mercredi 1 avril 2026

Je suis Romane Monnier - Delphine de Vigan ♥♥♥

 Je suis Romane Monnier  -   Delphine de Vigan  ♥♥♥




















Gallimard
La Blanche
Parution : 15/01/26
Pages : 336
ISBN : 9782073113252
Prix : 22 €


Présentation de l'éditeur

« Les gens ne comprennent pas. Ils pensent que j’exagère. Mais en fait, je cherche quelque chose qui a disparu. Quelque chose de pur, de limpide… qui n’existe plus. »

Qui est Romane Monnier ? D’elle, il ne reste qu’un téléphone portable. Des notes, des messages, des souvenirs, des enregistrements, autant de traces confiées à un inconnu, un samedi soir dans un bar.


« Avec ce portrait d’une femme mystérieusement disparue, Delphine de Vigan signe un roman extra-lucide sur l’époque et ultrasensible sur la jeunesse d’aujourd’hui. Le dispositif romanesque est aussi vertigineux qu’efficace. » Elle

« Par un habile jeu de miroirs, Delphine de Vigan cerne nos intimités. Elle s'interroge sur ce que l'époque fait de nous. » France Inter

« Delphine de Vigan construit un beau roman prenant et spéculatif, qui scrute et interroge nos vies à l'ère numérique. » Télérama

« Un roman porté par une écriture fluide, une construction originale et un héros très attachant, qu'on a du mal à lâcher. » Le Parisien

« L’un des plus beaux romans de Delphine de Vigan. Personnages attachants, composition virtuose, myriade de styles, enquête prenante, questionnements vertigineux. Le livre événement de la rentrée. » Paris Match

« Ce sont deux quêtes de vérité et de liberté que retrace ce roman mélancolique, doux et inquiet sur deux personnages en crise. » Le Monde des Livres

« Delphine De Vigan n’a pas son pareil pour raconter l’impact des dérives sociétales sur notre intimité. Si vous ouvrez Je suis Romane Monnier, vous ne le lâcherez pas. » La Tribune Dimanche

« Une œuvre contemporaine, fine et troublante, sur l'identité et le regard des autres. » Télé 7 Jours


Delphine de Vigan



Photo F. Mantovani © Éditions Gallimard
Delphine de Vigan est une romancière française née le 1er mars 1966 à Boulogne-Billancourt. S’étant mise à l’écriture sur le tard, elle connaît son premier grand succès en 2007 avec No et moi. Appréciée autant du public que des critiques, l’auteure n’a cessé de gagner en popularité depuis lors.
Des débuts discrets

Née en 1966 à Boulogne-Billancourt, Delphine de Vigan rêve depuis toujours de devenir écrivaine. Elle suit d’ailleurs une formation au CELSA (Centre d’études littéraires et scientifiques appliquées). Son désir d’écriture est toutefois mis de côté puisqu’elle entre sur le marché du travail en tant que directrice d’études dans un institut de sondage.

N’abandonnant pas son rêve, elle s’attelle à l’écriture au moins deux heures tous les soirs en rentrant du travail. En 2001, elle publie ainsi son premier roman, Jours sans faim, sous le pseudonyme Lou Delvig. Après ce récit autobiographique, elle poursuit sur sa lancée et prend confiance en sortant sous son vrai nom le recueil de nouvelles Les Jolis Garçons et le roman Un soir de décembre, en 2005.

Premier succès

Grâce au bouche-à-oreille, l’auteure parvient à toucher un public de plus en plus large, jusqu’à connaître son premier triomphe commercial avec No et moi . Un an plus tard, Delphine de Vigan est licenciée de son entreprise et se consacre enfin entièrement à sa passion.

Vivant désormais de sa plume, elle enchaîne les succès avec Les Heures souterraines en 2009 et Rien ne s’oppose à la nuit en 2011.C’est à cette époque qu’elle rencontre son compagnon actuel, l’animateur et critique littéraire français François Busnel. S’essayant brièvement à la réalisation de film en 2014 avec la comédie À coup sûr, elle fait son retour en force sur la scène littéraire en 2015 avec D’après une histoire vraie.
Entre fiction et réalité

Depuis ses débuts, Delphine de Vigan s’inspire des épisodes de sa vie privée pour imaginer ses romans. Après avoir abordé son anorexie dans Jours sans faim, elle se livre à cœur ouvert sur les tendances suicidaires et les troubles maniaco-dépressifs de sa mère dans Rien ne s‘oppose à la nuit. Elle va même jusqu’à semer le doute auprès de ses lecteurs avec D’après une histoire vraie, un thriller psychologique dans lequel une écrivaine à succès dénommée Delphine se retrouve tétanisée par la peur de la page blanche.

Les derniers livres de Delphine de Vigan :Rien ne s’oppose à la nuit (2011)
D’après une histoire vraie (2015)
Les Loyautés (2018)
Les Gratitudes (2019)
Les enfants sont rois (2021)
Les Figurants (2024)
Je suis Romane Monnier (2026)
Un succès récompensé

Si elle n’a pas encore obtenu le Goncourt, pour lequel elle a déjà été nominée deux fois, Delphine de Vigan s’est vu décerner plusieurs récompenses majeures depuis la publication de No et moi, pour lequel elle a reçu le Prix des libraires 2008 et le Prix du Rotary international 2009. Son roman le plus primé à ce jour reste Rien ne s’oppose à la nuit, couronné du Prix du roman Fnac, du Prix des Lectrices Elle, du Prix du roman France Télévision et du Prix Renaudot des lycéens. D’après une histoire vraie a quant à lui reçu le Prix Goncourt des lycéens et le Prix Renaudot. Zabou Breitman a ainsi adapté No et moi à l’écran en 2010, tandis que Roman Polanski a sorti la version cinématographique de D’après une histoire vraie en 2017.

Source : Fnac






Mon avis

Thomas a 47 ans, tout va bien pour lui, il n'est pas malheureux.  Léo sa fille vient de quitter la maison, il a son commerce de reproduction d'images, son pote Nathan qu'il retrouve chaque semaine au bistrot "La Malice" pour refaire le monde.  Il est comme nous tous, accro à son téléphone et le lendemain matin d'une soirée bien arrosée il est perdu lorsqu'il se rend compte que ce n'est pas le sien qu'il a avec lui mais sans doute celui de sa voisine de table d'hier. 

Un petit vent de panique le parcourt car que faire sans ce petit objet qui dirige un peu nos vies ? Il s'appelle et une jeune femme le rassure, elle le lui fera livrer ce jour, elle précise qu'il peut garder le sien, quasi neuf, qu'elle n'en a plus besoin.  

Quelle n'est pas sa surprise lorsqu'il se rend compte qu'en plus de son téléphone, il y a les codes d'accès de l'inconnue.

Thomas est intrigué, étant à un tournant de sa vie, il va avoir le temps et l'envie de comprendre qui est la jeune femme qui lui a laissé son portable, laissant derrière elle dans ce petit appareil, un pan entier de sa vie.  Il va peu à peu être obsédé par cette femme, Romane Monnier et explorer ce portable sous toutes ses coutures, dans toutes les apps, et peu à peu cela va faire écho à sa vie, à son vécu en activant ses propres doutes et souvenirs.

Une architecture littéraire très réfléchie qui va mettre en lumière ces deux vies en miroir, en se basant sur toutes les formes de langage, que ce soit l'écrit avec les textos, les conversations échangées ou encore le journal retrouvé, les audios, enregistrements ou messages vocaux (l'oralité) ou le visuel avec les milliers de photos ou encore les apps, les réseaux sociaux, il va reconstituer ce puzzle et comprendre qui est Romane et ce qui l'a poussée à disparaître.

Un récit qui questionne sur notre société, sur ce petit portable qui engrange tellement sur nos vies, sur les traces qu'on laisse lorsque l'on disparaît.  Sur le fait que cela ne s'arrête jamais sur les réseaux, que l'on voit tellement de choses transformées par l'IA qu'il sera bientôt difficile de faire la part du vrai et du faux.  Que nos téléphones et les algorithmes nous piègent, modifient nos comportements, nous rendent dépendants, tu scrolles et tu scrolles et tu vois un monde que tu n'as pas envie de voir, sans fin.

J'ai beaucoup aimé la nostalgie des souvenirs, d'avant la numérisation, la boîte à souvenirs de Thomas bien réelle mais quelle est la perception de nos souvenirs ?  N'adaptons-nous pas au fil du temps ce que la mémoire nous renvoie, n'embellissons-nous pas les choses car cela nous arrange?  Romane Monnier est à la recherche de vérité, ne supporte plus ce mensonge.  Mensonge qui parfois accompagne nos vies ne fusse que par omission mais dont le poids de la transmission rend les choses plus complexes.  Serait-ce là pour cette raison qu'elle a confié sa vie à Thomas pour que sa vérité éclate ?

Un très beau roman d'une très grand justesse et procure une belle émotion. 

Encore un coup de ♥


Les jolies phrases

Romane Monnier ne lui a pas seulement confié l'objet mais tout ce qu'il contient.

Il songe un instant à cette aliénation insensée qui s'est insinuée dans sa vie comme dans celle de la plupart des gens qu'il connaît, il suffit de regarder autour de soi : ces dizaines de visages penchés sur leurs écrans, dans le métro, dans la rue, qui ne se regardent plus, ne regardent plus le ciel, ne regardent plus leurs enfants, mais continuent d'avancer ainsi, tête baissée, aveugles au monde auquel ils se croient reliés.

Lui aussi, il avait connu le rêve et la désillusion.  Le vide laissé par l'absence et l'incompréhension. Ce vide qu'il faut apprivoiser et les questions auxquelles il faut renoncer. 

Cet objet de sept centimètres sur quinze, qui pèse moins de trois cents grammes, contient une vie. Il recèle le plus poétique et le plus prosaïque. Le plus exposé et le plus intime. Il abrite des confidences, des souvenirs, des déclarations. Des espoirs et des déceptions.

Quand quelqu'un met en mots ce qui nous occupe, ce qui nous habite, c'est parfois une douleur et un soulagement.

Dans le métro, tous ces visages penchés sur leur téléphone.
Leurs écrans caressés de droite à gauche ou de haut en bas.
La succession infinie des images : danses, guerres, maquillage, témoignages, enfants tués, amputés et shampoing sponsorisé.
Leurs conversations silencieuses, menées du bout des doigts, ou bruyantes, dans l’illusoire intimité des casques et des écouteurs.
Il paraît qu’avant, les gens lisaient des livres ou s’observaient. Je ne m’en souviens pas.
Parfois je fixe quelqu’un, longtemps, juste pour croiser un regard.


J’ai peur d’être vieille sans avoir été jeune.


Dans trente ans, que restera-t-il de nos likes, de nos avis, de nos indignations fugaces, de nos révoltes virtuelles, noyés dans la masse infinie des données numériques ?
Que restera-t-il de nous ?


Oui, bien sûr, j'ai peur pour l'eau, le climat, la planète, peur pour la paix et la démocratie. Je sais les menaces qui enflent, grondent, se rapprochent, et que pour certaines, le compte à rebours est lancé depuis bien longtemps.
Mais j'ai peur d'une menace encore plus grande, qui les englobe toutes, capable de les décupler tout en ayant le pouvoir de les rendre invisibles : j'ai peur que nous devions désormais douter de tout.


Nous sommes nostalgiques d'une vie qui n'a jamais été la nôtre ou si peu. La vie d'avant. Avant la numérisation du monde.

Mais cela veut dire aussi que votre vérité à vous, la manière dont ces faits vous ont touchée, s'élabore en plusieurs fois. Elle n'est pas figée, elle se construit, elle évolue au fil du temps. et la parole, votre parole, contribue à son élaboration.


Nommer c'est déjà une manière d'appréhender les choses.


C'est impressionnant, cette capacité que nous avons à nous transformer nous-mêmes et à transformer le réel.


Un algorithme est conçu pour une seule chose : maximiser ton engagement et ton activité. Tout ce qui nous choque, tout ce qui nous heurte, tout ce qui nous divise, est multiplié.


Non seulement, nous sommes addicts, mais nous sommes piégés. Nous avons besoin de nos téléphones pour tout.


Dans toutes les familles, il y a les souvenirs triomphants, et puis ceux qu'on préférerait oublier. Les premiers sont matière à récit, nourrissent le mythe et l'épopée, les seconds sont planqués derrière les premiers comme derrière une armoire normande. Il arrive qu'ils resurgissent, lorsque le meuble est déplacé.


Mais bientôt, nous ne rirons plus. Nous serons ensevelis sous un torrent d'images, d'histoires, d'informations, parmi lesquelles nous ne saurons plus distinguer la vérité du mensonge. Bientôt nous ne serons plus capables de savoir si une voix est humaine, si une photo est intacte ou a été modifiée, si l'image d'une vidéo est réelle ou a été générée à partir de rien.
Nous ne saurons plus reconnaître la mystification et encore moins la prouver. N'importe qui pourra dire ou brandir n'importe quoi, et nous n'aurons plus aucun moyen de vérifier. Nous ne saurons plus détecter le mensonge, car il ne laissera plus de traces.
Chacun campera sur son pré carré, s'enfermera dans son bunker, armé de ses preuves dont nul ne pourra vérifier la véracité.

Les gens qui ne posent pas de question.
Les gens qui en posent mais n'écoutent pas la réponse.
Les gens qui te posent plusieurs fois la même question jusqu'à obtenir la réponse qu'ils attendent.


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