Lettres à l'autre - Giuseppe Santoliquido
Quand tu t’es approchée de moi, tout à l’heure, c’est comme si la vie s’était rallumée. C’est pour cette raison que je dois t’écrire, pour entendre ta voix remuer en moi. J’ai besoin de ton amour comme le soleil a besoin du ciel.Pierre Augier est infirmier. Issu d’une lignée paysanne où l’orgueil des terres et les injonctions familiales occupent tout l’espace, il s’efface jour après jour jusqu’à n’être plus qu’une présence utile. Seul l’amour lui permet encore de vivre, d’espérer en des jours meilleurs. Alors, il se met à écrire. Entre deux gardes à l’hôpital, dans la grange… Jamais il ne cessera de s’adresser à celle qu’il nomme l’Autre. Mais qui est cette présence aimée ? Est-elle réelle ? Fantasmée ?
Ailleurs, un homme privé de liberté cherche également à tenir debout par les mots. Du fond de sa cellule, il écrit, lui aussi, à l’Autre. Lettre après lettre, il tente de préserver ce qui reste d’humanité, d’amour et de mémoire.
Mêlant une langue à la Giono à une intrigue à la Simenon, Giuseppe Santoliquido interroge les thèmes qui lui sont chers : l’amour, la loyauté, la culpabilité. Un roman auquel on pense longtemps après l’avoir refermé.
L'auteur
Giuseppe Santoliquido est un politologue et écrivain belge d'origine italienne. Professeur aux Facultés de Sciences politiques d'Afrique centrale. Spécialisé en politique italienne, il collabore avec de nombreux médias belges et étrangers.
Il est chroniqueur sur le blog de l'écrivain belge Vincent Engel, Blog à part, sur lequel il anime chaque mercredi les Nouvelles d'Italie.
Partageant son temps entre la Belgique, l'Afrique et l’Italie, il est également consultant pour Area Democratica, important observatoire politique dans le Latium, pour l’Associazione culturale Talenti, qui organise des évènements culturels parmi les plus importants d’Italie et pour le « Prix de la Narration Ferri-Lawrence » de Frosinone en Italie. Il est également traducteur littéraire pour le Centro studi letterari d’Alvito, dans le Latium.
Chez Ker, il est l'auteur d'un essai sur la politique italienne ainsi que du roman Voyage corsaire et d'un recueil de nouvelles dans la collection Belgiques. Il y a également republié L'inconnu du parvis
. En 2026, il y publie son nouveau roman, Lettres à l'Autre.
Mon avis
C'est un livre court mais dense dans lequel il faut prendre le temps de s'installer pour l'apprécier pleinement. La plume précise, magnifique, travaillée et la qualité de l'écriture le permettent rapidement.
Deux voix, deux univers s'alternent et se font écho.
L'une à la ferme, dans le Vaucluse, un univers à la Giono pour la description magnifique de la nature, de l'environnement, celle de Pierre Augier, un homme qui rêvait de faire médecine, infirmier la nuit et à la ferme le jour. Peut-être pas le destin qu'il avait choisi ? Mais l'amour vous savez en a décidé ainsi.
L'autre, en milieu carcéral, la promiscuité, l'enfermement, pour y échapper il écrit.
Les deux écrivent pour résister, des correspondances à "l'autre" ?
Un autre qui questionne : une femme, un amour, une destinée? Ce qui trouble ce sont les silences, l'atmosphère.
Au fil des échanges, une enquête qui dévoile la nature humaine, qui parle d'amour, de domination, de culpabilité et de loyauté.
Un roman qui se mérite, qui peu à peu se distille en vous et que l'on porte en soi encore longtemps après la lecture.
Ma note : 9/10
Les jolies phrases
Un sommeil auquel son corps voudrait se livrer, là, à l'instant, mais une demi-heure a passé depuis qu'ils ont fini de manger et il doit ouvrir les yeux, quitter sa chaise longue, et peu importe s'il a été de garde toute la nuit à l'hôpital, son métier d'homme, répète-t-elle, est d'être là, à remplir sa place dans l'ordinaire mélange des jours, même si ce ne serait pas mal de suivre, ne fût-ce qu'une heure, un autre chemin que celui où l'existence l'a placé.
Sans l'amour, nous ne sommes rien, lui disait sa mère, l'amour est out, il est aux principes de la vie, en est la source vitale.
Quand on est amoureux, on découvre une force ignorée de nous-mêmes ; les années à venir semblent parfaites.
Aime-moi, semblait-elle l'implorer, aime-moi et nous serons invincibles. Je suis cet amour dont tu portais l'absence jusqu'à aujourd'hui. Sur le chemin du retour, il lui semblait qu'elle s'était glissée dans son corps, qu'il était venu sur terre pour la rencontrer.
C'est incroyable, quand on y pense, quelle puissance ignorée de nous-même peut révéler l'amour.
Pour être libre, il faut en avoir les moyens.
C'est fou comme deux fruits tombés du même arbre peuvent être différents.




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