jeudi 18 juin 2026

Lalie en l'air - Anne-Sophie Kalbfleisch ♥♥♥♥♥

 Lalie en l'air   -  Anne-Sophie Kalbfleisch   ♥♥♥♥♥
















Rouergue
La Brune
Parution : avril 2026
Pages : 128
Isbn : 978-2-8126-2829-0
Prix : 18.00 €

Présentation de l'éditeur

Lalie n’est qu’une enfant. Et si elle dérive bien souvent de rue en rue, dans le quartier de l’Ancien Canal, c’est que ses parents travaillent et que ni sa grande sœur ni son grand frère ne veulent s’encombrer d’une gosse.
Un jour, elle entre dans le jardin d’un homme qui s’exprime avec un drôle d’accent.
Sa meilleure amie Sophie a beau lui dire que les hommes sont dangereux, Lalie ne peut renoncer à ses échappées auprès de Mark. Là où, enfin, quelqu’un prend le temps de s’intéresser à elle. Et puis elle ne lit pas les journaux, lesquels ne parlent plus que des petites filles qui disparaissent dans le pays, semant la peur et le désarroi.
Avec ce roman pudique et tendre, Anne-Sophie Kalbfleisch raconte par petites touches une amitié sous le sceau de l’interdit au milieu des années 1990, lorsque des crimes inouïs ont changé la Belgique.


Anne-Sophie Kalbfleisch


Née en 1988 à Bruxelles, Anne-Sophie Kalbfleisch est enseignante en physique. Elle a participé en tant que commandante à une simulation de mission sur Mars dans le désert de l’Utah. Cette expérience lui a inspiré ce récit ancré dans l’Amérique profonde, ses ambiguïtés et ses inégalités. En 2015, elle a été lauréate du Prix du Jeune Écrivain pour sa nouvelle « Un ours, et d’autres évidences ». En 2024 paraît son premier roman, Eureka dans la nuit, aux Editions du Rouergue.

source : Rouergue









Mon avis

Après "Eureka dans la nuit" qui était magistral, Anne-Sophie Kalbfleish nous revient avec brio pour ce deuxième roman d'un genre totalement différent, une véritable pépite à lire absolument.

Un roman court mais dense qui nous raconte une amitié merveilleuse dans un contexte difficile.  Nous sommes en 1994 à La Louvière en Belgique lorsque le roman commence à l'époque de l'affaire Dutroux qui aujourd'hui encore a laissé des traces.
Lalie est une enfant vive et solitaire souvent livrée à elle-même, son père rentre tard du resto où il travaille, sa mère est débordée par son travail et son père à gérer.  Nicolas et Justine, frère et sœur plus âgés ont d'autres priorités.  Du coup Lalie se promène seule au bord du canal et un jour découvre la maison de Mark, un flamand, jardinier discret vivant là depuis quelques années.  Mark était prof de bio à l'université, il est doux, attentif et connait plein de choses sur les oiseaux.  Lalie y trouve un père, un ami, elle se sent écoutée au centre des attentions chez lui.  Une amitié est née, Monsieur Mark va l'aider pour l'école, lui transmettre son savoir, Lalie sourit enfin. 

Mais nous sommes dans les années de disparition des fillettes, de l'affaire Dutroux et les regards suspicieux vont changer la vision des choses. Mais pourquoi un prof d'unif se retrouve ici comme jardinier, les rumeurs vont bon train et on a vite fait de faire un amalgame, de déformer les choses.

L'originalité du récit réside dans l'écriture, l'usage du "tu" pour Lalie nous donne un regard à hauteur d'enfant mais on a aussi d'autres points de vue, celui de son amie Sophie qui rêve de devenir détective, celui des adultes, des voisins. 

L'écriture est tout en délicatesse, poétique.  La tension grimpe au fil du récit, c'est somptueux.  Le récit nous replonge à l'époque et nous interroge sur la vision que l'on peut avoir en fonction du contexte social et des traces du passé.

Bravo Anne-Sophie et merci pour ce magnifique récit, un immense coup de cœur à découvrir au plus vite.

Les jolies phrases

Un homme, c'est un garçon adulte, ça cumule les défauts des deux. 

Tu te demandes si être enfant n’est pas la chose la plus dangereuse au monde, il suffit d’un adulte, un seul…

Tu penses à cet immense noisetier sur le chemin de l'école, à quelques rues de chez toi. Quand en automne tu passais par-là, tu ne voyais jamais de noisettes sur le trottoir, ou à peine les week-ends de grand vent. Mais cet automne, depuis les dernières disparitions, tu as vu le trottoir se couvrir de noisettes. Des tas et des tas de noisettes, que les écoliers ne ramassent plus. Parce qu'à présent les parents accompagnent ou déposent leurs enfants à l'école, parce que ceux-ci n'ont plus l'occasion de marauder, parce que : on a peur. C'est cela, que raconte le noisetier. La peur.

Au contraire des romans policiers, qui tendent à dissiper le mystère, le monde réel ne fait que l'épaissir.





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