mardi 25 mars 2025

Quand viendront chanter les loups - Florence Herrlemann ♥♥♥♥♥

 Quand viendront chanter les loups  -  Florence Herrlemann




























Charleston
Parution : 13/01/2025
Pages : 256
Isbn : 9782385292867
Prix : 19 €

Présentation de l'éditeur



« On n’imagine pas ces choses-là, parce que la beauté de la nature nous cache sa rudesse en étalant ses verts sur les plaines jusqu’aux forêts. Nos yeux se plaisent à suivre les crêtes qui séparent les cols jusqu’aux sommets enneigés. Ça donnerait presque le vertige. Mais il ne faut pas se fier à toute cette beauté. Dans ces silences grouillants de vie, quelque part, tapie, la mort guette et peut vous surprendre à tout moment. Il n’y a que ceux qui connaissent cette montagne pour oser s’y aventurer en plein hiver. »

Persuadé qu’il est responsable de la disparition de son fils et du chagrin inconsolable de sa femme, Abel a décidé de partir. Depuis, il vit reclus dans un chalet au coeur de la montagne. Rythmées par les saisons et la nature, ses journées se ressemblent, entre son travail de bûcheron et l’absence de Tom qui le hante.

Jusqu’au jour où il porte secours à un adolescent qu’il découvre inconscient dans la montagne.

Un récit intense et poignant, qui nous entraîne au coeur d’une nature aussi belle que sauvage, à la fois protectrice et hostile.


Florence Herrlemann



Née à Marseille, Florence navigue entre Lyon, où elle vit, et Paris, où elle travaille. Premier bain artistique à 15 ans à Nice, avec trois ans de cours de théâtre. Plus tard, à Paris, ses rencontres avec de nombreux artistes lui permettent de "toucher" à la musique et à la sculpture avant de décider, en 2003, de passer derrière la caméra. Elle réalisera, entre autres, un film de sensibilisation à l'enfance maltraitée, diffusé par le Ministère de la Famille.

- Le festin du lézard  Antigone 14 2016
- L'appartement du dessous  Albin Michel 2019  Prix du deuxième roman de Marche en Famenne en autre 
- Ou le dernier coquelicot  M+ 2023









Mon avis

Cela fait cinq ans qu'Abel vit seul, reclus dans la montagne.  Il a quitté sa femme Nina après la disparition inexpliquée de son fils Tom âgé alors de 14 ans.  Ce matin-là, il s'était disputé avec Tom et depuis, le sentiment de culpabilité, les remords l'assaillent.  Il passe ses journées en pleine nature, presque comme un ermite, s'abrutissant au travail de bûcheronnage, à la chasse et à la contemplation de la montagne. Á une heure de chez lui son seul ami Paul - avec qui il bosse - et son épouse Katia.

Un jour en promenade, il trouve George, presque recouvert sous la neige.  Sa jambe est très mal en point.  Il va le ramener au chalet, le soigner en attendant que les secours puissent le prendre en charge.  C'est la déflagration, ses sentiments refoulés remontent à la surface, son chagrin, le grand vide, la peur de s'attacher, il faut dire que George a l'âge qu'aurait son fils. 


Un soir, Paul l'invite à souper, il n'est pas seul, il y a aussi Martha, l'amie de Katia, elle est photographe et aimerait monter une expo. elle demande à Abel de la guider dans la montagne qu'il connaît si bien.

Ces deux-là vont changer sa vie, Abel ne l'imagine même pas.  Il va rendre visite à George, comprendre qu'il a aussi un passé douloureux. Il lui proposera de faire sa convalescence chez lui malgré la difficulté qu'il éprouve en le voyant.

Abel c'est la pudeur à l'état brut, il est en difficulté d'exprimer ses sentiments, sa douleur constante qui le replonge vers son fils, sa culpabilité et ses remords. Il pense sans cesse à sa colère, son impuissance et ses regrets de n'avoir selon lui pas été un bon père.  Il est dans l'incapacité d'être heureux, il ne se donne pas droit au bonheur.  Fichue pudeur !

Florence Herrlemann nous emmène grâce à l'utilisation du "je" dans la tête d'Abel, elle nous fait ressentir ses sentiments et émotions.  L'écriture est fluide, cinématographique, très belle et poétique.  Les mots sont choisis, triés, justes. La psychologie des personnages est bien creusée.

Mais il y a aussi un personnage à part entière dans ce roman, c'est la montagne, la nature décrite d'une manière incroyable.  Volontairement in-situ, vous voyagerez où votre esprit vous mène, vous ressentirez le vent, le froid, la neige sur votre peau, vous émerveillerez sur des paysages grandioses.

C'est un roman qui parle du deuil, de la perte, du chagrin mais aussi de résilience, d'espoir, d'amour et d'amitié.  Il traduit parfaitement les rapports humains et la nature.

C'est beau, très beau comme tous les autres romans de cette autrice.

Ma note : 9.5/10

Les jolies phrases

Ce qui me rend dingue, c'est de ne pas savoir.  Il est là, le supplice. 

On n'imagine pas ces choses-là, on n'y pense pas, parce que la beauté de la nature nous cache sa rudesse en étalant ses verts sur les plaines jusqu'aux forêts.  Nos yeux se plaisent à suivre les crêtes qui séparent les cols jusqu'aux sommets enneigés.  Ça donnerait presque le vertige. C'est vrai qu'elle hypnotise, cette nature avec ses lacs grandioses sur lesquels ondulent les quatre ciels.  Ici, chaque saison a son ciel.  Mais il ne faut pas se fier à toute cette beauté.  Son immensité écrase.  Elle rend petit et vulnérable. Dans ces silences grouillants de vie, quelque part, tapie, la mort guette et peut vous surprendre à tout moment.

C'est à cause de cette foutue pudeur, celle-là même qui t'empêche de dire aux gens combien tu les aimes, et après tu te retrouves comme un con avec des regrets. 

Soudain, Martha a ce geste tendre, trop peut-être : sa main vient serrer mon bras, et j'ai l'impression d'imploser.  Ce qui se produit à l'intérieur de moi est semblable à ce qui se passe à l'extérieur quand le vent tourne et qu'un orage se prépare. D'abord, il y a les nuages gris, chargés, qui s'amoncellent et obscurcissent tout ; déjà, des filets de lumière jaune électrisent le ciel, le vent gonfle encore et tu sens que ça va péter et que des trombes d'eau vont marteler la terre. Ça crée une tension dans l'air, que tu ressens jusque sur ta peau. 

Je réalise à quel point elle compte pour moi.  C'est une émotion gigantesque qui me submerge.  J'ai des sentiments pour elle, tellement que ça déborde.  Et au-dedans, ça me fait comme cette cascade, là-bas à l'ouest, celle qui chute des hauteurs de la montagne dans un tumulte bouillonnant.

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