dimanche 18 novembre 2018

Les trois soeurs et le dictateur - Elise Fontenaille ♥♥♥♥♥

Les trois soeurs et le dictateur      -    Elise Fontenaille   ♥♥♥♥♥


Rouergue Jeunesse
Doado
Parution : janvier 2014
Pages : 80
ISBN : 978-2-8126-0617-5
Prix : 8 €

Présentation de l'éditeur

Mina, une adolescente américaine, se rend pour la première fois en République dominicaine, le pays d’origine de son père. Elle fait la rencontre de sa grand-tante, qui va lui révéler le destin tragique de sa grand-mère, Minerva Mirabal. Adolescente encore, cette dernière a tenu tête au dictateur de l’époque, Rafael Trujillo, qui voulait en faire sa maîtresse.
S’appuyant sur l’histoire véridique des sœurs Mirabal, assassinées le 25 novembre 1960, devenu depuis le jour de lutte contre les violences faites aux femmes dans le monde entier, Elise Fontenaille nous plonge dans un conte contemporain cruel, une leçon d’histoire et une leçon de courage.

Par l’auteure de « Le garçon qui volait des avions » (plus de 16 000 exemplaires vendus, de nombreux prix).


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Mon avis

Une lecture ado pour changer, suggérée par mon fiston.  Un tout petit roman de 72 pages bien intéressant chez Rouergue dans la collection Doado.

Mina est adolescente, elle vit aux Etats-Unis et se rend pour la première fois en République Dominicaine, le pays natal de son père dont elle ne connaît rien. 

C'est un roman épistolaire qui nous est proposé.  Mina écrit à son amie Eliza d'origine Haïtienne.

Elle lui raconte sa découverte de l'île mais aussi l'histoire de celle-ci qui est aussi la sienne, car Adela Mirabal n'est autre que la soeur de sa grand-mère Minerva et de ses tantes Patria et Maria-Teresa.

Elle va apprendre l'histoire des soeurs Mirabal, figures incontournables sur l'île.  

Minerva était très belle, elle a osé défier le dictateur  Trujillo, amateur de jeune femmes en place depuis 1930. 

En octobre 1937, il a provoqué le massacre du Persil, un nom étrange qui a provoqué la mort atroce de plus de 20.000 haïtiens dont les corps ont été jetés dans la rivière du massacre qui sépare les deux pays.

J'ai envie de vous en raconter plus mais je ne peux le faire sans vous raconter l'histoire qui est vraiment passionnante, l'occasion de comprendre l'histoire du pays et de savoir pourquoi le 25 novembre est la journée mondiale de la lutte contre les violences faites aux femmes.

Un récit émouvant très bien écrit qui m'a donné envie de faire des recherches historiques.

Ma note : Coup de coeur

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En savoir plus :

L'occasion de découvrir que l'origine du pays.  L'île de Saint Domingue est devenue indépendante en 1822.  Elle comportait une ancienne colonie espagnole (1511) devenue Hispaniola ; La République Dominicaine et Kishya, l'ancienne colonie française devenue Haïti.


Les jolies phrases

Soyez toujours du côté de ceux qui n'ont rien.

On a besoin de connaître l'histoire de ses origines, pour être en paix avec soi même.



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samedi 17 novembre 2018

7 jours à River Falls - Alexis Aubenque ♥♥♥♥♥

7 Jours à River Falls              -     Alexis Aubenque

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Bragelonne - Thriller
Calmann Levy en 2008
Parution : 17/10/2018
Pages : 408
ISBN : 979-10-281-1050-5
Prix : 7.90 €


Présentation de l'éditeur

Une semaine de frissons !

Issue d'une famille modeste, Sarah Kent est une étudiante modèle qui mène une vie paisible parmi l’élite de l'université de River Falls, une petite ville des Rocheuses. Tout va changer, un matin de printemps, quand Amy Paich et Lucy Barton, ses deux meilleures amies de lycée, sont retrouvées assassinées dans la forêt toute proche.

Ancien flic de Seattle, Mike Logan vient d'être élu shérif à River Falls. Aidé de Jessica Hurley, une profileuse réputée, il se lance à corps perdu dans cette enquête. Mais ils ignorent que leur adversaire les manipule avec une redoutable perversité...

Premier volet de la série culte River Falls, 7 Jours à River Falls marque le début du couple mythique Logan et Hurley.



« Un Français qui écrit comme un Américain, on adore ! »Avantages
« Avec des chapitres courts et rythmés, des mots justes et un style efficace, ce thriller se lit d'une traite. » Femme actuelle

L'auteur

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Alexis Aubenque, ancien libraire féru de littérature de genre, est entré dans le domaine du thriller en 2008. Après le succès de la trilogie River Falls - notamment consacré par le prix Polar 2009 décerné à Cognac -, et après Charité bien ordonnée et Pour le bien des enfants, il signe ici le troisième volet de ses Nuits noires à Seattle et nous emmène en virée sur les traces dʼun mythe américain : celui, rebelle et violent, des Hells Angels.

Source  Calmann Levy


Mon avis

C'est lors de l'excellent salon de "Lire C'est libre" il y a deux ans que j'ai rencontré Alexis Aubenque.  Il était grand temps que je découvre sa plume.

Il n'a pas fallu plus de cinq pages pour capter mon attention, j'ai dévoré très rapidement ce premier volume de la première saison d'une trilogie.

C'est si je ne me trompe le premier thriller de l'auteur, raison pour laquelle tout n'est pas parfait mais l'écriture simple, nerveuse, efficace vous embarque vers un vrai page turner.

Direction River Falls, une petite bourgade dans Les Rocheuses.  Mike Logan est shérif depuis peu.  Il a quitté Seattle pour trouver plus de sérénité, moins de cadavres et d'affaires violentes.

Manque de pot pour lui, on vient de retrouver deux cadavres atrocement mutilés au fond du lac et un enfant écrasé au bord de la route.  Écrasé ! pas vraiment, il semblerait que le chauffard l'ai simplement assassiné.  Pour quelle raison ?

Les deux filles mortes, Amy Paich et Lucy Barton étaient les meilleures amies de lycée de Sarah Kent.  Elles étudiaient à l'université de River Falls.  Sarah est préoccupée comme l'ensemble des étudiants du campus.  Un malaise y règne.  Mais pourquoi Sarah est-elle si inquiète ?  Sait-elle quelque chose ?

Jessica Hurley, une profileuse de renom, ex-petite amie du shérif vient en renfort avec le FBI. Elle participera activement à l'enquête.

Une taupe se cache au sein de l'équipe et renseigne Caldwin, une journaliste sans scrupules, prête à tout pour dénicher des "scoops", elle rêve de quitter la presse écrite et ce trou perdu, elle veut se démarquer, quitter le village et accéder à la célébrité.

Pendant ce temps là, l'enquête commence.  Le tueur est malin, manipulateur, machiavélique, il se joue de la police et les guidera sur de fausses pistes.

Naïveté de Logan qui part au quart de tour et chaque fois est persuadé de détenir le coupable mais comme dans tout thriller nous irons de rebondissement en rebondissement.

J'en ai assez dit.  Il y a il est vrai des clichés faciles, quelques petites incohérences ou pistes inexplorées, la psychologie de certains personnages pourrait être plus développée mais  qu'importe car tout fonctionne.  L'écriture est efficace, dynamique et les pages se tournent très vite car on veut savoir.

J'ai vraiment passé un excellent moment.  J'ai envie de continuer la série qui j'en suis certaine creusera l'histoire de Jennifer Hurley et Mike Logan.  Elle nous parlera sans doute des habitants de River Falls et de leurs secrets.

Excellent moment de lecture, un coup de coeur.   ♥♥♥♥♥

Les jolies phrases

Dans l'adversité, l'homme redevient animal. Il se raccroche à son instinct de survie et parvient à accepter l'inacceptable pour affronter toutes les épreuves.

L'objectif principal de la justice était d'assouvir le besoin de vengeance personnelle des victimes, plutôt que de réellement chercher la meilleure solution pour protéger la société dans son ensemble.  Rien ne pouvait raisonner quelqu'un qui voulait se venger.

Oui, pourtant ne pas respecter les femmes, c'est le début de l'intégrisme.

Elles devraient reconnaître la suprématie de l'homme sur la femme.

On ne peut applaudir la mort de quelqu'un, même si cette personne était la pire des pourritures.

Aussi pourri qu'un fruit puisse paraître, il en reste toujours une partie comestible, lui avait enseigné un de ses professeurs d'université.

On court après la modernité, mais parfois je me demande si la vraie vie n'est pas celle-ci.  Vivre en osmose avec la nature, fit Lisa.

Il suffit de peu pour que l'homme relâche la bride de la bête qui est en lui, se dit-elle en se remémorant comment des gens bien sous tous rapports étaient devenus les pires criminels, durant les guerres du XXe siècle en particulier et toutes les autres en général.

mardi 13 novembre 2018

Un océan, deux mers, trois continents - Wilfried N'Sondé

Un océan, deux mers, trois continents

Wilfried N'Sondé



Actes Sud
Parution : janvier 2018
Pages : 272
ISBN 978-2-330-09052-4
Prix : 20 €

Prix des lecteurs de la Ville de Brive-Suez - 2018
Prix des lecteurs L'Express/BFMTV - 2018
Prix du livre France Bleu/Pages des libraires - 2018
Prix Kourouma - 2018



Présentation de l'éditeur


Il s’appelle Nsaku Ne Vunda, il est né vers 1583 sur les rives du fleuve Kongo. Orphelin élevé dans le respect des ancêtres et des traditions, éduqué par les missionnaires, baptisé Dom Antonio Manuel le jour de son ordination, le voici, au tout début du XVIIe siècle, chargé par le roi des Bakongos de devenir son ambassadeur auprès du pape. En faisant ses adieux à son Kongo natal, le jeune prêtre ignore que le long voyage censé le mener à Rome va passer par le Nouveau Monde, et que le bateau sur lequel il s’apprête à embarquer est chargé d’esclaves…
Roman d’aventures et récit de formation, Un océan, deux mers, trois continents plonge ce personnage méconnu de l’Histoire, véritable Candide africain armé d’une inépuisable compassion, dans une série de péripéties qui vont mettre à mal sa foi en Dieu et en l’homme. Tout d’ardeur poétique et de sincérité généreuse, Wilfried N’Sondé signe un ébouriffant plaidoyer pour la tolérance qui exalte les nécessaires vertus de l’égalité, de la fraternité et de l’espérance.

Un mot de l'auteur

« UN OCÉAN, DEUX MERS, TROIS CONTINENTS est l’aboutissement d’un projet qui a germé dans mon esprit il y a environ sept ans, celui de composer un roman d’aventures inscrit dans un contexte historique tendu. Quand j’ai découvert le destin incroyable de Dom Antonio Manuel dans un livre que m’avait conseillé mon frère historien, j’ai tout de suite su que je tenais le personnage principal de mon histoire.

J’avais hâte d’écrire son épopée, de raconter les dangers qu’il avait rencontrés depuis son village natal du Kongo jusqu’au Vatican. Je l’imaginais sous les traits d’un homme simple, armé de son amour pour ses frères et sœurs humains, quels qu’ils soient et d’où qu’ils viennent. Un héros qui allait réussir à échapper au pouvoir des puissants de son temps et à faire triompher ses idéaux !

J’ai alors commencé à me documenter et me suis plongé dans cette époque à la fois terrible et fascinante que fut le xviie siècle, entre esclavage, flibusterie, servage et Inquisition. Très vite, l’immensité de la tâche m’est apparue telle que j’ai d’abord finalisé deux autres livres avant de relever ce défi littéraire qui parfois, je l’avoue, m’a semblé insurmontable… La force d’aller au bout de ce roman m’est venue de l’envie de sortir de ma solitude d’enquêteur pour partager les détails inédits que je découvrais au gré de mes recherches.

J’ai beaucoup réfléchi à la construction du texte, à son rythme. Pour trouver la voix du narrateur, j’ai créé une langue qui rappellerait le passé tout en restant proche de mes contemporains, de nature à susciter leur émotion. J’espère que mon enthousiasme pour le parcours de Dom Antonio Manuel s’avérera communicatif, c’est par lui que je voudrais transmettre l’idée qu’il existe une humanité qui nous rassemble tous et qui mérite d’être célébrée, quelles que soient nos croyances, nos couleurs, ou nos origines.’’


W. N.


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La statue Nigrita , Basilique Sainte Majeure , Rome


Mon avis


Peut-être avez-vous déjà été dans la Basilique Sainte Majeure à Rome. Une petite statue de marbre noire nommée Nigrita vous observe. Une statue sculptée en 1608 sous les ordres du Pape Paul V.

Cette statuette nous raconte sa vie par la jolie plume de Wilfried N'Sondé.

C'est en 1583 que Nsaku Ne Vunda voit le jour sur les rives du peuple Kongo. Il naîtra orphelin. Sa famille adoptive le confiera à des missionnaires car il est vif d'esprit. Il étudiera, deviendra prêtre sous son nom de baptême Dom Antonio Manuel. Un jeune prêtre apprécié dans son village.

Le 24 décembre 1604, il sera convoqué chez le roi Alvaro II, le roi du Bakongo. Celui-ci lui confiera la mission d'ambassadeur auprès du Vatican . Objectif officiel, représenter au même titre que les européens, les Bakongos auprès du pape Clément VIII.

Sa mission secrète sera, lui confie le roi, de dénoncer l'esclavagisme, de plaider auprès du souverain pontife pour l'abolition de celui-ci. Si Nsaku Ne Vunda a été choisi c'est parce qu'il est a des lieues des personnes corrompues qui l'entourent, il est reconnu pour son honnêteté.

Notre jeune prêtre, candide , embarque sur le navire français "Le vent paraclet". Il doit faire face à l'équipage qui ne comprend pas les égards et le respect donné à un "noir". Le voyage sera long car il faut faire un détour par le Nouveau Monde pour y livrer la cargaison. La cargaison parlons-en, un réel choc pour Nsaku Ne Vunda car elle se compose de ce qu'il va dénoncer; des esclaves !

Des esclaves traités de manière inhumaine, entravé par des fers et des chaînes. Des femmes dont la nudité leur fait honte, violées, maltraitées. Ils sont tous enfermés dans la cale, entassés les uns sur les autres dans des conditions innommables.

Il va devoir endurer tout cela grâce à sa foi, se convaincre que c'est pour en sauver des milliers d'autres qu'il supporte cela en silence. La compagnie d'un mousse français l'aidera en lui apportant de l'humanité et de l'amour. Un mousse qui a quitté un autre esclavage: le servage...

Ils se dirigeront vers le Brésil, bravant les tempêtes dans ce long voyage, subissant les attaques de pirates pour arriver après avoir traversé un océan, deux mers et trois continents au Portugal, continuant sans relâche son périple pour Rome. Il devra encore affronter l'inquisition espagnole avant d'arriver à bon part à Rome en 1608.

Ce récit est à la fois un roman d'aventure, de pirates mais aussi une initiation, une formation. Ce Candide possédant comme seule arme sa foi est un personnage fort et attachant.

Un roman fort dénonçant l'esclavage, le servage, l'inquisition espagnole ou comment l'homme peut en asservir d'autre et de quel droit. Un roman qui nous parle de la nature humaine qui forme un tout, une partie de l'homme qui est capable du pire et une autre comme le personnage de Martin qui va apporter de l'amour et de l'humanité. Wilfried N'Sondé ne nous parle-t-il pas des deux facettes de l'être humain qui se complète... compassion , amour et horreur ! En effet l'Homme est possible du meilleur comme du pire.

L'écriture est percutante, poétique. La plume est flamboyante, colorée, ciselée avec des envolées lyriques qui nous font apparaître des images très réalistes.

Une très belle histoire qui interpelle sur la nature humaine.


A lire.


C'est un coup de


Les jolies phrases



En vérité, sans chercher à obtenir une quelconque récompense, je me contenterais de consoler, d'être à l'écoute d'une population déboussolée, terrorisée.

Atteindre l'autre côté de la grande eau, en revenir fidèle à mes croyances, à l'écoute du onde et des autres, voilà ce qui couronnerait mon entreprise de succès et m'offrirait l'éternité.

Le Saint Homme affranchirait alors sans attendre tous les captifs, où qu'ils soient, puisque le christianisme considérait les hommes égaux devant Dieu.

un serviteur du Dieu des chrétiens venu de l'arrière-pays Kongo, ambassadeur du roi, invité par le pape ... l'idée leur paraissait presque ridicule, une vilaine farce à pleurer de rire. Seule l'autorité absolue du capitaine garantissait ma présence dans la partie surélevée du bateau.

Être dans l'incapacité d'atténuer leurs souffrances me consumait, cette impuissance torturante et coupable altérait fortement les fondements de ma foi. Qui avait pu inventer la haine et le mépris justifiant les atrocités qui se commettaient sur le vaisseau.

Maîtres, esclaves, ecclésiastique, sentinelles, marchandises, nous naviguions, liés les uns aux autres selon une échelle de subordination, chacun cherchant à écraser les plus faibles que lui.

Des sujets à torturer, des outils de travail et de temps en temps des objets d'assouvissement des pulsions sexuelles ou sadiques.

La tournure des événements leur avait ôté toute espérance, alors elles avaient ouvert l'abîme et s'y étaient engouffrées.. En l'instant je trouvai injustes les lois de mon Église accablant ceux qui dominent la mort . En vérité, en les excluant, nous les faisions mourir une seconde fois.


La laideur du monde m'avait fait comprendre l'importance de ma tâche, tant pis si mes chances de réussite s'amoindrissaient de jour en jour.

Il m'apparut qu'exister sans elle ne serait qu'un balbutiement de vivre qui ferait de moi un être inachevé, errant en quête sans fin.

J'avais traversé deux fois l'Atlantique, voyagé entre trois continents pour retrouver la même image que celle des esclaves bakongos dans le flou de la brume.

Où se cachait Dieu dans ce néant, et que faisaient les ancêtres?

La laideur du monde et des hommes me semblait si grande qu'elle anéantissait ma capacité d'espérer.

Enfermé à mon tour, je vivais ce qu'avaient enduré les esclaves durant la traversée de l'Atlantique.

Je devins l'incarnation de ceux qui avaient souffert, une sorte de flamme commençait à m'illuminer.

Mon périple m'avait enseigné le mouvement vers l'avant, plus enrichissant que le repli dans la nostalgie du passé.

Il m'avait fallu le malheur pour découvrir les trésors cachés dans mon âme, ma captivité révéla une ressource profonde jusque-là ignorée : l'énergie de la révolte.

dimanche 11 novembre 2018

Einstein, le sexe et moi - Olivier Liron

Einstein, le sexe et moi                Olivier Liron

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Alma éditions
Parution : le 6 septembre 2018
Pages : 200
ISBN : 978-2-36279-287-8
Prix : 18 €

Présentation de l'éditeur

« Je suis autiste Asperger. Ce n’est pas une maladie, je vous rassure. C’est une différence. Je vais vous raconter une histoire. Cette histoire est la mienne. J’ai joué au jeu télévisé Questions pour un champion et cela a été très important pour moi. »


Nous voici donc en 2012 sur le plateau de France 3 avec notre candidat préféré. Olivier Liron lui-même est fort occupé à gagner ; tout autant à nous expliquer ce qui lui est arrivé. En réunissant ici les ingrédients de la confession et ceux du thriller, il manifeste une nouvelle fois avec l’humour qui est sa marque de fabrique, sa très subtile connaissance des émotions humaines.

Olivier Liron

L’image contient peut-être : Olivier Liron, barbe



Olivier Liron est né en 1987. Normalien et agrégé d’espagnol, il enseigne la littérature comparée à l’université Paris 3-Sorbonne Nouvelle avant de se consacrer à l’écriture et au théâtre. Il se forme en parallèle à l’interprétation et à la danse contemporaine à l’École du Jeu et au cours Cochet. Son premier roman, Danse d’atomes d’or, est publié en 2016 chez Alma Éditeur. Il est également l’auteur de pièces de théâtre, de scénarios pour le cinéma et de fictions sonores pour le Centre Pompidou. En 2017, il adapte son roman Danse d’atomes d’or pour le cinéma dans le cadre de la promotion « Adaptation de romans » de la Fémis. En 2018, il crée le spectacle La vraie vie d’Olivier Liron. Son deuxième roman, Einstein, le sexe et moi, est paru en 2018 chez Alma Éditeur.


Source Alma éditions









Mon avis


Le 15 août 2012 fut une journée importante pour Olivier Liron, c'était l'enregistrement de l'émission "Super question pour un champion" avec le mythique Julien Lepers.

Ah Julien Lepers, tout un poème ! Celui qui tous les soirs captaient l'attention dans les foyers, celui qui aurait sans doute aimé embrasser une autre carrière, celle de chanteur dans les années 70... allez savoir ... C'est l'auteur du tout au moins mythique "Pour le plaisir" d'Herbert Léonard.

Celui qui s'emballe en posant des questions, oui, oui, oui, qui lancent ses fiches en l'air, titille ou soutient les candidats...

Bon, on se calme... Julien fait certes partie du roman mais c'est aussi de lui, qu'Olivier Liron (dont il s'agit du deuxième roman) nous parle à travers les coulisses et l'enregistrement de cette émission.

Quel est l'intérêt de ce roman me direz-vous ?

Il est multiple car on rit, on pleure, on passe par pleins d'émotions surtout le rire et l'humour avec un vrai style littéraire.

Olivier est autiste asperger, comme il le dit lui même, ce n'est pas une maladie mais une différence.  Il en a beaucoup souffert de cette particularité et à travers le récit de cette finale, entre les séquences - le livre est construit en fonction des différentes étapes de l'émission - il nous parle de lui, de ses expériences, de son vécu, de son apprentissage.

Une petite madeleine dans le coca entre chaque séquence et c'est parti, il nous raconte son enfance solitaire, triste, son mal être, sa colère, ses chagrins, ses peurs, ses émotions,  comment il s'est réfugié dans les mots, la connaissance pour "se remplir la tête pour peupler sa solitude".

Il nous raconte ses premières amours, ses premiers émois, ses craintes, sa maladresse dans le début de sa vie intime.  Je ne verrai plus jamais "Les pensées de Pascal" de la même manière.

Ce qui fait la force de ce roman, c'est sa sincérité, son auto-dérision, l'humour.

Il parle de sa différence de façon touchante, de la manière dont il l'a surmontée.  Il sublime son "handicap", le dépasse et cette particularité devient sa force qu'il trouve dans l'écriture, une écriture salvatrice, une force intérieure, une résilience.

Oui, lisez ce petit ovni littéraire dont on parle beaucoup, c'est une pause, un petit moment de pur bonheur.  Un personnage attachant qui gagne à être connu.

Ma note : 9.5/10


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Les jolies phrases

Ensuite je me souviens qu'on s'est mis derrières les buzzers.  Tout s'est bousculé dans ma tête, le sang est venu battre à mes tempes comme la mer, et c'était comme entrer dans un rêve sous la lumière aveuglante des projecteurs.

La vraie vie est plus romanesque que les films.

Mais la façon dont les autres vous font comprendre votre différence, ça s'inscrit aussi dans le corps.  J'ai dans mes tripes la mémoire de la différence qu'on m'a apprise, qu'on a tatouée sur ma chair.

Ce qui ne tue pas rend plus fort... à condition qu'on en réchappe et qu'on ne meure pas avant de désespoir ou de résignation.

Le plus drôle, ou le plus énervant, comme on veut, ce n'est pas la difficulté d'être différent, c'est l'absence de toute prise en compte de cette différence à l'école par les adultes.

C'est marrant, je parle du corps, mais j'ai l'impression que les mots ont encore plus de pouvoir que les coups, que les mots sont les coups qui ne partent jamais, les plus indélébiles, les plus violents pour le corps, justement.

Il s'est passé des choses dans ma tête.  Il se passe souvent trop de choses dans ma tête.

Je me souviens de tous les détails, ma mémoire est un enfer, l'oubli est un long chemin qui mène au pays du bonheur.

Le problème avec la vérité, j'ai pensé c'est qu'on ne sait pas comment la révéler.

J'aurais voulu lui dire que je ne m'accordais pas le droit d'être moi-même, et que j'avais l'impression d'être mon propre tyran en permanence, mon propre monstre.  J'ai un monstre en moi.

Je me suis rempli la tête d'informations pour peupler ma solitude.

Mes parents étaient des fonctionnaires qui n'avaient pas l'air de très bien fonctionner.

La joie est un pur délice de l'esprit qu'on ne doit pas manger trop vite, sinon on peut faire une indigestion.

Quand on ne peut pas parler, on construit des forteresses.  Ma forteresse à moi est faite de solitude et de colère. Ma forteresse à moi est faite de poésie et de silence. Ma forteresse à moi est faite d'un long hurlement.  Ma forteresse à moi est imprenable.  Et j'en suis le prisonnier.





samedi 10 novembre 2018

Prendre refuge - Mathias Enard et Zeina Abirached

Prendre refuge          

Zeina Abirached  et Mathias Enard

Prendre refuge

Casterman
Parution : 05/09/2018
Pages : 344
Scénario : Mathias Enard
Dessin : Zeina Abirached
ISBN : 9782203148611
Prix : 24 €

Présentation de l'éditeur


Entre Bâmyân et Berlin, hier et aujourd’hui, l’amour comme la plus belle des aventures.


1939, Afghanistan. Autour d’un feu de camp, aux pieds des Bouddhas de Bâmiyân, une voyageuse européenne, Anne-Marie Schwarzenbach, tombe amoureuse d’une archéologue. Cette nuit-là, les deux femmes l’apprennent par la radio, la Seconde Guerre mondiale éclate.

2016, Berlin. Karsten, jeune Allemand qui se passionne pour l’Orient rencontre Nayla, une réfugiée syrienne, dont il s’éprend, malgré leurs différences.

A travers ces deux récits entremêlés, deux histoires d’amour atypiques, comme un écho à deux époques complexes, se tissent au fil des pages. Alliant les contraires, rapprochant des êtres qui n’auraient jamais dû se croiser, l’album propose une réflexion sur la difficulté d’aimer aujourd’hui comme hier.


 

Les auteurs nous en parlent

Très très belle interview que pour ma part j'ai écouté après la lecture.




Mon avis

Ce roman graphique tout en noir et blanc est un vrai petit bijou.


  • Deux époques :


- 1939 : Afghanistan sur le site des Bouddhas de Bâmiyan.  Anne-Marie Scharzenbach tombe en amour de Rita, une archéologue.  La guerre éclate en Europe.

- 2016 : Berlin.  Karsten, passionné de l'Orient,  rencontre dans une fête scolaire Nayla, une jeune réfugiée syrienne.


  • Deux cultures : l'Orient et l'Occident vont se rencontrer.
  • Deux langues : l'allemand et le syrien
Avec une économie de mots, un graphisme en NOIR et BLANC somptueux, ces deux destins vont s'entremêler par le biais du livre que Karsten va lire. 

C'est la difficulté de vivre un amour hier et aujourd'hui.

C'est l'histoire des opposés qui se rencontrent, de cultures et de langues qui s'apprivoisent.

Il y a peu de mots, des onomatopées mais le visuel est tellement puissant, des regards qui se croisent, des situations que l'on "entend" presque tellement le dessin est fort.

De la poésie, des moments magiques, un ensemble de petits riens qui permet de prendre refuge dans l'autre.  C'est profond, intime, on entend, on ressent les émotions au plus profond de soi.

Un roman graphique à lire et à relire, à parcourir au hasard des pages pour sa beauté.

La fin m'a bouleversée, secouée.  Sublime !

Encore un joli coup de coeur.  ♥♥♥♥♥



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Anne-Marie Scharzenbach                            Bâmiyân

source wikipedia

mercredi 7 novembre 2018

Un monde à portée de main - Maylis de kerangal

Un monde à portée de main       

Maylis de Kerangal



Gallimard - Collection Verticales
Parution : 16/08/2018
Pages : 288
ISBN : 978-2-07-279052-2
PRIX / 20 €

Présentation de l'éditeur

«Paula s’avance lentement vers les plaques de marbre, pose sa paume à plat sur la paroi, mais au lieu du froid glacial de la pierre, c’est le grain de la peinture qu’elle éprouve. Elle s’approche tout près, regarde : c’est bien une image. Étonnée, elle se tourne vers les boiseries et recommence, recule puis avance, touche, comme si elle jouait à faire disparaître puis à faire revenir l’illusion initiale, progresse le long du mur, de plus en plus troublée tandis qu’elle passe les colonnes de pierre, les arches sculptées, les chapiteaux et les moulures, les stucs, atteint la fenêtre, prête à se pencher au-dehors, certaine qu’un autre monde se tient là, juste derrière, à portée de main, et partout son tâtonnement lui renvoie de la peinture. Une fois parvenue devant la mésange arrêtée sur sa branche, elle s’immobilise, allonge le bras dans l’aube rose, glisse ses doigts entre les plumes de l’oiseau, et tend l’oreille dans le feuillage.»


L'auteure nous en parle




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Mon avis

#Un monde à portée de main #Maylis de Kerangal #MRL18 #Rakuten

Peut-être pas la bonne pioche pour moi, à l'occasion des  #MRL18 #Rakuten que je remercie.  Je me réjouissais vraiment à l'idée de retrouver la magnifique plume de Maylis de Kerangal.

J'avoue avoir eu des difficultés à rentrer dans cette lecture, le sujet m'intéresse pourtant mais je pense que les longues envolées lyriques décrivant de manière magistrale et somptueuse le monde de la peinture; ustensiles, tons, nuances, couleurs, matières .... n'ont pas réussi à me toucher.

Peut-être est-ce un peu trop documenté , un peu trop précis pour la non initiée que je suis.
Je l'ignore, la fatigue peut-être aussi mais ce fut un début laborieux.

Voici le sujet.  Paula Karst (son nom prendra tout son sens en cours de récit), Jonas et Kate sont amis.  Ils ont étudié ensemble d'octobre 2007 à mars 2008 à l'institut de peinture, rue du Métal à Bruxelles, le monde du trompe l'oeil, de l'illusion.

C'est principalement le parcours de Paula Karst que nous allons suivre.  Elle surprend ses parents en voulant s'inscrire dans cette voie, elle s'immergera corps et âme dans l'apprentissage de cet art.  On peut en effet parler d'un art car c'est une discipline exigeante demandant de s'investir complètement, c'est physique et mental à la fois.  Il faut véritablement s'imprégner du sujet, se fondre en lui pour pouvoir reproduire par exemple l'effet du bois, du marbre.  Il faut observer, rendre la patine, le poids du temps, les défauts..  Reproduire et non créer.

On suivra le parcours des étudiants avec leurs doutes, leurs joies mais aussi une grande solitude, il n'y a place pour rien d'autre que l'apprentissage et le travail.

Ensuite Paula travaillera commençant par de petits boulots, partant pour l'Italie, un travail pour une expo, chez un coiffeur puis de fil en aiguille à Portofino, restaurant tantôt une résidence, un hôtel particulier pour arriver à Cineccita, c'est le monde du cinéma, le haut lieu de l'illusion, de la tromperie, du factice..  Elle y découvrira d'autres techniques puis passera par Moscou avant en 2015 de participer au projet du fac similé de Lascaux 4, passage qui m'a vraiment réconciliée avec le roman.

L'écriture de Maylis de Kerangal est virtuose, elle manie la langue et les mots à merveille.  Un vocabulaire riche, des mots choisis, un travail très bien documenté.  Les phrases sont longues, parfois trop longues pour moi mais il en reste du moins une véritable performance.

L'art du trompe-l'oeil, l'approche de la création peut aussi je le pense être en parallèle, l'art de l'écriture, l'art d'avoir un monde à portée de main.


Ma note : 7/10

Les jolies phrases

Le trompe-l'oeil est la rencontre d'une peinture et d'un regard, il est conçu pour un point de vue particulier et se définit par l'effet qu'il est censé produire.

Elle s'aime d'avance en apprentie manches retroussées prête à en découdre, en artisane bûcheuse ayant choisi une voie modeste pour pénétrer au coeur de la peinture - apprendre le dessin, acquérir une parfaite connaissance des techniques et des produits, commencer par le commencement -; elle aime raconter qu'il faut en passer par là pour se placer ensuite devant une toile, un mur, n'importe quel support, et que ce qui importe arrivera plus tard, ailleurs, dans un autre monde, celui des artistes - et c'est là qu'elle se trompe, et de belle manière.

...l'idée que le trompe-l'oeil est bien autre chose qu'un exercice technique, bien autre chose qu'une simple expérience optique, c'est une aventure sensible qui vient agiter la pensée, interroger la nature et l'illusion, et peut-être même - c'est le credo de l'école - l'essence de la peinture.

Je croyais que je voulais être peintre.  Paula sursaute ; je veux peindre, c'est tout!

Il y a des formes d'absences aussi intenses que des présences, c'est ce qu'elle a éprouvé en pressant son front sur le grillage, tendue vers ce monde qui s'ouvrait là, occulte, à moins de dix mètres, une grotte où l'on avait situé rien de moins que la naissance de l'art.

Paula s'est demandé si les peintures continuaient d'exister quand il n'y avait plus personne pour les regarder.

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