vendredi 13 mars 2026

Lequel de nous portera l'autre ? Violaine Lison ♥♥♥♥♥

 Lequel de nous portera l'autre ?   Violaine Lison  ♥♥♥♥♥





















Esperluète éditions
Parution : octobre 2025
Pages : 208
Isbn 9782359842029
Prix : 22 €


Présentation de l'éditeur


Ce n’est pas Léonce qui surgit dans ma vie un jour de mars 2014. Pas encore lui. Mais un autre. Qu’il connaît. Ça, je ne le sais pas encore. Je ne sais rien de toute façon. Cet après-midi-là. Rien de Léonce. Rien de l’autre. Rien de cette incroyable rencontre qui m’attend.


Quand Violaine Lison reçoit en dépôt les carnets de Léonce Delaunoy, elle est frappée par la beauté et la force de l’écriture de ce jeune homme mobilisé comme brancardier lors de la Première Guerre mondiale.

Malgré l’horreur des tranchées, Léonce reste à la fois proche de la nature – décrivant comme personne les paysages, l’Yser, les oiseaux… – et de ses idéaux d’amitié. Le récit de la « guerre de Léonce » se déploie sous les yeux de Violaine. Pourtant, très vite elle sent que « quelque chose » ne va pas. Des manques apparaissent. Des incohérences. S’agit-il d’un faux, d’une retranscription ? Une forme d’enquête historique et littéraire commence…

Au fil de ses recherches, l’autrice retrouve les carnets originaux et comprend que le journal de Léonce a été recopié par Paul, un ami très proche de Léonce. Mais la retranscription est lacunaire. Les parties censurées parlent de l’absurdité de la guerre, du désespoir, de l’envie de mourir, mais aussi d’une amitié amoureuse pour Herman, troisième personnage de cette histoire.

Quel intérêt avait cette censure ? Faire de Léonce un héros ? Gommer l’amour porté à un autre homme ? Violaine ne tranche ni ne juge, elle tisse son récit entre les carnets, approche la vie de Léonce tout en racontant sa propre quête.

Lequel de nous portera l’autre ? est un récit polyphonique, où les voix de Léonce et de Violaine s’entremêlent, se répondent et se questionnent. Cent ans les séparent, pourtant le texte de Léonce Delaunoy résonne avec une modernité frappante. Et c’est tout l’art de Violaine Lison que de nous ancrer dans le réel tout en laissant une place à l’inattendu des mots. Il en naît une rencontre rare et précieuse.

L’enquête menée par Violaine Lison lui a permis de récolter de nombreux objets : carnets, boutons, lettres, mouchoir, éphémérides... Témoins de la vie de Léonce, ces objets ont été photographiés et intégrés au texte.


Violaine LISON


Violaine Lison vit à Tournai. Elle a étudié la philologie romane à Namur puis à Louvain-La-Neuve. Enseignante, elle aime transmettre à ses élèves sa passion des lettres et de l’art. Avec eux, elle écrit des poèmes et des pièces de théâtre qu’elle met en scène (Hors-la-vie est paru aux Editions Lansman en 2015).

La forêt, la mémoire, la trace, l’inattendu sont ses compagnons de marche. Avec eux, elle se crée et se creuse une langue où habiter.

Aux éditions Esperluète, Lequel de nous portera l'autre ? (2025) est son troisième titre, après Vous étiez ma maison (2022, avec des dessins de Manon Gignoux) et Ce soir, on dort dans les arbres (2021, avec des dessins de Valérie Rouillier).

Source : Esperluète éditions

crédit photo : Ornella Somma












Mon avis

C'est une petite merveille que je vous propose de découvrir, un livre magnifique qui nous fait connaître la courte vie de Léonce Delaunoy, jeune séminariste, brancardier durant la Première Guerre Mondiale. 

Léonce a vingt ans lorsqu'il est réquisitionné comme brancardier.  Il va vivre l'horreur, l'enfer, la peur, côtoyer la mort, vivre la solitude sans armes pour finalement être emporté par un éclat d'obus quelques jours avant la fin de la guerre, le 15/10/1918.

Ce qui est touchant et incroyable c'est la manière dont Léonce est arrivé à nous pour y trouver une place dans nos cœurs, car croyez-moi après la lecture il restera gravé au plus profond de vous.

Violaine Lison reçoit en 2014 des carnets de guerre de la part du petit-neveu de Paul Nackart.  Elle en commence la lecture, la retranscription (un travail de longue haleine) , elle est frappée par la beauté de l'écriture poétique, la sensibilité de l'auteur pour la nature, une véritable plume d'écrivain .

 " Trouver la beauté dans l'immonde. Dire l'immonde avec beauté " 


Violaine se rend compte d'éléments qui clochent et que Paul Nackart n'est que le copiste des carnets de Léonce Delaunoy. Elle enquête auprès de sa famille, se rend à Ostiches et recevra les carnets originaux de Léonce et toute une série d'objets se trouvant en photo à la fin du livre.

Très vite elle se rend compte que des passages n'ont pas été retranscrits. Pourquoi ? Par pudeur ? Pour cacher sa colère contre les autorités? Ou parce que trop intime parlant d'une amitié amoureuse ?

Et puis, il y a un grand mouchoir militaire plié en seize avec un nom et une adresse, un certain Herman habitant au Havre.

Patiemment avec tous ces éléments, Violaine va tisser des liens, entremêler sa plume à celle de Léonce pour le faire revivre plus d'un siècle après sa mort et lui donner une nouvelle vie de papier.   Ce livre est juste sublime, lisez-le, il est en lice pour le prix des librairies indépendantes.

Une petite merveille, un immense coup de cœur .

Les jolies phrases

Consciemment ou non la vie du soldat est une vie d'oubli.

Trouver la beauté dans l'immonde.
Dire l'immonde avec beauté. 

Rester humain dans un monde qui ne l'était plus.  Rester humain sous les ordres de supérieurs insensés. Oser le cri.

C'est ton amour de la nature qui t'a permis de tenir.  De survivre.  Contre vents et tranchées.  Vivre cette guerre au jour le jour. À ciel ouvert. Avec les grives, les lièvres et les liserons.  Chaque matin, une abeille. Chaque soir, le chant d'un merle. 

Ce savoir n'est pas qu'encyclopédique.  Il est celui de l'ami, qui sait que nommer, c'est respecter et rencontrer.  Il tend un regard fraternel vers ses voisins de feuilles et de plumes, alors qu'autour de lui, les humains s'entretuent. 

Comme les hommes, les oiseaux ont leur part d'ombre.  Dans les carnets de Léonce, les corbeaux partagent le pays avec les merles, les bouvreuils, les linottes.  La nuit côtoie le jour.  

Les corbeaux de Léonce sont les mêmes que ceux de Van Gogh.  Ces corbeaux qui pèsent au-dessus d'un champ de blé, dans le dernier tableau du peintre, quelques jours avant son suicide.  Corbeaux de la mort qui rôde.  Même vol lourd et sombre.  Même magma funeste.

Mois du Sacré Cœur. Les champs sont rouges de coquelicots. C'est du sang partout en nappes immenses. Quand le soleil y tombe avec le vert du soir, on dirait une immense cuve de sang que de grandes mains secouent.

On nous tond et tondus, on nous enverra à la mort. Il est beau de mourir pour son pays mais on ne peut pas être beau pour mourir.

Quatre ans à ressasser la mort.  À imaginer le moment de la funeste rencontre. Entre peur et résignation.  Entre effroi et provocation.  Quatre ans de sursis. Sans échéance précise.







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