ressent très bien le temps suspendu dans cette station de montagne magnifiquement décrite.

C'est aussi au delà de l'incertitude, du désir, de l'acceptation et de la découverte de soi, un roman qui met en avant les conséquences à venir liées aux changements climatiques, à la montagne, le risque de la disparition des petites stations de ski et de ses conséquences.

J'ai passé un excellent moment à la découverte de ce premier roman.

Ma note : 9/10

Lu dans le cadre de la présélection du prix du roman Fnac



Les jolies phrases

Tout referait surface, une éruption à la mesure de sa fuite.

En contemplant cette bâtisse à la grandeur terne, il retrouvait ce qu'on ressent lorsqu'on contemple un livre d'histoire, cette perception du temps qui passe comme quand on tient entre les mains des cartes postales anciennes, qu'on se rend compte à quel point les lieux qu'on connaît ont changé, changent et se transformeront encore.

Qu'il appréciait le vide de la station, l'absence de la foule, la possibilité d'appréhender le lieu de son dénuement le plus sobre, comme lorsqu'on arrive en avance et qu'on peut prendre le temps qu'il faut pour se préparer à un rendez-vous important.

Tu poses les bonnes questions.  Et puis, tu me parais être quelqu'un qui écoutes, observes et attends avant de te faire un avis sur les choses et les gens.  Je trouve ça bien.

Ils s'accrochaient à leur contrat et à leur préavis comme des naufragés à un rocher battu par les vents et menacé par la tempête silencieuse qui s'approchait.

La lune était faible, seul un croissant fin commençait à émerger par-dessus les crêtes.  Yann en suivit la lente ascension de son regard inhabité et son esprit hypnotisé se délesta des lambeaux sombres qui s'accrochaient encore à leui.  La nuite le rendait sensible à tout ce qui s'étendait autour de lui, aux distances, à la clameur des bêtes nocturnes et aux émanations de la terre.

Pour Yann, qui commençait à bien le connaître, il était comme un bel arbre qui s'effeuille, rongé de l'intérieur par des parasites.

Aux côtés de Hans, il avait l'impression de s'ancrer, de grandir, il se nourrissait, s'emplissait de l'attention et de la tendresse qu'il lui portait, tout en sachant que ces instants étaient éphémères, une réalité fragile qui avait eu si peu de chances d'advenir.



mercredi 27 septembre 2023

Le grand cercle - Maggie Shipstead

 Le grand cercle - Maggie Shipstead
















Les presses de la cité
Parution : le 24 août 2023
Traduit de l'anglais (américain) par Caroline Bouet
Pages : 816
EAN : 9782258201569
Prix : 24.50 €


Présentation de l'éditeur


«Extraordinaire. » The New York Times
« Un livre de grande envergure. » The Times

Avant d’être portée disparue avec son biplan en 1950, Marian Graves aura passé sa vie à se jouer des règles imposées au « sexe faible ». Son lien indéfectible avec l’aventure et le danger s’établit dès ses premiers mois, quand elle est sauvée d’un paquebot en flammes. Puis, confiée à la garde d’un oncle fantasque dans le Montana, elle comprend à 12 ans qu’elle ne veut qu’une chose : piloter. Un rêve audacieux, mais si irrésistible qu’il la conduira à tenter un tour du globe par les deux pôles…
Bien des années plus tard, Hadley Baxter se voit confier le rôle de Marian dans le film qui retrace son existence tumultueuse. Un rôle à la mesure de cette starlette désabusée qui partage avec l’aviatrice une soif dévorante d’indépendance.
Portrait de femmes insoumises, fresque à la fois épique et intime, Le Grand Cercle est aussi un voyage à travers la première moitié mouvementée du XXe siècle, et un hommage à tous ceux qui explorent sans relâche les périlleux territoires de la liberté...

Maggie Shipstead



Sortie de Harvard avec un diplôme en littérature américaine, Maggie Shipstead est l’auteure de trois romans, tous publiés en France. Elle vit à Los Angeles. Véritable succès critique et commercial, Le Grand Cercle, finaliste du Booker et du Women’s Prize, est le livre de sa consécration.

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©(c) DR









Mon avis

Je suis contente d'avoir participé au jury du Prix du roman Fnac car sans cela je n'aurais jamais lu ce magnifique roman j'en suis certaine.  Pourquoi ?  La littérature américaine n'est pas mon terrain de prédilection et surtout les 816 pages qui peuvent décourager !  Et bien détrompez-vous, le volume n'est vraiment pas un argument car j'ai pris énormément de plaisir à découvrir ce roman passionnant qui retrace le destin de deux femmes éprises de liberté.


Marian Graves disparue avec son biplan en 1950 et en parallèle celui de Hadley Baxter en 2014 à Hollywood, celui d'une jeune starlette désabusée qui va incarner le rôle de Marian.  Deux destins intimement liés au final !

On remonte la vie de Marian Graves tout en remontant la grande Histoire du vingtième siècle.

Marian est née le 6 septembre 1914 à New York, elle échappe avec son frère jumeau, Jamie, à l'incendie du paquebot "Josephina Eterna".  Orpheline, élevée à Missoula chez son oncle Wallace, un peintre alcoolique désargenté.  Elle a très tôt la passion pour les moteurs et la mécanique.

C'est en 1927 qu'elle voit de près des avions pour la première fois et qu'elle décide qu'elle deviendra pilote.  Elle va très vite prendre son destin en main bien déterminée à voir le monde qu'elle a lu dans les livres laissés par leur père Addisson.

On revit l'histoire de l'aviation, la première tentative de traversée de l'Atlantique par Lindberg en 1929, la période de la prohibition, la grande dépression, la seconde guerre, Hitler et on retrouve des femmes aviatrices.

C'est passionnant.  Marian se mariera avec Barclay mais devra lutter pour conserver son indépendance, son mari voulant à tout pris la posséder et lui donner un enfant..

On suivra aussi le destin de son frère, un peintre et en parallèle les préoccupations d'Hadley qui l'incarnera au cinéma un siècle plus tard.

Asservissement de la femme, féminisme et besoin de liberté au programme.

Une belle aventure, un très beau roman que je suis contente d'avoir découvert.

Ma note : 8.5/10

Les jolies phrases

Puisqu'il peut vous surveiller à tout instant, un seul gardien suffit, d'autant plus que l'idée d'être surveillé compte encore plus que de l'être vraiment.

Elle était à un âge où l’adulte en devenir secoue les os de l’enfant qui le contient comme les barreaux d’une cage.

Une personne aussi célèbre que moi est un peu comme une immense créature marine ondoyante, un écosystème en soi qui nourrit une colonie de menu fretin avec les restes de nourritures qu'elle a sur les dents.  

Ce n'est pas vraiment ma faute si les gens sont trop bêtes pour faire la différence entre la réalité et la fiction.  

Les mères ne contrôlent pas tout, même si parfois nous aimerions. J'ai appris - trop lentement, certes, mais j'ai appris - que nos tentatives de contrôler les autres étaient dans l'ensemble  vouées à l'échec.

Depuis le mariage, elle se sentait figée comme un lapin dans l'ombre d'un faucon, ne sachant comment réagir, écartelée entre la haine qu'elle éprouvait à son encontre au nom de Wallace et sa volonté de l'aimer pour son bien-être à elle.

J'ai appris une chose : on n'aime pas simplement une personne, on aime la vision qu'on a de la vie avec cette personne. 

L'abandon blesse, même quand il est synonyme de liberté. 

Savoir ce que l'on ne veut pas est aussi utile que savoir ce que l'on veut. Peut-être plus.

Être attachée à des gens, c'est le coeur de la vie.  Mes enfants m'ont illuminée, ont illuminé le monde entier.  C'est un amour que tu n'imagines même pas.

Il a fallu qu'il connaisse la peur pour remarquer à quel moment elle s'envolait.



samedi 23 septembre 2023

Un tournage en enfer au coeur d'Apocalypse Now - Florent Silloray ♥♥♥♥♥

Un tournage en enfer au coeur d'Apocalypse Now - Florent Silloray   ♥♥♥♥♥













Casterman
Parution : 17 mai 2023
Pages : 160
Isbn : 9782203216532
Prix : 24 €


Présentation de l'éditeur


Le tournage réellement apocalyptique d’un des plus grands films du XXᵉ siècle


Philippines, mars 1976, début d’un tournage qui marquera l’histoire d’Hollywood : typhons, renvoi du premier rôle, climat détestable, maladie tropicale et drogue à gogo, caprices de stars et infarctus de l’acteur principal, dépression et paranoïa du réalisateur, budget incontrôlable et équipe en roue libre… Un enfer à l’origine d’un film culte ! Un tournage de plus de 18 mois. Un budget pharaonique qui met en faillite la Major qui produit le film. Plus de 300 km de pellicules tournées. 12 mois de montage. Une Palme d’or à Cannes en 1979.







Florent Silloray


Florent Silloray, illustrateur jeunesse jusqu'alors méconnu, a signé chez Sarbacane en octobre 2011 Le Carnet de Roger, adaptation des mémoires d'un soldat qui a passé la seconde guerre mondiale dans un camp de prisonniers (le même sujet que Tardi allait traiter après dans son Stalag IIB).
Il vit près de La Rochelle.

- Capa l'étoile filante chez Casterman en 2016



L'avis de mon mari


Apocalypse Now de Francis Ford Coppola est mon film préféré de tous les temps. Pourtant je l’avais découvert dans une version doublée en français dans mon cinéma de quartier à sa sortie en 1979. Mais ce film m’avait fasciné par son ambiance, ses décors, ses scènes spectaculaires de guerre et la prestation de Martin Sheen et de Marlon Brando.

Ce ne fut pas le premier film à aborder le sujet de la guerre du Vietnam. Coppola se fit couper l’herbe sous le pied par Michael Cimino et son ‘Voyage au Bout de l’Enfer’, Oscar du Meilleur film en 1979.

Cette BD est le making-of du film qui existe aussi sous forme d’un documentaire tourné par l’épouse de Coppola et qui fut le premier de la sorte.

Ce tournage a été des plus épiques démarrant en avril 1976 pour se terminer en mai 1977. Le film nécessita aussi des mois et des mois de montage, si bien que celui-ci n’apparaitra sur les écrans que le 15 août 1979 après avoir reçu la Palme d’Or à Cannes (ex-aequo avec ‘Le Tambour’).

Les situations sont tellement rocambolesques qu’elles en deviennent drôles. Peut-être Coppola âgé de 84 ans en rit-il aujourd’hui mais il a bien failli y passer lors de ce tournage, en complète dépression nerveuse et proche d’un divorce.

Quelques événements inattendus lors du tournage :

· l’acteur principal Harvey Keitel ne convient pas et est remplacé seulement deux semaines après le début du tournage par Martin Sheen, donc on retourne 2 semaines de séquences

· Coppola demande au président Marcos, le film étant tourné aux Philippines, 15 hélicos et pilotes pour lesquels Marcos lui facture….5 millions de dollars, le tiers du budget du film !!!

· Coppola doit hypothéquer ses biens pour boucler le tournage

· Martin Sheen qui fait un infarctus…à 36 ans !

· Les pluies et vents violents qui stoppent net le tournage pendant 6 semaines

· Les caprices de star de Marlon Brando

Aucun autre film Hollywoodien n’avait connu un tournage aussi chaotique et fou. Mais au bout du compte, un chef d’oeuvre absolu qui fut un beau succès et épongea les dettes de Coppola. Seulement un répit pour lui car son film suivant One from the Heart fut un bide colossal et l’obligea à revendre son studio Zoetrope.

Coppola travaille aujourd’hui après plusieurs années d’absence à un nouveau méga projet ‘Megalopolis’ (le bien nommé) qui devrait voir le jour en 2024 mais avec lui on n’est sûr de rien.

Superbe BD très colorée dans un style très particulier de coloriage qui rend bien l’atmosphère de l’époque et du tournage.

Coup de coeur  : 10/10 




vendredi 15 septembre 2023

Les terres animales - Laurent Petitmangin

Les terres animales  -  Laurent Petitmangin



 
















La manufacture de livres
Parution : 24/08/2023
Pages : 224
EAN : 9782358879996
Prix : 18.90 €



Présentation de l'éditeur



Il y avait là de petites villes avec leurs églises, quelques commerces, des champs, et au loin, la centrale. C’était un coin paisible entouré de montagnes et de forêts. Jusqu’à l’accident. Il a fallu évacuer, condamner la zone, fuir les radiations. Certains ont choisi de rester malgré tout. Trop de souvenirs les attachaient à ces lieux, ils n’auraient pas vraiment trouvé leur place ailleurs. Marc, Alessandro, Lorna, Sarah et Fred sont de ceux-là. Leur amitié leur permet de tenir bon, de se faire les témoins inutiles de ce désert humain à l’herbe grasse et à la terre empoisonnée. Rien ne devait les faire fléchir, les séparer. Il suffit pourtant d’une étincelle pour que renaisse la soif d’un avenir différent : un enfant bientôt sera parmi eux.

Laurent Petitmangin, toujours aussi bouleversant d’humanité, nous raconte les souvenirs indélébiles, les instincts irrépressibles et la vie qui toujours impose sa loi au cœur de ces terres rendues au règne animal.

L'auteur

Laurent Petitmangin est né en 1965 en Lorraine au sein d’une famille de cheminots. Il passe ses vingt premières années à Metz, puis quitte sa ville natale pour poursuivre des études supérieures à Lyon. Il rentre chez Air France, société pour laquelle il travaille encore aujourd’hui. Grand lecteur, il écrit depuis une dizaine d’années.

Ce qu’il faut de nuit est son premier roman.
Ainsi Berlin.


Source : La manufacture de livres










Mon avis

C'était un coin de nature paisible.  Aujourd'hui la forêt est juste magnifique, les couleurs sublimes, impossible d'imaginer qu'un accident nucléaire a eu lieu, et pourtant ...   

Ils ont cinq jeunes ; Fred et Sarah, Marc et Lorna et Alessandro. Ils n'ont pas voulu quitter les lieux après l'accident estimant que leur vie est là surtout pour Fred et Sarah près de Vic.  

Dans ce petit coin paisible, une communauté d'irréductibles est surveillée par des drones.  Un horizon de trois ans, c'est ce qu'ils ont pour vivre en autarcie.  De toute façon, foutu pour foutu... ils savent ce qui leur arrivera.  Ils respectent les protocoles de sécurité, les mesures des invisibles radiations, la combinaison, le masque .. l'iode, mais à quoi bon !

C'était leur choix de rester de ce côté du mur après l'accident, surveillés par les drones.  Leur vallée est tellement belle, la forêt magnifique et puis c'est l'amitié et la solidarité qui les animent.  Ils sont témoins de ce désert humain à l'herbe grasse, la nature foisonnante qui masquent l'ennemi invisible.

Les descriptions de la nature sont magnifiques, elles m'ont fait penser au très bel album d'Emmanuel Lepage "Un printemps à Tchernobyl".  

La communauté est unie, bien décidée à rester là jusqu'au moment ou  "un enfant va naître", ce qui va tout changer, une vie, un nouvel espoir...

L'écriture est limpide, c'est fluide.  La tension monte peu à peu dans l'écriture décortiquant les pensées de chacun, Fred pour commencer, s'exprime à la première personne,  cèdera sa place à chacun qui tour à tour nous donnera son ressenti.  C'est fort, prenant, un très beau récit emprunt d'humanité démontrant que la vie s'impose toujours dans ces terres au règne animal.

Un joli ♥ de cette rentrée.



Les jolies phrases

On ne soupçonne rien.  C'est le plus terrible de cette vie.  Se dire qu'on ne voit rien, et quand on ne voit rien, et quand on voit il est trop tard.  On ne discerne pas les radiations.  Tout est normal.  Bien trop normal, et c'est là le vertige.

On survole un territoire qui n'est que bleus, des bleus résineux, huilés, des trous bleus qui dévorent la lumière, des bleu horizon, des Prusse, des Charron, parfois des ondées de bleu barbeau, qui semblent plus claires.

Notre existence a beau être limitée, forcément limitée, je crois qu'on n'a pas envie de vivre dans un capharnaüm où plus rien n'aurait d'importance.  Les choses qu'on range seront là demain, et c'est déjà une bonne raison d'y prêter attention.  Cela n'empêche pas les coups de folie, les moments où tout ceci nous gave, où plus rien n'a de sens, et alors ça brûle, ça jette, ça casse, les murs en prennent pour leur grade, mais ce ne sont qu'éclats, on arrive à se raisonner, il y en a toujours un pour cela, souvent Alessandro ou Lorna, et on nettoie derrière, gentiment, patiemment, un peu contrits d'avoir perdu nos nerfs.

Ce sont nos instruments qui donnent la mesure qui nous attend dehors.  De longs bips tout en ronflement, des sons saccadés, une syncope de bruits métalliques qui n'en finissent pas dès qu'on met le pied dehors, l'impression de vivre sous respirateur, un carcan entêtant, sans fin, qui dit inlassablement qu'on a beau marcher et chercher, il n'y a jamais, jamais, de zone saine, sauf à l'intérieur des maisons, et encore, je crois qu'on n'a plus trop envie de savoir, on coupe nos engins dès qu'on est chez nous.  La vie serait impossible, s'il s'avérait qu'il y a nulle part où aller. 

L'air frais me saisit.  Ça sent bon.  Comme avant.  J'en prends plein les poumons.  On ne soupçonne rien.  C'est le plus terrible de cette vie.  Se dire qu'on ne voit rien, et quand on voit, il est trop tard;

Pense aux tranchées, mec.  On est dans une putain de tranchée.  On est comme eux. On sait que c'est désormais là que ça se passe. On sait qu'on va se faire dégommer, qu'on sorte, qu'on reste, mais c'est trop tard pour faire quoi que ce soit d'autre.  Ce sont les tranchées qui nous obligent. Rien d'autre.


Du même auteur j'ai lu

Cliquez sur la couverture pour avoir accès à l'article



mardi 12 septembre 2023

Post frontière - Maxime Gillio

 Post frontière   -  Maxime Gillio














Talent
Parution : 23 août 2023
Pages : 336
Isbn : 9782378153175
Prix : 21.90 €

Présentation de l'éditeur


Quand les frontières bougent, les destins vacillent

Patricia Sammer, journaliste au Tageszeitung, enquête sur les personnes ayant fui l’Allemagne de l’Est dans les années 1960. Inge Oelze, qui a franchi le Mur quarante ans plus tôt, accepte de lui raconter ses souvenirs : son enfance dans l’Allemagne dévastée de l’après-guerre, la fracture de son pays en deux blocs, son passage à l’Ouest et son engagement politique.
Mais, rapidement, leurs discussions tournent au jeu de dupes : à l’évidence, Inge dissimule une partie tourmentée de son passé, tandis que Patricia s’abrite derrière son article pour mener une quête beaucoup plus intime. Pourquoi autant de mystères entre ces deux femmes qui ne s’étaient jamais rencontrées ?

Passeur d’histoires dans l’âme, Maxime Gillio a écrit de nombreux romans policiers avant de bifurquer vers la littérature jeunesse. Pour écrire Post Frontière, un roman beaucoup plus personnel, il s’est inspiré d’une histoire vraie, intime et poignante. Avec une écriture prenante, il nous entraîne dans une quête mémorielle à travers l’histoire de trois femmes, ballottées au gré des époques et des méandres des frontières. Un roman aux cruelles résonances contemporaines.


Mon avis

C'est au départ d'une histoire vraie que Maxime Gillio a construit ce très beau roman.  Une très belle découverte de la rentrée dans le cadre de la présélection du Prix du roman Fnac.

On va suivre le destin de trois femmes à des périodes différentes.

-  Anna Fierlinger fin 1944 vit à Priesten en Tchécoslovaquie, c'est là qu'elle est née mais elle est allemande d'origine.  Son père qui avait oeuvré pour la paix entre la communauté tchèque et allemande fut d'ailleurs lâchement abattu en 40.

- Patricia Sammer en 2006 vit à Berlin.  Elle est journaliste au Tageszeitung.  Elle écrit un livre sur la période du mur et cherche des témoignages de fugitifs qui passés à l'Ouest au prix de leur vie sont revenus à l'Est.

- Inge Oelze, la soixantaine vit à Heideneau en 2006 va nous raconter sa vie à l'est, ce qui l'a motivée à passer à l'ouest et à revenir.

Le récit est passionnant, peu à peu des liens se tissent, on s'accroche aux personnages.  L'écriture est vraiment prenante tout comme ces voyages dans le temps qui donnent du rythme au récit.  Un livre qu'on dévore.

J'aime quand un livre me donne envie de faire des recherches en parallèle, de découvrir des choses et c'est le cas ici. On parle en effet peu souvent des Sudètes, ces allemands déplacés, intégrés dans des villages comme ici en Tchécoslovaquie.  De véritables pogroms, un déferlement de haine contre eux à la fin de la guerre résonne tellement avec notre époque.  Je suis toujours sidérée par le peu d'humanité de notre société. 

On apprend aussi sur les camps qui les rassemblaient en Tchécoslovaquie et ailleurs - j'ai pensé au camp des milles décrit dans le dernier roman d'Ariane Bois "Ce pays qu'on appelle vivre" .  On ressent la haine, l'humiliation, il décrit les mauvais traitements subis, la torture uniquement sur des personnes de part leur origine sans faire la part des choses avec la réalité.

L'auteur décrit la RDA, ses valeurs au niveau du peuple, la solidarité, les privations de liberté imposées au nom d'une idéologie, j'ai pris conscience que ces gens devaient parfois attendre plus de 10 ans pour avoir le téléphone ou une Trabant, que l'orientation de leurs antennes de télé était consignée et utilisée pour les surveiller.

Un autre aspect évoqué dans ce foisonnant roman est la période activiste de la RAF, la fraction d'armée rouge vers 1977.  C'est passionnant, bien rédigé.  On le dévore.

Un excellent roman de la rentrée qui a tous les attraits pour plaire.

Ma note : 9.5/10



Les jolies phrases

J'ai toujours détesté les dictons populaires. S'il y en a un que j'exécre par-dessus tout, c'est celui qui dit le temps atténue les douleurs et que même les chagrins les plus forts finissent par s'estomper; 


samedi 9 septembre 2023

Le dernier amant - Oscar lalo

Le dernier amant -  Oscar lalo





















Récamier
Parution : 24/08/23
Pages : 304
Ean : 9782385770013
Prix : 20 €


Présentation de l'éditeur

Au commencement, Dieu créa les cieux et la terre. C’est-à-dire, toi. Tu es tout ça. Matière et lumière. Bien que Dieu t’ait façonnée pour le désir, tu es de plus en plus inerte sous mon corps en rut. Je n’en finis pas de baiser ta dépouille. Plus je te consomme, plus tu te consumes.

Le dernier amant, c’est celui qui savait mais qui a continué. Un homme qui, sous prétexte d’aimer sa femme, l’a brutalisée des années durant jusqu’à finir en prison. Un homme qui, sous prétexte d’aimer sa terre mère, l’a exploitée jusqu’à détruire ses écosystèmes. Deux tristes facettes d’un seul et même être, coupable d’aveuglement, de négligence et de maltraitance envers autrui et, finalement, envers lui-même. À travers l’histoire de ce narrateur, Oscar Lalo superpose magistralement deux lectures de la violence : celle faite aux femmes et celle faite à la nature.

Oscar Lalo


Vous trouverez ici ou là des éléments biographiques ; ils sont tous faux. En effet, toutes les vies que l’on expose sont toutes plus apocryphes que celle que l’on garde pour soi afin de la vivre dans l’écrin feutré de sa propre intimité. À l’instar de Claude Simon pour lequel le sujet de ses livres c’était le style, l’essence de ma vie se trouve dans mes livres. Si vous parvenez à les lire sans m’y chercher, vous m’y trouverez tout entier.


sur le site de l'auteur ici







Mon avis

Une nouvelle maison d'éditions, Récamier, fait sa première rentrée avec Oscar Lalo, une plume que j'affectionne particulièrement depuis son tout premier roman.

C'est un livre fort, un plaidoyer pour la sauvegarde de notre belle terre, qui dénonce les dérives de notre société.  C'est une prise de conscience de notre narrateur, un éveil à son ignorance. 

"Le dernier amant" c'est l'homme qui sous le prétexte d'aimer sa femme, l'a brutalisée des années durant, c'est l'Homme qui sous le prétexte d'aimer sa terre mère, lui a pris ses ressources et a détruit son écosystème.

Il prend aujourd'hui conscience du monde qu'il laisse à ses enfants, aux générations à venir qui découvriront un monde que l'on ne connaît pas encore par sa faute. 

C'est une double lecture qui nous est proposée sur la violence faite aux femmes mais aussi celle faite à notre planète.  C'est fort, puissant.  L'écriture est ciselée, poétique et nous met face à nos réalités.  Un plaidoyer d'un grand réalisme dont le contenu pourrait se rapprocher de l'essai mais est plus que cela de par sa forme.  C'est très réussi et captivant.

On a tellement de signaux que personne n'écoute, on continue à consommer à outrance, victimes du capitalisme, quand comprendrons-nous qu'il faut pouvoir se remettre en question ?  Changer nos habitudes et comportements ?

Nos actes, nos actions ont un poids, comme ce que nous mangeons, la vie que l'on mène en virtuel via les réseaux au détriment de l'humain.  La liberté n'est-elle pas ailleurs ? que de vouloir toujours accumuler plus de profit, et cultiver la culture de l'ignorance via les réseaux ?

Ça claque, ça secoue, ça fait réfléchir et la forme est très belle. Lisez-en quelques extraits, c'est un récit tellement essentiel, un plume qui marque.

Ma note : 9.5/10


Les jolies phrases

Tes pleurs sont mon alcool.  Ils m'enivrent.  Verse-m'en encore une larme.

Nous n'avons pas décidé de nous suicider individuellement, mais collectivement.  La race humaine est une secte, capable de croire à l'innocence d'un crime en se prosternant devant son investigateur qui n'est autre qu'elle-même.  Baîllonnée, réduite à un cri nasal, rendue mutique par sa propre voracité, elle assentit, telle une proie, au présage d'une mort docile. 

Des magiciens disent que je me fais du souci pour rien.  Que la technologie va me sauver.  Et toi dans la foulée.  Après t'avoir macroprocessée, il suffirait de te microprocesser.  Mon intelligence m'ayant fait défaut, ils viennent d'en créer de l'artificielle.  Elle est censée te surveiller au plus près.  Pour l'instant, c'est moi qu'elle surveille.

Même la nourriture est dégriffée.  Forcément, c'est toi qui paies ! Je fais comme si tes réserves étaient pleines.  Je me sers de toi comme d'un buffet.  Et toi, mère nourricière, tu n'en finis pas de donner tout ce que tu as.  Tout.  Chaque année, j'exige de plus en plus tôt que tu me donnes ce dont tu n'as déjà plus.  L'an dernier, ton buffet était vide le 5 ami.  Alors, j'ai tapé dans ton frigo.

Après avoir vidé ton frigo, j'ai puisé dans ton congélo.  Je continue à prendre ton hospitalité pour un dû.  Je fais fondre toute ta glace, assèche ton puits, brûle ton bois et brade tous tes biens.  Jusqu'à ce qu'apparaisse ton corps nu.  Sa coquille craquelle de toutes parts.  Tes ecchymoses annoncent ma déchéance.  Ton sein froissé ne m'accueille plus. Je finirai sans sépulture.  Grillé au soleil qui régnera en maître. Exposé au regard du dernier vautour dont je serai le dernier repas.  Ce sera lui mon dernier amant.  Le vautour qu'avec toi j'ai été.  

Les mecs demandent toujours une deuxième chance à la femme qu'ils ont abusée.  Ils ne comprennent pas qu'ils en sont à la dixième et que la chance n'est plus de la patrie.  

Orphelin de fille, je me suis rapproché de ma vieille mère.  Programmée ou pas, son obsolescence se traduit par des histoires qui tiennent chaud.  Elle les raconte en boucle. Elle aurait perdu la mémoire. Ça tombe bien : il est hors de question qu'elle se souvienne de sa petite-fille.  De toute façon, à l'hôpital, on m'a répondu qu'à cet âge-là on ne réparait plus.  J'ai sorti ce qui venait "une mère de rechange ça n'existe pas", "elle n'est pas jetable", "je n'ai plus les moyens d'en acheter une neuve". Depuis que j'ai perdu celle qui me suit, je ne sais plus où aller.  Si je perds celle qui me précède, je ne saurai plus d'où je viens.  Si tu m'abandonnes à ton tour, je ne saurai plus où je suis.  Jure-moi que tu n'es pas à l'origine du démantélement des femmes de ma vie.

Consommer, cette tache de naissance qui froisse l'aube.  Un jour, peut-être, nous cesserons d'empiler des tee-shirts jetables et réduirons notre armoire en sortant chiner un tee-shirt façonné par un voisin.  Passer un t-shirt imbibé de conteneurs à enfants à un t-shirt auquel nous pourrons serrer la main.  Par un chemin dérobé, se démarquer des marques luminescentes.  Se recueillir devant leur chair plastifiée.  Arrêter de gaver leur aquarium de tee-shirts à peine portés.  Le placard de leurs vêtements d'hiver est depuis longtemps une tombe qu'ils ne visitent plus.

Au tribunal, tu as soutenu que notre présent n'avait jamais été.  Tu as aussi affirmé que notre passé décomposé avait duré trop longtemps. De ce trop long voyage, je tire la leçon que mon amour pour toi n'est plus qu'un paysage rangé dans un tiroir dont je jette la clef pour garder la raison.

Tu sais combien j'ai aimé notre relation virtuelle.  C'était si pratique de pouvoir t'allumer, te consulter et t'éteindre à tout moment.  Pratique de te bloquer, de t'effacer, de te ressusciter, et de te faire taire sans que tu en prennes ombrage.  Tellement moins contraignant que d'avoir à te faire face, t'écouter, porter la croix de notre interdépendance.  c'était pratique de fixer mon écran qui me bombardait de photos de toi d'avant ton délitement. Pratique de t'éviter telle que tu es. Je t'aurais perdue sans t'avoir connue. 

Je réalise que j'ai tué notre fille par négligence, par ignorance, par désintérêt; dilapidé sa vie par inattention.  J'ai arboré mon ignorance comme une innocence.  J'ai approuvé des guerres qui me donnaient des réponses à des questions qui n'étaient pas les leurs ; ni les tiennes d'ailleurs. J'ai lancé : "Qui aime bien câtie bien!" Au mieux, j'aurai prouvé que je ne suis pas le seul à t'avoir câtiée.  Les amants irascibles, bestiaux, violents, tu les auras collectionnés.  Ils sont mon miroir et je les hais pour ça. Leurs bruits de bottres résonnent jusqu'au fond de ma cellule. 

Comment dire à ses propres enfants que les parents qui leur ont donné la vie sont leurs assassins? Comment leur expliquer que les milliards de victimes déjà en joue sont elles aussi les milliards de criminelles dont ils sont les victimes ? Qui dénoncer lorsqu'on est réduit à porter plainte contre soi ?  Comment construire ce récit insensé où les méchants sont les gentils ?


jeudi 7 septembre 2023

Strange - Geneviève Damas

Strange  -   Geneviève Damas



 
















Grasset
Parution : 23/08/2023
Pages : 180
Isbn : 9782246834977
Prix : 18.50 €

Présentation de l'éditeur

Un roman bouleversant sur l'identité, mais aussi sur le passage à l'âge adulte, le perfectionnement d'un art, le renouement avec l'acte d'aimer.

Il y a des choses que l’on écrit parce qu’on n’a pas pu les dire. Nora envoie une longue lettre à son père, qui vit dans une autre ville. Cette ville, elle l’a quittée pour apprendre le chant à Bruxelles. Mais aussi pour autre chose. « Ma vie n’est pas exactement comme je te l’ai racontée. »
L’enfant que connaît ce père était un « il ». Il se prénommait Raphaël. Tout ce que le père ignore, le voici, depuis l’enfance, la mort de la mère. Les déguisements que portait le petit garçon. Les princesses qu’il dessinait. Les brutalités subies dans la cour du collège. Les mensonges. La douleur. Et puis, un jour, une lumière : le chant. Et le départ. Et ce que Nora est devenue, sa nouvelle vie. Voici un sens inédit ajouté au « Je est un autre » de Rimbaud.
Loin d’être une lettre d’amertume, de vengeance ou de règlement de comptes, la lettre de Nora est une lettre d’amour. Lettre d’amour à un père, dans l’espoir qu’il comprendra. Lettre pour s’aimer soi-même, aussi, enfin.
Un roman bouleversant, et d’autant plus qu’il évite les excès de la plainte comme de la caricature, sur l’identité, mais aussi sur le passage à l’âge adulte, le perfectionnement d’un art, le renouement avec l’acte d’aimer.

Geneviève Damas





© Ovni

Après une licence en droit, Geneviève Damas suit une formation de comédienne à l'IAD puis se tourne vers différents métiers du théâtre où elle est comédienne, metteuse en scène, adaptatrice puis autrice dramatique. Pour mettre en œuvre son projet artistique, elle crée en 1998 à Bruxelles la compagnie Albertine qu’elle anime depuis lors.

Autrice d’une vingtaine de pièces de théâtre, elle en a publié sept aux éditions Lansman.

En 2004, son texte dramatique, Molly à vélo, reçoit le Prix du théâtre/meilleur auteur 2004, ainsi que le Coup de cœur des lycéens de Loire-Atlantique 2006 et STIB, publié en 2007, le Prix du Parlement de la Communauté française. Elle est également l’autrice de cinq romans et d’un recueil de nouvelles. En 2011, son premier roman Si tu passes la rivière (Luce Wilquin) reçoit le Prix Victor Rossel 2011, le Prix des cinq continents de la francophonie 2012, la Plume d’Or du premier roman en 2012, ainsi que le Prix du roman de la ville de Seynod en 2013.

Jacky publié en 2021 est son troisième roman aux Éditions Gallimard.


Source : Bela


Mon avis

Cela fait 5 mois que Raphaël n'a plus vu son père à cause de la pandémie.  Il est plus que temps de lui dire aujourd'hui ce qu'elle n'a jamais su lui dire : Raphaël est aujourd'hui Nora.

Une longue lettre, un grand témoignage d'amour à son père, maton qui pourtant en a vu d'autres, pour enfin lui expliquer ses souffrances subies sa vie durant.

C'est poignant, bouleversant.  Nora lui raconte ce qu'elle a toujours subi depuis l'enfance, depuis la mort de sa mère, depuis toujours, cette différence.  Cette honte, ces souffrances, insultes et j'en passe.. gardées au fond d'elle-même pour ne pas choquer ou décevoir son père adoré.

Il faut dire que vivre dans un petit village des Ardennes où tout le monde se connaît et subir le jugement de tous ne facilitait pas les choses.  Ce n'est qu'en venant à Bruxelles pour étudier le chant que peu à peu, Nora a pris conscience de qui elle était et a enfin décider de rétablir son identité.

Un récit bouleversant sur les chemins de la transition et de la difficulté qui existe encore aujourd'hui dans le regard d'autrui. L'écriture est belle, juste, prenante, bienveillante.

Indispensable ! 

Les jolies phrases

Il y a ce que je suis et ce que tu vois !

Mettre les gens dans des cases est absurde.

Toute la beauté, l'harmonie qui me font défaut, je tente d'en parer les autres.

La transition est un voyage, la vie aussi.  Si tu t'arrêtes, tu meurs.

Depuis l'enfance, j'aime me déguiser.  Déguiser n'est pas le mot.  Aimer, non plus.  Disons que j'ai un besoin vital et irrépressible de porter des vêtements qui me correspondent.  Des habits féminins.  Quand je les passe, comme lorsque je joue le rôle de la Marquise, je me sens à ma place.  Avec le sweat warrior que tu aimais tant et mes baskets noires, je me suis toujours trouvé à côté.
Si j'étais né dans le corps d'une femme et si je m'habillais en homme, personne ne trouverait à y redire.  Peut-être même que personne ne le remarquerait.  L'inverse est saugrenu, grotesque, laid.  Pourquoi ?  C'est le même geste pourtant.

Dans la vie que toi et moi menons, les mots manquent pour exprimer ce que je suis.  "Garçon" ne me convient pas. "Fille" est-il adéquat, si je n'en ai ni le corps, ni la voix ?  Il faut que je me trouve une langue où exister.

Elle ajoute que certaines personnes ont besoin de temps pour comprendre ce que traversent les gens comme moi ; mais, parfois, les murs sont à l'intérieur des têtes, la personne en transition s'imagine le pire et n'ose s'affirmer, alors que l'entourage est bienveillant.  


Du même auteur j'ai lu

Cliquez sur la couverture pour avoir accès à l'article

 

  











mardi 5 septembre 2023

Prélude à son absence - Robin Josserand

 Prélude à son absence  -  Robin Josserand




















Mercure de France
La Bleue
Parution : 17 août 2023
Pages : 168
EAN : 9782715262126
Prix : 168


Présentation de l'éditeur

Je crois qu'il faut écrire avec la verve de l'adolescence, seulement nous raconter nous, Sven et moi, le tragique de cette histoire, mon désir sale, ambigu, mauvais. Il faut enfin écrire la grâce de cet amour dont il ne veut pas et qui l'encombre.Le narrateur, trente ans, travaille dans une bibliothèque. Lorsqu'il aperçoit Sven, il est subjugué. Ce jeune homme qui fait la manche assis par terre, le visage livide et émacié, lui fait penser à un jeune Glenn Gould fatigué. Ou à un animal sauvage. Le lendemain, Sven n'est plus...


Mon avis

Robin, le narrateur a 30 ans, il travaille en bibliothèque à Lyon.  Un soir, en rentrant chez lui, il croise Sven, un jeune homme mendiant dans la rue.  Il lui fait penser à Glenn Gould.

Mélancolique, il espère le revoir le lendemain, cet homme lui manque.  Il veut le revoir, cela devient une nécessité.  Ils vont jouer au chat et à la souris, se revoir, se perdre à nouveau.

Jeu de la séduction, parallèle avec la musique de Glenn Gould mais aussi et surtout la poésie, la littérature de Jean Genet.  Les livres les rapprochent.

Ce désir de Robin se mue en obsession.

Dans la seconde partie, le départ pour l'île de Groix, en voie pour un rapprochement des corps ??

Entre attirance et dégoût, deux mondes différents se croisent sur un fond de mélancolie du piano, des oeuvres musicales et littéraires.

C'est un roman intimiste à la plume belle, juste, romantique.  Elle nous fait vivre les espoirs, les attentes du narrateur qui a besoin de Sven pour prendre la plume.  On ressent la tension dans l'écriture, la tension du désir, l'attirance, l'attraction vers Sven, vers le sexe identique.  Un désir qui devient une obsession pernicieuse.   Ce roman est à la fois sombre et lumineux.  J'ai pris du plaisir à le lire.

Ma note : 8/10

Une lecture dans le cadre de la présélection du prix du roman Fnac


Les jolies phrases

Si l'écriture est une réaction à l'intolérable de l'absence, alors je vais beaucoup écrire.  

Le désir se transforme en obsession pernicieuse.  Besoin impérieux de le voir.  Entendre mon téléphone sonner, le sentir vibrer quand il ne vibre pas.  Vouloir le bazarder à la première occasion parce qu'il n'appelle pas - concernant l'obsession amoureuse, le téléphone est un objet cruel, un instrument de torture, pourvoyeur de mirages, témoin de l'attente, silencieux et coupable.  Garder ses mégots.  Lire Genet avec l'espoir stupide de lire, au même moment, la même phrase.  Ne pas quitter le canapé où il a dormi.  Attendre c'est moisir, se faire avoir.  Que fait-il ? Pourquoi n'appelle-t-il pas ?

Je suis un cadavre au soleil sur lequel s'acharnent les vautours.  

samedi 2 septembre 2023

Bilan de lecture d'aôut

 Bilan de lecture d'août 2023




Un mois d'août en mode préparation café littéraire.  En fait j'avais très envie de lire le dernier roman de Lize Spit qui était l'invitée de l'Intime Festival et que j'aurai le plaisir de recevoir en octobre.  J'ai donc pris le temps de lire ce gros roman passionnant en vue de la préparation de mon café littéraire d'octobre. 

J'ai continué sur ma lancée pour celui de septembre avec deux relectures de Brigitte Guilbau qui me fera l'honneur d'être mon invitée le 21 septembre prochain.  


Il y avait aussi "L'intime Festival" du 18 au 20 août, un week-end sans lecture  mais rempli de littérature, de belles rencontres.  A cette occasion j'avais lu le très beau "Les nageurs de la nuit" de Tomasz Jedrowski


Le reste en images.



Un magnifique plaidoyer pour notre planète mais pas que !  Une plume que j'aime beaucoup

.




Un immense coup de coeur pour cet album de Zelba qui aborde la nudité des femmes dans l'art, en collaboration avec Le Louvre éditions et Futuropolis


Très beau premier roman que je vous conseille vivement !



Quelle claque ! quelle plume !  un joli thriller qui aborde la folie !




L'amour au quotidien.  Que c'est beau ! c'est du Bégaudeau !



Si vous êtes dans la région de Wavre le 21 septembre prochain, venez on en discutera ensemble avec l'autrice.







Comme toujours, en cliquant sur la couverture, vous avez accès à ma chronique si elle a déjà été publiée.


Mise à jour mensuelle de la page.


Belles lectures.