jeudi 10 octobre 2019

La police des fleurs, des arbres et des forêts - Romain Puertolas

La police des fleurs, des arbres et des forêts    

Romain Puertolas

Sorcière ! - Matthieu Dhennin - MEILLEURS LIVRES . FR

Albin Michel
Parution :  2 octobre 2019
Pages : 352
EAN13 : 9782226442994
Prix : 19 €

Présentation de l'éditeur

Une fleur que tout le monde recherche pourrait être la clef du mystère qui s’est emparé du petit village de P. durant la canicule de l’été 1961.

Insolite et surprenante, cette enquête littéraire jubilatoire de Romain Puertolas déjoue tous les codes.

L'auteur




Romain Puértolas est né le premier jour de l'hiver 1975 à Montpellier. Il a une maîtrise en Lettres et Civilisation Espagnoles, une maîtrise en Français Langue Etrangère, une licence en Lettres et Civilisation Anglaises et un diplôme en météorologie de Météo France. Doté d'une oreille musicale, il parle espagnol, catalan, anglais, russe et a des notions en allemand et a même appris le swahili lors de son voyage de noce au Kenya. Il imite également très bien l'eau qui coule dans un verre.

Enfant, Romain voulait être plongeur pour le Commandant Cousteau (il l'a même chanté, la preuve ici) et agent secret. Dresseur de poupées russes, en ce sens qu'il a toujours eu comme objectif d'avoir plusieurs vies en une seule. Ainsi, tour à tour DJ, compositeur, professeur de langues, traducteur-interprète, steward, voix pour méthode de langues, nettoyeur de machines à sous, chef avion, employé de navigation aérienne et lieutenant de police, Romain a déménagé 31 fois en 38 ans et vécu dans 3 pays (France, Espagne, Angleterre), prouvant que le mouvement et le voyage tiennent une place privilégiée, si ce n'est essentielle, dans sa vie.

Il écrit depuis l'âge de 6 ans (d'abord des bandes dessinées, puis des poèmes et enfin des romans). Auteur de 7 romans et de centaines d'histoires, il justifie son imagination débordante par l'existence de Gérard, un poisson rouge offert par sa mère pour son neuvième anniversaire, qui lui dicterait phrase par phrase ses romans...

Source : son site

Mon avis

Génial ! J'étais victime d'une panne de lecture et ce livre m'a totalement guérie.  Il est fort Puertolas !

Dès l'introduction, il nous annonce qu'il s'agit d'un roman policier et "c'est juste qu'il y a ... un coup de théâtre final époustouflant.  Oui, quelque chose que l'on essaye de vous dire depuis le début, qui est là depuis le début, et que vous ne comprenez qu'à la fin.  Mais il est trop tard et vous vous apercevez que vous vous êtes bien fait avoir."

Ça marche, les amis, je me suis bien faite balader.  Un régal.

Nous sommes le 18 juillet 1961, remettons-nous dans le contexte.  Le petit village de P. , il est 11h17 le matin et un train entre en gare avec à son bord, un jeune inspecteur de police brillant dépêché à la demande du maire car un crime atroce a eu lieu dans le village.  Le corps d'un certain "Joël" a été retrouvé dans une cuve de la fabrique de confiture Boneteau, celle du maire !  Le corps avait été démembré, découpé à la scie et réparti dans 8 sacs des "Galeries Lafayette".  

A son arrivée, stupeur, le corps a déjà été enterré, un monument est en construction à la mémoire du défunt.  Pas de problème, une autopsie a bien été réalisée par le Docteur Bonnin, généraliste et vétérinaire du village.  Étranges tout cela, tout comme les habitants de la campagne.  De plus, un violent orage empêche toute communication téléphonique, originalité du roman - n'oubliez pas nous sommes en 1961 - les câbles ont été arrachés, impossible de communiquer autrement que par courrier.  Il s'agit en effet d'un roman épistolaire.

C'est assisté par J-C Provincio, de la police des fleurs, des arbres et des forêts -nous sommes à la campagne - que notre inspecteur devra résoudre ce crime horrible. Pour se faire, il a une arme secrète qui ne le quitte jamais, même dans les toilettes, si si je vous assure ...  Un enregistreur à bandes, dernier cri et ses douze piles alcalines, c'est ce qui lui permettra de retranscrire ses auditions dans des lettres envoyées au procureur. Il ne nous épargne aucun détail pour notre plus grand plaisir.

C'est une véritable enquête avec des quiproquos.  Il nous parle de la campagne et des moeurs et attitudes étranges de ces habitants, qui se croient tout permis et bafouent parfois la réglementation, quoi que ...   Parlent-ils le même langage ?

Je me suis bien amusée à la lecture, j'ai ri surtout pour le bouquet final car l'auteur s'est bien joué de nous, à des lieues de ce que l'on peut imaginer.

Coup de maître, jubilatoire !  Bravo, j'ai passé un excellent moment, un livre qui fait du bien.

Ma note : ♥

Les jolies phrases

Il est incorrect de penser que le silence règne en maître ici.  Les cigales qui font un bruit de clôture électrifiée, le meuglement des vaches, les chiens qui aboient, les clochettes des brebis qui tintent au loin comme cent églises forment un paysage sonore qui ne s'éteint pas, qui n'en finit pas, qui vous accompagne toujours, mais auquel on ne s'habitue jamais. Non, madame, il n'y a pas moins de bruit à la campagne qu'à la ville, il est juste différent.

Et puis, pourquoi tuer Joël, le seul être qui vous accompagne dans la solitude ?  Ce serait  comme, et pardon d'être si poétique, souffler sur la bougie qui illumine votre caverne, pour tomber de votre propre initiative dans les ténèbres.


Du même auteur j'ai lu 

Romain Puértolas - L'extraordinaire voyage du fakir qui ...





mercredi 9 octobre 2019

Le dernier pharaon / Schuiten-Van Dormael/Tyomas Gunzig/Laurent Durieux

Le dernier pharaon  (Blake et Mortimer)

François Schuiten, Jaco Van Dormael, Thomas Gunzig, Laurent Durieux



Dargaud
Blake et Mortimer
Parution : 29 mai 2019
DESSIN: FRANÇOIS SCHUITEN
SCÉNARIO : THOMAS GUNZIG
VAN DORMAEL JACO
FRANÇOIS SCHUITEN
COULEURS : LAURENT DURIEUX
Pages : 92
EAN.9782870972809
Prix : 17.95 €

Pour ma part, j'ai lu la version demi-format

Aucune description de photo disponible.

Présentation de l'éditeur

« Par Horus, demeure ! » Le souvenir de la Grande Pyramide hante à nouveau Mortimer. Ses cauchemars commencent le jour où il étudie d'étranges radiations qui s'échappent du Palais de Justice de Bruxelles : un puissant champ magnétique provoque des aurores boréales, des pannes dans les circuits électroniques et d'épouvantables hallucinations chez ceux qui y sont exposés. La ville est aussitôt évacuée et enceinte d'un haut mur.

Pour venir à bout du rayonnement, l'armée a conçu un plan qui met en péril l'avenir du monde. Pour Blake et Mortimer, malgré leurs vieilles querelles, malgré leur âge, il va s'agir de repartir à l'aventure, vers une Bruxelles abandonnée pour tenter encore une fois de sauver le monde. Et s'apercevoir que la zone interdite n'est pas si abandonnée que cela.

Ce qu'ils trouveront là est en lien avec leur aventure passée, celle qui les avait menés au temps de leur jeunesse, vers les mystères de la Grande Pyramide.

Dans "Le Dernier Pharaon", les Belges François Schuiten, Jaco Van Dormael, Thomas Gunzig et Laurent Durieux ont voulu revisiter l'oeuvre d'Edgar P. Jacobs, où se mêlent leurs talents respectifs et le plus grand respect pour la série originelle. Un hors série fidèle, mais à la fois très personnel, qui prend ses sources au coeur même des aventures de Blake et Mortimer. À ne pas manquer !




Mon avis

J'ai un aveu à vous faire, je n'ai jamais lu les aventures de Blake et Mortimer de Jacobs mais je sens que cela ne saurait plus trop tarder.

Je suis belge et j'ai comme vous le savez l'envie de découvrir et de faire découvrir des auteurs de chez nous, alors c'est tout naturellement que j'ai eu envie de découvrir cet album de François Schuiten, Jaco Vander Maelen, Thomas Gunzig et Laurent Durieux.

Un album publié en deux formats, j'ai lu l'horizontal - grand format-  et je me suis régalée.

Direction Bruxelles, plus précisément sous le palais de Justice imaginé par Poelaert.  De mystérieux hiéroglyphes, le bureau de l'architecte, le signe d'un passage, des éléments troublants, le professeur Mortimer est présent à la demande d'un ami qui s'engage dans un passage marqué du Dieu Seth, et c'est le chaos..  Un énorme faisceau de lumière se propage, émergeant de l'édifice.

Les rayonnements perturbent les champs magnétiques provoquant coupures d'électricité.  La ville est évacuée, une immense cage de Faraday est construite entourant le palais de justice pour contenir les rayons.

Quelques années plus tard, malgré les précautions, le phénomène s'étend provoquant pannes et anéantissant les ordinateurs, les transports, les télécommunications, on risque le chaos total.

Mortimer doit rejoindre Blake à Londres, il partira en mission à Bruxelles pour stopper le tout, l'armée risquant d'intervenir et de provoquer plus de dégâts.

C'est une aventure palpitante dans un monde en perdition, la ville est en ruines laissée à la nature et ses dangers.  Un groupe de survivants ?  Blake arrivera-t-il à résoudre ce mystère?

Le graphisme de Schuiten est magnifique, on retrouve des traits de ligne claire revisité.   Une réussite qui est le résultat de la collaboration entre un cinéaste, un écrivain, un dessinateur hors pair et un artiste de la couleur.  Ils nous donnent 4 regards différents.


Sauver le monde, un sujet d'actualité  Un album que je vous conseille vivement.

Ma note :  ♥♥♥♥♥

Une jolie phrase

Rien de plus effrayant que l'inconnu, rien de plus dangereux que l'ignorance.



vendredi 4 octobre 2019

77 - Marin Fouqué

77      -  Marin Fouqué


77

Actes Sud
Parution : 21 août 2019
Pages : 224
ISBN 978-2-330-12545-5
Prix  : 19, 00€


Présentation de l'éditeur

Chaque matin depuis la rentrée, ensommeillés, mutiques, mal lunés, ils se retrouvent au point de ramassage – le grand Kevin, la fille Novembre, le Traître, les faux jumeaux, et puis lui. Aujourd’hui, il ne montera pas dans le car scolaire, il va rester seul au bord de la route, sous l’abribus, sous sa capuche, toute la journée. À regarder passer les voitures. À laisser son regard se perdre sur les terres du “sept-sept”, ce département vague entre Paris et la province, entre boue et bitume, où les villes sont de simples bourgs et les champs de mornes étendues de camaïeu brun. À se noyer dans les souvenirs d’avant l’été, quand le Traître s’appelait encore Enzo et qu’avec la fille Novembre ils formaient un trio inséparable.
Ce premier roman à l’énergie brute charrie la violence et l’innocence, l’âge des possibles et de l’insupportable, la construction des corps et la fracture des rêves dans un flux de conscience époustouflant de spontanéité, d’invention, de vérité.



“Longtemps j’ai cru venir d’un paysage sans identité.

Ni tout à fait urbanisée, ni entièrement rurale, j’ai grandi dans une zone sans réelles histoire ni culture auxquelles me rattacher. J’enviais secrè­tement celles et ceux de la ville qui me parais­saient connectés en haut débit à tout ce qui palpite ; j’admirais et craignais celles et ceux des périphéries que je fantasmais comme braves et prompts à tout retourner sur leur passage ; je respectais celles et ceux des provinces qui me semblaient avoir quelque chose à protéger et à chérir. Moi, je venais seulement d’une zone où rien ne se passe et où personne n’arrive, pas assez vive et pas totalement morte, quelque part au croisement exact entre le bitume et la boue.

Du bitume et de la boue, on doute rarement de qui enfouira qui.

Alors, pour mieux la saisir avant sa dispari­tion, j’ai d’abord voulu écrire cette terre sans histoire ; mais le roman m’a tracté sur d’autres sillons : ceux d’une réalité pétrie d’entre-deux. Entre la mémoire et le paysage, entre la fange et le goudron, entre l’enfant et l’adulte, entre le jeu et le coup, entre l’oubli et le mensonge, entre l’amour et l’amitié, entre le genre et la sexualité, entre l’injonction à se construire en « vrai bon­homme » et le désir de devenir soi-même, entre la rage et l’abandon, entre la fureur et l’étreinte, entre le silence et les non-dits, entre la houle et l’impact.

C’est de cette bifurcation dans la terre que naîtrait la voix du narrateur.

Une voix si ancrée dans le paysage qu’elle l’incarnerait totalement, se faisant à la fois témoin et porte-parole d’une génération d’ou­bliées et d’oubliés de toutes provenances. Une voix pour emporter cette génération plus loin que la capuche dont elle serait protégée, plus loin que l’abribus où elle se tiendrait recluse, plus loin que l’étendue de terre qui l’entourerait avec la nationale pour seul horizon, et pourquoi pas aller encore plus loin, au-delà du territoire, au-delà des souvenirs, au-delà de l’adolescence, au-delà de la violence, au-delà de toute injonc­tion, au-delà du silence.’’

M. E

L'auteur nous en parle




Mon avis

C'est un premier roman dont on va entendre parler j'en suis certaine. Pour diverses raisons.

Sa forme : c'est un récit écrit d'un jet continu, d'une traite, sans chapître, sans alignement.  Un texte continu entrecoupé de nom de COULEUR ou de METALLISE en majuscules.  C'est tout.

Un peu perturbant au départ mais nécessaire comme un flot de paroles continu, un grand monologue qui raconte le quotidien d'un ado en capuche dans le 77.

C'est un récit qu'à plusieurs reprises, j'ai lu à voix haute pour entendre claquer la langue, sa musicalité, son rythme.

Ça claque, ça pète, ça vit et pourtant il ne se passe pas grand chose dans cet abribus en béton où notre narrateur passe ses journées à fumer des pétards refusant de prendre le car scolaire conduit par Polnareff.  Il regarde Enzo, le traître, la fille de novembre, le grand Kevin et les jumeaux partir et reste la journée dans son abri sous sa capuche.

Il nous raconte son 77, et regarde passer les voitures sur la nationale, une rouge, et il se souvient, une jaune, d'autres souvenirs reviennent et surtout 3 métallisées ce matin là.

C'est un roman d'initiation, lui au corps frêle, qui se planque sous sa capuche, nous raconte son bled, ses champs marron, le père Mandrin sur son tracteur, la vieille, les vieux qui jouent au loto, la parisienne, ce qui a fait que son pote Enzo soit devenu le traître, ...

Il nous conte l'arrivée du grand Kevin qui fera de lui un autre.

Je n'ai pas envie de vous en dire plus si ce n'est que c'est rural, c'est noir, ça claque, ça pulse, la vie quoi dans le 77.

L'écriture est tranchée, saccadée, c'est un long monologue sonore et sensible.  Poétique à sa manière.
Quelle force d'écriture.  Un coup de poing, un coup de maître disent certains.

Ce roman sort de l'ordinaire.  A découvrir de toute urgence.

Ma note : 8.5/10


Les jolies phrases

Ils se prennent pas mal la tête, les vieux, dans la vie.  Ça rassure pas pour les années à venir.

Fumer quand on est pompiste est un sport dangereux, il disait, mais ça passe le temps, il ajoutait avant de conclure que souvent, c'est ce qui est le plus dangereux qui passe le mieux le temps.


L'odeur de peau des vieux, faudrait réussir à l'isoler.  Pour comprendre. Comprendre l'odeur du temps, des paquets d'années entassés.  Comme les strates de terres en cours de SVT, à l'époque où j'y allais encore.  Cette odeur de peau de vieux, elle imprégnait la salle, tu la sentais dans ton nez à peine passé la porte.

Dingue comme le bruit d'une bagnole peut ramener au réel.  Et dingue comme les souvenirs peuvent défiler.  Encore plus vite que la vie.  Le passé, il s'enchaîne bien mieux que le présent, j'ai remarqué.

Toute la journée, calme moi aussi, les nuages à mater.  Ça bougeait toujours, les nuages, une forteresse qui devient un chien qui devient un cheval qui devient un bateau qui devient un flingue qui devient une bagnole qui devient une masse, qui devient une gueule.  Et quelques avions qui la percent comme on s'éclate les boutons.

La première claque du shit, tu t'en souviens longtemps.  D'abord tu la crains, tu te dis que c'était la pire chose au monde, le pire moment de ta vie, plus que ça se reproduise, tu t'arrêtes bien avant que ses ressacs ne reviennent.  Et puis un jour tu la regrettes.  Tu te mets à se recherche.  Tu l'idéalises.  Un peu comme l'amour.   C'est la mémoire qui te trompe.  D'ailleurs, ça sert peut-être à ça la mémoire : trouver la vie belle au moins dans le rétro.  Dans le rétro du tracteur de la vie, y a l'ancienne terre qui se retourne.  Par vagues ça se retourne et puis plus rien n'est comme avant .  Nouvelle terre.  Belle terre bien grasse et sombre du sud 77.

La vie c'est des coups, la défonce c'est de l'entraînement.  C'était ça être un homme, un vrai : se connaître de l'intérieur, en profondeur.



lundi 30 septembre 2019

Bilan lecture de septembre

Bilan de lecture septembre

Un petit coup de mou.  Presque pas de lectures seconde partie de septembre.  Petite panne !!!  ou un peu d'overbooking ?  Trop de choses à lire, difficile de savoir par où commencer ?  Je ne sais pas, le début du jogging, plus de sport, moins de temps pour lire et chroniquer, c'est ce qui prend le plus de temps.

L'envie d'un break !  mais des activités en rapport avec la lecture toujours bien présentes.

C'était une première et certainement pas la dernière, "Le livre sur la place" à Nancy en compagnie d'autres lectrices, Nath et Régine.  Du bonheur, des rencontres, des tables rondes, des livres mais autrement.

A la rencontre de Myriam Leroy chez Tulitu.  La lecture d'un manuscrit pour une amie, du bonheur livresque  mais moins formel.

Assez de blabla, voici mon bilan de septembre  :

Elle sera au théâtre 140 le 10 octobre prochain : mon billet en cliquant sur la couverture pour avoir accès à l'article.







et un super manuscrit dont je ne peux pas encore vous parler

Je vous l'avais dit , un mois très léger , j'espère que la panne va passer.  Pourtant ce n'est pas le choix, ni l'envie qui me manque.

A très vite.

Ils ont rejoint mon Himalaya à lire

Ils ont rejoint mon Himalaya à lire

"Le livre sur la place" à Nancy est en partie responsable des petits derniers..  mais pas que ...





Et voici c'est parti par ordre alphabétique.

Parce que j'ai vraiment aimé sa plume, rencontré à Nancy, Philippe Besson m'a conseillé ce titre :

En l'absence des hommes   -   Philippe Besson

En l'absence des hommes

JULLIARD 2001
10/18  4188
Parution : 05/01/2012
Pages : 216
EAN : 9782264056856
Prix : 7.10 €

Présentation de l'éditeur

Été 1916. Vincent découvre la passion dans les bras d’Arthur, jeune soldat qui tente d’échapper pour quelques jours à l’horreur des tranchées. Dans le même temps, il ébauche une affection amoureuse avec l’écrivain mondain et renommé Marcel Proust. Le temps de ce bel été, l’un va devenir l'amant, l’autre l'ami. Comme deux fragiles éclats de bonheur au milieu de la tragédie.

« Étonnant, envoûtant premier roman que celui de Philippe Besson !»
Michèle Gazier, Télérama

Une autre belle rencontre à Nancy, sa passion pour Frida Kahlo m'a donné envie de découvrir ce roman 

Rien n'est noir    -    Claire Berest

Rien n'est noir
Stock
La bleue
Parution : 21/08/19
Pages : 250
EAN : 9782234086180
Prix : 19.50 €

Présentation de l'éditeur

« À force de vouloir m’abriter en toi, j’ai perdu de vue que c’était toi, l’orage. Que c’est de toi que j’aurais dû vouloir m’abriter. Mais qui a envie de vivre abrité des orages? Et tout ça n’est pas triste, mi amor, parce que rien n’est noir, absolument rien.
Frida parle haut et fort, avec son corps fracassé par un accident de bus et ses manières excessives d’inviter la muerte et la vida dans chacun de ses gestes. Elle jure comme un charretier, boit des trempées de tequila, et elle ne voit pas où est le problème. Elle aime les manifestations politiques, mettre des fleurs dans les cheveux, parler de sexe crûment, et les fêtes à réveiller les squelettes. Et elle peint.
Frida aime par-dessus tout Diego, le peintre le plus célèbre du Mexique, son crapaud insatiable, fatal séducteur, qui couvre les murs de fresques gigantesques.»

Un petit tour chez Tulitu et un bon conseil d'Ariane

Agathe      -   Anne Cathrine Bomann


La peuplade
Traduit du danois par Inès Jorgensen
Parution : 27 août 2019
Pages : 176
Isbn : 978-2-924898-35-2
Prix : 18 €

Présentation de l'éditeur



Soixante-douze ans passés, un demi-siècle de pratique et huit cents entretiens restants avant la fermeture de son cabinet : voilà ce qu’il subsiste du parcours d’un psychanalyste en fin de carrière. Or, l’arrivée imprévue d’une ultime patiente, Agathe Zimmermann, une Allemande à l’odeur de pomme, renverse tout. Fragile et transparente comme du verre, elle a perdu l’envie de vivre. Agathe, c’est l’histoire d’un petit miracle, la rencontre de deux êtres vides qui se remplissent à nouveau. Anne Cathrine Bomann signe ici un roman intelligent et inattendu, décortiquant avec tendresse les angoisses humaines : être, devenir quelqu’un, désirer et vieillir. Serait-il possible de découvrir enfin de quoi on a vraiment peur ?



Tout le monde sait qu’on ne doit pas mélanger la thérapie et la vraie vie ; vois ce qui est arrivé à ce bon Jung.

Une autre très belle rencontre à Nancy, il me tente très fort

Murène         -        Valentine Goby


Actes Sud
Parution : août 2019
Pages : 384
ISBN 978-2-330-12536-3
Prix : 21.80 €

Présentation de l'éditeur

Hiver 1956. Dans les Ardennes, François, un jeune homme de vingt-deux ans, s’enfonce dans la neige, marche vers les bois à la recherche d’un village. Croisant une voie ferrée qui semble désaffectée, il grimpe sur un wagon oublié… Quelques heures plus tard une enfant découvre François à demi mort – corps en étoile dans la poudreuse, en partie calciné.
Quel sera le destin de ce blessé dont les médecins pensent qu’il ne survivra pas ? À quelle épreuve son corps sera-t-il soumis ? Qu’adviendra-t-il de ses souvenirs, de son chemin de vie alors que ses moindres gestes sont à réinventer, qu’il faut passer du refus de soi au désir de poursuivre ?
Murène s’inscrit dans cette part d’humanité où naît la résilience, ce champ des possibilités humaines qui devient, malgré les contraintes de l’époque – les limites de la chirurgie, le peu de ressources dans l’appareillage des grands blessés –, une promesse d’échappées. Car bien au-delà d’une histoire de malchance, ce roman est celui d’une métamorphose qui nous entraîne, solaire, vers l’émergence du handisport et jusqu’aux Jeux paralympiques de Tokyo en 1964.


“À l’origine du roman, l’image du champion de natation Zheng Tao jailli hors de l’eau aux Jeux paralympiques de Rio en 2016, qui flotte en balise cardinale parmi les remous turquoise. Je contemple l’athlète à la silhouette tronquée, son sourire vainqueur, sa beauté insolite. Autour, les gradins semi-vides minorent cette victoire. Je m’aperçois que j’ignore tout de l’his­toire du handisport, ce désir de conformité avec les pratiques du monde valide en même temps que d’affirmation radicale d’altérité, qui ques­tionne notre rapport à la norme. À travers le personnage de François, sévèrement mutilé lors d’un accident à l’hiver 1956, Murène en restitue l’étonnante genèse.

Mes romans s’attachent souvent à des per­sonnages en résistance, luttant obstinément contre les obstacles, dont ils viennent à bout. François est de ceux-là, seulement la volonté ne suffit pas. À une époque où balbutie encore la rééducation, et où l’appareillage ne parvient pas à compenser les manques de son corps, l’imagination est encore le plus puissant recours contre le réel, que François tente de plier à ses désirs.

Mais Murène est moins l’histoire d’un com­battant que d’un mutant magnifique : la trans­formation profonde d’une identité et d’un rapport au monde quand l’obstacle devient chance de métamorphose. Le handisport en sera l’artisan, qui substitue alors à l’idée de déficience celle de potentiel, une révolution du regard et de la pensée. Dans l’eau des piscines, François devient semblable aux murènes, créa­tures d’apparence monstrueuse réfugiées dans les anfractuosités de la roche, mais somptueuses et graciles aussitôt qu’elles se mettent en mou­vement.

L’œuvre d’Ovide évoque tour à tour les méta­morphoses punitives qui emmurent les êtres et celles qui les délivrent. François connaît l’une puis l’autre, l’impuissance face à la tragédie que l’existence lui impose, mais aussi et surtout une mutation patiente, solaire, qui l’ouvre à des possibles insoupçonnés.’’

V. G.

J'avais découvert Issekinicho à la foire du livre de Bruxelles, heureuse de retrouver cette chouette maison d'éditions.  Je me suis fait plaisir.

Nippon no Haiko  (Vestiges d'un Japon oublié)  - Jordy Meow


Issekinicho éditions
Parution : 09/04/2019
Pages : 256
ISBN-13: 9791095397052
Prix : 29.95 €

Présentation de l'éditeur

Hôpitaux, hôtels, maisons, villages, îles et même parcs d attractions abandonnés, le Japon regorge de lieux en ruine appelés haikyo. Ces endroits, souvent laissés intacts, témoignent d une époque révolue.
Dans ce livre, explorez 35 lieux plus incroyables les uns que les autres, dont l île fantôme de Gunkanjima, rendue populaire par le film Skyfall de la saga James Bond. L auteur nous livre ici des photos déroutantes à l atmosphère mystérieuse accompagnées de récits retraçant l histoire de ces vestiges d un Japon oublié.

Biographie de l'auteur

Jordy Meow vit et travaille à Tokyo depuis 10 ans. Spécialisé dans la photographie urbex, il visite des centaines de lieux insolites et abandonnés au Japon et en Europe.
Il est le créateur des sites internet haikyo.org et japonsecret.fr
Son travail est une référence dans le domaine de l exploration urbaine au Japon.

Une masse critique privilégiée chez Babelio, cela ne se refuse pas, j'avais apprécié "L'extraordinaire voyage d'un fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea"

La police des fleurs, des arbres et des forêts   - Romain Puértolas

Sorcière ! - Matthieu Dhennin - MEILLEURS LIVRES . FR

Albin Michel
Parution : 02 octobre 2019
Pages : 352
EAN13 : 9782226442994
Prix : 19 €

Présentation de l'éditeur

Une fleur que tout le monde recherche pourrait être la clef du mystère qui s’est emparé du petit village de P. durant la canicule de l’été 1961.
Insolite et surprenante, cette enquête littéraire jubilatoire de Romain Puertolas déjoue tous les codes.

Hâte de retrouver la jolie plume de Sébastien Spitzer

Le coeur battant du monde   -   Sébastien Spitzer

Rouge impératrice - Leonora Miano - MEILLEURS LIVRES . FR

Albin Michel
Parution : 21 août 2019
Pages : 448
EAN13 : 9782226441621
Prix : 21.90 €

Présentation de l'éditeur

Dans les années 1860, Londres, le cœur de l’empire le plus puissant du monde, se gave en avalant les faibles. Ses rues entent la misère, l’insurrection et l’opium. Dans les faubourgs de la ville, un bâtard est recueilli par Charlotte, une Irlandaise qui a fui la famine. Par amour pour lui, elle va voler, mentir, se prostituer sans jamais révéler le mystère de sa naissance.

L’enfant illégitime est le fils caché d’un homme célèbre que poursuivent toutes les polices d’Europe. Il s’appelle Freddy et son père est Karl Marx. Alors que Marx se contente de théoriser la Révolution dans les livres, Freddy prend les armes avec les opprimés d’Irlande.

Après Ces rêve qu’on piétine, un premier roman très remarqué et traduit dans plusieurs pays, qui dévoilait l’étonnante histoire de Magda Goebbels, Sébastien Spitzer prend le pouls d’une époque où la toute-puissance de l’argent brise les hommes, l’amitié et l’espoir de jours meilleurs.

Le meilleur pour la fin, j'ai vraiment hâte de lire mon compatriote Thierry Werts, je vous recommande déjà son recueil poétique "For intérieur" paru en 2016, c'est ici son premier roman

Demain n'existe pas encore     -   Thierry Werts


Editions La Trace
Parution : 22 octobre 2019
Pages : 98
Isbn : 9791097515232
Prix : 18 €

Présentation de l'éditeur

Soudain, on avait frappé à une lourde porte métallique derrière le procureur, et il était entré. Menotté. Cela faisait deux ans qu'elle ne l'avait pas vu. A cet instant, un grand frisson lui avait traversé le corps et elle avait tremblé comme une feuille mais s'était acharnée à ne rien montrer. Pourvu que la juge ne s'adresse pas à elle ! Tout mais pas ça ! Elle avait esquissé un regard timide en direction de son père. Il avait pleuré et elle avait eu honte. Tandis qu'on s'était affairé autour de lui pour lui ôter les menottes, il avait tenté de croiser le regard de sa fille, mais en vain...

mercredi 25 septembre 2019

Une joie féroce - Sorj Chalandon

Une joie féroce   -  Sorj Chalandon


Une joie féroce

Grasset
Parution : 14 août 2019
Pages : 320
Isbn : 9782246821236
Prix : 20.90 €

Présentation de l'éditeur

Jeanne est une femme formidable. Tout le monde l’aime, Jeanne.
Libraire, on l’apprécie parce qu’elle écoute et parle peu. Elle a peur de déranger la vie. Pudique, transparente, elle fait du bien aux autres sans rien exiger d’eux. A l’image de Matt, son mari, dont elle connaît chaque regard sans qu’il ne se soit jamais préoccupé du sien.
Jeanne bien élevée, polie par l’épreuve, qui demande pardon à tous et salue jusqu’aux réverbères. Jeanne, qui a passé ses jours à s’excuser est brusquement frappée par le mal. « Il y a quelque chose », lui a dit le médecin en découvrant ses examens médicaux. Quelque chose. Pauvre mot. Stupéfaction. Et autour d’elle, tout se fane. Son mari, les autres, sa vie d’avant. En guerre contre ce qui la ronge, elle va prendre les armes. Jamais elle ne s’en serait crue capable. Elle était résignée, la voilà résistante. Jeanne ne murmure plus, ne sourit plus en écoutant les autres. Elle se dresse, gueule, griffe, se bat comme une furie. Elle s’éprend de liberté. Elle découvre l’urgence de vivre, l’insoumission, l’illégalité, le bonheur interdit, une ivresse qu’elle ne soupçonnait pas.
Avec Brigitte la flamboyante, Assia l’écorchée et l’étrange Mélody, trois amies d’affliction, Jeanne la rebelle va détruire le pavillon des cancéreux et élever une joyeuse citadelle.

L'auteur nous en parle



Mon avis

Sorj Chalandon est une valeur sûre, j'ai toujours été touchée par la force de son écriture ; de courtes phrases bien nettes qui percutent, qui touchent.

Visiblement ce roman divise son lectorat, j'ai voulu me faire ma propre opinion et je suis conquise.

C'est vrai que Chalandon a pris des risques et nous emmène ailleurs qu'à son habitude.  Je trouve que c'est chouette de se renouveler ainsi, d'oser écrire dans un genre qui n'est pas le sien mais pourquoi pas...

Voici pourquoi j'ai apprécié :

C'est la toute première fois que l'auteur se met dans la peau de femmes et en fait ses personnages principaux.  Il nous dresse en effet le portrait de quatre femmes qui sont unies par la maladie qu'elles combattent.

Jeanne, la libraire, première femme dont il nous parle qui nous narre le récit.  Elle découvre son cancer du sein.  C'est avec brio qu'il nous fait ressentir ses émotions, ses doutes, ses interrogations, ses peurs et il nous fait vivre son combat. C'est juste, c'est émouvant.

Jeanne nous parle de l'effet que ce "crabe", " de son camélia" a sur sa vie, sur son couple.  Il est vrai que celui de Jeanne a déjà vécu beaucoup d'épreuves et son mari n'en peut plus, c'est celle de trop !  Affronter la maladie, voir sa femme perdre ses cheveux, il a un comportement ignoble , il est dans le déni et dans la fuite.  C'est souvent le cas dans la vraie vie, la maladie détruit souvent beaucoup de choses, de couples.

Soudain, on change de cap et c'est ce que je trouve génial, on devine dans le tout premier chapitre que Jeanne et trois autres femmes ont fait une très grosse bêtise...

Cela nous donnera trois autres portraits féminins, ceux de Brigitte, Mélody et Assia.  Trois femmes unies par le même mal qui se rencontreront lors des séances de chimio.

Rassurez-vous, même si le sujet est grave, c'est loin d'être triste, il y a de la solidarité, de l'espoir qui les poussent à vivre et à commettre des actes insensés ....  on frôle alors avec la comédie un peu burlesque diront certains, mais moi je trouve que c'est l'originalité du récit, ce changement de registre.

Un roman qui parle de la maladie, du regard des autres, de la façon de la vivre, de la ressentir.  Il parle de résistance, de guerre et de bien d'autres choses.  Je n'ai pas envie de vous en dire plus mais pour ma part j'ai aimé cette prise de risques par Chalandon d'oeuvrer dans un registre qui n'est pas le sien, d'oser être différent.

Et vous ?

N'hésitez pas à venir me dire ce que vous en avez pensé !

Ma note : 8/10


Les jolies phrases

Je me suis dit que j'étais en guerre.  Une vraie.  Une bataille où il y aurait des morts.  Et que l'ennemi n'était pas à ma porte mais déjà entré.  J'étais envahie.  Ce salaud bivouaquait dans mon sein.

Et je n'imaginais pas mon crâne offert à tous.  Les cheveux ne protègent pas seulement la tête.

Brigitte était bretonne, nièce d'un pêcheur de Roscoff.  Elle a comparé le cancer du sein au gros temps et la chimio au grand large.
- Entrer dans la salle d'attente, c'est comme arriver au ponton pour l'embarquement. Ce qui reste à terre reste à terre.

Je ne savais pas s'il me quittait comme deux corps se déchirent, ou s'il me demandait de le retenir.  de lui dire que sans lui, mes yeux cessaient de voir.  Et ma peau de frissonner.  Et mes lèvres de dire.  Et mon coeur d'espérer.

Mon destin m'échappe, c'est la première leçon du cancer.
Se réapproprier rageusement son destin est la deuxième leçon.

Et aussi la librairie.  Jamais cet endroit ne m'avait paru aussi paisible. Ici, contrairement à la vraie vie, les hurlements, les pleurs, les rires, les cris, les joies, les drames étaient prisonniers des pages.  Le tumulte ne s'offrait qu'à celui qui les ouvrait.


Du même auteur j'ai lu

Cliquez sur la couverture pour accéder à ma chronique

Le quatrième murLe jour d'avant




samedi 21 septembre 2019

Dîner à Montréal - Philippe Besson

Dîner à Montréal   -  Philippe Besson


Dîner à Montréal

Julliard
Parution : 29 mai 2019
Pages : 198
Isbn : 9782260053170
Prix : 19 €

Présentation de l'éditeur

Ils se sont aimés, à l’âge des possibles, puis quittés, sans réelle explication. Dix-huit ans plus tard, ils se croisent, presque par hasard, à Montréal. Qui sont-ils devenus ? Qu’ont-ils fait de leur jeunesse et de leurs promesses ? Sont-ils heureux, aujourd’hui, avec la personne qui partage désormais leur vie ?
Le temps d’un dîner de retrouvailles – à quatre – chaque mot, chaque regard, chaque geste est scruté, pesé, interprété. Tout remonte à la surface : les non-dits, les regrets, la course du temps, mais aussi l’espérance et les fantômes du désir. À leurs risques et périls.

Philippe Besson nous en parle

Je vous partage cette vidéo que j'ai regardé après rédaction de mon billet.





Mon avis

C'est le dernier volet de ce triptyque auto-fictionnel, quelques mois après la parution de "Un certain Paul Darrigrand".

Dix-huit ans après l'épisode précédent, Philippe Besson nous raconte la rencontre faite dans une librairie ( tiens c'était le lieu de leur premier rendez-vous) à Montréal de Paul Darrigrand.

Il fait la file pour une dédicace.  Philippe signe le livre.  Paul lui avoue s'en être voulu de leur rupture.
Philippe propose un dîner et quelques heures plus tard c'est dans un restaurant pour un huis-clos que l'auteur nous emmène.

Nous sommes un peu comme au spectacle, une pièce qui nous est contée.  Nous allons littéralement "vivre" ce repas comprenant quatre protagonistes.

Isabelle (hé oui, Paul est toujours marié à celle pour qui il l'a quitté) et Paul d'un côté, Philippe et Antoine, son jeune amant âgé de vingt ans avec qui il partage sa vie depuis trois mois.

Comme le dit Antoine, nous sommes aux premières loges pour assister au spectacle.

Un dîner où Isabelle résume les vingt dernières années  - non dix-huit précise Paul - en quelques minutes.  La carrière de Paul, les différentes villes pour enfin trouver un ancrage à Montréal car Paul voyage énormément.  Tiens, un ancrage, exactement comme vingt ans plus tôt période où Paul voyageait entre Philippe et sa femme.

On parle de mondanités, de banalités pour basculer à certains moments vers l'intime.

Montréal c'est étrange, c'est le lieu où en 1999 lors d'un voyage, l'auteur a écrit sur un carnet les premiers mots de son tout premier livre.  C'est loin de la France comme détaché du réel qu'il était disponible pour l'écriture, seul loin de la France s'abandonnant pour écrire, pour remplir sa solitude.

L'auteur nous parle à merveille de l'écriture.  On écrit ce qu'on a vécu, ce qui traverse "La vie ça ne fait pas un livre, jamais mais la vie réécrite cela peut faire un roman"  Cela devient une nécessité d'écrire.

Il nous parle de sa vision du métier d'écrivain.

Paul lui dit que dans son premier roman, on trouvait déjà tout ce qui le caractérise ; le goût de la jeunesse, le regret de celle-ci, les liens qui se nouent, se dénouent, le triangle amoureux, la mort qui rôde, les deuils à accomplir.  Il nous raconte également la genèse d' "Un garçon en Italie".

Mais ce récit, c'est aussi la recherche de la vérité, chaque mot, chaque geste est décortiqué, analysé.  L'auteur essaie de trouver une réponse à ses questions, il traque les regards, les attitudes, les non-dits, les regrets.  Un roman nostalgique.

C'est un récit magnifique de part la plume sensible, intense.  L'écriture est forte, dramatique, charnelle, vive.  Philippe Besson analyse les sentiments avec une grande finesse.  Sa force est sa sincérité.

Courtoisie, regrets, recherche de vérité, tension, juste magnifique !

Ma note : 9/10


Les jolies phrases

J'avais ajouté, dans un sourire; qu'est-ce que tu veux il y a des gens comme ça, qu'on exonère de tout reproche, même si c'est injuste, même si c'est incompréhensible.

Et je me suis rendu compte tout de suite que ça n'aurait pas été possible s'il n'y avait pas eu la distance , le décalage horaire, j'étais loin de la France, je ne parlais plus à la France, j'étais comme détaché du réel, et c'est ça qui m'a rendu disponible pour l'écriture. Il y avait "la solitude" aussi, la solitude de la chambre d'hôtel dans un pays étranger, et la la solitude d'après la séparation, parce que je venais d'être quitté, ça rend fécond, la solitude, et il faut la remplir sinon c'est elle qui nous engloutit.

Je connais toutes les nuances de son regard et ça ne change pas, un regard.  La peau se flétrit, le corps s'alourdit, la chevelure se clairsème mais le regard, lui demeure intact.


Oui, évidemment, on écrit avec ce qu'on a vécu, ce qui nous a traversé, ce serait impossible de faire autrement, impossible, quel écrivain pourrait faire abstraction de ce qu'il est, de ce qui l'a construit, mais avec ce matériau, il faut s'efforcer de faire de la littérature; la vie ça ne fait pas un livre, la vie réécrite ça peut en faire un.

Quant à moi, je suis tout à la fois pris de court, pris en tenaille et sommé de dire quelque chose.  Car l'aveu exige inévitablement une réplique.  Du reste, le mot réplique est bien choisi, on l'emploie pour les tremblements de terre.


C'est arrivé parce que tu n'étais pas qu'un corps.  C'est sans conséquence, un corps.  Tu le trouves, tu fais ce que tu as à faire et puis tu l'oublies.

D'abord, j'ai été abattu, comme le sont ces avions que les missiles atteignent en plein vol, et qui se désagrègent et dont les débris retombent en pluie avant de s'éparpiller.

Le commentaire de l'actualité est une béquille bien commode.  Il fait passer le temps, il permet de sauter d'un sujet à l'autre sans s'en apercevoir, il donne l'impression que nous sommes en phase avec notre époque, et , vertu suprême,il évite les silences.



Du même auteur j'ai lu 

Cliquez sur la couverture pour lire mon billet


lundi 16 septembre 2019

Les guerres intérieures - Valérie Tong Cuong ♥♥♥♥♥

Les guerres intérieures -  Valérie Tong Cuong  ♥♥♥♥♥

Les guerres intérieures

JC Lattès
Parution : le 21 août 2019
Pages : 240
EAN : 9782709661799
Prix : 19 €

Présentation de l'éditeur

Comédien de seconde zone, Pax Monnier a renoncé à ses rêves de gloire, quand son agent l’appelle : un grand réalisateur américain souhaite le rencontrer sans délai. Passé chez lui pour enfiler une veste, des bruits de lutte venus de l’étage supérieur attirent son attention – mais il se persuade que ce n’est rien d’important. À son retour, il apprend qu’un étudiant, Alexis Winckler, a été sauvagement agressé.
Un an plus tard, le comédien fait la connaissance de l’énigmatique Emi Shimizu, et en tombe aussitôt amoureux – ignorant qu’elle est la mère d’Alexis. Bientôt le piège se referme sur Pax, pris dans les tourments de sa culpabilité.
Qui n’a jamais fait preuve de lâcheté ? Quel est le prix à payer ? Quand tout paraît perdu, que peut-on encore sauver ? La domination du désir et de la peur, les vies fantasmées et le dépassement de soi sont au cœur de ce livre fiévreux qui met en scène des personnages d’une humanité bouleversante et vous accompagne longtemps après l’avoir refermé.

Valérie Tong Cuong




Valérie Tong Cuong est romancière ; elle est l’auteur de onze romans, parmi lesquels Noir dehors (Grasset, 2006), L’Atelier des miracles (JC Lattès, 2013, prix Nice Baie des Anges) et Pardonnable, impardonnable (JC Lattès, 2015). Son dernier roman, Par amour (JC Lattès, 2017), a été couronné par de nombreux prix, dont le prix des lecteurs du Livre de Poche.
Son œuvre est traduite en dix-huit langues.

Source JC Lattès



Mon avis


Attention coup de coeur de la rentrée 💖


Pax Monnier est un acteur de seconde zone mais tout peut changer car il vient de recevoir le coup de fil qu'il n'attendait plus. Un grand réalisateur, Peter Sveberg veut le voir pour lui proposer un rôle dans une heure top chrono !


Juste le temps de rentrer chez lui se changer pour arriver à l'heure au rendez-vous qui pourrait changer sa vie.


Rentré chez lui, il entend un cri, des bruits de lutte dans l'appartement du dessus , il hésite à aller voir ce qui se passe, concentré, conditionné par son important rendez-vous. Il s'en va à 16h36 croisant un homme dans l'escalier.


De retour de son audition, il apprend qu'un jeune homme, Alexis Winckler, son voisin, a été violemment tabassé, grièvement blessé, dans le coma.


Une culpabilité le ronge, témoigner ou pas ? Il sera interrogé pourtant et dira qu'il n'a rien entendu de particulier, qu'il n'était pas présent à cette heure-là. Qu'est-ce que cela aurait changé, il n'a rien vu.


Il décide de déménager.


Emi Shimizu est ce qu'on appelle une "half" , elle a les traits asiatiques et est de culture française. elle se sent étrangère où qu'elle vive. Elle travaille aux ressources humaines d'une société de déménagement. Elle est sous pression depuis les deux décès par accident survenus dans son entreprise. Emi souhaiterait organiser une formation aux risques psychosociaux.


C'est dans ce cadre qu'elle rencontre Pax Monnier. L'alchimie se fera et une relation commencera, très vite elle lui parlera de son fils Alexis - il apprendra que celui-ci a perdu la vue de son oeil droit suite à une agression à domicile, mettant fin à son rêve de devenir pilote. Si on était intervenu plus vite, sa vie aurait été tout autre...


Douche froide pour Monnier qui déjà était hanté par cette histoire, sa culpabilité est décuplée, il va devoir vivre avec.


Alexis est terrorisé, il ne veut plus voir personne, ne se souvenant pas de son agresseur. Il le voit partout. Ses rêves se sont écroulés. Pax va essayer de l'aider mais est enfermé dans ce sentiment de culpabilité..


Au départ de cette situation, Valérie Tong Cuong nous décrit à merveille la psychologie de chacun des personnages. Elle nous parle des lâchetés ordinaires. De ces petites choses qui nous concernent tous, qui de nous n'en a jamais été acteur ? Nous sommes tous concernés mais le sentiment de culpabilité ne nous ronge que lorsque nous nous rendons compte des conséquences que peuvent avoir ou non nos actes ou notre inertie.


La plume est fluide, captive, sensible, elle nous conduit au plus profond de nous mêmes face à la prise de conscience de nos actes. Elle nous fait ressentir les culpabilités et émotions de chacun. Le récit est remarquable, on est suspendu et surpris jusqu'au terme.


C'est humain, magnifique, un véritable coup de coeur de cette rentrée.


Ma note : ♥♥♥♥♥


Merci à NetGalley et JC Lattès pour cette belle découverte.

Les jolies phrases

Vivre est un risque.

Ce qui me fascine c'est la précarité de l'intermittence qui vont de pair.

Il est apparu dans des productions complaisantes et s'est gâché, oubliant que c'est le rôle qui révèle le talent et non le talent qui fait la force du rôle.  Il a négligé l'importance du désir, qui requiert une combinaison fragile de rareté, de qualité et d'exigence.

Il est la source de son énergie tout comme elle est la sienne.

Certaines traces ne disparaissent jamais tout à fait.

Le collier est serré et la laisse courte, mais le chien est méchant, et pas si bête, il mordra les maîtres avant de crever.

Elle sait construire les forteresses, les barrages, les digues, mais ignore comment libérer les trop-pleins.

Elle possédait une énergie singulière et surprenante pour un être aux racines flottantes, se laissait entamer mais jamais abattre, progressant avec l'horizon en point de mire, ralentissant parfois face aux vent ou aux murs, ajustant son trajet et ses objectifs aux aléas de l'existence.  C'est ce fonctionnement unique qui l'a sauvée de l'abîme, hier comme aujourd'hui.

Une héroïne est courageuse, or elle s'estime guidée selon le cas par la peur, la nécessité, le devoir ou l'amour, mais par le courage, ça non.

Tout bien pesé, il n'était pas pire qu'un autre.  Tout était question d'occasion, cette occasion équilibrerait le monstre sommeillant en chacun de nous.  La lâcheté était peut-être le caractère le mieux partagé dans ce monde : chacun l'expérimentait tôt ou tard, d'une manière ou d'une autre, et s'empressait aussitôt de la dissimuler.

Il est une route traversée d'un ravin sans fond ni pont pour relier les deux rives : celle de la vie d'autrefois et celle de la vie à venir.

De surcroît, cela pourrait consolider un édifice bâti sur un trompe-l'oeil.  Ainsi en va-t-il des rumeurs, plus on additionne les voix qui les chuchotent, plus le faux devient le vrai.

Or la solitude, ce sont des pensées importantes, pleines de sens, c'est la contemplation, le calme, la sagesse.

L'impossibilité de connaître la vérité.  C'est ce qui les tue : savoir que cette vérité existe, mais qu'ils n'y ont pas accès.

Il y a seulement deux poids dans la balance, d'un côté la vérité brute, l'honneur et la chute, de l'autre le confort, la honte et la trahison.

De la même auteure j'ai lu :

Cliquez sur la couverture pour avoir accès au billet

L'atelier des miraclesPardonnable, impardonnable






mercredi 11 septembre 2019

Mes bien chères soeurs - Chloé Delaume

Mes bien chères soeurs       -  Chloé Delaume



Seuil
Fiction & Cie
Parution : 07/03/2019
Pages : 132
Ean : 9782021347111
Prix : 13.50 €

Présentation de l'éditeur


« Ceci est une adresse. Aux femmes en général, autant qu’à leurs alliés. Je vous écris d’où je peux. Le privé est politique, l’intime littérature. »

En France, la quatrième vague féministe a fait son entrée : non plus des militantes, mais des femmes ordinaires. Qui remettent en cause les us et les coutumes du pays de la gaudriole, où une femme sur dix est violée au cours de sa vie, et où tous les trois jours une femme est assassinée par son conjoint.

Dans ce court texte incisif qui prône la sororité comme outil de puissance virale, Chloé Delaume aborde la question du renouvellement du féminisme, de l’extinction en cours du patriarcat, de ce qu’il se passe, et peut se passer, depuis le mouvement #metoo.


Elle nous en parle






Mon avis

Le nombre de féminicides ne fait qu'augmenter et on a l'impression que rien ne se passe, que c'est l'inertie dans ce domaine.

Savez-vous qu'en France une femme sur dix est sujette à des violences conjugales ?  Que ce pays détient le record de ventes de make-up, fond de teint et anti-cerne couvrant ? Cela interpelle.

Choquée que je suis d'apprendre qu'en France, une femme sur dix a été ou sera violée dans sa vie !

Il est peut-être temps de se bouger et de faire que tout ceci s'arrête, vous ne trouvez pas ?  Chloé Delaume elle agit, son livre est un cri à entendre, il faut que cela change.

Avec la vague "me too" , "balance ton porc" , la parole se libère enfin et la quatrième révolution féministe est en route..

La parole se libère "enfin" et la peur change de camp" "Le patriarcat panique, il est temps que l'on se réveille que les femmes s'unissent dans la sororité"  , mot tombé en désuétude à cause du patriarcat.

Liberté, égalité, fraternité est la devise de la France, mais où sont les femmes ?  Quelle place leur est réservée par notre société ?

Pourquoi pas "Liberté, égalité, fraternité, sororité" ?; même la langue est sexiste , merci à l'académie française où le patriarcat sévit encore.

Ce n'est pas un roman, ni un essai , un récit hybride dont la langue claque avec beaucoup d'humour, parfois caustique mais aussi beaucoup de vérités.

Chloé Delaume dans ce texte féministe nous parle du rôle de la femme dans notre société, victime de sexisme, de l'évolution de sa perception dans la société, de ses droits, n'oublions pas que le droit de vote au féminin n'existe que depuis avril 45 !

Elle nous parle de l'image de la femme, celle qui s'épanouissait dans sa cuisine avec ses serpillières et ses électro ménager Moulinex ..., de la domination mâle..

Dans les années 80 l'image de la femme était peu reluisante, n'est-ce pas Monsieur Collaro avec le Collaro Show et sa playmate de la semaine.. , ses Coco Girls.

Souvenez-vous Samantha Fox, les exhibitionnistes en imper, les frotteurs dans le métro, le harcèlement dans la rue...

Balance ton porc et ses campagnes libèrent enfin la parole.

C'est un très beau plaidoyer féministe à lire comme du rap, comme du slam... C'est acide, dérangeant comme il le faut.

Merci à Mounira du 140 d'avoir attiré mon attention sur cette lecture.

Si comme moi, vous avez envie d'en savoir plus, d'entendre ce texte lue par son autrice, rendez-vous au 140 à Bruxelles , toutes les infos ci-dessous.

Pour les autres, si vous n'en avez pas l'occasion, le texte est disponible chez Seuil.

Ma note : 9/10

Les jolies phrases

La parole se libère et la peur change de camp.

En parler, c'est agir.

Chaque mot est un pouvoir.  Les mots, pas les discours.

Le langage a toujours été une chasse gardée.  Qui possède le langage possédera le pouvoir.


Elle sera au théâtre 140 le 10 octobre 2019

voir ici


Mes biens chères soeurs


Mes bien chères sœurs
Lecture par Chloé Delaume


■ Le 140 est littérature


Une co-présentation de Passa Porta et du 140



« Ceci est une adresse. Aux femmes en général, autant qu’à leurs alliés. Je vous écris d’où je peux. Le privé est politique, l’intime littérature. »


Au « J’écris de chez les moches, pour les moches, les vieilles, les camionneuses, les mal baisées, les imbaisables…», de Virginie Despentes, Chloé Delaume répond, depuis la quatrième vague féministe, celle des femmes ordinaires, et écrit « de chez les féministes hétéros qui se maquillent, (…) de chez les ex-bonnasses, les suffisamment cotées sur le marché pour avoir reçu des appels d’offres et avoir eu le choix des options ».



Mes bien chères sœurs, publié aux éditions du Seuil, est un appel incisif qui prône la sororité comme outil de puissance virale, et dans lequel Chloé Delaume aborde la question du renouvellement du féminisme, de l’extinction en cours du patriarcat, de ce qu’il se passe, et peut se passer, depuis le mouvement #metoo.

Retour sur un parcours personnel pour une réflexion collective, ce livre est à grands traits une histoire de la femme, du féminisme. L’autrice en fera une lecture, alliant la puissance de sa voix et de sa détermination à celle de ses mots.



Avec: Chloé Delaume



Le même jour et jusqu’au 26 octobre, Céline Delbecq met en scène son texte Cinglée au Rideau de Bruxelles. Une pièce sur les féminicides. Au moins 41 en 2017 et 38 en 2018, soit pratiquement un assassinat par semaine dans notre pays.


En Belgique, il n’existe pas de statistiques officielles sur les féminicides, le meurtre de femmes parce qu’elles sont femmes. Pourtant nos gouvernements se sont engagés à collecter et fournir des données (en ratifiant la Convention d’Istanbul) qui permettent de lever le voile sur cette réalité.

Stop féminicide, viefeminine.be



lundi 9 septembre 2019

Les yeux rouges Myriam Leroy

Les yeux rouges    -    Myriam Leroy



Le Seuil
Parution : le 14 août 2019
Pages : 192
Isbn : 9782021429053
Parution : 17 €

Présentation de l'éditeur

Il s'appelait Denis. Il était enchanté.

Nous ne nous connaissions pas. Enfin, de toute évidence, je ne le connaissais pas, mais lui savait fort bien qui j’étais.


Une jeune femme reçoit un message sur Facebook. C’est l'amorce d’un piège suffocant à l’heure du numérique, quand la fatalité n’a d’autre nom qu’un insidieux et inexorable harcèlement.

Dans ce roman âpre, où la narratrice ne se dessine qu’au travers d’agressions accumulées, de messages insistants, où l’atmosphère étouffante s’accentue à mesure que la dépossession se transforme en accusation, Myriam Leroy traduit avec justesse et brio l’ère paradoxale du tout écrit, de la violence sourde des commentaires et des partages, de l’humiliation et de l’isolement, du sexisme et du racisme dressés en meute sur le réseau.

Elle nous en parle




Mon avis

Second roman de ma compatriote Myriam Leroy. Journaliste, chroniqueuse radio, célèbre dans mon pays, elle nous livre ici un récit glaçant, angoissant sur un sujet qu'elle connaît bien pour en avoir malheureusement été victime il y a quelques années, bien avant l'affaire Weinstein... le harcèlement.

"Il s'appelait Denis.  Il était enchanté.  Nous ne nous connaissions pas.  Enfin, de toute évidence, je ne le connaissais pas; mais lui savait fort bien qui j'étais"

C'est comme ça que cela commence via un message Facebook.  Plusieurs connaissances communes, elle accepte le contact, répond poliment.  Et c'est parti, plus moyen de s'en faire quitte !
Denis lui raconte une partie de sa vie, de ses émotions.  Il l'encense, parsème ses textes d'émoticons  en tout genre 😈😜😚😍🙉🙌💩💝😃

Elle aurait dû se méfier, cet employé de l'administration marié et père de famille a aussi une page "Denis la Menace" dans laquelle il est souvent très acerbe sur la société, ok  mais ne l'est-elle pas elle-même dans ses chroniques.  😇

Les messages sont de plus en plus intrusifs.  Salomé, sa copine ne comprend pas pourquoi elle hésite à le virer de ses potes, à le bloquer, le bannir.  De quoi a-t-elle peur ? De représailles ?

Elle se décide enfin à l'éjecter, Denis lui envoie un SMS avec son téléphone, sans rancune mais c'est bien méconnaître Denis qui s'en prend maintenant à son compagnon via des commentaires sur Twitter.

Cela devient infernal pour la narratrice, propos sexistes, racistes..

Mais pourquoi ce besoin de venir regarder les réseaux sociaux ?  Un vrai phénomène qui perturbe le cours de nos vies ?  C'est un véritable sujet sociétal qui est mis en avant par ce récit.

Denis n'en restera pas là, une plaie ce gars, propos injurieux, photos détournées, obscènes...  la situation deviendra invivable d'autant plus que personne ne la prend au sérieux, personne ne lèvera le petit doigt pour lui venir en aide.  Inefficacité de la justice, plainte classée sans suite et pire la victime est en ligne de mire et devient l'accusée.

Une atmosphère oppressante, étouffante qui nous laisse imaginer ce que ressent une victime de harcèlement.  Le pire, les commentaires partagés et les like des internautes accentuant le tout.

Humiliation, isolement, sexisme et racisme sont bien mis en évidence par une écriture acerbe, cash, jeune et actuelle ponctuée du vocabulaire du web.  

Un roman très contemporain qui nous décrit parfaitement la sphère du harcèlement et ses conséquences dans la sphère interne.  C'est un livre violent car il met mal à l'aise, il permet vraiment à la lecture de ressentir le harcèlement.
La plume est adaptée au contexte car c'est la langue du harcèlement et du harceleur qui est retranscrite. 
J'ai aimé la structure originale se basant sur les messages du harceleur et les propos de l'entourage  ne reprenant jamais les propos de la narratrice, seulement dans la dernière partie sous forme de nouvelles.  Une partie très forte que j'ai particulièrement appréciée.
J'ai commencé la lecture en début de soirée et n'ai pu le poser qu'arrivée au terme, c'est haletant, on veut connaître l'issue.

Ma note : 8.5/10

Les jolies phrases

Comme disait Guitry, il était inutile de vouloir se venger d'une femme puisque le temps le ferait tout seul.

Un homme n'était pas une femme et une femme n'était pas un homme, n'en déplaise aux excentriques de la non-binarité.  C'était ainsi depuis que le monde était monde et ce n'était pas parce que quelques excitées souhaitaient absolument s'inscrire à la marge de leur assignation de genre que son avis sur la question allait changer.
Hommes et femmes, nous étions les deux pôles d'une même mappemonde : nous habitions la même planète mais nous évoluions sous d'autres latitudes.  Et c'était cela, justement, qui faisait la relation de couple si fascinante.
Il suffisait que je n'aille pas voir ce que ce con écrivait, que je bloque ou mieux, que je me barre de Facebook, Twitter et Cie.  Parce que de toute façon, qu'est-ce que ça m'apportait tous ces trucs à part du stress, de la perte de temps, et un contact permanent avec la lie de l'humanité ?

Ces gens n'existaient que par la visibilité que nous leur donnions.  Au fond c'était nous les médias, qui les avions créés.  Si nous les laissions hurler dans leur coin sans leur prêter attention, ça ferait longtemps qu'ils seraient à court d'air, il me le garantissait.

De toute manière, la plus élémentaire des prudences semblait échapper à cette génération.  C'était un peu comme si le fait d'être né et d'avoir grandi avec Internet où se commettaient les pires outrances avait brouillé les balises entre les conduites marginales et celles autorisées, comme si ces gosses naviguaient à vue dans le flou le plus complet : ce qui était bien, ce qui était mal, ce qui était tordu ?  Ils ne se posaient même plus la question et réfléchissaient - quand ils réfléchissaient - après avoir réagi.
Ce type dépourvu de charisme, au physique banal si ce n'était le déguisement décrit plus haut, avait débarqué dans ma vie un beau jour et patiemment creusé ses galeries, tel un rat taupier, jusqu'à la mener à l'effondrement.

Du même auteur j'ai lu

Cliquez sur la couverture pour accéder au billet
Résultat de recherche d'images pour "ariane myriam leroy"





dimanche 8 septembre 2019

Ils ont rejoint mon Himalaya à lire : les arrivées de la semaine

Ils ont rejoint mon Himalaya à lire :

Les arrivées de la semaine...


Un achat (le Besson) et trois envois.

Un tout grand merci à Colette Frère pour cet Opuscule

Une indéfectible amitié   -   Colette Frère


#80 Une indéfectible amitié

Lamiroy
Opuscule #80
Parution : 08/03/19
ISBN : 978-2-87595-201-1
Prix : 4 €

Présentation de l'éditeur
Marie a 12 ans, elle grandit, dans un village, entre une maman épicière et un père ouvrier, l’air fleure bon les prémices de Mai 68. Intelligente, jolie, flanquée d’une mère ambitieuse, avec l’école pour seule autre arme, Marie pourra-t-elle, et à quel prix, gravir tous les échelons de la société ?

Il m'en manquait un dans la série "autobiographique" de l'auteur, j'ai tellement aimé les deux autres que je n'ai résister à la tentation

Arrête tes mensonges   -   Philippe Besson

« Arrête avec tes mensonges » - Prix Maison de la presse 2017

Julliard
Parution : 05/01/2017
Pages : 198
Isbn : 9782260029885
Prix : 18 €

Présentation de l'éditeur

Quand j’étais enfant, ma mère ne cessait de me répéter : « Arrête avec tes mensonges. » J’inventais si bien les histoires, paraît-il, qu’elle ne savait plus démêler le vrai du faux. J’ai fini par en faire un métier, je suis devenu romancier.
Aujourd’hui, voilà que j’obéis enfin à ma mère : je dis la vérité. Pour la première fois. Dans ce livre.
Autant prévenir d’emblée : pas de règlement de comptes, pas de violence, pas de névrose familiale.
Mais un amour, quand même.
Un amour immense et tenu secret.
Qui a fini par me rattraper.

Prix Maison de la presse 2017.

Merci Nath , j'ai très envie de découvrir la plume de Cécile Coulon

Une bête au Paradis   -   Cécile Coulon


L'iconoclaste
Parution : le 21 août 2019
Pages : 352
ISBN : 9782378800789
Prix : 18 €

Présentation de l'éditeur

La vie d’Émilienne, c’est le Paradis. Cette ferme isolée, au bout d’un chemin sinueux. C’est là qu’elle élève seule, avec pour uniques ressources son courage et sa terre, ses deux petits-enfants, Blanche et Gabriel. Les saisons se suivent, ils grandissent. Jusqu’à ce que l’adolescence arrive et, avec elle, le premier amour de Blanche, celui qui dévaste tout sur son passage. Il s’appelle Alexandre. Leur couple se forge. Mais la passion que Blanche voue au Paradis la domine tout entière, quand Alexandre, dévoré par son ambition, veut partir en ville, réussir. Alors leurs mondes se déchirent. Et vient la vengeance.

« Une bête au Paradis » est le roman d’une lignée de femmes possédées par leur terre. Un huis clos fiévreux hanté par la folie, le désir et la liberté.

On termine par une surprise que m'a l'air bien tentante

Air    -  Bertil Scali- Raphaël de Andréis


Michel Lafon
Parution  29/08/19
Pages : 320
Isbn : 97827490595
Prix : 19.45 €

Présentation de l'éditeur

Écologie : la démocratie a échoué, l’heure de la dictature est venue.
Je m’appelle Samuel Bourget. Je suis né en 1969, l’année où Neil Armstrong posant le pied sur la Lune a déclaré : « C’est un petit pas pour l’homme, mais un grand pas pour l’humanité. » Cette phrase a comme scellé le caractère de ma génération : l’optimisme à tout prix. Mes parents étaient pleins d’espoir pour mon avenir. Celui-ci s’annonçait pavé de plaisirs et de joies. Sauf qu’il n’en a rien été. Le monde qu’ils m’ont laissé a été anéanti et il ne reste presque rien de mon enfance. J’ai moi-même contribué à l’hécatombe. Des hommes ont été jugés et condamnés selon leur responsabilité dans le génocide écologique – « l’écocide », ont dit les juges – qui se profilait, et qui, heureusement, a pu être évité. D’autres ont gravi les échelons du nouvel ordre en raison de leur engagement au service de l’écologie. À mon sens, ce n’était rien d’autre qu’une dictature. Bien plus tard, les révélations sur les excès de la cellule AIR ont mis fin à ce régime. Lors de leur procès, les dirigeants verts ont affirmé avoir sauvé l’humanité. C’est possible.

Mais à quel prix ?

À l’époque, mieux valait ne pas être dans leur collimateur. Comme moi lorsqu’ils m’ont inscrit sur leur liste noire : la liste carbone.


Merci à mes partenaires.