dimanche 24 mars 2013

La femme de nos vies Didier van Cauwelaert ****



Albin Michel

La femme de nos vies    Didier van Cauwelaert



Nous devions tous mourir, sauf lui. Il avait quatorze ans, il était surdoué et il détenait un secret. Moi, on me croyait attardé mental. Mais ce matin-là, David a décidé que je vivrais à sa place.
Si j’ai pu donner le change, passer pour un génie précoce et devenir le bras droit d’Einstein, c’est grâce à Ilsa Schaffner. Elle m’a tout appris : l’intelligence, l’insolence, la passion. Cette héroïne de l’ombre, c’est un monstre à vos yeux. Je viens enfin de retrouver sa trace, et il me reste quelques heures pour tenter de la réhabiliter.


L'auteur en parle 







Ma critique

Un excellent roman de cet auteur que j'affectionne particulièrement.  Dès les premières pages l'écriture surprenante avec très peu de dialogue m'emportait d'entrée de jeu dans l'histoire. Les pages défilaient rapidement.  Un style original; le narrateur est seul à conter l'histoire. On assiste à un dialogue à sens unique, ce qui offre à notre imaginaire, la vision des attitudes des personnages, ainsi que les répliques...

Le professeur David Rosfeld rencontre Marianne Le Bret, petite fille d'Ilsa Schaffner à l'hôpital d'Hadamar en Allemagne.  Là où une vie se termine, là où tout a commencé en janvier 1941 pour Jürgen Bolt alias David..

A l'époque Jürgen (autiste) est considéré comme attardé par ses parents car il ne parle pas, juste aux animaux de la ferme, qu'il conduit à l'abattoir. Un jour il refuse de mener le veau qu'il avait mis au monde, et décide de le sauver. Son geste n'est pas compris et voilà qu'il rejoint l'hôpital psychiatrique d'Hadamar.  A l'époque Hitler voulait assainir la race aryenne et moyennant une indemnité aux parents, il rassemblait les attardés, épileptiques, trisomiques pour les soigner, en réalité ils allaient servir de cobayes , être les outils de la répétition de la solution finale.
Ils allaient inaugurer les toutes nouvelles douches du centre, vous voyez de quoi je parle, on prépare l'épuration ethnique.....

David Rosfeld est le fils de la chercheuse juive, Yaël Rosfeld, spécialiste de la fission nucléaire. Ayant fait une crise d'épilepsie en assistant à l'assassinat de sa mère, il a rejoint le centre d'Hadamar.  Possédant un QI de 180, il a été sélectionné pour participer au HPlan, un labo de psychologie expérimental pour enfants surdoués dont la direction sera confié à Ilsa Scaffner.

David qui a tout compris va choisir Jürgen afin de changer d'identité avec lui.  Il refuse en effet de continuer les recherches commencées par sa mère dans le but d'aider l'ennemi à créer l'arme nucléaire.

Jürgen refuse dans un premier temps, mais accepte car il a été choisi par David, élément important pour ce garçon de ferme, souffre douleur dans sa famille d'être reconnu par quelqu'un.

David va lui faire promettre de continuer ses recherches pour trouver la particule invisible (de Dieu) qui a organisé la matière en donnant une masse aux atomes, et en sa mémoire de la baptiser Boson de Rosfeld.

L'échange a lieu, Ilsa obéissant par la peur "Je connais la logique de ces gens. C'est la peur qui les gouverne."   rentrera dans le jeu et changera la vie de David.

David est sur la fin de sa vie, il va à son tour essayer de convaincre la petite fille d'Ilsa que celle que l'on nommait "la chienne d'Helm" jugée comme un monstre après la guerre n'était pas ce qu'elle pense.  Il veut au travers de ce long plaidoyer en sorte, en lui racontant sa vie, leurs vies, la réhabiliter.

On se replonge dans l'histoire de l'Allemagne, et comment au départ l'esprit national socialiste en 1930 qui pouvait en séduire certains à plus d'un titre vu le climat social et économique; les mesures pour enrayer le chômage, l'humiliation de la première guerre, la misère , et la prise de conscience de ce que le personnage Hitler voulait en faire peuvent changer les regards et attitudes, ce que certains citoyens qui rêvaient d'autre chose pour leur pays.

On s'interroge ici sur la perception des différences, comment tout peut changer si un jour une personne vous regarde autrement, comment on peut devenir quelqu'un d'autre si l'on croit en vous.  Des questionnements également sur le sens de la philosophie de Nietzsche, les injustices et les combats des scientifiques de renom comme Einstein?

Ce livre plonge le narrateur et sa compagne à la recherche de leur identité profonde et réelle, sur le combat d'Ilsa , les injustices commises, un livre crédible, bien documenté et bien construit.

J'espère vous avoir donné l'envie de la lecture et serai heureuse de partager vos impressions.


Les jolies phrases

On n'attend plus rien de la vie, et soudain tout recommence.  Le temps s'arrête, le coeur s'emballe, la passion refait surface et l'urgence efface le reste.

La vieillesse n'est pas un naufrage ; c'est un lent travail de rouille en cale sèche?  Jamais je ne finirai comme ça. Dès que je ne me sentirai plus en état de naviguer, je me saborderai.

Tu n'es pas fou du tout, tu as l'intelligence du coeur.

Mais je n'ai pas envie de survivre dans leur monde.  Il n'est pas fait pour moi et je ne veux pas le servir.  Je refuse d'être le meilleur dans une société sans âme qui tue ceux qu'elle juge inférieur.

La seule loi en vigueur, en ce moment, c'est la loi du plus fort, et ce n'est pas une loi scientifique : je ne peux rien en faire.

Je connais la logique de ces gens. C'est la peur qui les gouverne.

La possibilité de m'enfuir et la tentative de rester, c'était le carrefour de ma vie.  Le premier carrefour où il m'appartenait de choisir.

Elle venait, mine de rien, de m'apprendre les rudiments du génie.  Plus l'intelligence est vaste, moins elle doit se voir, et c'est à cela qu'on la reconnaît.

Je pense que tout vient de là : vous faites pleuvoir parce que vous avez peur du soleil.

Mais le bonheur est la seule certitude, dans la vie.  Si vous passez à côté en connaissance de cause, il se vexe et il ne revient pas.  C'est ça la certitude.

Toujours cette peur de blesser ceux qu'on aime en ouvrant notre coeur.  Ce qu'ils déduisent de nos silences leur fait tellement plus mal..







1 commentaire:

Impasse des Pas Perdus a dit…

J'ai accroché ! je vais donc me le procurer dès demain.

Merci pour cette présentation.