lundi 4 novembre 2013

Au revoir là-haut. Pierre Lemaître Coup de coeur de la rentrée *****

Au revoir là-haut

août 2013
Format : 205 mm x 140 mm
576 pages
EAN13 : 9782226249678
Prix : 22.50 €
Albin Michel

QUATRIEME DE COUVERTURE

« Pour le commerce, la guerre présente beaucoup d’avantages, même après. »

Sur les ruines du plus grand carnage du XXe siècle, deux rescapés des tranchées, passablement abîmés, prennent leur revanche en réalisant une escroquerie aussi spectaculaire qu’amorale. Des sentiers de la gloire à la subversion de la patrie victorieuse, ils vont découvrir que la France ne plaisante pas avec ses morts…
Fresque d’une rare cruauté, remarquable par son architecture et sa puissance d’évocation, Au revoir là-haut est le grand roman de l’après-guerre de 14, de l’illusion de l’armistice, de l’État qui glorifie ses disparus et se débarrasse de vivants trop encombrants, de l’abomination érigée en vertu.
Dans l’atmosphère crépusculaire des lendemains qui déchantent, peuplée de misérables pantins et de lâches reçus en héros, Pierre Lemaitre compose la grande tragédie de cette génération perdue avec un talent et une maîtrise impressionnants.


L'AUTEUR : Pierre LEMAITRE



De Travail soigné à Sacrifices, en passant par Robe de mariéePierre Lemaitre s'est imposé comme un des grands noms du roman noir français, prix du Polar européen du Point, prix Polar des lecteurs du Livre de poche, prix du Meilleur polar francophone.
Pierre Lemaitre, pour Au revoir là-haut, est en lice pour le prix Renaudot (dernière sélection),le prix Renaudot des Lycéens,le prix Goncourt (dernière sélection), le prix Femina (dernière sélection), le prix Interallié (deuxième sélection), le prix des Libraires (première sélection), le prix Cazes Lipp (dernière sélection),et le prix du Style 2013.

Ce 04 novembre la nouvelle est tombée, pas le Renaudot, mais bien le Prix Goncourt 2013.


MON AVIS

Le livre commence la veille de l'armistice.  Ce 2 novembre 1918, le lieutenant d'Aulnay Pradelle envoie deux hommes voir ce qui se passe sur le front allemand.  On entend des coups de feu, ils meurent, ce qui provoque la rage des hommes et il les envoie prendre possession de la côte 113.

C'est qu'il a de l'ambition Pradelle, pas question que la guerre se termine sans y trouver la reconnaissance et l'étoffe d'un héros. Non, c'est maintenant où jamais qu'il faut prendre cette côte, cette victoire afin d'être promu et reconnu "héros".

Et tout commence sur un mensonge (le premier du livre), les soldats n'ont pas vraiment été abattus par l'ennemi, c'est un sacrifice, Pradelle les a un peu aidés.

Albert Maillard avance au front, tout à coup, il voit le corps de ses camarades et constate qu'ils ont des balles dans le dos...  Pradelle n'est pas loin.
 "Non mais il ne va pas me faire rater mon plan celui-là", se dit-il, il le pousse dans le trou d'un obus. Maillard essaie d'en sortir, cela glisse et un autre obus explose et l'enterre vivant.  Tout semble fini pour Albert.

Pas vraiment.  Arrive notre troisième protagoniste Edouard Péricourt, il trouve bizarre que Pradelle regarde le sol et non pas le front en avant, il sauvera Albert in extremis avant d'être grièvement blessé à son tour.

Je m'arrête ici, car vous avez les 3 personnages qui évolueront tout au long de cette histoire jusqu'en 1920.

A l'aube du centenaire de la première guerre, il ne s'agit en rien ici d'un xème livre sur le sujet, non, pas de batailles, de scènes de guerre, le livre commence juste après et Lemaitre nous entraîne avec lui dans le quotidien de ces soldats en fin de guerre, nous vivrons la démobilisation et le retour à la vie dite normale de nos héros.

J'ai été sensible à l'analyse psychologique des personnages, leurs relations, les liens créés par leur vécu, ce que l'amitié ou la faiblesse amène à faire pour l'autre par devoir, reconnaissance.

Nous verrons comment l'Etat et ses caisses vides se préoccupent beaucoup plus des morts pour la patrie que des survivants en leur laissant comme dédommagement une prime de démobilisation de 52 francs ou une vareuse...

Puis comment fragile, pour survivre on passe par des petits boulots minables de liftiers, hommes sandwichs pour quelques sous.

Comment on peut avoir tout perdu après la guerre : l'amour, celle qui était promise, son estime de soi, son honneur...

Comment certains sortiront leur épingle du jeu en imaginant une monumentale arnaque des cimetières, comment tirer profit de la peine, du souvenir des disparus.

Je ne veux pas en dire trop, si ce n'est qu'on est scotché du début à la fin dans le destin de nos héros, pas toujours moral, noir mais un récit mené de main de maître avec beaucoup de réalisme, une construction simple et percutante, une jolie fresque de l'époque, on attend une suite avec impatience.  J'ai vraiment passé un grand moment.



Et puis c'est tombé aujourd'hui c'est le Prix Goncourt 2013.


LES JOLIES PHRASES

L'expression sonnait bizarrement, mais elle ne semblait pas déraisonnable ; somme toute, une guerre mondiale, ça n'était jamais qu'une tentative de meurtre généralisé à un continent.

Il restait sur le qui-vive, tout était l'objet de sa méfiance.  Il le savait, c'était parti pour la vie entière.  Il devrait maintenant vivre avec cette inquiétude animale, à la manière d'un homme qui se surprend à être jaloux et qui comprend qu'il devra dorénavant composer avec cette maladie nouvelle.

Edouard nourrissait vis à vis d'Albert une rancune vague, mais considérablement atténuée par le fait que son camarade lui avait trouvé une identité de rechange lui évitant de rentrer chez lui.  Il n'avait pas la moindre idée de ce qu'il allait devenir maintenant qu'il n'était plus Edouard Péricourt, mais il préférait n'importe quelle vie à celle dans laquelle il aurait fallu affronter, dans cet état, le regard de son père.

En même temps, attendre, c'est ce qu'on fait depuis la fin de la guerre.  Ici, c'est un peu comme dans les tranchées finalement.  On a un ennemi qu'on ne voit jamais, mais qui pèse sur nous de tout son poids.  On est dépendant de lui.  L'ennemi, la guerre, l'administration, l'armée, tout ça, c'est un peu pareil, des trucs auxquels personne ne comprend rien et que personne ne sait arrêter.

Il estimait normal qu'un homme désire un fils.  Entre un père et un fils, pensait-il, existe une alliance étroite et secrète, parce que le second est le continuateur du premier, le père fonde et transmet, le fils reçoit et fait fructifier, c'est la vie, depuis la nuit des temps.

Pour la première fois de sa vie, il préférait quelqu'un d'autre à lui-même.

Moi, je suis un invalide du coeur.

On imagine souvent que les puissants sont grands, on est surpris de les trouver normaux.

Ce n'était pas pour l'argent qu'il avait imaginé cette affaire, mais pour vivre cette euphorie, la volupté d'une provocation inouïe.  Cet homme sans visage adressait au monde un gigantesque pied de nez ; cela générait en lui un bonheur fou, l'aidait à renouer avec ce qu'il avait failli perdre;

Toute histoire doit trouver sa fin, c'est dans l'ordre de la vie.  Même tragique, même insupportable, même dérisoire, il faut une fin à tout, et avec son père, il n'y en avait pas eu, tous deux s'étaient quittés ennemis déclarés, ne s'étaient jamais revus, l'un était mort, l'autre non, mais personne n'avait prononcé le mot de la fin.

Il n'était plus bouleversé, on s'habitue à tout, mais sa tristesse, elle, restait intacte, la faille qui s'était ouverte en lui n'avait fait, au fil du temps, que s'agrandir, s'agrandir encore et toujours.  Il avait trop aimé la vie, voilà le problème.  A ceux qui n'y tenaient pas autant, les choses devaient paraître plus simples, tandis qu'à lui...


2 commentaires:

pascal a dit…

Yes, ça marche.
J'ai beaucoup aimé ton billet et le roman de Lemaitre. Je ne peux conseiller à ceux qui se méfient des prix (moi le premier) de tenter l'aventure. Pour une fois, ce roman fait l'unanimité des lecteurs.

Nathalie Vanhauwaert a dit…

Je suis d'accord avec toi, d'ailleurs le livre a dès sa sortie été apprécié de tous les lecteurs, je n'ai pas vu un seul avis négatif. C'est vraiment un très beau livre comme je les aime.