jeudi 11 juin 2026

Trois fois la colère - Laurine Roux ♥♥♥♥♥

 Trois fois la colère   -  Laurine Roux  ♥♥♥




















Les éditions du sonneur
Ouvrage publié sous la direction de Marc Villemain.
Parution : 14/08/25
Pages : 256
ISBN : 9782373853278
Prix : 20 €
Prix des librairies indépendantes

Laurine Roux

Née en 1978, Laurine Roux vit dans les Hautes-Alpes où elle est professeur de lettres modernes.

Présentation de l'éditeur



« Avant toi, il y a eu des fautes. Avec toi, il y en aura. Il faudra réparer. »

Le temps des croisades. D’un coup d’épée, une jeune fille tue son grand-père, dit Hugon le Terrible. Ce geste prend racine plusieurs générations en arrière, aux confins des Alpes, où jadis sont nés des triplés affublés d’une mystérieuse tache au cou. Aucun des enfants – séparés au berceau – ne saura rien des deux autres, jusqu’à ce que le destin les entraîne tous dans une formidable épopée mêlant rébellion, vengeance et soif de justice.

Dans Trois fois la colère, Laurine Roux s’empare des grandes questions qui taraudent notre modernité : la domination masculine, l’emprise du passé, les identités à inventer, la réparation des victimes. Le tout campé dans une nature souveraine, symbole de l’amour et de l’espoir.


Mon avis

Laurine Roux est la lauréate du Prix des librairies indépendantes en France, un prix mérité pour cette petite pépite que je vous invite à découvrir.

Au temps des croisades, Miou accompagne son grand-père, Hugon le terrible et d'un coup d'épée mortel elle rend enfin justice aux siens, une vengeance qui prend source quelques générations précédentes.

Remonter aux sources du mal pour comprendre via quatre chapitres : racine, branche, sève, drageon. 

Un récit qui se déroule dans les Hautes-Alpes, en partie dans la forêt de Bénévent, la nature étant un personnage à part entière, mystérieuse, envoûtante, crainte pour ses sortilèges.  C'est dans cette forêt que tout a commencé et que Joseph le père de Gala a injustement été porté au bûcher. 

C'est dans cette forêt que Gala va accoucher avec l'aide de la Prodigue.  Trois enfants portant tous une tâche rouge, comme un coquelicot cousu dans le cou, la même que porte le seigneur Hugon, un homme infâme semant sa semence de force un peu partout.  Un pacte scellé entre la Prodigue et dame Clarisse qui souhaite un héritier va changer leur destin.

La Prodigue enlèvera les trois bébés,  Ephraïm avec un iris vert et un autre marron (signe du diable) sera déposé au monastère, le père Guillaume en prendra soin comme son fils, Reine sera comme convenu remise à dame Clarisse qui a simulé une grossesse et Mange-Ciel laissée pour morte, restera avec Gala dans la forêt.

C'est une fable médiévale, au temps des croisades, une épopée épique qui traite de sujets contemporains : la domination masculine, la soif de justice, l'emprise du passé et la recherche d'identité, la répartition aux victimes mais aussi la puissance de l'amour, la beauté et la force de la nature et l'espoir.

Cela se dévore, l'écriture est riche, poétique, sensorielle. La langue est puissante, très belle, on se laisse emporter par la magie de l'écriture.

Ce livre est un petit bijou que je vous invite à découvrir. 

Immense coup de cœur.  ♥♥♥♥♥

Les jolies phrases

Ainsi en allait-il du chagrin. On pouvait croire que tout s'éteignait en soi. Que plus jamais le printemps ne reviendrait. Mais depuis que le monde était monde, le printemps succédait à l'hiver. Un jour, le cœur battait de nouveau et la vie était possible.

Au plus fort de l'amour, les corps se mêlent si intensément qu'il demeure toujours une trace de l'autre en soi, de soi en l'autre.

Quand l’ordre engendre le désordre, l’homme juste désobéit.

Trois générations vengées d’un coup d’épée, trois fois la colère.

Oh, elle savait bien que son époux n'était pas un ange.  Qu'il se montrait capable d'excès d'humeur.  Elle était également au courant de ses infidélités.  N'était ce pas le lot de tous les hommes. Les plus nobles avaient beau jouer l'amour courtois, au coeur de chaque mâle sommeillait une brute.

Le seigneur marque une pause. Puis prie la jeune fille de s’approcher : le lendemain, elle descendra dans les jardins et s’assiéra devant les ruches. À l’intérieur vivent des milliers d’ouvrières. Une seule abeille les commande, qu’on n’aperçoit qu’en de rares occasions. Elle partage avec Beowulf bien des qualités - brave, résolue, n’hésitant pas à tuer ses rivales. Mais elle détient une qualité supérieure, dont le chevalier ne saurait se prévaloir : la reine des abeilles se sacrifie pour pérenniser sa colonie. Sans relâche, et jusqu’à sa mort, elle pond au service d’un intérêt qui dépasse le sien propre. Ainsi doit-il en être du pouvoir : entièrement dévoué à ses sujets…Une quinte de toux fauche le vieillard, dont le mouchoir se paillette de sang. Enguerrand murmure avec peine, Tu n'es pas Reine pour rien.

Ephraïm n'est pas dupe, mais ne juge pas: dans les livres, il a trouvé le goût de l'univers. Faute d'arpenter sa vastitude, il en nomme la diversité - herbes, reliefs, outils, pierres, anatomie, sentiments...
L'histoire de Guillaume et de Pietro existe, aussi bien que la sauterelle ou la myrtille.  Des termes précis doivent donc pouvoir la désigner.  Ceux de contre-nature, de pédérastie ou d'impureté, répétés à l'envi par le clergé, lui semblent inappropriés.  Quand Pietro mange Guillaume des yeux, une joie irradiante consume sa pupille.  Cette joie ne détruit rien, n'abîme personne ; au contraire, elle rend le monde plus lumineux.  Ephraïm voudrait que chacun nomme cet amour célébration.  

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