mardi 19 novembre 2013

L'extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea. Romain Puértolas Coup de coeur



Premier roman de Romain Puértolas
Paru le 21/08/2013
Editions Le Dilettante
256 pages
19 euros


RESUME


Il était une fois Ajatashatru Lavash Patel (à prononcer, selon les aptitudes linguales, « j’arrache ta charrue » ou « achète un chat roux »), un hindou de gris vêtu, aux oreilles forées d’anneaux et considérablement moustachu. Profession : fakir assez escroc, grand gobeur de clous en sucre et lampeur de lames postiches. Ledit hindou débarque un jour à Roissy, direction La Mecque du kit, le Lourdes du mode d’emploi : Ikea, et ce aux fins d’y renouveler sa planche de salut et son gagne-pain en dur : un lit à clous. Taxi arnaqué, porte franchie et commande passée d’un modèle deux cents pointes à visser soi-même, trouvant la succursale à son goût, il s’y installe, s’y lie aux chalands, notamment à une délicieuse Marie Rivière qui lui offre son premier choc cardiaque, et s’y fait enfermer de nuit, nidifiant dans une armoire… expédiée tout de go au Royaume-Uni en camion.
Digne véhicule qu’il partage avec une escouade de Soudanais clandestins. Appréhendés en terre d’Albion, nos héros sont mis en garde à vue. Réexpédié en Espagne comme ses compères, Ajatashatru Lavash Patel y percute, en plein aéroport de Barcelone, le taxi floué à qui il échappe à la faveur d’un troisième empaquetage en malle-cabine qui le fait soudain romain… et romancier (l’attente en soute étant longue et poussant à l’écriture). Protégé de l’actrice Sophie Morceaux, il joue une nouvelle fois la fille de l’air, empruntant une montgolfière pour se retrouver dans le golfe d’Aden puis, cargo aidant, à Tripoli. Une odyssée improbable qui s’achèvera festivement en France où Ajatashatru Lavash Patel passera la bague au doigt de Marie dans un climat d’euphorie cosmopolite.
Sur le mode rebondissant des périples verniens et des tours de passe-passe houdinesques, voici donc, pour la première fois dans votre ville, L’extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea, un spectacle en Eurovision qui a du battant, du piquant et dont le clou vous ravira. Non, mais.


L'AUTEUR
Romain PUERTOLAS

PUÉRTOLAS Romain

Biographie



Romain Puértolas est né à Montpellier en 1975. Ballotté entre la France, l’Espagne et l’Angleterre, il devient DJ turntablist, compositeur-interprète, professeur de langues, traducteur-interprète, steward, magicien, avant de tenter sa chance comme découpeur de femmes dans un cirque autrichien. Évincé à cause de ses mains moites, il s’adonne alors à l’écriture compulsive.
Auteur de 450 romans en un an, soit 1,2328767123 roman par jour, il peut enfin ranger ses propres livres sur les étagères de sa bibliothèque Ikea et en cacher ainsi les affreuses fixations en plastique. 


MON AVIS

L'extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea, pas moins de treize mots pour ce titre, une histoire rien que dans le titre... J'avais vu ce livre à sa parution et j'avoue que le titre m'avait intrigué.  Sa couverture jaune, très très moche attire le regard. A l'époque j'avais pensé : ce n'est que du marketing, un titre accrocheur, il ne doit pas y avoir grand chose dedans.... il y avait d'autres priorités.

Et puis, ce livre fait tout doucement parler de lui, je le note dans la liste de mes envies sans grande urgence et lors de mon récent anniversaire, mon mari me l'offre.

Verdict : un vrai régal.

D'entrée de jeu, j'ai trouvé notre héros, fakir arnaqueur de son état bien sympathique; il se nomme Ajatashatru Lavash Patel, que vous prononcerez selon votre choix ;  "J'attache ta charrue la vache", "Achète un chat roux" ou encore entre autres "J'ai un tas de shorts à trous".  Voila le ton est donné.

Notre ami arrive tout droit du Rajasthan et le premier mot qu'il prononce en arrivant en France est suédois "Ikea" dit-il au chauffeur de taxi.

Le chauffeur de taxi, autre personnage haut en couleurs qui nous accompagnera durant tout le récit est Gustave Palourde, chauffeur de taxi gitan.  Si si je vous assure, il travaille pour la compagnie des taxis gitans et vit dans une caravane mais cela c'est une autre histoire...

Revenons à Ajatashatru qui arrive chez nous dans le but d'acheter chez Ikea - qui n'est pas présent en Inde car les nordiques ne veulent pas partager leurs bénéfices et la gestion de l'entreprise à des locaux, ben oui- un lit à clous "kisifrötsipik", spécial fakir.

Nous suivrons ses péripéties et voyagerons de fil en aiguille à travers l'Europe et même un peu plus loin.

Tout en humour et jeux de mots truculents, Romain Puértolas traitera, même si c'est de manière sommaire, du problème des clandestins, prêts à parcourir le monde à la recherche d'un Eldorado chez nous.  Au gré de son histoire, notre fakir aura différents électrochocs qui lui ouvriront les yeux, sur la condition des autres, son attitude d'arnaqueur, l'amour et ce qu'il veut réellement faire de sa vie.

J'ai ri très souvent, souri quasi à chaque page. C'est hilarant, surprenant même si au bout d'un temps la mécanique se répète et pourrait lasser et moins surprendre.  J'ai vraiment passé un bon moment, une lecture rapide, sans se prendre la tête, juste se détendre.

C'est sans conteste le livre le plus surprenant de la rentrée littéraire.  Beaucoup font un lien dans l'écriture avec le livre de Jonass Jonasson et Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire , moi je ne trouve pas, j'ai plutôt pensé au livre de Vikas Swarup et les fabuleuses aventures d'un indien malchanceux qui devint milliardaire.

Ce n'est certes pas le plus grand livre de la rentrée mais un vrai coup de coeur pour moi de part son originalité, une bouffée de fraîcheur, de détente qui fait tant de bien.


LES JOLIES PHRASES

Des fois, il suffit que les gens vous voient d'une certaine manière, qui plus est si l'image est valorisante, pour vous transformer en cette belle personne;

Pour la police, ils étaient des clandestins, pour la Croix rouge, ils étaient des hommes en détresse.  C'était déstabilisant de vivre avec cette dualité et cette peur au ventre.

C'était une cicatrice invisible qui ne disparaissait jamais et avec laquelle il fallait apprendre à vivre, à revivre, à survivre.

Car sa seule faute avait été de naître du mauvais côté de la Méditerranée, là où la misère et la faim avaient germé un beau jour comme deux maladies jumelles, pourrissant et détruisant tout sur leur passage.

Même les plus forts devenaient, hors de chez eux des hommes vulnérables, des animaux battus au regard mort, les yeux pleins d'étoiles éteintes.

Il n'y a pas de honte à voyager dans une armoire, Ajatashatru, car tu comprends toi, l'impuissance d'un père lorsqu'il ne peut même pas donner un morceau de pain à ses enfants.  Voilà pourquoi nous sommes là, tous, dans ce camion;

Il voulut lui aussi, au moins une fois dans sa vie, faire quelque choses pour quelqu'un d'autre et non plus seulement pour lui-même.

Il repensa à ce que lui avait dit Marie.  Cela fait du bien de rencontrer des personnes sincères authentiques comme vous.  Des personnes qui font le bien et le propagent autour d'elles.

Les beaux se font respecter plus facilement que les moches;

Il avait fait un extraordinaire voyage de 9 jours, un voyage intérieur que lui avait appris que l'on peut devenir quelqu'un d'autre.




4 commentaires:

argali a dit…

Une écriture précise, un humour décapant, une réflexion sociétale intéressante… Mais pour moi, il pèche aussi par sa volonté de vouloir jouer sur trop de registres à la fois.
J'ai cependant bien ri aussi.

Nathalie Vanhauwaert a dit…

merci pour ton avis. Je trouve que de temps à autre il est bon de se vider la tête, de ne pas se prendre au sérieux, rien que pour cela mission accomplie

Cajou a dit…

Punaise que tu me donnes envie de le lire ! Je savais déjà qu'il était original mais je ne savais pas que l'humour était aussi présent ! Il est dans ma PAL.... Yapluka :D

mademoiselle A a dit…

J'ai adoré ce roman et le style. J'ai ri de bout en bout. Son deuxième au titre à rallonge (La petite fille qui avait avalé...) est tout aussi génial.