vendredi 1 mai 2026

Et toi comment ça va ? Charles Berberian et Michèle Standjofski

 Et toi comment ça va ?    Charles Berberian et Michèle Standjofski




















Casterman
Parution : 4/03/26
Pages : 160
Isbn : 9782203303645
Prix : 25 €

Présentation de l'éditeur


Deux auteurs échangent une correspondance dessinée au sujet des effets de la course du monde sur leurs vies, entre Beyrouth et Paris...


Amis de longue date, Michèle Standjofski et Charles Berberian confrontent leurs points de vue sur une actualité littéralement bouleversante. La première maintient son activité artistique malgré les secousses et la poussière des bombardements, le second tente de débrouiller par le dessin tout ce qui semble obscurci par le feu continu des passions tristes entretenues par les chaînes d’info et les réseaux sociaux, entre clash, fake news et choc face à la violence de la guerre...

Charles Berberian


©Delphine Ribeyre

Charles Berberian est un dessinateur et scénariste de bande dessinée français d'origine arménienne né le 28 mai 1959 à Bagdad.
Le nom de Charles Berberian a longtemps été indissociable de celui de Philippe Dupuy. Ensemble, ils ont créé Monsieur Jean, Le Journal d’Henriette, Bienvenue à Boboland et bien d’autres ouvrages qui leur ont valus d’être couronnés du grand prix de la ville d’Angoulême en 2008.


Michèle Standjofski

Illustratrice pour la presse, la publicité et l’édition, Michèle Standjofski enseigne la bande dessinée à l’Académie Libanaise des Beaux-Arts. Elle a déjà publié deux livres de bande dessinée aux éditions Des Ronds dans l’O.


Mon avis

Je ne sais pas vous mais pour ma part vu la situation actuelle anxiogène, j'essaie de ne pas suivre trop les infos car comme il est dit dans la bd C'est tous les jours l'enfer !  Et paradoxalement il m'arrive souvent de me concentrer sur autre chose que l'actualité!

Cette attraction-répulsion paradoxale à l'horreur du monde, c'est une réflexion partagée par Charles Berbérian (vivant en France d'origine arménienne, ayant vécu au Liban) et de Michèle Standjofski (prof de bd à Beyrouth).  

L'album a pris naissance à l'automne 2024, l'actualité inquiétante, la violence de plus en plus grande, la nième reprise de la guerre dans ce pays dévasté, déchiré depuis de trop nombreuses années.  Michèle ne parvenait plus à dessiner dans ce contexte.  Une conversation avec son ami Charles Berbérian qui prenait de ses nouvelles a donné vie à ce magnifique graphique à quatre mains.  Chacun comme une correspondance va dessiner ce qu'il voit, ce qu'il ressent, et se l'échanger.

Au final cela donne une belle façon de résister, de témoigner, de mettre des mots, des couleurs sur l'inacceptable.  Une bd politique sensible où cohabite l'intime, le ressenti, le beau et le laid, l'espoir, le désespoir, la vie malgré tout et l'histoire du pays.

Et toi comment ça va ?  est le titre mais aussi une question absurde que l'on continuait à se poser lorsque les bombes, les drones survolaient la ville de Beyrouth.  

Un livre éclairant sur la situation là-bas qui permet de comprendre, de rendre cette guerre plus proche, de se poser les questions sur une situation inextricable qui depuis des années est sans solution !
On vacille entre beauté, espoir et horreur.  

Comment fait-on pour enseigner dans un pays où les étudiants sont nés avec les guerres ?

Comment résoudre la triste équation : 

 "On n'aime pas le Hezbollah
  Israël les en débarrasse !
  donc on aime Israël 
  et on se réjouit pour ce qui nous arrive "

C'est beaucoup plus complexe et le peuple libanais en est victime depuis tant d'années.

Deux regards se répondent avec des styles graphiques différents, crayons de couleur, aquarelle et traits plus sombres.  

Un roman graphique indispensable.

Ma note : 8,5 /10


Les jolies phrases

Elle tend la main à l'autre.  À celle qui ne pense pas comme elle et ne lui ressemble pas.

Je refuse de m'obliger à ne rien sentir. À ne pas m'indigner.  

Comment enseigner sous les bombes ?
Comment gérer la peur et l'épuisement d'étudiants qui n'ont pas dormi la nuit ?
Comment être à l'écoute de ceux qui ont perdu leur maison, leur village, un être cher, leurs souvenirs ?
Comment aider ceux qui se retrouvent à 19 dans 60 m parce qu'ils ont accueilli leur famille déplacée?
Comment faire du campus un safe place physique, émotionnel et intellectuel ?
Comment assurer le lien avec ceux, à l'étranger ou dans les zones dangereuses qui assistent aux cours en ligne ?
Comment fournir un support quand nous en avons nous-mêmes besoin?
Comment donner du sens à nos actions face à l'indicible ?
Que répondre à nos étudiants nés avec la guerre de 2006, quand nous avons grandi avec celle de 1975 ?
Comment faire des travaux académiques le meilleur des anxiolytiques ?
Comment transmettre des valeurs de justice, d'éthique et d'humanisme, face à un tel degré d'impunité et à la complicité de la communauté internationale?
Comment projeter une vision d'avenir quand toutes les perspectives sont obscures ?

C'est toujours la même histoire depuis des décennies.  À quoi ça sert de se battre?

Tu crois que le Liban pourrait aller mieux alors que le monde va de plus en plus mal ?

Le pire, c'est quand on est soi-même au milieu d'une tourmente.  On subit la sienne et celle de la planète entière en même temps.