J'ai arrêté Otto Abetz - Maxime Germain/Didier Eisack
Les Presses de la Cité
Parution : 29/01/26
Pages : 98
Scénario : Didier Eisack
Dessin ; Maxime Germain
Isbn : 9782258210103
Prix : 21 €
Présentation de l'éditeur
Joachim Eisack. Sa mission : traquer les nazis. L'histoire vraie d'un héros méconnu.
Seconde Guerre mondiale. Joachim Eisack, un Juif allemand réfugié dans la région lyonnaise, s'engage dans la Résistance. Après avoir participé à la libération de la France en 1944, il retourne en Allemagne comme inspecteur de la Sûreté pour dénazifier la zone française occupée de Säckingen. C'est là que, seul, il remonte la piste qui le conduira à découvrir où se cache, sous une fausse identité, Otto Abetz, ex-ambassadeur du Reich en France et général de la SS. Il orchestrera son arrestation le 25 octobre 1945 et contribuera à retrouver le trésor du Werwolf (tableaux spoliés, documents secrets, argent et or...), destiné à fomenter une résistance nazie après guerre. Abetz sera condamné à vingt ans de travaux forcés, mais gracié par le président Coty quelques semaines avant le décès de Joachim – qui, lui, ne sera jamais récompensé.
Mon avis
Didier Eisack est le petit-fils de Joachim Eisack, un Juif allemand habitant dans la région lyonnaise, engagé dans la résistance sous le nom de Richard Ezac. A la fin de la guerre, il retourne en Allemagne comme inspecteur de la sûreté avec pour mission de dénazifier la zone française occupée. Il traquera de nombreux SS et en particulier Otto Abetz, l'ambassadeur du 3ème Reich.
Abetz était un personnage central de la collaboration du régime de Vichy, à l'origine de la spoliation des biens Juifs. Il avait accumulé le trésor du Werwolf, argent, tableaux, documents qui sera recherché par Ezac.
Didier Eisack a raconté l'histoire de son grand-père dans un livre, cette adaptation graphique par Maxime Germain est intéressante, ce sujet étant relativement discret en bd.
J'avoue avoir été un peu perturbée par les allers retours temporels, le découpage est parfois un peu confus pour le lecteur mais globalement j'ai beaucoup aimé ce récit très documenté. Le choix du bicolore est efficace, l'utilisation des couleurs froides (bleus sombres/gris ) reflète parfaitement l'atmosphère oppressante. Des touches de rouge vif accentue avec force la situation. Le dessin est réaliste, épuré.
J'ai aimé les poches "docu historique" disséminées dans le livre ainsi que le cahier très documenté à la fin de l'album.
Il est important de mettre en avant des faits historiques comme ceux-ci, et en refermant l'album, un sentiment de révolte par rapport au sort de Abetz et la non reconnaissance des actes de Eisack.
Ma note : 8.5/10
L'avis de mon mari
Cette BD est l’adaptation de l’ouvrage de Didier Eisack
publié en 2022. Didier est le petit-fils de Joachim Eisack, citoyen juif
allemand qui a quitté l’Allemagne avec sa femme et ses 6 enfants en 1933 pour
vivre en France. Il va être interné en 1939 comme ennemi de la France et va
s’engager dans la Légion Etrangère pour ensuite entrer dans la résistance
française en 1942.
Otto Abetz était un proche de Hitler et fut nommé comme
ambassadeur allemand en France. Il met en place des lois spoliant les Juifs avec
la collaboration de Vichy. En 1945, le sergent Joachim Eisack , appelé Ezac
pour franciser son nom, va recevoir la mission de traquer Otto Abetz. Celui-ci
s’est réfugié avec d’autres nazis dans la campagne allemande. Il va aussi
cacher le ‘Trésor de Werwolf’, argent reçu de Ribbentrop, ministre des affaires
étrangères du Reich, pour les groupes nazis en Forêt-Noire.
Joachim est donc à la recherche d’Abetz mais aussi de
l’argent caché (66 millions de francs français de l’époque).
Une BD qui se lit rapidement comme un suspens mais qui
surtout nous en apprend beaucoup sur ces personnes méconnues que furent Joachim
Eisack et Otto Abetz. Car si l’on connait le nom des hauts dignitaires nazis,
celui d’Abetz m’était personnellement inconnu. Des dessins en bleu gris et
blanc, une construction des cases assez rapide, parfois trop; on a l’impression
que des morceaux de l’histoire manquent.
Dans l’ensemble, une BD très enrichissante si l’on
s’intéresse à la seconde guerre complétée par un dossier bien documenté en fin
d’ouvrage.
Retour sur le mois de mars, un livre manque sur la photo celui de Caroline Allan, c'était son café littéraire le 17 mars dernier.
Mars c'était aussi l'adaptation de son livre jeunesse co-écrit avec Alex Vizorek "L'histoire du suppositoire qui rêvait d'échapper à sa destinée" en comédie musicale.
Une lecture musicale de la compagnie Albertine de "Haute-folie" d'Antoine Wauters , la rencontre de Salomé Saqué dans le cadre de "Women Wavre" et puis surtout la foire du livre de Bruxelles et la remise des trois jurys du Grand prix des bloggeurs.
Côté lectures, ce récit bouleversant de Myriam Spira qui nous parle d'un sujet peu abordé en littérature, le poids de la transmission, du transgénérationnel, du trauma de la Shoah. C'est lumineux, un texte magnifique !
Un album pour les plus petits
Un roman graphique un peu dystopique, des complexes, on en a tous ! On veut les gommer parfois, jusqu'où s'arrêter ? Bienvenue dans "Le complexe" où le corps devient une marchandise et un terrain d'exploitation. Glaçant.
J'ai relu ce chouette petit roman qui aborde la vieillesse autrement, dans le cadre de "Familles choisies" thématique des Nuits d'encre
Roman graphique à lire absolument, il fait le lien entre le Liban et Paris par le biais d'une correspondance dessinée.
Discussions entre une mère et sa fille. Un roman drôle et mordant interroge aussi le rapport au féminisme à tous les âges.
Une nouvelle plume, Un petit roman, un conte que j'ai adoré !
Deux avis pour un graphique !
Une plume magnifique, un roman auquel on pense longtemps après l’avoir refermé.
Immersion dans un journal de bord d'une première année dans l'enseignement, il se lit comme un roman. Très intéressant.
J'espère vous donner l'envie d'en découvrir.
Comme à chaque fois, mon article est accessible en cliquant sur la couverture après publication de l'article.
Cette rubrique est mise à jour chaque mois.
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Le meilleur moment de la journée - Eglantine Ceulemans
Les arène jeunesse Parution : 5 février 2026 Pages : 44 Isbn : 979-10-375-1524-7 Prix : 14.90 € A partir de 3 ans
Présentation de l'éditeur
Dans chaque journée se cachent des bonheurs minuscules.
C’était quoi, toi, le meilleur moment de ta journée ?
Une question toute simple qui invite les enfants à revenir sur les bonheurs minuscules qui font les grands moments d’une journée.
Eglantine Ceulemans
Églantine Ceulemans est née en 1989. Diplômée de l’école Émile-Cohl (2007-2012), elle travaille dans l’animation et la publicité mais s’investit avant tout dans l’illustration jeunesse. Ses ouvrages sont publiés par de nombreuses maisons d’édition telles que Flammarion, Sarbacane, Bayard ou Little Urban.
Mon avis
Au moment de se coucher, c'est un petit rituel, papa demande toujours : quel a été le meilleur moment de ta journée? Un super moment pour refaire défiler les événements de la journée, que ce soit une petite chose futile, cocasse, qu'il s'agisse d'une bêtise, d'un fou rire, un moment chez le boulanger, en famille, avec des amis, c'est l'occasion de prendre conscience de ces petits moments de joie, d'insouciance. Un petit rien peut devenir pour un enfant un moment inoubliable.
J'ai beaucoup aimé la multitude de détails dans les jolis dessins d'Eglantine. Le dessin est savoureux, coloré, expressif.
De la même autrice j'ai lu
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Gallimard La Blanche Parution : 15/01/26 Pages : 336 ISBN : 9782073113252 Prix : 22 €
Présentation de l'éditeur
« Les gens ne comprennent pas. Ils pensent que j’exagère. Mais en fait, je cherche quelque chose qui a disparu. Quelque chose de pur, de limpide… qui n’existe plus. »
Qui est Romane Monnier ? D’elle, il ne reste qu’un téléphone portable. Des notes, des messages, des souvenirs, des enregistrements, autant de traces confiées à un inconnu, un samedi soir dans un bar.
« Avec ce portrait d’une femme mystérieusement disparue, Delphine de Vigan signe un roman extra-lucide sur l’époque et ultrasensible sur la jeunesse d’aujourd’hui. Le dispositif romanesque est aussi vertigineux qu’efficace. » Elle
« Par un habile jeu de miroirs, Delphine de Vigan cerne nos intimités. Elle s'interroge sur ce que l'époque fait de nous. » France Inter
« Delphine de Vigan construit un beau roman prenant et spéculatif, qui scrute et interroge nos vies à l'ère numérique. » Télérama
« Un roman porté par une écriture fluide, une construction originale et un héros très attachant, qu'on a du mal à lâcher. » Le Parisien
« L’un des plus beaux romans de Delphine de Vigan. Personnages attachants, composition virtuose, myriade de styles, enquête prenante, questionnements vertigineux. Le livre événement de la rentrée. » Paris Match
« Ce sont deux quêtes de vérité et de liberté que retrace ce roman mélancolique, doux et inquiet sur deux personnages en crise. » Le Monde des Livres
« Delphine De Vigan n’a pas son pareil pour raconter l’impact des dérives sociétales sur notre intimité. Si vous ouvrez Je suis Romane Monnier, vous ne le lâcherez pas. » La Tribune Dimanche
« Une œuvre contemporaine, fine et troublante, sur l'identité et le regard des autres. » Télé 7 Jours
Delphine de Vigan est une romancière française née le 1er mars 1966 à Boulogne-Billancourt. S’étant mise à l’écriture sur le tard, elle connaît son premier grand succès en 2007 avec No et moi. Appréciée autant du public que des critiques, l’auteure n’a cessé de gagner en popularité depuis lors. Des débuts discrets
Née en 1966 à Boulogne-Billancourt, Delphine de Vigan rêve depuis toujours de devenir écrivaine. Elle suit d’ailleurs une formation au CELSA (Centre d’études littéraires et scientifiques appliquées). Son désir d’écriture est toutefois mis de côté puisqu’elle entre sur le marché du travail en tant que directrice d’études dans un institut de sondage.
N’abandonnant pas son rêve, elle s’attelle à l’écriture au moins deux heures tous les soirs en rentrant du travail. En 2001, elle publie ainsi son premier roman, Jours sans faim, sous le pseudonyme Lou Delvig. Après ce récit autobiographique, elle poursuit sur sa lancée et prend confiance en sortant sous son vrai nom le recueil de nouvelles Les Jolis Garçons et le roman Un soir de décembre, en 2005.
Premier succès
Grâce au bouche-à-oreille, l’auteure parvient à toucher un public de plus en plus large, jusqu’à connaître son premier triomphe commercial avec No et moi . Un an plus tard, Delphine de Vigan est licenciée de son entreprise et se consacre enfin entièrement à sa passion.
Vivant désormais de sa plume, elle enchaîne les succès avec Les Heures souterraines en 2009 et Rien ne s’oppose à la nuit en 2011.C’est à cette époque qu’elle rencontre son compagnon actuel, l’animateur et critique littéraire français François Busnel. S’essayant brièvement à la réalisation de film en 2014 avec la comédie À coup sûr, elle fait son retour en force sur la scène littéraire en 2015 avec D’après une histoire vraie. Entre fiction et réalité
Depuis ses débuts, Delphine de Vigan s’inspire des épisodes de sa vie privée pour imaginer ses romans. Après avoir abordé son anorexie dans Jours sans faim, elle se livre à cœur ouvert sur les tendances suicidaires et les troubles maniaco-dépressifs de sa mère dans Rien ne s‘oppose à la nuit. Elle va même jusqu’à semer le doute auprès de ses lecteurs avec D’après une histoire vraie, un thriller psychologique dans lequel une écrivaine à succès dénommée Delphine se retrouve tétanisée par la peur de la page blanche.
Si elle n’a pas encore obtenu le Goncourt, pour lequel elle a déjà été nominée deux fois, Delphine de Vigan s’est vu décerner plusieurs récompenses majeures depuis la publication de No et moi, pour lequel elle a reçu le Prix des libraires 2008 et le Prix du Rotary international 2009. Son roman le plus primé à ce jour reste Rien ne s’oppose à la nuit, couronné du Prix du roman Fnac, du Prix des Lectrices Elle, du Prix du roman France Télévision et du Prix Renaudot des lycéens. D’après une histoire vraie a quant à lui reçu le Prix Goncourt des lycéens et le Prix Renaudot. Zabou Breitman a ainsi adapté No et moi à l’écran en 2010, tandis que Roman Polanski a sorti la version cinématographique de D’après une histoire vraie en 2017.
Thomas a 47 ans, tout va bien pour lui, il n'est pas malheureux. Léo sa fille vient de quitter la maison, il a son commerce de reproduction d'images, son pote Nathan qu'il retrouve chaque semaine au bistrot "La Malice" pour refaire le monde. Il est comme nous tous, accro à son téléphone et le lendemain matin d'une soirée bien arrosée il est perdu lorsqu'il se rend compte que ce n'est pas le sien qu'il a avec lui mais sans doute celui de sa voisine de table d'hier.
Un petit vent de panique le parcourt car que faire sans ce petit objet qui dirige un peu nos vies ? Il s'appelle et une jeune femme le rassure, elle le lui fera livrer ce jour, elle précise qu'il peut garder le sien, quasi neuf, qu'elle n'en a plus besoin.
Quelle n'est pas sa surprise lorsqu'il se rend compte qu'en plus de son téléphone, il y a les codes d'accès de l'inconnue.
Thomas est intrigué, étant à un tournant de sa vie, il va avoir le temps et l'envie de comprendre qui est la jeune femme qui lui a laissé son portable, laissant derrière elle dans ce petit appareil, un pan entier de sa vie. Il va peu à peu être obsédé par cette femme, Romane Monnier et explorer ce portable sous toutes ses coutures, dans toutes les apps, et peu à peu cela va faire écho à sa vie, à son vécu en activant ses propres doutes et souvenirs.
Une architecture littéraire très réfléchie qui va mettre en lumière ces deux vies en miroir, en se basant sur toutes les formes de langage, que ce soit l'écrit avec les textos, les conversations échangées ou encore le journal retrouvé, les audios, enregistrements ou messages vocaux (l'oralité) ou le visuel avec les milliers de photos ou encore les apps, les réseaux sociaux, il va reconstituer ce puzzle et comprendre qui est Romane et ce qui l'a poussée à disparaître.
Un récit qui questionne sur notre société, sur ce petit portable qui engrange tellement sur nos vies, sur les traces qu'on laisse lorsque l'on disparaît. Sur le fait que cela ne s'arrête jamais sur les réseaux, que l'on voit tellement de choses transformées par l'IA qu'il sera bientôt difficile de faire la part du vrai et du faux. Que nos téléphones et les algorithmes nous piègent, modifient nos comportements, nous rendent dépendants, tu scrolles et tu scrolles et tu vois un monde que tu n'as pas envie de voir, sans fin.
J'ai beaucoup aimé la nostalgie des souvenirs, d'avant la numérisation, la boîte à souvenirs de Thomas bien réelle mais quelle est la perception de nos souvenirs ? N'adaptons-nous pas au fil du temps ce que la mémoire nous renvoie, n'embellissons-nous pas les choses car cela nous arrange? Romane Monnier est à la recherche de vérité, ne supporte plus ce mensonge. Mensonge qui parfois accompagne nos vies ne fusse que par omission mais dont le poids de la transmission rend les choses plus complexes. Serait-ce là pour cette raison qu'elle a confié sa vie à Thomas pour que sa vérité éclate ?
Un très beau roman d'une très grand justesse et procure une belle émotion.
Encore un coup de ♥
Les jolies phrases
Romane Monnier ne lui a pas seulement confié l'objet mais tout ce qu'il contient.
Il songe un instant à cette aliénation insensée qui s'est insinuée dans sa vie comme dans celle de la plupart des gens qu'il connaît, il suffit de regarder autour de soi : ces dizaines de visages penchés sur leurs écrans, dans le métro, dans la rue, qui ne se regardent plus, ne regardent plus le ciel, ne regardent plus leurs enfants, mais continuent d'avancer ainsi, tête baissée, aveugles au monde auquel ils se croient reliés.
Lui aussi, il avait connu le rêve et la désillusion. Le vide laissé par l'absence et l'incompréhension. Ce vide qu'il faut apprivoiser et les questions auxquelles il faut renoncer.
Cet objet de sept centimètres sur quinze, qui pèse moins de trois cents grammes, contient une vie. Il recèle le plus poétique et le plus prosaïque. Le plus exposé et le plus intime. Il abrite des confidences, des souvenirs, des déclarations. Des espoirs et des déceptions.
Quand quelqu'un met en mots ce qui nous occupe, ce qui nous habite, c'est parfois une douleur et un soulagement.
Dans le métro, tous ces visages penchés sur leur téléphone. Leurs écrans caressés de droite à gauche ou de haut en bas. La succession infinie des images : danses, guerres, maquillage, témoignages, enfants tués, amputés et shampoing sponsorisé. Leurs conversations silencieuses, menées du bout des doigts, ou bruyantes, dans l’illusoire intimité des casques et des écouteurs. Il paraît qu’avant, les gens lisaient des livres ou s’observaient. Je ne m’en souviens pas. Parfois je fixe quelqu’un, longtemps, juste pour croiser un regard.
J’ai peur d’être vieille sans avoir été jeune.
Dans trente ans, que restera-t-il de nos likes, de nos avis, de nos indignations fugaces, de nos révoltes virtuelles, noyés dans la masse infinie des données numériques ? Que restera-t-il de nous ?
Oui, bien sûr, j'ai peur pour l'eau, le climat, la planète, peur pour la paix et la démocratie. Je sais les menaces qui enflent, grondent, se rapprochent, et que pour certaines, le compte à rebours est lancé depuis bien longtemps. Mais j'ai peur d'une menace encore plus grande, qui les englobe toutes, capable de les décupler tout en ayant le pouvoir de les rendre invisibles : j'ai peur que nous devions désormais douter de tout.
Nous sommes nostalgiques d'une vie qui n'a jamais été la nôtre ou si peu. La vie d'avant. Avant la numérisation du monde.
Mais cela veut dire aussi que votre vérité à vous, la manière dont ces faits vous ont touchée, s'élabore en plusieurs fois. Elle n'est pas figée, elle se construit, elle évolue au fil du temps. et la parole, votre parole, contribue à son élaboration.
Nommer c'est déjà une manière d'appréhender les choses.
C'est impressionnant, cette capacité que nous avons à nous transformer nous-mêmes et à transformer le réel.
Un algorithme est conçu pour une seule chose : maximiser ton engagement et ton activité. Tout ce qui nous choque, tout ce qui nous heurte, tout ce qui nous divise, est multiplié.
Non seulement, nous sommes addicts, mais nous sommes piégés. Nous avons besoin de nos téléphones pour tout.
Dans toutes les familles, il y a les souvenirs triomphants, et puis ceux qu'on préférerait oublier. Les premiers sont matière à récit, nourrissent le mythe et l'épopée, les seconds sont planqués derrière les premiers comme derrière une armoire normande. Il arrive qu'ils resurgissent, lorsque le meuble est déplacé.
Mais bientôt, nous ne rirons plus. Nous serons ensevelis sous un torrent d'images, d'histoires, d'informations, parmi lesquelles nous ne saurons plus distinguer la vérité du mensonge. Bientôt nous ne serons plus capables de savoir si une voix est humaine, si une photo est intacte ou a été modifiée, si l'image d'une vidéo est réelle ou a été générée à partir de rien. Nous ne saurons plus reconnaître la mystification et encore moins la prouver. N'importe qui pourra dire ou brandir n'importe quoi, et nous n'aurons plus aucun moyen de vérifier. Nous ne saurons plus détecter le mensonge, car il ne laissera plus de traces. Chacun campera sur son pré carré, s'enfermera dans son bunker, armé de ses preuves dont nul ne pourra vérifier la véracité.
Les gens qui ne posent pas de question.
Les gens qui en posent mais n'écoutent pas la réponse.
Les gens qui te posent plusieurs fois la même question jusqu'à obtenir la réponse qu'ils attendent.
Du même auteur j'ai lu et chroniqué
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