dimanche 29 juillet 2018

Fuki-no-tô Aki Shimazaki

FUKI-NO-TÔ              Aki Shimazaki



Actes Sud / Lemeac
Parution avril 2018
Pages 152
ISBN 978-2-330-08739-5
prix indicatif : 15, 00€


Présentation de l'éditeur

Atsuko est épanouie sur la petite ferme biologique dont elle a longtemps rêvé et où son mari a fini par la rejoindre, renonçant à la vie citadine qu'il appréciait. Quand une amie du passé resurgit, l'équilibre tranquille de son existence se trouve remis en cause.

Aki Shimazaki



Née au Japon, Aki Shimazaki vit à Montréal depuis 1991. Sa pentalogie Le Poids des secrets comprend Tsubaki, Hamaguri, Tsubame, Wasurenagusa et Hotaru (prix littéraire du Gouverneur général du Canada 2005). Son deuxième cycle romanesque, Au coeur du Yamato, est composé de Mitsuba,Zakuro, Tonbo, Tsukushi et Yamabuki. Elle débute en 2015 un nouveau cycle romanesque avec Azami. Toute son œuvre est publiée par Leméac/Actes Sud.


Mon avis

Aki Shimazaki reste dans son dispositif littéraire bien connu; un cycle "A l'ombre du chardon", une pentalogie dont voici le quatrième volet.  On retrouve les personnages secondaires des autres volumes courts de 150 pages.  Ceux-ci développent leur histoire.  Ce cycle est consacré à l'amour conjugal, le couple et son rapport au sexe est mis en avant toujours avec beaucoup de pudeur et de délicatesse.

On rencontre ici Atsuko (la femme de Mitsuo) qui a repris à la campagne la ferme familiale pour en faire du biologique.  Il y a six ans, elle avait appris que son mari avait une maîtresse Mitsuko T.  Suite à cet épisode Mitsuo avait abandonné son travail en ville, toute la famille s'était installée au village, Mitsuo avait créé sa propre revue.

La ferme se développe et Atsuko doit engager quelqu'un.  Elle reçoit la candidature de "Fukiko" qui est en fait une ancienne camarade de classe d'Atsuko. Un amour de jeunesse.

A travers ce joli récit, avec une plume épurée, directe, Aki Shimazaki va avec douceur et lenteur nous décrire les caractères de ses femmes.  Elle nous parle avec finesse et tendresse de l'homosexualité féminine, un sujet délicat.  Elle relate les tourments les plus intimes et les blessures d'enfance de ces deux femmes.
Je suis toujours sous le charme de sa plume.

Mon plaisir de lecture : 9.5/10


Les jolies phrases

Malheureusement dit-elle, mon mari et moi ne possédons pas la chimie qui colle l'un à l'autre.
Déconcertée, je répète :
-La chimie ?
-Oui. L'amour qui unit un couple. Les deux qui s'aiment sans conditions ni raisons particulières, comme liées par une chaîne invisible.

Je m'écrie :
-Quelle histoire funèbre !
-Tout à fait. Une personne qui porte un masque s'expose à ce danger.

En fait, ce qui me dérange, ce n'est pas ce que les gens pensent de nous.  C'est le fait que je m'éprends de plus en plus de cette femme à côté de moi. Il ne s'agit pas d'une aventure. Mitsuo serait choqué s'il l'apprenait.

Je ne peux pas aimer un homme comme une femme "normale" sans être sûre de ma nature, j'ai fait énormément d'efforts pour que notre mariage fonctionne.




Du même auteur j'ai lu 

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jeudi 26 juillet 2018

Les bons, les taupes et le truand - Alessandra d'Angelo

Les bons, les taupes et les truands

Alessandra d'Angelo

couv_Les bons les taupes et le truand_BD_avec cadre

Now future éditions
Parution juin 2018
Pages 160
ISBN 978-2-930940-13-7
Prix : 19.90 €

Présentation de l'éditeur

Jean-Claude Deffet devant ses juges


Des guerres de gangs aux « truands hybrides »

Jean-Claude Deffet (72 ans) est bien connu des autorités judiciaires. Braqueur maintes fois recherché par la police, il fut, dans les années 1970, considéré comme l’ennemi public no 1 en région de Charleroi.

Excès de zèle policier ? Dérives d’une enquête qui veut aboutir à tout prix ? Écoutes, surveillances, filatures, infiltrations, malgré la panoplie de moyens logistiques et financiers mobilisés, le multirécidiviste sera finalement arrêté pour des faits mineurs. Il ne « tombera » pas.

Petit magouilleur ou grand trafiquant d’armes rusé, qui est vraiment Jean-Claude Deffet ? Un personnage folklorique à la gouaille évidente ou le Mesrine de Châtelet ? C’est ce que la journaliste Alessandra d’Angelo tente de découvrir au fil de son enquête. Sur fond de terroir, elle emmène d’abord le lecteur au cœur d’une époque révolue, celle du grand banditisme belge, avec ses codes de l’honneur, sa loi du silence et ses diktats. Elle élargit ensuite la réflexion sur l’évolution des mœurs. Au XXIe siècle, la géopolitique du « crime organisé » a adopté un autre visage. Les néobandits sont aujourd’hui cyberactifs et sans esprit de corps. Et lorsque le politique s’en mêle, l’agir criminel devient « hybride » : il bascule par mutation fanatique dans la revendication « terroriste ».

Témoin de l’existence de ces grandes familles de truands éteintes, Jean-Claude Deffet est indubitablement l’un des derniers « Mohicans », symbole d’un milieu disparu, celui des « parrains » à l’ancienne.

Préface par Étienne Gras, avocat pénaliste au barreau de Charleroi, conseil de Jean-Claude Deffet.

Postface par Kris Daels, professeur à l’École de police, ancien agent de renseignement.

Mon avis

Merci à Alessandra pour l'envoi de sa dernière publication.  Un genre de lecture un peu différent que j'ai bien apprécié, un reportage, une enquête qui nous donne une vision sur la justice et notre société avec une plume très agréable comme toujours.

Cette fois Alessandra nous propose de suivre l'évolution du grand banditisme et de suivre en particulier Jean-Claude Deffet, un braqueur à l'ancienne avec un code des valeurs qu'il respectait.
OK il a braqué, cambriolé mais toujours sans violence et mort inutile en respectant la loi du silence.  Il a payé sa peine mais à l'époque c'était le roi de la cavale.  On constatera une fois de plus que le milieu carcéral favorise la délinquance et la renforce.  Un sacré personnage, cet affamé de la liberté, cette partie se lit comme un polar.

C'est fou comme les choses ont évolué, aujourd'hui les activistes et les djihadistes sont souvent issus du gangstérisme, le Djihad étant présenté comme une rédemption.
On utilise le darknet pour trouver des armes, des stupéfiants, des manuels de construction d'explosif.  La délation est monnaie d'échange pour des remises de peines.

Et les flics, et les juges ?

La barrière est mince entre l'indic, le flic et le ripou.  Déjà à l'époque de Deffet il n'était pas rare que contre de l'argent on ferme les yeux...

L'auteur nous parle du crime organisé, des techniques d'infiltration, de la frontière entre le recours de la force abusif souvent peu raisonnable, des abus des forces de l'ordre contre la violence, des flics et des juges passés de l'autre coté, de la corruption... mais aussi de l'évolution des techniques du banditisme.

Un reportage captivant sur des faits de notre société.

Plaisir de lecture 8/10

Les jolies phrases

Garde le silence et le silence te gardera.

Ces mecs là avaient des codes malgré tout.  On ne fait pas de victimes innocentes, on évite les dommages collatéraux, on ne tire pas sur des flics.

Après qu'il soit apparu dans une émission télévisée, il convenait de coucher sur papier cette vie dont l'intérêt est tant général que particulier.  Général pour comprendre ce qu'était l'honneur, les codes et les valeurs de ces voyous et particulier pour l'intérêt tout littéraire de la vie de ce bandit dont le mot le qualifiant le mieux reste "attachant".

Poussant encore plus loin le raisonnement, Daech n'affiche aucun complexe à abolir les barrières entre spiritualité et criminalité.  Le mouvement djihadiste utilise les "compétences" des voyous pour autofinancer ses réseaux en Europe. La plupart des attentats sont "sponsorisés" par le crime organisé.

Du même auteur j'ai lu

Cliquez sur la couverture pour avoir accès à mon billet

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dimanche 22 juillet 2018

Si on dansait Rachel Joyce

Si on dansait ....              Rachel Joyce

Couverture du roman Si on dansait... de Rachel Joyce

XO Editions
Traduction : Rémi BONNARD
Parution : 16 mai 2018
Pages : 374
ISBN : 9782374480428
Prix : 19.90 €

Présentation de l'éditeur





À Londres, au bout d’une impasse délabrée, Frank n’est pas un disquaire comme les autres. Chez ce marchand de vinyles, une belle équipe de joyeux marginaux se serre les coudes, tous un peu abîmés par la vie.

Surtout, Frank a un don. Il lui suffit d’un regard pour savoir quelle musique apaisera les tourments de son client. Quitte à préconiser du Aretha Franklin à un obsessionnel de Chopin…

C’est ainsi que Frank fait la rencontre de Lisa, une mystérieuse femme au manteau vert. Après s’être évanouie devant sa boutique, elle le supplie de l’aider à comprendre la musique. Lors de leurs rendez-vous, Frank replonge dans sa propre enfance, revoyant sa mère, l’excentrique Peg, lui passer des vinyles sur sa vieille platine.

Lui qui ne croit plus en l’amour depuis longtemps sent son cœur vibrer à nouveau. Et puis, un jour, Frank découvre le secret de Lisa. Le monde s’écroule, il disparaît.

C’est sans compter, pourtant, sur l’extraordinaire solidarité qui règne sur Unity Street. Car après le chaos, il n’est jamais trop tard pour faire renaître l’espoir et réapprendre à danser…

Avec une sensibilité magnifique, Rachel Joyce célèbre le courage de gens ordinaires, la force de l’amour, mais aussi la puissance de la musique qui, parfois, peut sauver des vies.




Mon avis

Musique maestro !  "Si on dansait.." est le titre en français du quatrième roman de Rachel Joyce dont je découvre ici la plume.  Dommage que l'on n'ait pas conservé le titre original que je trouve plus parlant et moins romance ! "The music shop" car ce roman est vraiment un hommage à la musique et aux disquaires.

Je vous explique.

Nous sommes à Londres, Unity Street, une petite rue délabrée, de plus en plus désaffectée car peu à peu les commerçants et habitants désertent leur quartier cédant à la pression de l'immobilière Anderson qui rachète tout dans le but d'un grand projet résidentiel.

Ils sont une poignée à faire de la résistance et à se serrer les coudes, il y a les frères Williams qui gèrent leur magasin de pompes funèbres, Maud la tatoueuse, le père Anthony et son commerce de Bondieuseries, Madame Roussos et quelques autres sans oublier notre personnage principal, Frank le disquaire.

Nous sommes en 1988, le vinyle est en voie de disparition laissant place au CD mais Frank n'en démord pas, il est exclu qu'un CD entre dans sa boutique, il ne vendra que des vinyles.  Frank a un don, il trouve pour chacun la musique qui lui convient, c'est en quelque sorte un musicothérapeute, il rend les gens heureux !

Un jour, Lisa Brauchman, une mystérieuse femme au manteau vert s'évanouit devant sa porte . Pour la première fois Frank est troublé d'autant plus qu'elle lui demande des cours pour comprendre la musique.  Lisa porte un secret en elle, quel est-il ?  Il changera leurs vies.

Je ne vous en dirai pas plus, à vous de découvrir ce secret et ce qui changera pour chacun.

Le roman est original dans sa présentation, il se  découpe comme un double album :  face A, B, C, D et bien entendu sans oublier le morceau caché.

Je vous avouerai ne pas avoir été séduite par la face A, trop longue à mon goût, avec des répétitions, un peu brouillon, des personnages sans profondeur, j'ai failli raccrocher mais les passages où Frank raconte son enfance et nous décrit merveilleusement la musique, l'écoute du silence avant la musique, les harmonies, les choeurs... m'ont donné envie de persévérer et j'ai bien fait.  La magie a commencé à se dégager et cela fonctionnait vraiment, les personnages ont pris de l'ampleur, cette ode à la musique, l'espoir ont pris une autre dimension.  L'écriture fluide et harmonieuse ont donné un autre rythme à la lecture.

L'espoir, la solidarité, l'histoire d'amour naissante donnaient envie de croire que tout était possible.
On apprend beaucoup de choses sur la musique classique, rock ou contemporaine. Un must : la playlist en fin d'ouvrage où les liens vers Deezer ou Spotify, pour savourer l'instant.

La musique rapproche, soigne, guérit, elle fait partie de nos vies, porteuse d'espoir elle fédère et rend heureux.

Merci à Babelio et aux éditions XO pour cette découverte. Un moment de lecture agréable.


Ma note : 7/10

Les jolies phrases

Pour Frank, la musique était comme un jardin dont les graines se dispersaient jusque dans les recoins les plus éloignés.  Les gens pouvaient passer à côté de choses merveilleuses lorsqu'ils se cantonnaient à ce qu'ils connaissaient déjà.

La musique sort du silence et elle y retourne toujours.  C'est un voyage.

C'est comme la musique, disait Peg.  Même quand elle s'arrête, elle continue de vivre à l'intérieur de toi.


Le jazz, c'est une histoire d'espace entre les notes.  C'est ce qui se passe quand vous écoutez vos silences et vos fêlures.  Car c'est là que les choses arrivent, quand vous avez le courage de sauter sans filet de sécurité.

Être avec elle, c'était comme regarder le soleil fixement.  D'abord, il ne voyait absolument rien, mais dès qu'il détournait le regard elle était là, telle une empreinte d'un blanc éclatant qui s'imprimait sur tout ce qui l'entourait.

Bien sûr, on a nos problèmes, mais on a toujours fait en sorte que ça marche, en s'écoutant les uns les autres, en s'entraidant.  Si on abandonne tout ça par peur ou parce qu'on croit que la vie peut-être plus simple ailleurs, je crois qu'on se trompe.

vendredi 20 juillet 2018

Hokusai - Shôtarô Ishinomori

Hokusai    -    Shôtarô Ishinomori



Kana
Première parution 04/06/2010
Seconde parution 24/10//2014
Traducteur : Samson Sylvain
Pages : 592
ISBN / EAN : 9782505061564
Prix : 15 €


Présentation de l'éditeur

Quand Tetsuzô prend le nom de Hokusai il a déjà plus de 40 ans. L’auteur de La grande vague de Kanagawa doit tout recommencer pour s’imposer en tant que dessinateur. À travers ses voyages et ses rencontres, entrez dans la vie trépidante de l’homme qui a émerveillé l’Occident : Hokusai !


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Mon avis

Shôtarô Ishinomori nous propose ce gros manga de quasi 600 pages racontant la vie du célèbre maître d'estampes Okusai.  Quoi de plus logique de nous la proposer en manga car c'est Hokusai qui est à l'origine de ce support.

On commence par la mort du célèbre peintre, à l'âge de 90 ans, une vie bien remplie car à l'époque à l'âge de 50 ans on était considéré comme un vieillard.

Nous allons et c'est parfois déroutant découvrir la vie et les étapes qui ont forgé l'artiste de celui que l'on nomme le vieux fou de dessin sans chronologie bien précise.

On fait sans cesse des allers-retours dans la vie du maître qui toute sa vie durant n'a connu que la pauvreté et le dénuement.

Maître Sori, plus précisément Tawaraga Sori renonce à son titre à l'âge de 42 ans, il rendra le nom d'Hokusai en référence à la Grande Ourse et ce n'est pas qu'une fois qu'il changera de nom...

Son idée en abandonnant ses noms et de constamment pouvoir se renouveler, développer son art, chercher de nouvelles techniques, de nouveaux supports.

C'est un sacré personnage aimant les femmes, profitant de la vie, se retrouvant souvent sans le sou et vivant dans un réel dénuement.  Un homme refusant tout conformiste.

Un parcours intéressant pour celui qui est sans conteste le maître des estampes, la plus connue étant sans doute la vague de Kanazawa et les 36 vues du Mont Fuji.

Hokusai le voyageur parcourait sans cesse son pays à la découverte des paysages et des hommes, de leur nature profonde.  Un sacré personnage qui a déménagé plus de 90 fois.  Une incroyable énergie créatrice pour une célébrité posthume.

Un manga qui avec humour nous montre les zones d'ombre de sa vie, avec des reproductions de ses oeuvre.  Érotisme au rendez-vous, un personnage pas très beau mais ce n'est pas l'essentiel.  

Un manga très intéressant.

Plaisir de lecture : 8/10


Les jolies phrases

Les miroirs révèlent l'âme de ceux qui palissent.

Un homme au coeur tortueux aura tendance à produire un miroir déformant.

Ils sont toujours plus compliqués ou plus faciles à croquer qu'on ne pense au départ. Ce sont surtout les gens qui m'intéressent. Prendre une nouvelle toile...réaliser un tableau c'est un peu comme faire un voyage. C'est découvrir un nouveau paysage. Voir ce qui se cache réellement derrière les gestes des gens... c'est formidable ! Mais peindre un personnage...c'est ce qu'il y a de plus difficile en peinture.


Et puis moi ce n'est pas le Fuji que je dessine. C'est l'Homme! C'est le temps que je dessine. Je peins le temps qui marque de son empreinte chaque instant de ce monde.  ...C'est pour ça qu'aussi sublime que soit un paysage... Si on ne parvient pas à le faire passer dans le regard des gens, il perd tout intérêt. Quand on le fait passer dans le regard des gens..C'est comme s'il n'appartenait plus à ce monde et qu'il devenait éternel...  Je peins le temps qui marque de son empreinte chaque instant de ce monde.

La nature vit aussi! La vie, la mort... Tout passe par le coeur de l'Homme


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mardi 17 juillet 2018

Funambules - Charlotte Erlih

Funambules      -     Charlotte Erlih


Funambules

Grasset
Parution : 02/05/2018
Pages : 192
Ean : 9782246816089
Prix : 17.50 €



Présentation de l'éditeur

Ada et Judith. L’une rêve de réaliser un film, l’autre de devenir grand reporter, mais l’horizon du succès semble chaque jour un peu plus fantasmatique. Ada et Judith, ou deux fils tendus au-dessus du vide.
Seule, sans projet concret, bientôt délogée de son appartement, Ada présente aujourd’hui son scénario à un producteur enflé par la réussite, Denis Moucheteux. Pour elle, c’est le rendez-vous de la dernière chance, pour lui, l’occasion de jouer avec une souris affolée. Dévorée d’angoisse, Ada n’a pas le choix, elle doit convaincre le matamore. Alors elle lui raconte une histoire de funambule…
En reportage dans un cirque de seconde zone, Judith croise la route de Julien, acrobate génial mais farouche. Enfin décidée à reprendre le fil de son destin, elle lui propose une idée folle et magnifique qui les rendra tous deux célèbres. D’abord hostile, Julien finit par la rejoindre à Paris et par accepter de danser dans le ciel de la capitale…
Comiques, parfois grotesques, toujours attachantes, Ada et Judith ne sont ni tout à fait les mêmes, ni tout à fait distinctes. L’humour et la sensibilité de Charlotte Erlih glisse avec grâce sur une vertigineuse construction en abyme. Sous sa légèreté apparente, Funambules évoque le difficile trajet qui consiste à prendre le risque d’exister. A être au présent, un pas après l’autre. Sur le fil du rasoir. Vivant, parce qu’on peut tomber. Parce qu’on peut rater.

Mon avis

Ce sont deux histoires qui s'entremêlent que nous propose Charlotte Erlih dans ce premier roman adulte.

Deux destins de femmes : Judith et Ada.

On est sans cesse sur le fil, passant de l'une à l'autre, entre la réalité et l'imaginaire car Ada 30 ans a une imagination débordante.  On a l'impression qu'elle affabule tout le temps imaginant que telle ou telle situation pourraient se produire...  Et pour cause, elle va rencontrer Denis Moucheteux, grand réalisateur de cinéma et lui proposer le scénario de son premier film.

Ce film racontera l'histoire de Judith Galenter, jeune journaliste qui fait un peu malgré elle un reportage sur le cirque de Lorenzo Bellini...  Un petit cirque de province à l'ancienne.  Elle filmera la représentation et l'accident qui se produira en fin de spectacle lorsque Lorenzo s'écrasera au sol à la fin de son numéro avec Julien le funambule.

Elle se rapprochera de Julien, essaiera de l'apprivoiser et lui proposera un défi, un projet mettant sa vie en péril...

Charlotte Erlih joue au funambule avec le lecteur passant de l'un à l'autre, de l'imaginaire au réel, les personnages s'entrecroisent, elle nous explique à merveille le processus de la création artistique.

Julien mettra sa vie en danger pour réaliser un exploit ce qui soulève la question du pourquoi de l'existence, un des thèmes majeurs de ce roman.

Ada est aussi "borderline", elle joue une partie de sa vie avec ce projet car dans cinq jours tout peut basculer, elle sera sans domicile, elle doit quitter son appartement, et ne sait où aller, un peu comme Judith et Julien.

L'écriture est fluide, le récit est très agréable, un premier roman bien plaisant.

Mon plaisir de lecture : 8.5/10


Les jolies phrases

Son seul répit : grimper sur le fil, les pieds cisaillés, l'esprit aimanté droit devant, vissé au bout de la slackine.  Caresser l'air, éprouver l'impalpable.  Se fondre au coeur de chaque pas, croquer les centimètres l'un après l'autre, vulnérable, l'équilibre sans cesse menacé, sans cesse regagné.  Près des cimes, la pensée et les bruits parasites n'ont plus cours.  Plus de passé ni de fureur.  Le souffle et la chair.

Dans la tragédie de Racine, quand le rideau se lève, tout le monde sait que l'histoire va mal finir.  Ce qui est intéressant, ce n'est pas la FIN en elle-même, on la connaît déjà plus ou moins, c'est la MANIERE dont la catastrophe se produit.


Permettez-moi d'objecter que si le cinéma essaie d'imiter la vie, la vie ne constitue pas toujours un bon scénario.  Il se passe dans la réalité des choses qu'on trouverait cousues de fil blanc dans un film.

Arrêtez de raisonner en termes de réussite ou d'échec.  C'est parce que vous opposez les deux que vous souffrez.

Les gens adorent les combats perdus d'avance.  Les causes vaines légitiment leur impuissance.


samedi 14 juillet 2018

En attendant Bojangles - Ingrid Chabbert - Carole Maurel

En attendant Bojangles 

Ingrid Chabbert - Carole Maurel

Préface Olivier Bourdeaut


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Steinkis
Parution : 01/11/2017
Pages : 136
ISBN : 9782368461099
18 €

Présentation de l'éditeur

Sous le regard émerveillé de leur fils, ils dansent sur « Mr. Bojangles » de Nina Simone.

Leur amour est magique, vertigineux, une fête perpétuelle. Chez eux, il n’y a de place que pour le plaisir, la fantaisie et les amis.
Celle qui donne le ton, qui mène le bal, c’est la mère, feu follet imprévisible et extravagant.

C’est elle qui a adopté Mademoiselle Superfétatoire, un grand oiseau exotique qui déambule dans l’appartement. C’est elle qui n’a de cesse de les entraîner dans un tourbillon de poésie et de chimères.

Un jour, pourtant, elle va trop loin. Et père et fils feront tout pour éviter l’inéluctable, pour que la fête continue, coûte que coûte.
L’amour fou n’a jamais si bien porté son nom…


Une BD pleine de charme et de nostalgie. De ce très beau roman, Ingrid Chabbert tire la substantifique moelle, la passion flamboyante et le panache, tout y est.

Jacqueline Pétroz - France Inter



L'auteur

Ingrid Chabbert et Carole Maurel


Ingrid Chabbert est l'auteure d'une soixantaine d'albums jeunesse. Depuis deux ans, elle a ajouté une autre corde à son arc : celle de la BD. Pour Écumes, son premier roman graphique, elle s'est inspirée de son histoire personnelle.



Diplômée des Gobelins, Carole Maurel travaille dans le domaine du cinéma d'animation et de l'édition comme storyboard artist et comme auteure.

Mr Bojangles par Nina Simone




Mon avis

J'avais adoré le premier roman d'Olivier Bourdeault.  La bd me faisait de l'oeil depuis un moment.  C'est une belle réussite !  Parue en novembre 2017 chez Steinkis, Ingrid Chabbert et Carole Maurel mettent magnifiquement en images les jolis personnages du roman.

On y retrouve George et sa femme, amoureux, super amoureux, dansant sur la musique de Nina Simone et "Mister Bojangles".

On y retrouve Miss Superfétatoire, un grand oiseau exotique qui déambule dans l'appartement.  Le dessin est très beau, le graphisme tendre.  Les décors sont soignés, les couleurs appropriées.  L'ambiance est bien rendue.

C'est très fidèle au roman que j'avais adoré. L'esprit du récit est bien respecté.

On y parle d'amour et de folie, un sujet difficile et je trouve que la bd apporte un plus.

Ma note : 8.5/10

Mon avis sur le roman

En cliquant sur la couverture

En attendant Bojangles

jeudi 12 juillet 2018

L'âme soeur - Agnès Karinthi

L'âme soeur   -  Agnès Karinthi



L'astre bleu éditions
Collection Helium
Parution mai 2018
Pages : 230
Isbn : 978.2.4900.2103.1
Prix : 17 €


Présentation de l'éditeur

« Tu n’imagines pas ce que je ressens, Maman. Ma vie a commencé quand j’avais neuf ans, au milieu des blouses blanches de l’hôpital. Avant, c’est le trou noir. J’ai perdu ma sœur. Nous devions être très proches, mais je ne le sais pas. J’ai perdu mon père. Il devait être le plus merveilleux des papas, mais je ne me rappelle pas. J’ai perdu mes camarades de classe. Ce devait être une super classe, puisque vingt ans après, il y a un certain Philippe qui débarque chez moi dans le but de refaire connaissance. Mais comment savoir ? Quand le ciel nous est tombé sur la tête à toi et à moi, tu m’as coupée de mon passé. Je me suis construite sur du néant. Aucun repère... À part toi, bien sûr. »

Lorsque Philippe frappe à la porte d’Anne, elle ne le reconnaît pas. Elle ne se souvient plus de sa demande en mariage l’année de leurs huit ans. Tout s’est évanoui dans l’amnésie qui a suivi le grave accident dont sa famille a été victime.

Philippe, lui, ne l’a jamais oubliée et dorénavant, il n’aura plus qu’une obsession : entrer définitivement dans sa vie.

Mais Philippe et Anne peuvent-ils avoir un avenir commun ?

Quel est le prix à payer pour faire renaître le passé ?

Avec ce roman, Agnès Karinthi nous entraîne dans une quête angoissante où chacun traîne sa part d’ombres et de secrets.

Mon avis

Philippe n'a jamais oublié Anne son amie d'enfance.  Lorsqu'ils avaient huit ans, ils étaient inséparables et Anne lui avait promis qu'elle l'épouserait.

Un an après cette promesse, il a quitté la région pour une autre école.  Qu'il est loin ce temps là, c'était il y a vingt ans.

Philippe, un espèce de "Tanguy" vivant toujours chez ses parents - un peu "spéciaux" d'ailleurs les parents ! - revient dans le village de son enfance.  Il n'a pas oublié sa promesse, il est devant l'appartement d'Anne.  Elle lui ouvre, ne le reconnaît pas...  Faut dire que lorsqu'elle avait neuf ans Anne a subi un trauma suite à un grave accident de voiture dans lequel elle a perdu sa soeur jumelle Claire et son père.

Philippe n'était pas au courant depuis son départ, il est heureux de retrouver Anne et il va l'aider à retrouver sa mémoire en lui racontant son enfance.

Bon, vous vous dites, une romance !  pas pour moi !   , c'est ce que j'ai pensé aussi mais détrompez-vous car ce roman est vraiment bluffant, ceci n'est pas une romance mais plutôt un thriller psychologique et je vous assure rédigé de main de maître avec un final surprenant !, je n'ai rien vu venir et ne vous en dirai pas plus ☺

Philippe s'installe donc chez Anne, l'apprivoise, lui raconte son enfance.  Petit à petit il s'installe dans sa vie devient envahissant, il crée un malaise, il est parfois autoritaire.

Anne essaie de reconstituer ses souvenirs, elle en parle avec sa mère et n'obtient pas de répondant..  Philippe quant à lui veut présenter Anne à ses parents mais l'attitude paternelle est étrange ...

Mais que nous cache-t-on ?   A vous de lire ce magnifique roman oscillant entre souvenirs d'enfance et le présent.  Il a l'air léger mais ne l'est pas.

Une plume dynamique, agréable, très visuelle et dialoguée.  Un vrai page turner. J'étais en panne de lecture juste avant et je l'ai dévoré en une après-midi, c'est vous dire.

Je vous le conseille vivement, n'hésitez pas, l'occasion de donner un coup de pouce à une chouette nouvelle auteure, c'est son second roman.  Bravo et merci à toi Agnès Karinthi.


Mon plaisir de lecture : 9.5/10


Les jolies phrases

Ce n'est pas de ta faute.  Je ne devrais pas réagir ainsi.  Je ne m'attendais pas à ce que tu évoques le passé.  C'est douloureux, tu vois.

J'ai besoin de temps.  J'ai besoin de m'acclimater à toi, de prendre conscience des sentiments que je crois avoir pour toi.  On dit que l'amour engendre la souffrance.  Je veux vivre le manque suscité par l'absence, le creux au fond de l'estomac à la pensée de l'être aimé.  Je me dois de connaître tout ça.  Comment pourrai-je vivre cette expérience si tu es tout le temps à mes côtés, dans mon appartement ?


M'apprivoiser.  C'est exactement ça.  Imagine-moi comme un animal sauvage.  Le renard du Petit Prince, par exemple ?  Tu connais l'histoire ? Tu sais, le roman de Saint-Exupéry.  Le renard explique au Petit Prince les différentes étapes pour l'apprivoiser.  Toi, tu vas devoir faire la même chose.  Je suis le renard farouche et toi, le prince qui doit m'habituer à toi. Petit à petit. Avec patience.

Il faut que tu apprennes à m'aimer pour moi. Pas pour toi. Tu dois m'apprivoiser.

mardi 10 juillet 2018

La petite fille sur la banquise - Adélaïde Bon

La petite fille sur la banquise       Adélaïde Bon

La petite fille sur la banquise

Grasset
Parution : 14/03/2018
Pages : 256
ISBN ; 9782246815891
Prix : 18.50 €

Présentation de l'éditeur 


« J’ai neuf ans. Un dimanche de mai, je rentre seule de la fête de l’école, un monsieur me suit. Un jour blanc.
Après, la confusion.
Année après année, avancer dans la nuit.
Quand on n’a pas les mots, on se tait, on s’enferme, on s’éteint, alors les mots, je les ai cherchés. Longtemps. Et de mots en mots, je me suis mise à écrire. Je suis partie du dimanche de mai et j’ai traversé mon passé, j’ai confronté les faits, et phrase après phrase, j’ai épuisé la violence à force de la nommer, de la délimiter, de la donner à voir et à comprendre.
Page après page, je suis revenue à la vie. »
A. B.


Quand ses parents la trouvent en pleurs, mutique, Adélaïde ignore ce qui lui est arrivé. Ils l’emmènent au commissariat. Elle grandit sans rien laisser paraître, adolescente puis jeune femme enjouée. Des années de souffrance, de solitude, de combat.
Vingt ans après, elle reçoit un appel de la brigade des mineurs. Une enquêtrice a rouvert l’affaire dite de l’électricien, classée, et l’ADN désigne un cambrioleur bien connu des services de police. On lui attribue 72 victimes mineures de 1983 à 2003, plus les centaines de petites filles qui n’ont pas pu déposer plainte.
Au printemps 2016, au Palais de justice de Paris, au côté de 18 autres femmes, Adélaïde affronte le violeur en série qui a détruit sa vie.

Avec une distance, une maturité et une finesse d’écriture saisissantes, Adélaïde Bon retrace un parcours terrifiant, et pourtant trop commun. Une lecture cruciale.

L'auteure nous en parle




Mon avis

Adelaïde a neuf ans, c'est une petite fille souriante, innocente qui revenait de la fancy-fair de l'école.  Elle y était retournée seule en suppliant ses parents car elle avait gagné un poisson rouge, et il fallait absolument de la nourriture en paillettes pour qu'il puisse vivre.

Cependant en un instant, sa vie va basculer car dans l'escalier du hall de son immeuble, elle va subir un viol que ses parents et la police qualifieront d'attouchement.

En un instant, elle quitte le monde de l'enfance, son insouciance pour vivre l'enfer, la souffrance.

Adelaïde se voit dans le regard des autres, elle s'enferme petit à petit, ressent de la honte.  Elle se ferme, a la haine qui grandit en elle, exprime son malaise par de la boulimie, malmène son corps en grossissant de plus en plus.

Ces salissures, ces meurtrissures elle les nommera "les méduses", une métaphore incroyable car tout s'immiscera en elle de façon sournoise, ces tentacules réveillent en elle à n'importe quel moment ses souvenirs enfouis, ses salissures, ses meurtrissures.

Ce sont des douleurs post-traumatiques qui ressurgiront petit à petit au gré des thérapies.

Ce n'est que des années plus tard, lors de la création d'un spectacle de théâtre, qu'elle va enfin pouvoir nommer ce qui s'est passé ce jour de mai de ses neuf ans; il s'agissait d'un VIOL.

Elle continuera ses thérapies des années durant.

Ce récit c'est le livre de la reconstruction et le chemin a été très long car la culpabilité est enfouie  au fond d'elle, elle éprouve le besoin de comprendre ce qu'enfant elle a enfoui en elle.  Toutes ces douleurs post-traumatiques cachées ressurgiront au fur et à mesure des thérapies, la difficulté de nommer l'innommable.

23 ans après les faits on arrêtera le coupable et commencera un autre combat, faire requalifier l'attouchement en viol, devoir affronter ses méduses et le monstre au procès.

Un attouchement c'est bien pire qu'un viol car il faut pour elle apprendre à nommer ce qu'elle a minimisé enfant, elle doit accepter l'inacceptable, apprendre à le nommer, comprendre que cela ne vient pas d'elle mais de l'autre, le monstre.

Ce récit est vraiment lumineux, celui d'une reconstruction.  Avec le recul, Adélaïde Bon choisit les mots justes.  Son écriture à la troisième personne essentiellement passant par le "je" est magnifique et d'une force incroyable.

Ce roman est bouleversant, cruel, dur et perturbant.  Quel courage pour l'auteur de nous apporter ce témoignage, chemin nécessaire pour la reconstruction.  Un témoignage qui nous fait prendre conscience que de nombreuses victimes souffrent en silence, que les dégâts sont vraiment dévastateurs, que notre système judiciaire ne se donne pas assez de moyens et que de reconnaître rapidement une victime c'est lui donner le chemin de la guérison.

L'écriture est sincère, directe, sans tabou, elle ne tombe jamais dans le pathos, le ton est juste.

Un livre qui secoue, transforme, ouvre les yeux.  Cette plume m'a émue, touchée au plus profond de moi même.

C'est un coup de ♥



Les jolies phrases

Elle ne sent pas les méduses s'immiscer en elle ce jour-là, elle ne sent pas les longs tentacules transparents la pénétrer, elle ne sait pas que leurs filaments vont l'entraîner peu à peu dans une histoire qui n'est pas la sienne, qui ne la concerne pas.  Elle ne sait pas qu'ils vont la déporter de sa route, l'attirer vers des profondeurs désertes et inhospitalières, entraver jusqu'au moindre de ses pas, la faire douter de ses poings, rétrécir année après année le monde qui l'entoure à une petite poche d'air sans issue.  Elle ne sait pas que désormais elle est en guerre et que l'armée ennemie habite en elle.

La prêtrise, l'abstinence, les religions ne fabriquent pas en série des violeurs d'enfants, non, je ne crois pas.  Mais dans la foule innombrable des enfants violés, combien devenus grands ont pris la prêtrise, l'abstinence et les religions pour garde-fou ?

Le temps d'un viol, le monsieur de l'escalier, s'est immiscé dans les replis de mon cerveau, il a laissé sa haine et sa perversité macérer dans l'antichambre de ma mémoire, et jour après jour, elles m'ont dégouliné au dedans, elles ont colonisé chacune de mes pensées, elles ont contaminé ma vie.

J'avais si faim de mots qui soignent.

Peut-être faut-il être malheureux pour être profondément joyeux, peut-être que la joie est l'autre versant des larmes.

Si on l'écoute, elle existe, alors comme sans cesse tout lui glisse, elle s'invente.

Plus elle est sombre et désespérée au tréfonds d'elle-même, plus elle est radieuse au dehors.  Un feu follet.

Elle a peur de ne rien oser dire à un psychothérapeute.  Elle a peur d'être internée si elle lui dit tout.  Elle a peur aussi de ne rien avoir du tout, de se mentir et de maintenir sa propre tête sous l'eau pour échapper à la médiocrité crasse, à son conformiste.

Elle comprend ce jour-là qu'elle ne connaît de sa sexualité qu'un pauvre fantôme craintif et confus, défiguré par la honte, dévoré par la culpabilité, quand d'autres célèbrent la Joie d'être au monde en enlaçant leurs corps.

Plus on a été agressé jeune, plus on a d'amnésies et de troubles psychotraumatiques, plus on a de mal à voir le rapport entre la crise de panique au présent et l'agression du passé.

Depuis ce dimanche du mois de mai, vingt-quatre années d'invasions par effraction, à toute heure, à tout instant.  Pensée de boue après pensée de boue, je me suis retrouvée enterrée tremblante, écrasée sous la haine de moi-même et de la terreur que ça se voie, que ça se sache.

Excédant mes attentes, tous viendront, mon mari, ma mère, mes soeurs, mon frère, mes tantes, un cousin.  Chaque jour, le voile qui nous séparait se déchirera un peu plus, je me laisserai prendre dans leurs bras et dans nos étreintes furtives tant de mots se passeront désormais d'être dits.

Les termes juridiques sont impuissants à qualifier la haine. De témoignage en témoignage, vingt ans après, Quoi qu'il leur ait fait, toutes sont en miettes.

En France, on peut détruire la vie d'une femme pour le prix d'une voiture d'occasion.
A l'une d'entre nous, dont l'histoire n'est ni plus ni moins terrifiante, ni plus ni moins sordide, il accorde le double.  Pourquoi ?  On l'ignore, ces décisions-là n'ont pas à être motivées.  L'a-t-il trouvée plus émouvante ? Plus digne de recevoir la considération de l'Etat ?  Sa vie à elle aurait-elle plus de prix ?  Souffrir ne suffit pas, il faut mériter l'empathie qu'on nous porte.

lundi 9 juillet 2018

Je te protégerai - Peter May

Je te protégerai    -     Peter May


Rouergue Noir
Traduction : Ariane Bataille
Parution :  2 mai 2018
Pages :  416
Isbn : 9782812615269
Prix : 23 €

Présentation de l'éditeur



Niamh Macfarlane a créé avec son mari Ruairidh une entreprise de textile renommée, Ranish Tweed. Alors qu’ils séjournent à Paris, Niamh est tourmentée par de mauvais pressentiments, l’intuition que son mari la trompe avec Irina Vetrov, la séduisante et célèbre créatrice de mode. Oui, à chaque instant, elle a la sensation de perdre un peu plus cet amour qu’elle croyait destiné à durer toute une vie et pour lequel elle a tout bravé, à commencer par l’hostilité de sa propre famille. Un soir, place de la République, l’impensable se produit. Ruairidh meurt sous les yeux de Niamh dans l’explosion de la voiture d’Irina. Accablée par la douleur, Niamh ne tarde pas à comprendre qu’elle est la principale suspecte. Alors que le lieutenant Sylvie Braque progresse dans son enquête, Niamh sombre dans les souvenirs dévorants de son amour perdu et de son île Atlantique. Avec la certitude écrasante que quelqu’un l’observe en secret, prêt à tuer encore.
Une nouvelle fois, Peter May nous emporte vers l’archipel des Hébrides, dans ces îles jetées au paroxysme des tempêtes où les sentiments paraissent s’exacerber. Et si Niamh a dû lutter contre la noirceur du cœur des hommes pour imposer son amour pour Ruairidh, elle va devoir, jusque dans l’extrême solitude des éléments déchaînés, affronter un indémasquable assassin.

L'auteur





Peter MAY est un écrivain écossais. Il est né à Glasgow en 1951. Il habite en France dans le Lot depuis une quinzaine d’années.

Il a d’abord été journaliste avant de devenir l’un des plus brillants et prolifiques scénaristes de la télévision écossaise.

Le Rouergue a publié sa série chinoise avans d’éditer la trilogie de Lewis (parue d’abord dans sa traduction française avant d’être publiée, avec un immense succès en anglais).

Passionné par la Chine, il a été nommé membre honoraire de l’Association des écrivains de romans policiers à la section de Pékin. « Meurtres à Pékin » (The Firemaker) est le premier d’une série de thrillers situés en Chine et mettant en scène Margaret Campbell, médecin légiste de Chicago, et Li Yan inspecteur de police. Série publiée aux éditions du Rouergue puis aux éditions Babel Noir.


Site officiel de l’auteur : www.petermay.fr

(Sources : Site de l’auteur, Actes Sud, Le Rouergue)

Bibliographie

SERIE CHINOISE : ENQUETES DE MAGARET CAMPBELL ET LI YANN
Meurtres à Pékin (Rouergue, 2005. Babel noir, 2007)
Le Quatrième Sacrifice (Rouergue, 2006. Babel Noir, 2008)
Les Disparues de Shanghai (Rouergue, 2006. Babel Noir, 2008)
Cadavres chinois à Houston (Rouergue, 2007. Babel Noir, 2009)
Jeux mortels à Pékin (Rouergue, 2007. Babel Noir, 2010)
L’éventreur de Pékin (Rouergue, 2008. Babel Noir, 2011)
Série Chinoise intégrale – T1 (Meurtres à Pékin ; Le quatrième sacrifice ; Les disparues de Shanghaï) (Rouergue en 2016)
Série Chinoise intégrale – T2 (Cadavres chinois à Houston ; Jeux mortels à Pékin, L’éventreur de Pékin) (Rouergue en 2016)

LA TRILOGIE ÉCOSSAISE
L’île des chasseurs d’oiseaux (Rouergue en 2009. Babel Noir en 2011)
L’Homme de Lewis (Rouergue en 2011. Babel Noir en 2013)
Le braconnier du lac perdu (Rouergue en 2008. Babel Noir en 2014)
La trilogie écossaise (Rouergue en 2014) Intégrale.

Série ASSASSINS SANS VISAGE
La mort aux quatre tombeaux (Rouergue en 2013, Rouergue en 2015)
Terreur dans les vignes (Rouergue en 2014, Rouergue en 2016)
La trace de sang (Rouergue en 2015)
L’île au rébus (Rouergue 2017)

ROMANS POLICIERS / NOIR
Scène de crime virtuelle (Rouergue en 2013, Babel en 2015)
L’île du serment (Rouergue en 2014, Babel en 2016)
Les Fugueurs de Glasgow (Rouergue en 2015)
Les disparus du phare (A Vue d’Oeil en 2016)


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Stornoway 


Mon avis

Quel bonheur de retrouver la plume de Peter May, un auteur que j'affectionne beaucoup.  Sa magnifique "Trilogie écossaise" est sans conteste un de mes plus beaux souvenirs de lecture.

A découvrir de toute urgence si vous ne connaissez pas.

Peter May d'origine écossaise nous décrit à merveille les nouvelles îles Hébrides (Lewis, Harris) , ces îles qui sont une fois encore un personnage central du roman.

L'auteur décrit la nature de façon magnifique; les tourbières, la couleur changeante de la Lande, la lumière du ciel, la mer et les éléments déchaînés, c'est un vrai régal.

Il nous parle du mode de vie des îliens, de la culture gaélique, de l'artisanat local.  Partons à la découverte du Harris Tweed.

Niamh (prononcez Nive) Mac Farlane a créé avec son mari Ruairidh (Rory c'est plus simple) une fabrique de Ranish Tweed, une entreprise de textile.  Ils sont à Paris pour défendre leur collection lors d'un salon.

Un étrange mail signé "d'un ami qui vous veut du bien"  annonce à Niamh que son mari la trompe avec Irina Vetrov, une célèbre créatrice de mode.  Elle est inquiète pour son couple, surprend Ruairidh partant en voiture avec Irina.  Un peu plus loin , place de la République, la voiture explose.

Le lieutenant Sylvie Braque poursuit l'enquête, Niamh est la première suspecte..

Retour aux sources, les îles Hébrides, son enfance, la rencontre avec son futur mari, la création et les multiples difficultés de leur entreprisse avant de connaître le succès.

De retour sur l'île elle se sentira observée, elle va revivre ses souvenirs et ses drames personnels.  Le lieutenant Sylvie Braque viendra également sur l'île, elle est perdue dans ses sentiments, dans ses choix, sa famille ou son travail.

Avec beaucoup d'habilité, Peter May nous emmène dans un roman noir, un thriller efficace même si le final est un rien prévisible.  L'écriture est très belle, la description des émotions est parfaite, il nous parle de la perte, du deuil mais surtout et avant tout de ces îles magnifiques qui m'ont procuré un réel plaisir de lecture.  On ressent presque la pluie et le vent qui souffle tant c'est réaliste et bien décrit.

Ma note : 9/10

 Harris Tweed, Shawbost, Hébrides, Ecosse      Harris Tweed, Shawbost, Hébrides, Ecosse

Les jolies phrases

Le temps ne passait jamais plus lentement que lorsqu'on le surveillait.

Les gens comptent davantage que le boulot.  Le coeur est plus important que la paie.

Si on pouvait retourner en arrière et changer une seule chose dans sa vie, cela pourrait modifier notre avenir, mais pas nécessairement la chose qu'on voudrait voir changer.  On peut seulement regretter les décisions prises en pleine connaissance de leurs conséquences. Et Dieu sait s'il y en a.

La mort n'est jamais juste.  Pas plus que la vie.  Nous vivons avec la certitude qu'elle s'achèvera.  Mais sans savoir où ni comment.

Lorsqu'ils atteignirent finalement le sommet, un spectacle grandiose s'offrit à eux. Un croissant d'or pâle s'allongeait vers le sud ; la mer d'un turquoise étincelant, ourlée d'écume blanche sur le sable lisse et brillant, prenait vers le large une couleur d'un bleu marine intense au fur et à mesure qu'elle gagnait de la profondeur.

-Je ne peux pas imaginer un endroit plus beau pour passer l'éternité.
- Personnellement, madame, je préfère le regarder du point de vue des vivants plutôt que de celui des morts.

Peur-être, quand on aime quelqu'un, n'a-t-on pas besoin de courage.  On fait simplement ce que notre coeur exige, même si notre tête nous traite de fou.


Du même auteur j'ai lu 

Mon avis en cliquant sur les couvertures, c'est un de mes auteurs préférés.





dimanche 8 juillet 2018

Sourire 58 - Patrick Weber- Baudouin Deville

Sourire 58    Patrick Weber- Baudouin Deville


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Anspach
Dessin : Baudouin Deville
Scénario : Patrick Weber
Parution : 22/03/2018
Pages : 64
ISBN : 9782960210408
Prix : 14.50 €


Présentation de l'éditeur



Expo 58. A l'ombre de l'Atomium, la Belgique donne rendez-vous au monde. Kathleen est fébrile, en devenant hôtesse, elle sera l'un des précieux sourires de l'Exposition Universelle... La jeune femme est loin de deviner qu'elle va se retrouver au coeur d'une affaire d'espionnage qui engage les grandes puissances en pleine guerre froide.



« Sourire 58 », c’est d’abord la formidable épopée de ces femmes qui ont inventé un métier qui n’existait pas : hôtesses. Elles furent le sourire de l’Exposition Universelle qui plaça la Belgique au centre du monde pendant six mois.

Elles furent aussi en contact avec les grands (et les petits) de ce monde, leurs grands (et leurs petits secrets).

Kathleen fut l’une d’entre elles. Elle accéda à son rêve en devenant hôtesse et elle se trouva, malgré elle, entraînée dans une histoire qui aurait pu la dépasser… mais dont elle sortira gagnante. En 1958, les femmes ne prenaient pas encore le pouvoir… mais elles se faisaient déjà moins marcher sur les pieds.

L’Exposition universelle de 1958 ou Expo 58, officiellement Exposition universelle et internationale de Bruxelles, s’est tenue du 17 avril au 19 octobre 1958 sur le plateau du Heysel et attira près de 41,5 millions de visiteurs.

L’Expo 58 laisse un profond souvenir en Belgique. Elle est aussi le prétexte d’importants bouleversements et travaux dans la ville de Bruxelles dont les boulevards sont transformés en autoroutes urbaines.

L’Atomium, construit pour l’occasion, est devenu l’une des images de marque incontournables de Bruxelles.

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Mon avis

Nous voilà aux prémices de l'expo 58, Kathleen et son amie Monique désirent ardemment devenir hôtesses de l'expo.

Travail, disponibilité, ponctualité, discipline et surtout sourire sont de rigueur.  En effet, elles seront le sourire de l'expo 58.

Une chouette bd autofinancée grâce à une plateforme de Crow Funding.  Nostalgie, souvenirs, Brel, La Grand Place, le Métropole, la saveur du chocolat Côte d'Or 'Dessert 58" né pour l'occasion.

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Des incidents et faits étranges tels que vol, élément qui se détache du plafond, l'expo est ici au centre d'une affaire d'espionnage.  Soukine (URSS), Amber (USA) et un mystérieux J-M Spruyt....  
A chaque fois, notre héroïne se trouve sur les lieux des faits.  Complice ?

Un très bon moment, une jolie ligne claire.

Ma note : 9/10


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