Gallimard
La blanche
Parution : 05 mars 2026
Pages : 128
ISBN : 9782073148445
Prix : 17€
Présentation de l'éditeur
Été 1914. À l’approche de la guerre, un élève officier de Saint-Cyr découvre que son grand-père, capitaine de l’armée française cinquante ans auparavant, n’était pas le héros qu’il croyait. Pressée de révéler la vérité d’un homme, sa grand-mère lui confie enfin leur histoire : la passion destructrice d’une servante et d’un haut gradé, unis sous les fastes du Second Empire puis ennemis, chacun d’un côté des barricades pendant la Commune de Paris. Cette tragédie à la Roméo et Juliette sur fond de guerre civile française va ébranler les certitudes du jeune homme, tandis qu’à Saint-Cyr gronde un autre drame où son propre sort se joue…
Comme dans ses romans précédents, Laurent Seksik mêle la petite histoire à la grande et compose un récit enchâssé bouleversant, qui résonne avec notre temps. Le jour de guerre est arrivé donne vie à un personnage de femme inoubliable, impuissante face aux guerres des hommes et héroïque dans la tourmente.Laurent Seksik
Né en 1962 à Nice, Laurent Seksik est un écrivain et médecin français.Il publie en 1999 son premier roman, Les Mauvaises Pensées qui obtient le Prix Wizo 2000 et sera traduit dans une dizaine de langues. En 2004, son deuxième roman, La Folle Histoire obtient le prix Littré. Entre 2003 et 2006, il a une activité de critique littéraire, anime l’émission littéraire d’I-Télé, Postface, et la chronique littéraire de la Matinale de Canal+. En 2015, son septième roman, L'Exercice de la médecine obtient plusieurs prix. Dramaturge et scénariste, Laurent Seksik adapte pour le théâtre son roman Les derniers Jours de Stefan Zweig et écrit le scénario de l'adaptation en bande dessinée du roman, en 2013. Il co-écrit avec Laurent Delahousse le scénario d'un docu-fiction de 90 minutes sur la vie de Charlie Chaplin qui obtient l'Award du Meilleur Projet culturel au Festival de la fiction TV de La Rochelle 2013 et l'Award du Meilleur Documentaire International 2014 à la Mostra de Sao PaoloMon avis
Eté 1914, Lucien Latour est élève officier à Saint-Cyr, suivant les traces cinquante ans plus tard de son grand-père, capitaine de l'armée française. Lucien Végand, mort à Sedan est pour lui son héros, c'est son modèle, la raison pour laquelle, il a voulu devenir officier au grand désespoir de sa grand-mère. Il va découvrir qu'en réalité Lucien Végand a été fusillé le 9/7/1871 au Mont Valérien en traître de la nation.
Tout s'écroule pour Lucien, c'est une double trahison , il est descendant d'un félon et ne comprend pas le mensonge de sa grand-mère, Chloé Latour celle qui l'a élevé, lui l'orphelin qui a peu connu ses parents. Il veut comprendre pourquoi on ne lui a pas dit la vérité, les raisons du silence.
En parallèle, la grande Histoire va croiser la sienne, Chloé Latour, la petite servante originaire des quartiers miséreux de Belleville va enfin lui raconter sa rencontre avec Lucien Végand, un fils de la haute qui voulait être médecin mais a dû embrasser la tradition familiale et devenir capitaine de l'armée française. Un grand amour, mais l'arrivée de la guerre de 1870, de la Commune et ses atrocités. L'histoire d'un homme bon, obéissant qui croyait être exemplaire en faisant son devoir et s'est trompé.
On découvre la vie d'une femme magnifique, héroïque qui ravagée face à l'engagement de son petit-fils dans les armées, est coincée face à la promesse faite à l'amour de sa vie, qu'elle a pourtant détesté pour ses actes.
"On ne bâtit pas sa vie sur un mensonge. Mais peut-on se construire avec une atroce vérité?"
Elle lui raconte son grand-père en trois week-ends, l'impuissance face aux guerres et à celle qui se prépare...
J'ai beaucoup aimé ce court roman, une écriture immersive plongeant dans le plus profond de l'âme humaine, l'obéissance est le propre d'un soldat mais jusqu'à quel point aller pour rester un homme ?
Est-il possible d'aimer passionnément et de haïr ensuite la même personne pour des actes commis par obéissance, sans choix possible ?
J'ai aimé revenir dans ce pan de l'Histoire, sur la société et les contextes géopolitiques de l'époque même si cela fait froid dans le dos dans notre période tourmentée. Se questionner, avait-il d'autres choix ?
Il y a aussi cette notion de vérité dont l'auteur fait le lien avec la plume de Dostoïevski
' L'aveu de vérité pour accéder à la rédemption', doit-on toujours tout dire ou conserver un part du mythe et 'Nier la vérité contre toute évidence' ? A méditer !
Un récit qui nous fait bien ressentir l'ambiance, l'atmosphère et les tourments de l'époque, un coup de cœur pour moi que je vous conseille vivement !
Les jolies phrases
Je ne suis pas devenu médecin, mais on dit que j'ai sauvé des vies.
Sa famille plaçait au-dessus de tout la tradition, le sens du sacrifice, ces âneries que tu colportes aussi. Mais ton grand-père avait un regard doux. Il donnait l'impression d'être différent des autres, de pouvoir changer si on l'y aidait. Evidemment, je me trompais. Personne ne change jamais, c'est à désespérer du genre humain. Toute sa vie, Lucien sera resté le petit garçon soumis à l'ordre établi. Le jour où il a compris qu'il ne devait obéissance à personne, il est mort.
On en oublierait jusqu'au pourquoi de cette guerre, le nom même de cet archiduc assassiné. Et la Patrie considérait la mort de ses enfants comme une simple et indispensable contribution au rétablissement de son honneur.
Des lettres de Grand-père, je préférais retenir les mots d'amour, la puissance des sentiments, l'ardeur d'une passion, cet amour éclatant, un amour comme on n'en vit qu'une fois, dit-on dans l'existence. Ces amants magnifiques me semblaient des voyageurs sur une terre lointaine où je ne poserais peut-être jamais le pied, et qui respiraient un air dont je redoutais de ne jamais m'enivrer.
Etait-il enfin venu, cet instant attendu autant que redouté qui nous confronterait à la grandeur de nos rêves, donnerait une justification à nos vies et bâtirait notre légende? Tous les efforts entrepris jusque-là pour faire de nous des officiers dignes de ce nom allaient enfin aboutir. Révéleraient-ils des êtres téméraires, d'une vaillance sans limite, ou des pleutres apeurés par la menace planant au-dessus de leurs têtes? Mériterions-nous cet honneur et ce privilège d'être des officiers français ? Serions-nous seulement dignes d'être appelés des hommes ? On s'observait du coin de l'œil, à l'affût d'un soupçon de peur sur un visage, d'un tremblement dans un geste de la main.
Il faut des massacres ! On ne va sur le champ de bataille que pour se faire massacrer !
En terrain découvert, le tirailleur ne se couche que lorsqu'il en reçoit l'ordre !
Vous pensez que l'aveu d'une vérité permet d'accéder à la rédemption ?
L'idée de rédemption est une invention des religions propre à contraindre l'homme à choisir le Bien ou à se sentir coupable d'avoir perpétré le Mal... Dans un autre roman, Dostoïevski a cette phrase : Le mensonge est la seule liberté de l'homme. Il nous faut mentir pour exister... Mais mentir, c'est aussi inventer des histoires...
Mais est-ce que pour toi la vie d'un général a plus de valeur que celle d'un ouvrier ?
Obéir est le seul, l'ultime devoir du soldat. Le jour où l'on s'engage, on troque sa liberté de conscience contre son uniforme et ses galons. Le Bien est de répondre aux ordres, le Mal est le camp en face. Quand on l'envoie à l'abattoir, le soldat retourne au règne animal, sa vie se résume à tuer ou être tué.
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