dimanche 26 janvier 2014

DEVENIR CARVER Rodolphe Barry Coup de coeur ♥♥♥♥♥

Devenir Carver

EDITIONS FINITUDE
Roman publié janvier 2014
304 pages
14.5 x 22 cm
ISBN 9782363390301
21 EUROS
HARMUNDIA MUNDI

QUATRIÈME DE COUVERTURE


l aura vécu intensément. Enfance heureuse, adolescence agitée, marié trop jeune, père à tout juste dix-neuf ans, il a connu la précarité, les galères et les frustrations, l’alcool et la descente aux enfers. On aurait déjà pu en faire un roman. Puis il est mort une première fois, ou presque, à quarante ans – exit «Mister Whiskey» auteur contrarié et mari impossible –, pour renaître et mener une nouvelle vie. Une vie vouée à tirer les leçons du passé, à s’élever, à aimer «tout ce qui le grandit». À devenir Carver, un des plus grands écrivains américains.

Lorsque Rodolphe Barry évoque Raymond Carver, nous entendons sa voix feutrée, nous sentons sa présence sobre et puissante. C’est une descente au fond du cœur de Ray.


PRESSE

Là où il aurait pu s’enliser dans les pièges d’une pieuse reconstitution, Rodolphe Barry parvient au contraire à rendre à cette vie vécue comme un brouillon magnifique, son caractère morcelé, tragique, magnifique. Barry cherchant Carver nous amène quelque part du côté de chez Cassavetes.
Olivier Mony, Livres-hebdo.

Plonger dans les 300 pages de ce livre amoureux, suivant chronologiquement et sans fioritures la tumultueuse vie de Raymond Carver, constitue un étrange sentiment: celui de découvrir la matrice de son œuvre.
Marc Bertin, Sud Ouest.



L'AUTEUR




Rodolphe Barry

Rodolphe Barry est né à Troyes en 1969. Après des études de Lettres et de Cinéma, il séjourne trois ans en Nouvelle-Calédonie où il exerce divers petits boulots (vendeur, journaliste sportif, critique littéraire…) et écrit son premier livre, un essai, Rencontres avec Charles Juliet (La Passe du Vent, 2000). La même année, il réalise Libre le chemin, un film consacré à la vie et à l’œuvre de Charles Juliet. En 2008, il publie un recueil de nouvelles, Entre les rounds. Il vit aujourd’hui près de Dijon.


MON AVIS

Un réel coup de coeur pour ce premier roman de Rodolphe Barry.  "Devenir Carver" ou comment vivre l'apprentissage de l'écriture et la vie de l'écrivain.

Raymond Carver est né le 25/05/1938 dans l'Oregon. Son enfance ne fut pas des plus faciles, une situation précaire, un père perturbé, instable et alcoolique.  Raymond écrit son premier poème à 18 ans, au fond de lui il sait depuis qu'il deviendra écrivain.

Il se marie à Maryann le 7 juin 1957, il a à peine 19 ans, sa fille Christine La Rae naîtra le 02 décembre de la même année.  Son fils Vance la suivra le 17 octobre 1958.  Ce n'est pas le destin qu'il  avait choisi mais il assumera et il endossera le rôle d'adulte, de mari, de père bien malgré lui.

Ce n'était pas son choix en effet, il voulait apprendre l'écriture et devenir écrivain.  Il le fera mais en passant de job en job pour essayer tant bien que mal de faire vivre cette petite famille.

Mais un cercle vicieux s'installe, le travail l'empêche d'écrire et lorsqu'il tient un travail malgré son instabilité cela l'empêche d'écrire.  Peu à peu il sombrera dans l'alcoolisme.

Il a une chance énorme, Maryann son épouse qui croît dur comme fer en lui.  A chaque fois elle trouvera comment joindre les deux bouts, mettra en veilleuse ses aspirations professionnelles et personnelles pour permettre à Ray d'écrire.  Elle le soutiendra, sera sa principale admiratrice et lui donnera la force de ne pas abandonner même lorsque plus rien n'ira, elle est littéralement son pilier, celle sur qui il peut compter.

C'est bien plus qu'une biographie ici, c'est l'histoire de la vie, l'histoire de cet écrivain génial, le titre n'est pas innocent "Devenir Carver" car l'auteur a beaucoup d'empathie pour le personnage central. Rodolphe Barry se glisse, nous glisse dans la peau de Carver, au plus profond des tréfonds de son âme, de ses craintes, de ses angoisses, de ses espoirs déçus, de ses amours, en compagnie de ses proches, de sa famille envahissante...

On accompagne vraiment Carver dans son apprentissage de l'écriture, sa ténacité, sa volonté, son talent, son charisme nous pousse à devenir Carvérien.

Carver est représentatif d'une Amérique, celle de la classe ouvrière désenchantée, il nous la dépeint avec justesse, émotion, sincérité.  Il nous parle du désespoir, des crises conjugales, de l'alcool, la dépression, la classe ouvrière, les exclus du système,  c'est tout de même un des plus grands poètes et nouvellistes américains.

On verra également l'influence qu'a pu avoir son éditeur et ami Gordon Lish. Le livre de Stéphane Michaka "Ciseaux" traite d'ailleurs de ce sujet (paru chez Pocket en 2013 interview sur Ciseaux)

Cette lecture me donne envie de découvrir d'autres auteurs américains et d'enrichir ainsi ma culture littéraire. Une de mes prochaines lectures sera "Les vitamines du bonheur" de Raymond Carver.

Enormément de talent et de qualité dans cet ouvrage, je pourrais vous en dire encore beaucoup plus mais rien de tel que de vous plonger dans cette riche lecture.

Un livre que tout apprenti écrivain devrait lire absolument.

Gros coup de coeur.



Une autre façon de parler du livre, les jolies phrases ci-après.  Elles étaient si nombreuses, si belles que je vous propose une autre approche du livre, l'histoire vous est contée par les jolies phrases.

A vous de voir.


LES JOLIES PHRASES : une autre lecture ...

Se connaître demande du temps, pas mal de ressources et un peu de chance. Je me suis rencontré. Le pactole. Une vie sans insultes ni frustrations et payé à plein-temps pour ce que je sais faire de mieux. Une compagne aimante. De vrais amis. Et des lecteurs, plus nombreux à chaque livre. Une telle chance ne peut pas durer. Mais j'ai le sentiment d'avoir accompli quelque chose...  (p13)

J'ai appris une chose essentielle, c'est à faire la distinction entre ce qui dépend de nous et le reste.

Se découvrir, lutter contre soi-même, donner le meilleur, est une autre entreprise. (p42)

Ray n'a pas les mots pour expliquer ce qu'écrire éveille en lui. Son intuition est que, contrairement à la récolte du houblon, à la cueillette des pommes ou des tulipes, écrire un bon poème ou une histoire lui donnera la joie et la satisfaction dont il a besoin pour vivre. (p42)

Tu sais, je ne sais pas par quel phénomène, mais j'ai parfois l'espoir que tout ne se termine pas avec le dernier battement de coeur.  Si Dieu a créé 19 milliards de galaxies comme on l'affirme, pourquoi n'aurions-nous pas une âme ?  Et peut-être que nos âmes immortelles seront un jour réunies...   Cette vie pleine de mystères, pourquoi pas une de plus ?  Revenir sous la forme d'une rivière m'irait bien aussi.  On dit qu'il n'y a pas de mort dans la nature, juste une redistribution des atomes, alors ...  Quoi qu'il arrive, je serai toujours ton fils.  (p57)

Il va devoir être à la hauteur comme mari, comme père, comme écrivain c'est beaucoup pour un seul homme.

S'il n'écrit pas, il devient un poids pour les autres et pour lui-même.

Il n'est peut-être pas heureux, mais ce n'est pas une raison pour vous rendre la vie insupportable.
mais l'envie de vivre seul, d'être libre de consacrer sa vie à l'écriture lui brûle le coeur.  Un prisonnier à qui l'on accorde chaque jour une promenade entre des barbelés, c'est ainsi qu'on le voit.  (p98)

Si je n'écris pas comme j'en ai besoin, je suis DAN - GE - REUX !

La première phrase voilà ce qui compte, puis la deuxième, une deuxième première phrase, puis la troisième et ainsi de suite.  L'histoire doit être une succession de premières phrases.  N'importe qui dirait que l'intensité ne doit pas baisser.  (p112)

Comme sa mère, il veut quelque chose, il l'obtient, et se rend compte qu'il n'est pas satisfait pour autant.  Mais je crois en lui, et mon amour est intact. Noble, tourmenté, égoïste et tendre, c'est Carver.   (p120)

A chaque lettre d'acceptation, l'émotion est intacte.  Il fond en larmes, allume une cigarette et savoure l'instant comme si plus rien d'important ne pourrait lui arriver désormais.  Etre publié est une victoire sur ses doutes, ses manques, ses défauts, contre le fainéant, le tricheur, l'imposteur qui le gouvernent parfois.  Voir son nom imprimé est une reconnaissance qui l'aide à garder la foi et à se considérer comme un écrivain. C'est aussi l'occasion de rameuter les amis pour arroser ça.  (p129)

"Le seul moyen d'apprendre à écrire est d'écrire, d'écrire et d'écrire encore et d'avoir un tel besoin d'écrire que si tu ne le fais pas tu deviens cinglé ou tu dévalises une banque ou tu bois jusqu'à ce que mort s'en suive ou tu te jettes en voiture du haut d'une falaise, tu piges ? " Il s'arrête, allume une cigarette, tire une longue bouffée et reprend. "Quand l'écriture t'attrape tu ne peux rien faire d'autre et il n'y a rien d'autre à faire.  Toute autre approche est absurde et sans utilité aucune.  Voilà c'est tout, c'est ça et c'est pourquoi ça marche ou ça ne marche pas.  Ray, tu sais ça, tu es écrivain, non ? L'art est une affaire de vie ou de mort qui se joue tous les jours, et si tu vis plus que tu ne meurs, tu continueras de produire quelque chose de bon et de solide, mais si tu meurs un peu plus que tu ne vis, là, pas de problème, tu connais la réponse...     (p136)

Les critiques  le présentent comme un écrivain prometteur, lui se sent détruit.  Il est fatigué par ses obsessions sas fin, son cerveau qui rumine sa douleur et sa vie dénuée de sens. Il a 38 ans.

"Boire ou arrêter de boire, qu'est-ce qui est le plus douloureux?" Une privation d'alcool le tuerait plus rapidement que la vodka.  Il boit pour faire disparaître ses peurs, sa paranoïa, tout ce qu'il ne veut pas penser et ressentir.  Il boit pour oublier qu'il boit.  (p164)

Sa planche de salut, c'est l'écriture.  C'est ce qui emplit son coeur et élève son âme.  Si ça a quelque chose à voir avec la foi, alors d'accord, j'ai la foi.  Ecrire est un acte de foi; A chacun sa religion.  (p188)

Qu'est-ce qui vous a décidé à arrêter de boire ? Je voulais vivre, je suppose ! (p192)

Pour celui qui a connu l'enfer, être en vie est suffisant comme triomphe.  (p200)

"J'écris, je ne peux rien faire d'autre.  Ce n'est ni un passe-temps ni un gagne-pain. Je ne fais pas ce métier pour réussir... Enfin si, bien sûr... Mais réussir, pour moi, c'est pouvoir continuer à écrire, dans les meilleurs conditions, et si possible de mieux en mieux.  Pour l'heure, il ne m'arrive que de bonnes choses et tout ce que j'ai à faire, c'est de ne pas boire!"  (p212)

Car si l'écriture ne s'apprend pas - on n'apprend qu'en écrivant - on peut parler des pièges à éviter et ainsi faire gagner du temps.  On peut insister sur la nécessité d'être honnête dans le travail, de ne pas faire semblant."

Mais comment changer de vie ?  Comment devenir un autre homme ?  La littérature peut vous aider à prendre conscience de vos manques, de vos limites, de ce qui vous bâillonne... Elle peut vous aider à entrevoir ce que signifie "être humain".  Certains livres peuvent vous faire comprendre que vous ne vivez pas pleinement...Peut-être..." En y réfléchissant, il dirait qu'il écrit avant tout pour se découvrir, se connaître.  Il ne sait pas s'il écrit pour changer le lecteur, ou plutôt pour lui faire comprendre qu'on peut changer, qu'on peut "se changer".  (p231)

Passer du 100 au 1 500 mètres est une chose. Boucler 10 000 mètres est une autre histoire, même si les jambes le démangent.  (p237)

Chaque poème me prouve que je suis vivant.  Plus j'écris, plus je sens, plus je vis.

Et avoir l'étincelle. Car celui qui a l'étincelle peut se tromper, n'avoir pas de succès, mais se sauver chaque jour.  L'étincelle, c'est ce qui permet de passer de la vie à l'art.  (p239)

Dans son for intérieur, il se sent bien.  Il est en paix avec lui-même. Sa vie lui plaît. Il n'est plus en colère.  "je suis en vie et heureux de l'être.  A cet instant précis; et cet instant, c'est tout ce que j'ai, vous comprenez?"  (p273)

L'important est de rester vivant tant qu'on est en vie, non ?








2 commentaires:

Sandrine a dit…

Tout à fait intéressant. J'aime les biographies romancées, je trouve qu'elles donnent plus facilement accès à un personnage, une personne. Carver par un écrivain français, c'est quand même risqué, même si je crois qu'on lui voue en France un culte discret qui nous vaut quelques livres de temps en temps.
Je n'ose plus ouvrir mon exemplaire des "Vitamines du bonheur" : les pages sont toutes décollées...

Nathalie Vanhauwaert a dit…

Merci pour ton commentaire, "Les vitamines du bonheur" , je pense que ce sera ma prochaine lecture.