mardi 4 décembre 2018

La vraie vie - Adeline Dieudonné ♥♥♥♥

La vraie vie     -   Adeline Dieudonné



L'iconoclaste
Parution : août 2018
Pages : 270
ISBN : 978-2-3788-023-9
Prix 17 €

Présentation de l'éditeur

Un roman initiatique drôle et acide. Le manuel de survie d'une guerrière en milieu hostile. La fureur de vivre.


Chez eux, il y a quatre chambres. Celle du frère, la sienne, celle des parents. Et celle des cadavres. Le père est chasseur de gros gibier. Un prédateur en puissance. La mère est transparente, amibe craintive, soumise à ses humeurs.

Avec son frère, Gilles, elle tente de déjouer ce quotidien saumâtre. Ils jouent dans les carcasses des voitures de la casse en attendant la petite musique qui annoncera l’arrivée du marchand de glaces. Mais un jour, un violent accident vient faire bégayer le présent. Et rien ne sera plus jamais comme avant.

LA POÉTIQUE DU CAUCHEMAR

La Vraie Vie est un roman initiatique détonant où le réel vacille. De la plume drôle, acide et sans concession d’Adeline Dieudonné jaillissent des fulgurances. Elle campe des personnages sauvages, entiers. Un univers à la fois sombre et sensuel dont on ne sort pas indemne.

L'auteure 




Adeline Dieudonné est née en 1982. Elle habite Bruxelles. Dramaturge et nouvelliste, elle a remporté grâce à sa première nouvelle, Amarula, le Grand Prix du concours de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Elle a publié une nouvelle, Seule dans le noir aux éditions Lamiroy, et une pièce de théâtre, Bonobo Moussaka, en 2017. La Vraie Vie est son premier roman.


Prix Fnac 2018

Prix première plume  'Furet du Nord'

Prix Renaudot des lycéens 2018


Prix Rossel 2018

Elle nous en parle 






extrait de la Grande Librairie 6/9/2018

Mon avis

"Les histoires, elles servent à mettre dedans tout ce qui nous fait peur, comme ça on est sûr que ça n'arrive pas dans la vraie vie."

Quelle claque ! C'est un livre dont on se souvient c'est certain !

Beaucoup d'encre a déjà coulé sur ce premier roman.  Extraordinaire ! Magistral !
On est captivé par la construction, l'écriture, on veut savoir ce qui va arriver même si à la lecture on passe par toutes les émotions possibles et imaginables.

La narratrice dont on ignore le prénom a 10 ans au début du récit.  Elle vit dans une cité grise, Le Démo, en banlieue juste à côté du 'Bois des petits pendus", charmant n'est-ce pas ?  Juste à côté comme terrain de jeux, il y a un cimetière de voitures où elle trompe le temps en compagnie de son petit frère Gilles, 6 ans.

Ils sont inséparables, elle adore ses éclats de rire et son sourire.  Ils sont heureux à leur façon dans leur réalité surtout lorsqu'en fin de journée ils entendent la sonnerie du marchand de glace qui leur apporte un peu de joie en fin de journée.

Parce que leur réalité c'est un pavillon quatre chambres, celle des parents, la sienne, celle de Gilles et celle des cadavres...  Le décor est planté, cela fait froid dans le dos, les cadavres : daguets, sangliers, cerfs, tête d'antilope, une défense d'éléphant et surtout celui de la hyène, qui toute empaillée semble toujours vivante à les observer.

Il faut dire que le père est chasseur, viandard, porté sur l'alcool.  Et quand il boit, il pleure en écoutant Claude François ou il s'en prend violemment à sa femme, la mère - une amibe- nous dit la narratrice, soumise, insipide, inexistante, préférant ses chèvres à ses enfants.

Pour sortir de cette vie, un tour à la casse, une visite chez Mona qui raconte des histoires, une petite glace avec la complicité de son frère.  Seulement voilà, un jour un accident, un drame survient .

Terminé la magie du glacier, sa petite musique enfermera Gilles dans un mutisme, il perd son sourire, devient cruel et sadique, on dirait que la hyène l'a envahi, qu'elle occupe son corps et son esprit.

La narratrice est résolue à sortir son frère des griffes de la hyène et de son père car il se rapproche de lui et sa cruauté déteint.  Elle est résolue à sauver son frère à tout prix, à imaginer une machine à remonter le temps pour que tout soit comme avant.

Passionnée de sciences, d'une admiration sans borne pour Marie Curie, elle va étudier sans relâche avec l'aide d'un professeur, il y a aussi Champion et Plume qui lui donnent le courage de devenir une guerrière.

Roman d'initiation, conte des temps modernes, la narratrice passera rapidement de l'enfance à l'ado voir l'adulescence.  Elle est bien résolue à ne pas devenir une proie, au contraire elle se battra comme une lionne.

C'est parfois glauque, cruel, noir mais c'est passionnant.  De ces yeux d'ado (on la suivra six étés) , elle nous dépeint la noirceur sociale avec des mots justes, pas un de trop, pas un trop peu.  Poésie macabre, cruauté, violence, amour se côtoient.  Ce récit est fulgurant, l'écriture est maîtrisée oscillant entre douceur et violence.  C'est original, addictif, un récit d'ambiance, d'atmosphère.

La frontière entre la réalité et le monde onirique est mince.  La lecture est parfois éprouvante, dérangeante, on se demande si on vit un rêve ou un cauchemar.  Un récit sur la résilience, la rage de vivre la vraie vie.

Pour toutes ces raisons c'est un coup de ♥

Curieuse de voir ce que Julie ma binôme en a pensé, son avis se trouve ici 
Les jolies phrases

Les histoires, elles servent à mettre dedans tout ce qui nous fait peur, comme ça on est sûr que ça n'arrive pas dans la vraie vie.

A partir de ce moment là, ma vie ne m'est plus apparue que comme une branche ratée de la réalité, un brouillon destiné à être réécrit, et tout m'a semblé plus supportable.

Comme un abcès qui avait pris le temps de mûrir, l'horreur éclatait  et se déversait sur ses joues.  J'ai  compris  que c'était bon signe, que quelque chose se remettait à circuler en lui, que la machine repartait.

Que la vie est une grande soupe dans un mixer au milieu de laquelle il faut essayer de ne pas finir déchiqueté par les lames qui vous attirent vers le fond.

Il n'a pas arrêté de pleuvoir cet été-là.  On aurait dit que le ciel était en deuil.  De longues journées et de longues nuits mouillées, avec ce bruit de fond incessant, ce crépitement si triste qu'on aurait pu croire que la nature elle-même commençait à envisager le suicide.

Chez le professeur Pavlovic, je ne m'asseyais jamais.  Je faisais des allers-retours dans la salle à manger, comme un athlète avant une compétition.  Comme si le savoir avait besoin de mouvement pour aller se déposer au bon endroit.  Mon corps était tout impliqué dans le processus d'apprentissage; Plus je grandissais, plus je prenais conscience de son existence et de sa complexité.

Il disait : "Le voyage dans le temps, c'est comme l'immortalité, c'est un fantasme compréhensible, mais il faut apprendre à accepter l'inacceptable.






1 commentaire:

Itzamna a dit…

Un très beau premier roman que j'ai adoré !!!