mardi 27 juin 2023

Le mage du Kremlin - Giuliano da Empoli

 Le mage du Kremlin   -  Giuliano da Empoli





















Gallimard
La Blanche
Parution : 14/04/2022
Pages : 288
ISBN : 9782072958168
Prix : 20 €


Présentation de l'éditeur

On l’appelait le « mage du Kremlin ». L’énigmatique Vadim Baranov fut metteur en scène puis producteur d’émissions de télé-réalité avant de devenir l’éminence grise de Poutine, dit le Tsar. Après sa démission du poste de conseiller politique, les légendes sur son compte se multiplient, sans que nul puisse démêler le faux du vrai. Jusqu’à ce que, une nuit, il confie son histoire au narrateur de ce livre…
Ce récit nous plonge au cœur du pouvoir russe, où courtisans et oligarques se livrent une guerre de tous les instants. Et où Vadim, devenu le principal spin doctor du régime, transforme un pays entier en un théâtre politique, où il n’est d’autre réalité que l’accomplissement des souhaits du Tsar. Mais Vadim n’est pas un ambitieux comme les autres : entraîné dans les arcanes de plus en plus sombres du système qu’il a contribué à construire, ce poète égaré parmi les loups fera tout pour s’en sortir.
De la guerre en Tchétchénie à la crise ukrainienne, en passant par les Jeux olympiques de Sotchi, Le mage du Kremlin est le grand roman de la Russie contemporaine. Dévoilant les dessous de l’ère Poutine, il offre une sublime méditation sur le pouvoir.


PRIX LITTÉRAIRES :
GRAND PRIX DU ROMAN DE L'ACADÉMIE FRANÇAISE 2022
PRIX HONORÉ DE BALZAC 2022


L'auteur



Giuliano da Empoli est un écrivain et journaliste italien.

Il est diplômé en droit de l'Université de Rome "La Sapienza" et en sciences politiques de Sciences Po Paris.

Ancien adjoint au maire en charge de la Culture à Florence (2009-2012), il a été le conseiller politique du président du Conseil italien Matteo Renzi.

De 2006 à 2008, il a été le conseiller du ministre de la Culture italien Francesco Rutelli. Il a également été membre du conseil d'administration de la Biennale de Venise (2007) et président du cabinet Vieusseux à Florence (2012-2016).

En 2016, il a fondé le think tank Volta, membre du réseau Global Progress.

Depuis 1996, il publie régulièrement des articles et des éditoriaux dans les principaux journaux italiens, parmi lesquels "Il Corriere della Sera", "La Repubblica", "Il Sole 24 Ore" et "Il Riformista".

En 1996, il a publié son premier livre "Un grande futuro dietro di noi" à propos des difficultés rencontrées par les jeunes Italiens. Cette publication a fortement animé le débat national en Italie et poussé le journal "La Stampa" à le désigner "Homme de l'année".

En tant qu'auteur et commentateur politique, il intervient régulièrement dans des émissions télévisées et radiophoniques en Italie et en France.

Grand prix du roman de l'Académie Française 2022 pour son roman Le mage du Kremlin.



Source : Grasset et Babelio



Mon avis

Grand prix du roman de l'Académie Française 2022, traduit en 12 langues, je découvre enfin ce roman qui me tentait depuis sa parution et qui est vraiment excellent, très éclairant sur la société russe.

Giuliano da Empoli n'est pas n'importe qui, d'origine italienne et suisse, conseiller politique mais aussi essayiste, il brille avec ce premier roman.

Entrons dans les coulisses du Kremlin pour mieux comprendre la vision de cette société et la personnalité de celui qu'il nomme le tsar ; Vladimir Poutine.

C'est Vadim Baranov qui est surnommé "le mage du Kremlin", il fut conseiller de Poutine durant 15 ans au départ metteur en scène, puis producteur d'émissions de télé-réalité.

Ce livre est éclairant, un peu exigeant au départ mais tellement bien écrit.  Il explique la personnalité de Poutine, comment lui, le petit fonctionnaire des renseignements, exécutant, en est arrivé là et on comprend mieux comment son mental fonctionne, utilisant le passé et les traditions russes comme corde sensible pour l'acceptation de la réalité.

On prend conscience de la manipulation du pouvoir, comment celui qui devait être une marionnette à la tête du pays, froid, insensible, a imposé sa patte, a pris le lead sans laisser aucun choix posssible.   Non, Poutine ne se laisse pas guider, il a sa vision propre et l'impose.

Après la Perestroïka et l'arrivée des oligarques qui se sont enrichis très vite, il reprend possession et contrôle des richesses du pays : gaz, pétrole, mines et forêts.  Dans son esprit la Russie est la plus grande nation sur terre, la plus riche et il veut retrouver sa place sur la scène mondiale en imposant la verticale du pouvoir.

Cela permet de comprendre la situation actuelle en Ukraine, j'ai vraiment appris énormément de choses, ce récit m'a donné l'envie de me documenter un peu plus.  

Un livre à lire absolument, magnifiquement écrit, parfois c'est vraiment très bien de sortir de sa zone de comfort.  

Ma note : 9.5/10


Les jolies phrases

La plupart des hommes de pouvoir firent leur aura de la position qu'ils occupent.

Ce que le poète réalise en imagination, le démiurge prétend l'imposer sur la scène internationale.

Le privilège est le contraire de la liberté, une forme d'esclavage plutôt.

La vie est une maladie mortelle.

Dans chaque révolution, il y a un moment décisif : l'instant où la troupe se rebelle contre le régime et refuse de tirer.  C'est le cauchemard de Poutine, comme de tous les tsars qui l'ont précédé.

Le pouvoir est comme le soleil et la mort, il ne peut se regarder en face. 

On ne sait jamais rien. Tu ne contrôles pas les choses qui arrivent, pire, tu n'es même pas capable de savoir si elles sont bonnes ou mauvaises.  Tu es là, tu attends une chose, tu la désires de toutes tes forces.   Elle se produit enfin, et, juste après, tu te rends compte que ta vie est gâchée.  Ou le contraire.  Le ciel te tombe sur la tête et après un peu de temps tu te rends compte que c'est la meilleure chose qui pouvait t'arriver. 

Disons le franchement : il n'y a pas de dictateur plus sanguinaire que le peuple ; seule la main sévère mais juste du chef peut en tempérer la fureur. 

Aux échecs, les règles restent les mêmes mais le vainqueur change tout le temps.  Dans votre démocratie souveraine, les règles changent, mais le vainqueur est toujours le même.




samedi 24 juin 2023

Reste - Adeline Dieudonné

 Reste  - Adeline Dieudonné

























L'iconoclaste
Parution : 6 avril 2023
Pages : 285
Isbn : 9782378803544
Prix : 20 €

Présentation de l'éditeur



Une nouvelle facette d’Adeline Dieudonné révélée dans ce roman envoûtant.


Cadavre exquis

Dans un chalet au milieu des montagnes, une femme et son amant se retrouvent en secret, sans que son épouse ne soit au courant. Tous deux vivent une idylle, une parenthèse hors du temps. L’amoureux succombe d’une crise cardiaque en quelques secondes. La narratrice se retrouve seule avec le corps sans vie de son amant. Elle décide de garder le corps et, pour surmonter son chagrin et la violence de l’événement, commence à écrire des lettres à l’épouse et lui raconte cette histoire d’amour infidèle.

Une initiation sentimentale

Auprès du corps inerte de celui qu’elle a tant aimé, toute sa vie sentimentale refait surface : les hommes qu’elle a côtoyés, ceux qui l’ont blessée ou ont abusé d’elle. Elle repense à ses échecs, jusqu’à la rencontre de cet amant qui l’a révélée. Pour la première fois, elle a appris à aimer. Maintenant que plus rien ne compte à ses yeux, un seul objectif lui donne le courage de vivre : lui offrir la plus belle des sépultures.

Une nouvelle facette d’Adeline Dieudonné

Après le détour par le récit choral avec Kérozène, l’autrice de La vraie vie revient au roman. Adeline Dieudonné est moins féroce, moins surréaliste, mais plus touchante, amoureuse.


L'auteure










Adeline Dieudonné est née en 1982, elle habite Bruxelles. Elle a remporté avec son premier roman, La Vraie Vie, un immense succès. Multi-primé, traduit dans plus de 20 langues, ce livre a notamment reçu en 2018 le prix FNAC, le prix Renaudot des lycéens, le prix Rossell et le prix Filigranes en Belgique ainsi que le Grand Prix des lectrices de ELLE en 2019.
Il s’est vendu à 300 000 exemplaires.

En avril 2021    Kerozene


Source L'Iconoclaste



Mon avis

Adeline Dieudonné confirme son talent d'écrivaine, elle nous emmène pour son troisième opus dans un registre différent.  Un sujet lourd, difficile mais traité avec une écriture légère, qui parvient à le rendre lumineux.

La narratrice va fêter ses 41 ans.  Elle est avec son amant M., dans un chalet au bord du lac.  M comme à l'habitude s'est levé le premier et est parti se baigner, mais il ne reviendra pas, victime d'une crise cardiaque.  La narratrice plutôt que de prévenir les secours ne peut se résoudre de le quitter, elle reste blottie contre son corps, elle veut encore l'aimer, le caresser, le garder près d'elle.  Il lui est impossible de le rendre à sa famille, de l'abandonner seul à la morgue... Alors elle va emmener le corps sur la banquette arrière de sa voiture pour six jours de folie.

Elle va par empathie écrire à sa veuve deux longues lettres pour lui raconter ses amours secrètes, ses sentiments, un pan de sa vie mais aussi surtout pour lui confirmer que oui M aimait sa femme.

Vu comme cela, cela peut vous sembler effrayant.  Adeline aime nous bousculer, nous choquer mais je vous rassure l'aspect glauque et morbide n'est pas présent, il est gommé par l'écriture légère et spontanée.  Une plume tout en tendresse et subtilité, poétique.

Ce récit nous questionne sur la mort qui est une réalité de nos vies, un sujet tabou qu'elle décrit mais surtout que se passe-t-il lorsque la mort surgit dans un couple illégitime?

Amour, deuil et rapport au corps.  Une histoire d'amour hors normes écrite avec beaucoup d'humanité.

Ma note : 9/10

Les jolies phrases

On ne réalise pas que la vie allège les corps.

On ne finit jamais de connaître l'autre.  Au début cela m'effrayait, puis j'ai appris à aimer ces parts d'ombre.

Je crois que la vérité est toujours plus douce que les fantasmes.

Le présent ne ma va pas, je retourne à mes souvenirs.

J'étais un monstre, ce que je faisais était monstrueux, le savoir ne m'empêchait pas de le faire.

Je n'envisageais pas de devenir la maîtresse d'un homme marié, et je ne l'imaginais pas me quitter.

Il y a une part de transformation dans les histoires d’amour, j’en suis certaine, mais le désir qui meurt, c’est le désir qui meurt. Point.

Les années avec Romain sont des années d'oblitération.  Si je voulais en parler avec douceur, je dirais que j'avais dressé un rideau de velours épais à l'intérieur de moi, derrière lequel j'avais caché mes besoins, mes aspirations, ma créativité.  Derrière lequel je m'étais effacée.  Si je voulais en parler avec plus de dureté j'évoquerais un cachot.

Trente kilos de différence, ce n'est rien. Ça n'est pas un sanglier, c'est juste un homme. Et moi je ne suis pas une biche. Mais depuis toujours on m'a répété que les hommes sont plus forts, dangereux. Les femmes sont les victimes, les hommes les agresseurs. Et moi je n'ai pas osé vérifier.

Si ça n'est pas grave, c'est qu'il ne s'est rien passé. S'il ne s'est rien passé, le sanglier n'existe pas. C'est fou le pouvoir que j'ai. Si je décide qu'il ne m'a pas violée, le viol n'a pas eu lieu. C'est magique. Pas de douleur, donc pas de victime, donc pas de crime. Circulez.

J’avais entendu dire que ça skiait encore tout là-haut, à grand renfort de canons à neige. Je n’ai jamais bien compris ce goût de s’entasser dans des bennes à humains pour aller se déchirer les ligaments croisés entre la raclette et le vin chaud. Peut-être que je rate quelque chose.

La vie de couple, on croit que ce n'est que de l'amour, mais je voudrais avoir accès aux pensées intimes de tous les couples du monde, spécialement ceux qui ont des bébés, même quand ils s'aiment, même quand tout va bien, je suis prête à parier mon clito qu'ils ont tous ces pensées qu'ils confinent tous à une forme de détestation de l'autre à un moment.


Ma note :   9/10



Du même auteur j'ai lu

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mardi 20 juin 2023

Relation - Alexis Alvarez

Relation - Alexis Alvarez














L'arbre à paroles
If
Parution : mars 2023Pages : 83
ISBN: 978-2-87406-735-8
Prix : 14 €


Présentation de l'éditeur

Un couple se défait dans la nuit madrilène. Resté seul, le narrateur se remémore les instants partagés, récolte les cendres de ce qui a été, tente de donner corps à des souvenirs endoloris. Des fragments de la relation achevée viennent s’échouer dans le quotidien de celui qui reste, comme des emballages vides transportés par le vent. À l’instar du périple bien réel de Francisco de Orellana sur l’Amazone, les contours du deuil se révèlent toujours insaisissables, sans début ni fin, sans ligne de démarcation claire. La relation revêt alors un nouveau sens, celui d’un récit visant à restituer l’expérience sans tricher, sans masquer ses côtés les plus glauques, mais sans rien effacer de la tendresse qui demeure malgré tout. On retrouve dans Relation le style alerte d’Alexis Alvarez, l’ironie de ses métaphores et sa saisie ultra-contemporaine du monde. Car l’amour dont il est question ici est un nouvel amour, l’amour au temps de la vitesse, au temps de la consommation et de l’oubli, un amour comme un aboutissement vertigineux de la solitude, à une époque où tout s’achète et tout se vend. « Nous, justement, on n’a rien créé. C’est dommage que notre relation n’ait pas accouché de quelque chose de tangible. Un calendrier de l’avent, un bricolage branlant, un jardin japonais en pot. N’importe quoi, mais un sanctuaire où je pourrais nous prier. »


Alexis Alvarez

Né aux abords de la Nationale 4, 726 ans après Marco Polo, Alexis Alvarez est écrivain, musicien, traducteur, enseignant, j’en passe et des meilleures. Après deux livres, Exercices de chute (éd. L’arbre à parole) et Une année sans lumière (éd. Tétras Lyre), il continue à explorer les formes brèves qu’il pleuve ou qu’il vente. Il a participé en 2020 à l’ouvrage collectif La ligne blanche (éd. L’arbre à paroles). En 2021, il a pris part au projet Borderlines, avec le texte « Haku », et son film « Cielo » a été sélectionné pour le Festival International de Littérature à Montréal (FIL).

Relation est son premier roman publié chez L'arbre à paroles

source : Pilen 









Mon avis

Un très beau roman très poétique, celui d'Alexis Alvarez.

Nous sommes à Madrid à l'époque où le narrateur travaille sur sa thèse "Sur la première navigation complète de l'Amazone par Orellona au 16ème", période où il a vécu une passion avec N.O..

Ce récit va osciller entre le voyage en Amazonie de la thèse et l'histoire d'amour avec N.O..  Les chemins se croiseront.  C'est le souvenir, la douleur de la séparation du jour au lendemain, l'oubli.  Le temps pour le narrateur de se plonger dans des fragments du quotidien, la nostalgie mais aussi la douleur de l'absence, de ce que l'autre a laissé en lui.


"Mais c'est quoi une vie ? Une "dévie" plutôt.  Plombé par le poids de notre amour, j'ai dévécu quand toi tu vivais pleinement."

C'est tout en profondeur et poésie. C'est beau.

A découvrir.

Ma note : 9/10

Les jolies phrases

Le nombre de souvenirs ne dépend pas de la quantité de temps passé ensemble mais du degré de détail avec lequel notre esprit décompose ce temps.

Quand on baisait j'ai vu ton coeur.

On a tous peur de ça, je crois non ? que des phrases nous dévorent l'intérieur de la tête ?

J'étais raide dingue de toi.  On ne peut être que raide dingue ou raide mort.  C'était l'un ou l'autre.  On ne peut pas être raide heureux ou raide comblé.  En tant qu'adverbe raide ne sert que pour les dingues et les morts.

A partir de quel moment tes baisers sont-ils devenus des baisers de Judas?  A partir de quand les savais-tu comptés ? A partir de quel moment chacun d'eux est-il devenu un adieu? A partir de quand l'amour, à l'intérieur de toi, s'est défait comme un château de sable et quelle timide vague a bien pu l'emporter ?

Tant que je ne l'ai pas ouvert, le message reste un emballage qui enveloppe en puissance le joyau le plus pur.

Je reste prisonnier d'une ancienne version de moi-même, périmée.  Ayant refusé les mises à jour successives qui m'étaient proposées, je dysfonctionne. 

Je traque partout tes traces écrites.  Je m'aperçois que je ne connais même pas ton écriture manuscrite.  C'est terrifiant je trouve.  Aujourd'hui on peut très bien partager la vie de quelqu'un et ne jamais l'avoir vu tracer une lettre.



samedi 17 juin 2023

Sur la terre des vivants - Déborah Lévy -Bertherat

Sur la terre des vivants - Déborah Lévy-Bertherat












Rivages
Parution : 12 avril 2023
Pages : 384ISBN: 978-2-7436-5909-7
Prix : 21 €


Présentation de l'éditeur



À Hambourg, en 1903, Irma Levy vient au monde à l’Altenhaus, un asile de vieillards qui est aussi la porte d’entrée du cimetière juif. Dernière-née du couple qui tient l’hospice, elle y grandit entre une mère vouée au soin des anciens, un père chargé des funérailles et des pensionnaires plus ou moins excentriques. Adolescente à l’humour insolent et à l’esprit frondeur, elle se démarque de ses sœurs en refusant de suivre la voie que la tradition assigne aux filles. La tourmente de l’Histoire bouscule la famille, qui se disperse par le monde. Irma, restée en Allemagne, suivra sa mère au camp de Theresienstadt. Elle y travaillera comme infirmière et en reviendra miraculeusement vivante. Cette épreuve l’aura-t-elle enfin assagie ?

Dans ce texte vibrant où le romanesque se mêle au conte, Déborah Lévy-Bertherat redonne chair aux disparus, et pose avec pudeur la question de l’héritage familial et historique.

Déborah Lévy-Bertherat est l’autrice de trois romans publiés chez Rivages (Les Voyages de Daniel Ascher, 2013 ; Les fiancés, 2015 et Le châle de Marie Curie, 2017).

Déborah Lévy-Bertherat





Déborah Lévy-Bertherat vit à Paris où elle enseigne la littérature comparée à l'Ecole normale supérieure. Elle a traduit Un héros de notre temps de Lermontov et Nouvelles de Pétersbourg de Gogol.



Les Voyages de Daniel Ascher a été son premier roman en 2013 chez Rivages.
Les fiancés. 2015 chez Rivages
Le châle de Marie Curie 2017.



Mon avis

C'est le 26 janvier 1903 qu'Irma, la petite dernière de la famille voit le jour, à Hambourg, à l'Altenhaus, un asile de vieillards que gèrent Elkan et Fiete Ley, ses parents. Un hospice qui est aussi l'entrée du petit cimetière juif dont son père est gardien et est en charge également d'accompagner les défunts.

C'est dans cet endroit, qu'Irma, la rebelle va grandir avec ses frères et soeurs : Manfred, Kurt, Senta et Edith.

Irma, au physique un peu ingrat est différente; rebelle, espiègle, elle va mener une vie hors du commun, refuser de suivre les traditions et conventions juives.

La légende familiale dit qu'elle aurait suivi volontairement sa mère au camp de Theresienstadt et en serait sortie vivante..  Déborah Levy-Bertherat sur base d'une photo prise de sa grand-mère paternelle et de ses tantes Irma et Edith en 1972 lorsqu'elle avait 9 ans a voulu retracer l'histoire orale qu'on lui avait transmise.

C'est en s'intéressant à ses racines en Allemagne, en essayant de savoir s'il y avait une "Stolpersteine" - pierre d'achoppement, du souvenir - que l'autrice est entrée en contact avec Christina qui lui signalait que la ville de Hambourg détenait des documents sur sa famille - un arbre généalogique de ses deux grands-parents paternels , Levy et Fränkel - que tout a commencé.

Ce livre c'est l'occasion de redonner vie aux disparus de la famille, de leur rendre chair, de retrouver ses racines tout en rendant par ce témoignage la mémoire de tout un peuple.  Cette enquête est riche, travaillée.

Elle nous parle de femmes, de leur bravoure, du courage de celles qui soignent et réparent.

Ce récit nous fait revivre l'Histoire , l'horreur de cette époque, l'antisémitisme, la Shoah.  C'est toute l'histoire d'un peuple, brimé, privé, persécuté, exécuté. C'est la violence du nazisme, des camps de concentration, les horreurs d'antan mais aussi les traditions juives qui nous sont contées.

Irma s'engagera comme infirmière, elle ira pendant trois ans dans le camp de Theresienstadt et elle reviendra.. mais ne témoignera pas vraiment, du moins pas directement à sa petite nièce.  C'est ça aussi ce récit : la difficulté de témoigner.

J'ai beaucoup aimé au fil du récit le parallèle très marquant avec l'histoire de "Hippeltisch", Pinocchio.  C'est vraiment judicieux tout comme les traductions de certains mots allemands ou hébreux. J'ai appris des choses intéressantes tout en découvrant ce récit personnel qui paradoxalement est aussi universel.

La plume de Déborah est sensible, lumineuse.  L'écriture est très belle, riche, humble mais aussi teintée d'humour.  Elle redonne chair aux disparus et pose avec pudeur la question de l'héritage familial.

Ce livre est un réel hymne à la vie.

Ma note : 9/10


Les jolies phrases

Les descendants, on le sait, ne posent pas de questions.  Ils ont peur de réveiller les fantômes, de remuer dans la plaie de leurs aînés le couteau ou la grande hache de l'Histoire.  En vérité, ils craignent surtout d'être blessés eux-mêmes par ce qu'ils entendraient. Je n'ai jamais rien demandé à tante Irma, ni à tante Edith.  Ce que j'ai appris des trois soeurs m'a été raconté par d'autres ou vient d'archives, de lieux visités, de vieilles photographies.  Ce ne sont que des bribes, des bouts entre lesquels il faut combler les manques, comme les archéologues esquissent, entre des fragments de mosaïque retrouvée, les parties disparues.  On tâtonne, on bricole, on se trompe forcément : comment écrire des souvenirs qui ne sont pas les vôtres, témoigner de ce qu'on n'a pas vu ?

L'histoire de cette famille ressemble à une amande, il faut savoir attendre avant d'en ouvrir l'écorce.  

Elkan Levy n'est pas un héros homérique, bien sûr, mais je trouve une certaine grandeur à risquer sa vie à aller chercher les corps de ces soldats qui n'étaient même pas ses fils.  De quel fer, ou de quel étoffe, le coeur d'Elkan était-il fait ?  Il faudrait être archéologue des sentiments pour analyser les tissus au microscope, en identifier les fibres.  On y trouverait, je suppose, la foi, la discipline, le sens de la communauté et du devoir, peut-être aussi le cran, ou le goût du défi.  Un grain de folie n'est pas exclu.

Transporter sa maison sur son dos, c'est bon pour les tortues ou les escargots.  S'il faut partir, mieux vaut commencer une vie nouvelle, ne pas s'encombrer de bagages, plutôt tout vendre pendant qu'il en est temps et emporter de l'argent. 

Comment prépare-t-on ses bagages pour un départ qu'on n'a pas choisi, et souvent dans l'urgence?  Que choisit-on d'emporter ou de laisser?  Je me demande parfois s'il faudrait avoir toujours une valise prête, au cas où. 

Etrange époque où il faut se séparer de ses enfants pour les sauver, quand on voudrait, au contraire, les garder près de soi.  Il faut faire comme la mère de Moïse qui, pour soustraire son fils au massacre des nouveau-nés hébreux, l'a déposé dans un panier et l'a livré aux eaux du Nil. 

Comme Pinocchio, elle avait appris la valeur du sacrifice filial.  Comme lui, elle aurait pu mourir cent fois et, contre toute attente, elle avait survécu.



Du même auteur j'ai lu et adoré

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Ils ont rejoint mon Himalaya à lire

Ils ont rejoint mon Himalaya à lire




Le moment de faire le point sur mes avant-dernières réceptions et de trouver des idées de lecture pour l'été.

On commence par des auteurs belges.

Dans la collection Noir Corbeau de chez Weyrich

La piste congolaise   -    Francis Groff















Weyrich
Noir Corbeau
Parution : 23 mai 2023
Pages : 236
Ean : 9782874898846
Prix : 20 €

Présentation de l'éditeur



De passage à Libramont, Stanislas accepte une mission délicate : trouver un acheteur pour un coffret bantou contenant un vieux carnet de notes et une curieuse fiole en verre. Peu de temps après, son commanditaire meurt sous les coups de quatre Africains qui se lancent à sa recherche. Lorsqu’il découvre l’existence du frère Justin Gillet, un enfant de Paliseul parti fonder une colonie jésuite au Congo à la fin du XIXe siècle, le bouquiniste comprend qu’il doit se rendre en RDC pour tenter de résoudre l’énigme et échapper à ses poursuivants. Une enquête exotique, menée au rythme du tam-tam à Kinshasa, chez les Anciens du Congo belge et dans la savane profonde où les vieilles légendes dissimulent bien des pièges...

Autre auteur de chez nous chez Ker éditions

Vous qui entrez à Montechiarro  -  Vincent Engel














Ker éditions
Tranches de vie
Parution : 12 mai 2023
Pages : 408
Isbn : 9782875863553
Prix : 25 €


Présentation de l'éditeur




1900. Dans les brumes de Venise, Roberto Coniglio, bourgeois timoré fraîchement arrivé de la campagne toscane, tente l’impossible pour aider la jeune Alessia à faire évader sa mère de l’asile d’aliénées où elle a été enfermée par un mari sans scrupule.

1926. Déshérité suite à la mort de son grand-père, Stefano Volpe est un fasciste amer et un poète frustré. Responsable du terrible camp de Lipari, il transforme un de ses miliciens en meurtrier et noue ainsi leurs destins.

Un siècle plus tard, en pleine pandémie, Baptiste Morgan se réfugie à Venise. Il y retrouve les témoins du basculement de sa vie et cherche, à travers la musique et les mystères de Montechiarro, à percer les secrets enfouis de sa famille. Et à trouver le bonheur, enfin…


De nouvelles parutions chez Casterman

De l'amour et du hasard  -  Manu Boisteau













Casterman
Parution : 07/06/2023
Pages : 200
Isbn : 9782203229488
Prix : 26 €

Présentation de l'éditeur


Une comédie romantique à l’heure de Tinder !


« Je ne cracherais pas sur un peu de tendresse de temps en temps, mais si le prix à payer c’est le couple, merci bien ! » C’est parfois armé d’un smartphone que l’homme contemporain se retrouve en quête de l’âme sœur. Traînant de longues heures sur les applis de rencontre, il suit un parcours semé d’embûches, et à l’amour répond parfois un hasard… plutôt contrariant. Et si notre héros semble plus enclin à matcher qu’à faire des rencontres IRL, il a par ailleurs bien des difficultés à s’atteler à l’écriture de son deuxième roman et à reprendre son analyse, contraint et forcé par un psy pour le moins retors… Dans cette comédie aux punchlines savoureuses se mêlent le rêve et le réel, l’ego et la création, les amis, les amours... et peut-être un futur inattendu.

Et puis il y a les premières arrivées de la rentrée littéraire

Les terres animales  -  Laurent Petitmangin


















La manufacture de livres
Parution : 24 août 2023
Pages : 224
Isbn : 9782358879996
Prix : 18.60 €

Présentation de l'éditeur



Il y avait là de petites villes avec leurs églises, quelques commerces, des champs, et au loin, la centrale. C’était un coin paisible entouré de montagnes et de forêts. Jusqu’à l’accident. Il a fallu évacuer, condamner la zone, fuir les radiations. Certains ont choisi de rester malgré tout. Trop de souvenirs les attachaient à ces lieux, ils n’auraient pas vraiment trouvé leur place ailleurs. Marc, Alessandro, Lorna, Sarah et Fred sont de ceux-là. Leur amitié leur permet de tenir bon, de se faire les témoins inutiles de ce désert humain à l’herbe grasse et à la terre empoisonnée. Rien ne devait les faire fléchir, les séparer. Il suffit pourtant d’une étincelle pour que renaisse la soif d’un avenir différent : un enfant bientôt sera parmi eux.

Laurent Petitmangin, toujours aussi bouleversant d’humanité, nous raconte les souvenirs indélébiles, les instincts irrépressibles et la vie qui toujours impose sa loi au coeur de ces terres rendues au règne animal.

Au théâtre j'ai écouté le témoignage de Fran, un migrant guinéen qui nous partage son témoignage.  Je n'ai pu faire autrement que d'ajouter ce livre...

Notre soleil par les côtes du Maghreb - Fran Kourouma


















Samsa éditions
Parution : 17 novembre 2020
Pages : 187Isbn : 9782875932884
Prix : 18 €

Présentation de l'éditeur

Pour la majorité des personnes qui nous croise, nous, les migrants, nous sommes sans valeur, sans importance. Nous n'avons accès à rien, toutes les portes se ferment devant nous⦠La vie en Europe, sans papiers, sans parents, dans les affres de la " procédure de Dublin ", c'est côtoyer, jour après jour, le stress et le chagrin comme seuls compagnons de misère. Le plus insensé est que, dans certains médias, des personnes soutiennent que ce périple se fait sans inquiétude : "Ils prennent des bateaux pour traverser...


Il y en a encore beaucoup d'autres depuis , patience essentiellement la rentrée littéraire.

Belles lectures

jeudi 15 juin 2023

La vie absolue - Didier van Cauwelaert

 La vie absolue   -   Didier van Cauwelaert





























Albin Michel
Parution : 01/03/23
Pages : 272
EAN : 9782226453464
Prix : 21.90 €

Présentation de l'éditeur



« Ici repose Jacques Lormeau (1962-1996). Il m’a fallu un certain temps pour renouer avec cette identité révolue, mais je comprends désormais l’urgence qui m’a ramené à mon point de départ. »



Vingt-cinq ans après l’immense succès de La vie interdite, Didier van Cauwelaert « ressuscite » l’un de ses personnages emblématiques. Jacques, sur décision de justice, est exhumé dans le cadre d’une recherche de paternité. Dès lors, l’esprit de ce quincaillier de 34 ans se retrouve englué malgré lui dans les passions, les mensonges et les mesquineries de la petite ville de province qui se déchire autour de sa mémoire.

Comment sauver la jeune femme brisée qui voudrait tant être sa fille ? Lui qui est passé à côté de sa vie n’a aucune envie de rater sa mort, mais quelle est sa marge de manœuvre ? Quand on n’est plus de ce monde, a-t-on encore les moyens de le changer ?

Avec son humour ravageur et sa tendresse poignante, le prix Goncourt 1994 nous entraîne dans le fascinant voyage posthume qui, peut-être, nous attend tous.


L'auteur



  


Romancier, auteur dramatique, scénariste, librettiste, Didier van Cauwelaert cumule depuis ses débuts prix littéraires et succès publics. Souvent qualifié « d’écrivain de la reconstruction », il est l’un des rares romanciers à avoir été adapté au cinéma à Hollywood. Traduit dans une trentaine de langues, il a publié plus de quarante livres, qui ont dépassé les six millions d’exemplaires.

44 livres publiés
16 prix

La suite sur son site 


Mon avis

Cimetière d'Aix les Bains, Fabienne (la veuve), son fils Lucien et tout le personnel de la quincaillerie Lormeau est présent face à l'ancienne rivale, Jeanne-Marie Dumontcel, la grand-mère de Morgane.

L'objectif : réaliser un test ADN, une recherche de paternité qui sauvera Morgane, lui rendra son honneur, une famille.  Morgane c'est la fille de Marie-Pa, amie d'enfance de Jacques dont le mari s'est révélé être un violeur pédophile.  Elle ne l'a pas supporté, s'est suicidée mais avant, elle a confié à sa fille Morgane que son vrai père était Jacques.  

C'est pour ça qu'ils sont tous là... et Jacques , enfin, son esprit a pour mission de sauver l'honneur de Morgane quien réalité n'est pas sa fille !

Voilà le point de départ de ce roman.  Un thème de prédilection pour l'auteur qui aime nous parler de la vie après la mort.

Beaucoup de personnages secondaires, tous aussi truculents les uns que les autres.  Après leur mise en place, on les suit, on tit et on sourit.

L'écriture est comme toujours pleine de malice, d'humour et de légéreté.

Elle est bienveillante, addictive et le gage d'un excellent moment.

Ma note : 8.5/10

Les jolies phrases

C'est ça les âmes en peine. Être oublié des vivants ne les dissout pas, mais les incruste.

On se figure que les défunts ça se reloge, et puis ça reste des sans-abris.

La mort c'est la vie absolue.

C’est fou comme ça fait rajeunir, le bonheur qu’on offre aux autres.

Si ça se trouve, la mort comme la vie, c'est jamais que du cinéma.  On est dans le film et, un jour, on se retrouve dans la salle à regarder l'écran.

Moi, ce que je pense, c'est qu'il n'y a ni paradis ni enfer.  Il y a toi, c'est tout.  Mais tu n'es pas seulement ce que tu as été ou ce que tu as fait.  Tu es aussi ce que tu aurais voulu être, ce que tu n'as pas réussi à faire, ce qui te blesse ou qui te fait peur, tes croyances et tes refus... Et ce que les vivants gardent de toi.

Tout le monde a des bons côtés qui débouchent sur les pires choses.

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dimanche 11 juin 2023

Emma Peel Bottes de cuir contre chapeau melon - Stephen Sarrazin

Emma Peel Bottes de cuir contre chapeau melon  
Stephen Sarrazin














Les impressions nouvelles
Collection : la fabrique des héros
Pages : 104
Isbn : 9782390700159
Prix : 13 €


Présentation de l'éditeur

En 1965, dans l’épisode bien nommé The Town of No Return de la série déjà culte Chapeau melon et bottes de cuir (The Avengers), une certaine Emma Peel fait son apparition. Incarnée par une actrice de théâtre remarquée, la sublime Diana Rigg, c’est elle qui impose le fétichisme de ses longues bottes de cuir, balaie d’un regard incendiaire tous les autres personnages de la série, forme un inoubliable et sulfureux duo avec le flegmatique John Steed (Patrick Macnee). Cinquième partenaire de l’agent Steed, la jeune femme intrépide devient instantanément une immense icône de la culture pop des années 60.
Sa personnalité flamboyante cristallise à jamais l’esprit de son époque : l’effervescence du swinging London, le baroque des James Bond, la révélation des arts martiaux asiatiques, l’enthousiasme pour la physique quantique, l’insolence de la mode vestimentaire et, bien sûr, la libéralisation sexuelle. Car, faut-il le rappeler, Emma Peel est d’abord un jeu de mots avec «Man appeal». À travers ses audaces, jamais femme n’a été aussi fatale.


L'avis de mon mari



Petit livre de la collection ‘La Fabrique des Héros’, il est sous-titré ‘Bottes de cuir contre chapeau melon’ en référence bien sûr à la célèbre série britannique des années 60, Chapeau Melon et Bottes de Cuir (The Avengers en anglais).

Le Chapeau melon, c’est John Steed joué par Patrick Macnee, un British pur jus, flegmatique, élégant et qui s’entoure de jolies femmes dont Bottes de Cuir, Emma Peel jouée par Diana Rigg.

Le livre se focalise donc sur Diana Rigg et son rôle de sex symbol (man appeal - Emma Peel) dans la Grande-Bretagne des années Beatles, Kinks et Rolling Stones.

Il nous donne aussi pleins de détails sur le tournage de plusieurs épisodes, cela donne envie d’en revoir certains.

On aurait aimé peut-être plus d’ancrage dans le UK des 60’s d’un point de vue politique et social. Aussi plus de développement des influences que la série a exercées sur d’autres séries et films bien au-delà des années 60; les épisodes ayant été diffusés encore longtemps sur diverses chaînes au cours des décennies suivantes.

Cela se lit donc rapidement sans déplaisir mais avec parfois un goût de trop peu sur certains sujets ou de trop notamment dans les ‘making of’ des épisodes à moins d’être un fan inconditionnel.

Sa note :  7/10

mercredi 7 juin 2023

Les reines - Emmanuelle Pirotte ♥♥♥♥♥

Les reines  -   Emmanuelle Pirotte



























Le cherche midi
Collection Cobra
Parution : le 25 août 2022
Pages : 528
Isbn : 2749174155
Prix : 21 €


Présentation de l'éditeur



Du grand spectacle combiné à des enjeux Shakespeariens

Sur les ruines de nos civilisations, un nouveau monde s'est bâti. L'humanité a renoncé au progrès matériel et retiré au sexe masculin ses anciens privilèges. Les royaumes sont désormais gouvernés par des femmes, autant de Reines que l'épreuve du pouvoir révèle parfois autoritaires et souvent rivales.

Dans ce monde aux immenses espaces sauvages, des groupes de nomades, artisans, chasseurs et comédiens se croisent sur les vestiges des routes d'autrefois. Parmi ces communautés, celle des Britannia, où les jeunes Milo et Faith brûlent d'un désir réciproque et néanmoins interdit. Leur attirance va provoquer le bannissement de Milo. Commence alors pour le jeune homme une longue errance à travers les terres du Nord ; mais si Milo espère retrouver Faith, il n'imagine pas combien son voyage obéit aux lois de la destinée – ce grand compas qui, toujours, nous entraîne vers nos origines.

Sous la surface agitée de l'épopée, Emmanuelle Pirotte installe le décor et les enjeux de la tragédie antique. Jalousies, tensions amoureuses, filiations cachées, prophéties et vœux de vengeance électrisent les personnages qui se donnent à toutes les passions. Et l'on retrouve enfin, loin des potions prudentes et morales, la plus aberrante et la plus formidable des littératures.



Mon avis

Nous sommes dans le futur, 500 ans après "La Chute", entendez par-là, la disparition de notre monde actuel, disparition de la majorité de la population, des technologies, de la science en partie responsable du déclin, des livres et du savoir et du patriarcat.  

Sur les ruines de nos civilisations, un nouveau monde s'est bâti.   C'est bien dans une dystopie, dans un récit post-apocalyptique qu'Emmanuelle Pirotte nous emmène.  Dans un monde où la population se fait rare, on va voyager des Hautes Terres des Grandes Îles au Royaume des Amazones du Danemark, sur les flots de la grande mer aux Hébrides.

Un pacte a été fait avec la Terre-Mère donnant le pouvoir aux femmes.

On va suivre deux jeunes, des Gypsies issus de la tribu Britannia : Milo et Faith.  Ils sont inséparables, ils s'aiment et pourtant Milo, sera exclu des siens, banni, condamné à errer dans ce monde pour y trouver sa place, apprendre à survivre seul.

C'est alors une épopée qui commence à travers l'Europe centrale, avec au Nord, le domaine des Amazones et de leur reine Edda du Danemark, qui rêve d'étendre encore son territoire...

Sur une île rocher au large des Hébrides, on découvre Alba, une ancienne reine cruelle, une recluse devenue "sybille ", une oracle qui communique avec la Terre-Mère.  Elle se livre dans son journal, en parallèle à L'histoire de Milo et Faith.  

Peu à peu on comprendra pourquoi elle en est arrivée là.


Ce récit est juste magnifique, il nous emporte ailleurs.  L'écriture est superbe, riche, exigeante parfois mais elle nous emporte dans un long poème épique, dans une tragédie.

Si cette histoire se passe dans le futur, elle n'en reprend pas moins les codes de la mythologie; Enée chez Virgile, Oedipe et Sophocle, Electre et Eschile mais aussi la tragédie Shakespearienne car l'amour passion est également au rendez-vous à plus d'un titre, Faith joue d'ailleurs une très belle Desdémone dans Othello.

Des secrets pimenteront le récit et vous tiendront en haleine.  

Une question centrale est le pouvoir aux femmes.  La question est posée: pour un mieux ou non ?

Je n'ai pas envie de vous en dire trop si ce n'est que des secrets pimenteront le récit et vous tiendront en haleine.  D'autres thématiques abordées : le changement climatique, le respect du vivant, l'inversion des rôles, la limite du progrès et de la science et indirectement la littérature. 

Je peux vous dire que lorsque l'on arrive au bout de ces 528 pages, on n'a pas envie que cela s'arrête, on voudrait rester encore avec ces beaux personnages.


Les jolies phrases

Mais le froid rend les êtres durs et sans pitié, il gèle les coeurs et anéantit les faibles. 

Les femmes sont-elles plus aptes à exercer le pouvoir ? Ont-elles véritablement, comme veulent nous le faire croire les mythes de la Renaissance, plus de jugement, d'empathie, davantage le sens de la justice et de l'équité ? Sont-elles, sinon exemptes, du moins plus affranchies que les hommes du désir de puissance, de l'orgueil, de ce que dans le Très Vieux Monde on nommait l'hubris ? Je l'ai longtemps cru, j'ai défendu cette conception avec passion, avec une conviction fanatique, à la mesure de l'effarante inanité de cette croyance. Je sais aujourd'hui qu'elle est infondée et dangereuse. Je sais qu'une femme peut se révéler abjecte, retorse, envieuse, fourbe, d'une patience diabolique, destructrice et narcissique ; c'est une créature nuisible et prédatrice.
Je le sais parce que cette créature, c'est moi.

Nous sommes sans doute allés trop loin, moi la première.  Mais trouver de l'équilibre lorsqu'il faut reconstruire sur les cendres d'une civilisation qui a oeuvré à son propre épanouissement ?

Vous croyez tout ce qu'on dit dans les livres ?  Vous avez tort.  Ce sont des choses sans vie, emprisonnées sur ces pages depuis trop longtemps pour être encore vraies.  La parole écrite est morte.  Le souffle l'a abondonnée.

Ça ne sert à rien de se plaindre et de ressasser.  Il faut vivre avec ce que nous avons perdu, ou plutôt sans.

La nécessité de la guerre est ancrée en nous aussi solidement que l’orgueil, que le désir, la curiosité, que la fascination pour le pouvoir, pour la beauté ou le mal absolu.

Il faut toujours penser au souvenir qu'on laissera, Alba, c'est une préoccupation de faibles.  La puissance, la grandeur n'ont que faire de la morale.  

Ce qui est interdit fascine, c'est toujours la même bonne vieille histoire.  L'humain désire ce qu'il ne peut posséder.  

L'humanité n'aura-t-elle jamais fini de justifier toutes les avanies et les bienfaits qui la frappent en invoquant un dessein supérieur, une volonté transcendante ? Ne cesserons-nous jamais de chercher un sens à la vie ? La vie n'a d'autre sens qu'elle-même, elle est le principe originel, ultime, et notre rôle dans cette dynamique éternelle n'a pas plus ou moins d'importance ou de signification que celui de la fourmi ou du roseau. C'est ce que l'Homme nouveau est censé avoir appris depuis la Chute. Mais cette conception demande du cran, une bonne dose d'humilité et de courage qui finit toujours par nous faire défaut.


Ne dit-on pas que les hommes restent des enfants leur vie entière ? 

Il faut aimer pour comprendre intimement quelqu'un !

Sans ce fameux amour - et tout le cortège des fausses vertus qu'il trimballe avec lui, bonté, compassion, abnégation -  l'être humain ressemblerait au monstre qu'il est en réalité.  

Puisqu'elle ne peut pas vivre, elle, qu'importe ce que deviennent les autres, tous les autres ? C'est cela vieillir sans doute : ne plus se soucier du devenir du monde, puisqu'on n'a plus rien à y faire .  Après moi le déluge !

L'homme a ceci de stupide et touchant ; il a bien du mal à se représenter la vie aller son cours et le monde tourner en dehors de sa petite conscience prétentieuse qui refuse de disparaître, comme la tique refuse de lâcher sa peau. C'est peut-être ce qui a perdu les grandes civilisations autrefois.

Il est ardu de se débarrasser des croyances que l'on vous a tatouées dans le cerveau depuis votre plus jeune âge.  ce n'est pas quelque chose dont on se débarrasse comme un tique.

C'est quand la part matérielle de notre être s'effrite que nous mesurons véritablement la nature de notre rapport au monde.  Ce monde ne nous semble accueillant, bienveillant que si nous ne nous sentons pas menacés par lui.  C'est peut-être ce qui explique que l'humanité n'ait eu de cesse de détruire, pour ne pas avoir peur. 

Une évidence le saisit : l'identité d'un individu est forgée par le moindre moment de sa vie.  Renier un seul de ces instants équivaut à nier qui l'on est, à répudier un morceau de soi-même.  

La peur est un moteur nécessaire au fonctionnement de la plupart des êtres humains; elle seule leur permet de rester fiables, cohérents, de réfléchir plus utilement.

Qu’est-ce, au fond, que l’amour, sinon un miroir qui nous renvoie notre image transfigurée ?

Plus une communauté est répressive, plus ses règles de vie et ses coutumes sont liberticides, et plus ses membres agissent sans réfléchir en prenant des risques énormes.  C'est là qu'est peut-être la vraie liberté.

Les forêts réalisent le rêve humain du Vieux Monde : vieillir sans vieillir, avoir mille ans mais toujours vingt, accumuler la connaissance, l'expérience, mais conserver la jeunesse, la beauté, la puissance, la capacité de régénérescence d'un corps neuf.  Alba les comprend, ces hommes qui se prenaient pour des dieux et faisaient le pari de la toute puissance et de l'immortalité.  


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lundi 5 juin 2023

La malnata - Béatrice Salvioni ♥♥♥♥♥

La Malnata - Beatrice Salvioni  ♥♥♥♥♥










Albin Michel
Parution : 22/03/23
Traduit de l'italien par Françoise Bouillot
Pages : 336
EAN : 9782226471222
Prix : 21.90 €


Présentation de l'éditeur



« La Malnata – la mal née – était en bas sur la rive du Lambro avec deux garçons que je ne connaissais que de nom. Ils avaient tous les deux des pantalons courts et les genoux écorchés, et pour elle, cette fille qui leur arrivait tout juste à l’épaule, ils auraient affronté la mitraille comme les soldats qui s’en vont à la guerre, en disant ensuite au Seigneur : Je suis mort heureux. »

Phénomène littéraire, révélation d’une voix unique, récit puissant où le passé fait écho au présent : La Malnata marque l’entrée en littérature de Beatrice Salvioni, vingt-six ans, dont le roman est publié simultanément dans plus de vingt-huit pays.

Ce roman d’apprentissage au féminin raconte l’amitié intense et émancipatrice de deux adolescentes dans l’Italie fasciste. Deux adolescentes que rien ne destinait à la rencontre – l’une est issue de la bourgeoisie, l’autre des milieux populaires – qui vont trouver, à deux, le courage de se révolter contre la morale sociale et la violence des hommes.

Beatrice Salvioni


Née à Monza en 1995, elle est titulaire d'une maîtrise en philologie moderne à l'Université catholique de Milan avec une thèse sur la narration interactive. Elle est diplômée du Collège "Writing" de l'école Holden de Turin et a remporté la session de nouvelles "Au-delà du voile de la réalité" du Prix Calvino 2021. Avec ses histoires, elle a également été lauréate du prix Raduga 2021 "Apprendre à connaître Eurasia" et finaliste du prix "8×8 you hear the voice". IElle a pratiqué l'escrime médiévale et a gravi le Mont Rose. Elle dit qu'à l'âge de neuf ans, elle a mis des chaussettes et du jus de pomme dans un sac à dos et s'est enfuie à la recherche de l'aventure. L'évasion a duré jusqu'à la porte de la maison, mais elle écrit des histoires depuis.

Son roman est publié dans plus de 28 pays, traduit ou en cours de traduction dans 32 langues.

Source : Babelio

Mon avis

C'est un très beau premier roman que nous propose l'italienne Beatrice Salvioni.  Direction Monza, l'été 1935.

Sur la rive du Lambro, Francesca la jeune narratrice observe trois adolescents :
 - Filippo Colombo, le fils d'un fasciste
 - Matteo Fossati, le fils d'un communiste
 - Maddalena Merlini, issue de la classe ouvrière,  celle que l'on nomme "La Malnata" , la malnée, celle qui porte malheur, la sorcière, le diable incarné, celle qu'il ne faut pas fréquenter. Pourtant ce n'est qu'une ado de 11ans qui n'a peur de rien et en a déjà bien bavé.

Francesca est fascinée par cette fille.  Issue d'un milieu bourgeois que tout oppose à elle, un père qui fabrique des chapeaux.  Eduquée dans la religion catholique, obligée d'assister à la messe du dimanche, elle va s'en approcher, faire partie de sa bande, devenir son amie et découvrir que les apparences sont souvent bien trompeuses.

Peu à peu avec Francesca, elle va quitter l'innocence, les croyances et découvrir la vie, apprendre à s'émanciper et se révolter contre la violence sociale, morale et les hommes.

Ce roman c'est l'apprentissage de la vie, la réalité du monde, la découverte de l'amitié avec la loyauté, les trahisons, solidarité et rébellion.  Mais ce roman c'est aussi un pan de l'Histoire de l'Italie, les croyances au régime fasciste, l'adoration du Duce enseignée à l'école, le rêve de pouvoir de l'Italie avec la guerre en Abyssinie, la lutte des classes.

L'écriture est magnifique, visuelle, prenante, envoûtante.  C'est vraiment un très beau voyage que je vous recommande chaleureusement.

Ma note : coup de coeur ♥♥♥♥♥

Les jolies phrases

Les mots sont dangereux si tu les dis sans penser.

D'un côté, il y avait la vie telle que je la connaissais, de l'autre, celle que me montrait la Malnata.  Et ce qui avant me semblait juste devenait difforme comme notre reflet dans le lavabo quand on se passe de l'eau sur la figure.  Dans le monde de la Malnata, on faisait des concours de griffures de chat et pour apaiser la douleur on les léchait avec le sang.  C'était un monde où il était interdit de jouer à faire semblant, et où on parlait aux garçons en les regardant dans les yeux.  Je le contemplais debout sur son bord, son monde, prête à glisser dedans.  Et je mourais d'impatience d'y tomber.

C'est la guerre qui fait de toi un homme, parce que c'est seulement le jour où tu connais le sang que tu peux dire que tu es un grand.

L'honneur, on peut en avoir sans la guerre. Et sans le Duce.

Si tu veux pouvoir te dire un homme, tu dois être capable de tuer.  Guerre ou pas guerre.

Le père de Matteo répétait au contraire : "Cette guerre ne sert qu'à faire mourir de braves garçons pour ramasser un peu de sable.  Les Abyssins ont raison.  c'est nous qui voulons aller dans la maison des autres.  Parce que c'est cela  que font les fascistes. Ils prennent les affaires des autres et ils se les mettent dans la poche à leur profit et au profit de leurs copains. C'est ce qu'ils ont fait avec ma boucherie et ils le feront avec vos affaires à vous.  Et pour nous, les pauvres gens, il ne reste plus que les crachats. Ou les grains de ce maudit sable d'Ethiopie !"

Les paroles comptent, Maddalena.  on ne peut pas les prononcer à la légère.  Sinon, elles deviennent dangereuses.  

En grandissant, on apprend que souvent, il vaut mieux ne pas dire ce qu'on pense vraiment.