mardi 17 juillet 2018

Funambules - Charlotte Erlih

Funambules      -     Charlotte Erlih


Funambules

Grasset
Parution : 02/05/2018
Pages : 192
Ean : 9782246816089
Prix : 17.50 €



Présentation de l'éditeur

Ada et Judith. L’une rêve de réaliser un film, l’autre de devenir grand reporter, mais l’horizon du succès semble chaque jour un peu plus fantasmatique. Ada et Judith, ou deux fils tendus au-dessus du vide.
Seule, sans projet concret, bientôt délogée de son appartement, Ada présente aujourd’hui son scénario à un producteur enflé par la réussite, Denis Moucheteux. Pour elle, c’est le rendez-vous de la dernière chance, pour lui, l’occasion de jouer avec une souris affolée. Dévorée d’angoisse, Ada n’a pas le choix, elle doit convaincre le matamore. Alors elle lui raconte une histoire de funambule…
En reportage dans un cirque de seconde zone, Judith croise la route de Julien, acrobate génial mais farouche. Enfin décidée à reprendre le fil de son destin, elle lui propose une idée folle et magnifique qui les rendra tous deux célèbres. D’abord hostile, Julien finit par la rejoindre à Paris et par accepter de danser dans le ciel de la capitale…
Comiques, parfois grotesques, toujours attachantes, Ada et Judith ne sont ni tout à fait les mêmes, ni tout à fait distinctes. L’humour et la sensibilité de Charlotte Erlih glisse avec grâce sur une vertigineuse construction en abyme. Sous sa légèreté apparente, Funambules évoque le difficile trajet qui consiste à prendre le risque d’exister. A être au présent, un pas après l’autre. Sur le fil du rasoir. Vivant, parce qu’on peut tomber. Parce qu’on peut rater.

Mon avis

Ce sont deux histoires qui s'entremêlent que nous propose Charlotte Erlih dans ce premier roman adulte.

Deux destins de femmes : Judith et Ada.

On est sans cesse sur le fil, passant de l'une à l'autre, entre la réalité et l'imaginaire car Ada 30 ans a une imagination débordante.  On a l'impression qu'elle affabule tout le temps imaginant que telle ou telle situation pourraient se produire...  Et pour cause, elle va rencontrer Denis Moucheteux, grand réalisateur de cinéma et lui proposer le scénario de son premier film.

Ce film racontera l'histoire de Judith Galenter, jeune journaliste qui fait un peu malgré elle un reportage sur le cirque de Lorenzo Bellini...  Un petit cirque de province à l'ancienne.  Elle filmera la représentation et l'accident qui se produira en fin de spectacle lorsque Lorenzo s'écrasera au sol à la fin de son numéro avec Julien le funambule.

Elle se rapprochera de Julien, essaiera de l'apprivoiser et lui proposera un défi, un projet mettant sa vie en péril...

Charlotte Erlih joue au funambule avec le lecteur passant de l'un à l'autre, de l'imaginaire au réel, les personnages s'entrecroisent, elle nous explique à merveille le processus de la création artistique.

Julien mettra sa vie en danger pour réaliser un exploit ce qui soulève la question du pourquoi de l'existence, un des thèmes majeurs de ce roman.

Ada est aussi "borderline", elle joue une partie de sa vie avec ce projet car dans cinq jours tout peut basculer, elle sera sans domicile, elle doit quitter son appartement, et ne sait où aller, un peu comme Judith et Julien.

L'écriture est fluide, le récit est très agréable, un premier roman bien plaisant.

Mon plaisir de lecture : 8.5/10


Les jolies phrases

Son seul répit : grimper sur le fil, les pieds cisaillés, l'esprit aimanté droit devant, vissé au bout de la slackine.  Caresser l'air, éprouver l'impalpable.  Se fondre au coeur de chaque pas, croquer les centimètres l'un après l'autre, vulnérable, l'équilibre sans cesse menacé, sans cesse regagné.  Près des cimes, la pensée et les bruits parasites n'ont plus cours.  Plus de passé ni de fureur.  Le souffle et la chair.

Dans la tragédie de Racine, quand le rideau se lève, tout le monde sait que l'histoire va mal finir.  Ce qui est intéressant, ce n'est pas la FIN en elle-même, on la connaît déjà plus ou moins, c'est la MANIERE dont la catastrophe se produit.


Permettez-moi d'objecter que si le cinéma essaie d'imiter la vie, la vie ne constitue pas toujours un bon scénario.  Il se passe dans la réalité des choses qu'on trouverait cousues de fil blanc dans un film.

Arrêtez de raisonner en termes de réussite ou d'échec.  C'est parce que vous opposez les deux que vous souffrez.

Les gens adorent les combats perdus d'avance.  Les causes vaines légitiment leur impuissance.


samedi 14 juillet 2018

En attendant Bojangles - Ingrid Chabbert - Carole Maurel

En attendant Bojangles 

Ingrid Chabbert - Carole Maurel

Préface Olivier Bourdeaut


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Steinkis
Parution : 01/11/2017
Pages : 136
ISBN : 9782368461099
18 €

Présentation de l'éditeur

Sous le regard émerveillé de leur fils, ils dansent sur « Mr. Bojangles » de Nina Simone.

Leur amour est magique, vertigineux, une fête perpétuelle. Chez eux, il n’y a de place que pour le plaisir, la fantaisie et les amis.
Celle qui donne le ton, qui mène le bal, c’est la mère, feu follet imprévisible et extravagant.

C’est elle qui a adopté Mademoiselle Superfétatoire, un grand oiseau exotique qui déambule dans l’appartement. C’est elle qui n’a de cesse de les entraîner dans un tourbillon de poésie et de chimères.

Un jour, pourtant, elle va trop loin. Et père et fils feront tout pour éviter l’inéluctable, pour que la fête continue, coûte que coûte.
L’amour fou n’a jamais si bien porté son nom…


Une BD pleine de charme et de nostalgie. De ce très beau roman, Ingrid Chabbert tire la substantifique moelle, la passion flamboyante et le panache, tout y est.

Jacqueline Pétroz - France Inter



L'auteur

Ingrid Chabbert et Carole Maurel


Ingrid Chabbert est l'auteure d'une soixantaine d'albums jeunesse. Depuis deux ans, elle a ajouté une autre corde à son arc : celle de la BD. Pour Écumes, son premier roman graphique, elle s'est inspirée de son histoire personnelle.



Diplômée des Gobelins, Carole Maurel travaille dans le domaine du cinéma d'animation et de l'édition comme storyboard artist et comme auteure.

Mr Bojangles par Nina Simone




Mon avis

J'avais adoré le premier roman d'Olivier Bourdeault.  La bd me faisait de l'oeil depuis un moment.  C'est une belle réussite !  Parue en novembre 2017 chez Steinkis, Ingrid Chabbert et Carole Maurel mettent magnifiquement en images les jolis personnages du roman.

On y retrouve George et sa femme, amoureux, super amoureux, dansant sur la musique de Nina Simone et "Mister Bojangles".

On y retrouve Miss Superfétatoire, un grand oiseau exotique qui déambule dans l'appartement.  Le dessin est très beau, le graphisme tendre.  Les décors sont soignés, les couleurs appropriées.  L'ambiance est bien rendue.

C'est très fidèle au roman que j'avais adoré. L'esprit du récit est bien respecté.

On y parle d'amour et de folie, un sujet difficile et je trouve que la bd apporte un plus.

Ma note : 8.5/10

Mon avis sur le roman

En cliquant sur la couverture

En attendant Bojangles

jeudi 12 juillet 2018

L'âme soeur - Agnès Karinthi

L'âme soeur   -  Agnès Karinthi



L'astre bleu éditions
Collection Helium
Parution mai 2018
Pages : 230
Isbn : 978.2.4900.2103.1
Prix : 17 €


Présentation de l'éditeur

« Tu n’imagines pas ce que je ressens, Maman. Ma vie a commencé quand j’avais neuf ans, au milieu des blouses blanches de l’hôpital. Avant, c’est le trou noir. J’ai perdu ma sœur. Nous devions être très proches, mais je ne le sais pas. J’ai perdu mon père. Il devait être le plus merveilleux des papas, mais je ne me rappelle pas. J’ai perdu mes camarades de classe. Ce devait être une super classe, puisque vingt ans après, il y a un certain Philippe qui débarque chez moi dans le but de refaire connaissance. Mais comment savoir ? Quand le ciel nous est tombé sur la tête à toi et à moi, tu m’as coupée de mon passé. Je me suis construite sur du néant. Aucun repère... À part toi, bien sûr. »

Lorsque Philippe frappe à la porte d’Anne, elle ne le reconnaît pas. Elle ne se souvient plus de sa demande en mariage l’année de leurs huit ans. Tout s’est évanoui dans l’amnésie qui a suivi le grave accident dont sa famille a été victime.

Philippe, lui, ne l’a jamais oubliée et dorénavant, il n’aura plus qu’une obsession : entrer définitivement dans sa vie.

Mais Philippe et Anne peuvent-ils avoir un avenir commun ?

Quel est le prix à payer pour faire renaître le passé ?

Avec ce roman, Agnès Karinthi nous entraîne dans une quête angoissante où chacun traîne sa part d’ombres et de secrets.

Mon avis

Philippe n'a jamais oublié Anne son amie d'enfance.  Lorsqu'ils avaient huit ans, ils étaient inséparables et Anne lui avait promis qu'elle l'épouserait.

Un an après cette promesse, il a quitté la région pour une autre école.  Qu'il est loin ce temps là, c'était il y a vingt ans.

Philippe, un espèce de "Tanguy" vivant toujours chez ses parents - un peu "spéciaux" d'ailleurs les parents ! - revient dans le village de son enfance.  Il n'a pas oublié sa promesse, il est devant l'appartement d'Anne.  Elle lui ouvre, ne le reconnaît pas...  Faut dire que lorsqu'elle avait neuf ans Anne a subi un trauma suite à un grave accident de voiture dans lequel elle a perdu sa soeur jumelle Claire et son père.

Philippe n'était pas au courant depuis son départ, il est heureux de retrouver Anne et il va l'aider à retrouver sa mémoire en lui racontant son enfance.

Bon, vous vous dites, une romance !  pas pour moi !   , c'est ce que j'ai pensé aussi mais détrompez-vous car ce roman est vraiment bluffant, ceci n'est pas une romance mais plutôt un thriller psychologique et je vous assure rédigé de main de maître avec un final surprenant !, je n'ai rien vu venir et ne vous en dirai pas plus ☺

Philippe s'installe donc chez Anne, l'apprivoise, lui raconte son enfance.  Petit à petit il s'installe dans sa vie devient envahissant, il crée un malaise, il est parfois autoritaire.

Anne essaie de reconstituer ses souvenirs, elle en parle avec sa mère et n'obtient pas de répondant..  Philippe quant à lui veut présenter Anne à ses parents mais l'attitude paternelle est étrange ...

Mais que nous cache-t-on ?   A vous de lire ce magnifique roman oscillant entre souvenirs d'enfance et le présent.  Il a l'air léger mais ne l'est pas.

Une plume dynamique, agréable, très visuelle et dialoguée.  Un vrai page turner. J'étais en panne de lecture juste avant et je l'ai dévoré en une après-midi, c'est vous dire.

Je vous le conseille vivement, n'hésitez pas, l'occasion de donner un coup de pouce à une chouette nouvelle auteure, c'est son second roman.  Bravo et merci à toi Agnès Karinthi.


Mon plaisir de lecture : 9.5/10


Les jolies phrases

Ce n'est pas de ta faute.  Je ne devrais pas réagir ainsi.  Je ne m'attendais pas à ce que tu évoques le passé.  C'est douloureux, tu vois.

J'ai besoin de temps.  J'ai besoin de m'acclimater à toi, de prendre conscience des sentiments que je crois avoir pour toi.  On dit que l'amour engendre la souffrance.  Je veux vivre le manque suscité par l'absence, le creux au fond de l'estomac à la pensée de l'être aimé.  Je me dois de connaître tout ça.  Comment pourrai-je vivre cette expérience si tu es tout le temps à mes côtés, dans mon appartement ?


M'apprivoiser.  C'est exactement ça.  Imagine-moi comme un animal sauvage.  Le renard du Petit Prince, par exemple ?  Tu connais l'histoire ? Tu sais, le roman de Saint-Exupéry.  Le renard explique au Petit Prince les différentes étapes pour l'apprivoiser.  Toi, tu vas devoir faire la même chose.  Je suis le renard farouche et toi, le prince qui doit m'habituer à toi. Petit à petit. Avec patience.

Il faut que tu apprennes à m'aimer pour moi. Pas pour toi. Tu dois m'apprivoiser.

mardi 10 juillet 2018

La petite fille sur la banquise - Adélaïde Bon

La petite fille sur la banquise       Adélaïde Bon

La petite fille sur la banquise

Grasset
Parution : 14/03/2018
Pages : 256
ISBN ; 9782246815891
Prix : 18.50 €

Présentation de l'éditeur 


« J’ai neuf ans. Un dimanche de mai, je rentre seule de la fête de l’école, un monsieur me suit. Un jour blanc.
Après, la confusion.
Année après année, avancer dans la nuit.
Quand on n’a pas les mots, on se tait, on s’enferme, on s’éteint, alors les mots, je les ai cherchés. Longtemps. Et de mots en mots, je me suis mise à écrire. Je suis partie du dimanche de mai et j’ai traversé mon passé, j’ai confronté les faits, et phrase après phrase, j’ai épuisé la violence à force de la nommer, de la délimiter, de la donner à voir et à comprendre.
Page après page, je suis revenue à la vie. »
A. B.


Quand ses parents la trouvent en pleurs, mutique, Adélaïde ignore ce qui lui est arrivé. Ils l’emmènent au commissariat. Elle grandit sans rien laisser paraître, adolescente puis jeune femme enjouée. Des années de souffrance, de solitude, de combat.
Vingt ans après, elle reçoit un appel de la brigade des mineurs. Une enquêtrice a rouvert l’affaire dite de l’électricien, classée, et l’ADN désigne un cambrioleur bien connu des services de police. On lui attribue 72 victimes mineures de 1983 à 2003, plus les centaines de petites filles qui n’ont pas pu déposer plainte.
Au printemps 2016, au Palais de justice de Paris, au côté de 18 autres femmes, Adélaïde affronte le violeur en série qui a détruit sa vie.

Avec une distance, une maturité et une finesse d’écriture saisissantes, Adélaïde Bon retrace un parcours terrifiant, et pourtant trop commun. Une lecture cruciale.

L'auteure nous en parle




Mon avis

Adelaïde a neuf ans, c'est une petite fille souriante, innocente qui revenait de la fancy-fair de l'école.  Elle y était retournée seule en suppliant ses parents car elle avait gagné un poisson rouge, et il fallait absolument de la nourriture en paillettes pour qu'il puisse vivre.

Cependant en un instant, sa vie va basculer car dans l'escalier du hall de son immeuble, elle va subir un viol que ses parents et la police qualifieront d'attouchement.

En un instant, elle quitte le monde de l'enfance, son insouciance pour vivre l'enfer, la souffrance.

Adelaïde se voit dans le regard des autres, elle s'enferme petit à petit, ressent de la honte.  Elle se ferme, a la haine qui grandit en elle, exprime son malaise par de la boulimie, malmène son corps en grossissant de plus en plus.

Ces salissures, ces meurtrissures elle les nommera "les méduses", une métaphore incroyable car tout s'immiscera en elle de façon sournoise, ces tentacules réveillent en elle à n'importe quel moment ses souvenirs enfouis, ses salissures, ses meurtrissures.

Ce sont des douleurs post-traumatiques qui ressurgiront petit à petit au gré des thérapies.

Ce n'est que des années plus tard, lors de la création d'un spectacle de théâtre, qu'elle va enfin pouvoir nommer ce qui s'est passé ce jour de mai de ses neuf ans; il s'agissait d'un VIOL.

Elle continuera ses thérapies des années durant.

Ce récit c'est le livre de la reconstruction et le chemin a été très long car la culpabilité est enfouie  au fond d'elle, elle éprouve le besoin de comprendre ce qu'enfant elle a enfoui en elle.  Toutes ces douleurs post-traumatiques cachées ressurgiront au fur et à mesure des thérapies, la difficulté de nommer l'innommable.

23 ans après les faits on arrêtera le coupable et commencera un autre combat, faire requalifier l'attouchement en viol, devoir affronter ses méduses et le monstre au procès.

Un attouchement c'est bien pire qu'un viol car il faut pour elle apprendre à nommer ce qu'elle a minimisé enfant, elle doit accepter l'inacceptable, apprendre à le nommer, comprendre que cela ne vient pas d'elle mais de l'autre, le monstre.

Ce récit est vraiment lumineux, celui d'une reconstruction.  Avec le recul, Adélaïde Bon choisit les mots justes.  Son écriture à la troisième personne essentiellement passant par le "je" est magnifique et d'une force incroyable.

Ce roman est bouleversant, cruel, dur et perturbant.  Quel courage pour l'auteur de nous apporter ce témoignage, chemin nécessaire pour la reconstruction.  Un témoignage qui nous fait prendre conscience que de nombreuses victimes souffrent en silence, que les dégâts sont vraiment dévastateurs, que notre système judiciaire ne se donne pas assez de moyens et que de reconnaître rapidement une victime c'est lui donner le chemin de la guérison.

L'écriture est sincère, directe, sans tabou, elle ne tombe jamais dans le pathos, le ton est juste.

Un livre qui secoue, transforme, ouvre les yeux.  Cette plume m'a émue, touchée au plus profond de moi même.

C'est un coup de ♥



Les jolies phrases

Elle ne sent pas les méduses s'immiscer en elle ce jour-là, elle ne sent pas les longs tentacules transparents la pénétrer, elle ne sait pas que leurs filaments vont l'entraîner peu à peu dans une histoire qui n'est pas la sienne, qui ne la concerne pas.  Elle ne sait pas qu'ils vont la déporter de sa route, l'attirer vers des profondeurs désertes et inhospitalières, entraver jusqu'au moindre de ses pas, la faire douter de ses poings, rétrécir année après année le monde qui l'entoure à une petite poche d'air sans issue.  Elle ne sait pas que désormais elle est en guerre et que l'armée ennemie habite en elle.

La prêtrise, l'abstinence, les religions ne fabriquent pas en série des violeurs d'enfants, non, je ne crois pas.  Mais dans la foule innombrable des enfants violés, combien devenus grands ont pris la prêtrise, l'abstinence et les religions pour garde-fou ?

Le temps d'un viol, le monsieur de l'escalier, s'est immiscé dans les replis de mon cerveau, il a laissé sa haine et sa perversité macérer dans l'antichambre de ma mémoire, et jour après jour, elles m'ont dégouliné au dedans, elles ont colonisé chacune de mes pensées, elles ont contaminé ma vie.

J'avais si faim de mots qui soignent.

Peut-être faut-il être malheureux pour être profondément joyeux, peut-être que la joie est l'autre versant des larmes.

Si on l'écoute, elle existe, alors comme sans cesse tout lui glisse, elle s'invente.

Plus elle est sombre et désespérée au tréfonds d'elle-même, plus elle est radieuse au dehors.  Un feu follet.

Elle a peur de ne rien oser dire à un psychothérapeute.  Elle a peur d'être internée si elle lui dit tout.  Elle a peur aussi de ne rien avoir du tout, de se mentir et de maintenir sa propre tête sous l'eau pour échapper à la médiocrité crasse, à son conformiste.

Elle comprend ce jour-là qu'elle ne connaît de sa sexualité qu'un pauvre fantôme craintif et confus, défiguré par la honte, dévoré par la culpabilité, quand d'autres célèbrent la Joie d'être au monde en enlaçant leurs corps.

Plus on a été agressé jeune, plus on a d'amnésies et de troubles psychotraumatiques, plus on a de mal à voir le rapport entre la crise de panique au présent et l'agression du passé.

Depuis ce dimanche du mois de mai, vingt-quatre années d'invasions par effraction, à toute heure, à tout instant.  Pensée de boue après pensée de boue, je me suis retrouvée enterrée tremblante, écrasée sous la haine de moi-même et de la terreur que ça se voie, que ça se sache.

Excédant mes attentes, tous viendront, mon mari, ma mère, mes soeurs, mon frère, mes tantes, un cousin.  Chaque jour, le voile qui nous séparait se déchirera un peu plus, je me laisserai prendre dans leurs bras et dans nos étreintes furtives tant de mots se passeront désormais d'être dits.

Les termes juridiques sont impuissants à qualifier la haine. De témoignage en témoignage, vingt ans après, Quoi qu'il leur ait fait, toutes sont en miettes.

En France, on peut détruire la vie d'une femme pour le prix d'une voiture d'occasion.
A l'une d'entre nous, dont l'histoire n'est ni plus ni moins terrifiante, ni plus ni moins sordide, il accorde le double.  Pourquoi ?  On l'ignore, ces décisions-là n'ont pas à être motivées.  L'a-t-il trouvée plus émouvante ? Plus digne de recevoir la considération de l'Etat ?  Sa vie à elle aurait-elle plus de prix ?  Souffrir ne suffit pas, il faut mériter l'empathie qu'on nous porte.

lundi 9 juillet 2018

Je te protégerai - Peter May

Je te protégerai    -     Peter May


Rouergue Noir
Traduction : Ariane Bataille
Parution :  2 mai 2018
Pages :  416
Isbn : 9782812615269
Prix : 23 €

Présentation de l'éditeur



Niamh Macfarlane a créé avec son mari Ruairidh une entreprise de textile renommée, Ranish Tweed. Alors qu’ils séjournent à Paris, Niamh est tourmentée par de mauvais pressentiments, l’intuition que son mari la trompe avec Irina Vetrov, la séduisante et célèbre créatrice de mode. Oui, à chaque instant, elle a la sensation de perdre un peu plus cet amour qu’elle croyait destiné à durer toute une vie et pour lequel elle a tout bravé, à commencer par l’hostilité de sa propre famille. Un soir, place de la République, l’impensable se produit. Ruairidh meurt sous les yeux de Niamh dans l’explosion de la voiture d’Irina. Accablée par la douleur, Niamh ne tarde pas à comprendre qu’elle est la principale suspecte. Alors que le lieutenant Sylvie Braque progresse dans son enquête, Niamh sombre dans les souvenirs dévorants de son amour perdu et de son île Atlantique. Avec la certitude écrasante que quelqu’un l’observe en secret, prêt à tuer encore.
Une nouvelle fois, Peter May nous emporte vers l’archipel des Hébrides, dans ces îles jetées au paroxysme des tempêtes où les sentiments paraissent s’exacerber. Et si Niamh a dû lutter contre la noirceur du cœur des hommes pour imposer son amour pour Ruairidh, elle va devoir, jusque dans l’extrême solitude des éléments déchaînés, affronter un indémasquable assassin.

L'auteur





Peter MAY est un écrivain écossais. Il est né à Glasgow en 1951. Il habite en France dans le Lot depuis une quinzaine d’années.

Il a d’abord été journaliste avant de devenir l’un des plus brillants et prolifiques scénaristes de la télévision écossaise.

Le Rouergue a publié sa série chinoise avans d’éditer la trilogie de Lewis (parue d’abord dans sa traduction française avant d’être publiée, avec un immense succès en anglais).

Passionné par la Chine, il a été nommé membre honoraire de l’Association des écrivains de romans policiers à la section de Pékin. « Meurtres à Pékin » (The Firemaker) est le premier d’une série de thrillers situés en Chine et mettant en scène Margaret Campbell, médecin légiste de Chicago, et Li Yan inspecteur de police. Série publiée aux éditions du Rouergue puis aux éditions Babel Noir.


Site officiel de l’auteur : www.petermay.fr

(Sources : Site de l’auteur, Actes Sud, Le Rouergue)

Bibliographie

SERIE CHINOISE : ENQUETES DE MAGARET CAMPBELL ET LI YANN
Meurtres à Pékin (Rouergue, 2005. Babel noir, 2007)
Le Quatrième Sacrifice (Rouergue, 2006. Babel Noir, 2008)
Les Disparues de Shanghai (Rouergue, 2006. Babel Noir, 2008)
Cadavres chinois à Houston (Rouergue, 2007. Babel Noir, 2009)
Jeux mortels à Pékin (Rouergue, 2007. Babel Noir, 2010)
L’éventreur de Pékin (Rouergue, 2008. Babel Noir, 2011)
Série Chinoise intégrale – T1 (Meurtres à Pékin ; Le quatrième sacrifice ; Les disparues de Shanghaï) (Rouergue en 2016)
Série Chinoise intégrale – T2 (Cadavres chinois à Houston ; Jeux mortels à Pékin, L’éventreur de Pékin) (Rouergue en 2016)

LA TRILOGIE ÉCOSSAISE
L’île des chasseurs d’oiseaux (Rouergue en 2009. Babel Noir en 2011)
L’Homme de Lewis (Rouergue en 2011. Babel Noir en 2013)
Le braconnier du lac perdu (Rouergue en 2008. Babel Noir en 2014)
La trilogie écossaise (Rouergue en 2014) Intégrale.

Série ASSASSINS SANS VISAGE
La mort aux quatre tombeaux (Rouergue en 2013, Rouergue en 2015)
Terreur dans les vignes (Rouergue en 2014, Rouergue en 2016)
La trace de sang (Rouergue en 2015)
L’île au rébus (Rouergue 2017)

ROMANS POLICIERS / NOIR
Scène de crime virtuelle (Rouergue en 2013, Babel en 2015)
L’île du serment (Rouergue en 2014, Babel en 2016)
Les Fugueurs de Glasgow (Rouergue en 2015)
Les disparus du phare (A Vue d’Oeil en 2016)


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Stornoway 


Mon avis

Quel bonheur de retrouver la plume de Peter May, un auteur que j'affectionne beaucoup.  Sa magnifique "Trilogie écossaise" est sans conteste un de mes plus beaux souvenirs de lecture.

A découvrir de toute urgence si vous ne connaissez pas.

Peter May d'origine écossaise nous décrit à merveille les nouvelles îles Hébrides (Lewis, Harris) , ces îles qui sont une fois encore un personnage central du roman.

L'auteur décrit la nature de façon magnifique; les tourbières, la couleur changeante de la Lande, la lumière du ciel, la mer et les éléments déchaînés, c'est un vrai régal.

Il nous parle du mode de vie des îliens, de la culture gaélique, de l'artisanat local.  Partons à la découverte du Harris Tweed.

Niamh (prononcez Nive) Mac Farlane a créé avec son mari Ruairidh (Rory c'est plus simple) une fabrique de Ranish Tweed, une entreprise de textile.  Ils sont à Paris pour défendre leur collection lors d'un salon.

Un étrange mail signé "d'un ami qui vous veut du bien"  annonce à Niamh que son mari la trompe avec Irina Vetrov, une célèbre créatrice de mode.  Elle est inquiète pour son couple, surprend Ruairidh partant en voiture avec Irina.  Un peu plus loin , place de la République, la voiture explose.

Le lieutenant Sylvie Braque poursuit l'enquête, Niamh est la première suspecte..

Retour aux sources, les îles Hébrides, son enfance, la rencontre avec son futur mari, la création et les multiples difficultés de leur entreprisse avant de connaître le succès.

De retour sur l'île elle se sentira observée, elle va revivre ses souvenirs et ses drames personnels.  Le lieutenant Sylvie Braque viendra également sur l'île, elle est perdue dans ses sentiments, dans ses choix, sa famille ou son travail.

Avec beaucoup d'habilité, Peter May nous emmène dans un roman noir, un thriller efficace même si le final est un rien prévisible.  L'écriture est très belle, la description des émotions est parfaite, il nous parle de la perte, du deuil mais surtout et avant tout de ces îles magnifiques qui m'ont procuré un réel plaisir de lecture.  On ressent presque la pluie et le vent qui souffle tant c'est réaliste et bien décrit.

Ma note : 9/10

 Harris Tweed, Shawbost, Hébrides, Ecosse      Harris Tweed, Shawbost, Hébrides, Ecosse

Les jolies phrases

Le temps ne passait jamais plus lentement que lorsqu'on le surveillait.

Les gens comptent davantage que le boulot.  Le coeur est plus important que la paie.

Si on pouvait retourner en arrière et changer une seule chose dans sa vie, cela pourrait modifier notre avenir, mais pas nécessairement la chose qu'on voudrait voir changer.  On peut seulement regretter les décisions prises en pleine connaissance de leurs conséquences. Et Dieu sait s'il y en a.

La mort n'est jamais juste.  Pas plus que la vie.  Nous vivons avec la certitude qu'elle s'achèvera.  Mais sans savoir où ni comment.

Lorsqu'ils atteignirent finalement le sommet, un spectacle grandiose s'offrit à eux. Un croissant d'or pâle s'allongeait vers le sud ; la mer d'un turquoise étincelant, ourlée d'écume blanche sur le sable lisse et brillant, prenait vers le large une couleur d'un bleu marine intense au fur et à mesure qu'elle gagnait de la profondeur.

-Je ne peux pas imaginer un endroit plus beau pour passer l'éternité.
- Personnellement, madame, je préfère le regarder du point de vue des vivants plutôt que de celui des morts.

Peur-être, quand on aime quelqu'un, n'a-t-on pas besoin de courage.  On fait simplement ce que notre coeur exige, même si notre tête nous traite de fou.


Du même auteur j'ai lu 

Mon avis en cliquant sur les couvertures, c'est un de mes auteurs préférés.





dimanche 8 juillet 2018

Sourire 58 - Patrick Weber- Baudouin Deville

Sourire 58    Patrick Weber- Baudouin Deville


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Anspach
Dessin : Baudouin Deville
Scénario : Patrick Weber
Parution : 22/03/2018
Pages : 64
ISBN : 9782960210408
Prix : 14.50 €


Présentation de l'éditeur



Expo 58. A l'ombre de l'Atomium, la Belgique donne rendez-vous au monde. Kathleen est fébrile, en devenant hôtesse, elle sera l'un des précieux sourires de l'Exposition Universelle... La jeune femme est loin de deviner qu'elle va se retrouver au coeur d'une affaire d'espionnage qui engage les grandes puissances en pleine guerre froide.



« Sourire 58 », c’est d’abord la formidable épopée de ces femmes qui ont inventé un métier qui n’existait pas : hôtesses. Elles furent le sourire de l’Exposition Universelle qui plaça la Belgique au centre du monde pendant six mois.

Elles furent aussi en contact avec les grands (et les petits) de ce monde, leurs grands (et leurs petits secrets).

Kathleen fut l’une d’entre elles. Elle accéda à son rêve en devenant hôtesse et elle se trouva, malgré elle, entraînée dans une histoire qui aurait pu la dépasser… mais dont elle sortira gagnante. En 1958, les femmes ne prenaient pas encore le pouvoir… mais elles se faisaient déjà moins marcher sur les pieds.

L’Exposition universelle de 1958 ou Expo 58, officiellement Exposition universelle et internationale de Bruxelles, s’est tenue du 17 avril au 19 octobre 1958 sur le plateau du Heysel et attira près de 41,5 millions de visiteurs.

L’Expo 58 laisse un profond souvenir en Belgique. Elle est aussi le prétexte d’importants bouleversements et travaux dans la ville de Bruxelles dont les boulevards sont transformés en autoroutes urbaines.

L’Atomium, construit pour l’occasion, est devenu l’une des images de marque incontournables de Bruxelles.

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Mon avis

Nous voilà aux prémices de l'expo 58, Kathleen et son amie Monique désirent ardemment devenir hôtesses de l'expo.

Travail, disponibilité, ponctualité, discipline et surtout sourire sont de rigueur.  En effet, elles seront le sourire de l'expo 58.

Une chouette bd autofinancée grâce à une plateforme de Crow Funding.  Nostalgie, souvenirs, Brel, La Grand Place, le Métropole, la saveur du chocolat Côte d'Or 'Dessert 58" né pour l'occasion.

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Des incidents et faits étranges tels que vol, élément qui se détache du plafond, l'expo est ici au centre d'une affaire d'espionnage.  Soukine (URSS), Amber (USA) et un mystérieux J-M Spruyt....  
A chaque fois, notre héroïne se trouve sur les lieux des faits.  Complice ?

Un très bon moment, une jolie ligne claire.

Ma note : 9/10


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