dimanche 4 novembre 2018

Simple d'esprit Le fada de Bousiéyas

Simple d'esprit

Le fada de Bousiéyas                          Jean-Claude Lefebvre

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Editions La Trace
Parution : 01/05/2018
Pages : 150
ISBN : 979-10-197515-07-2
Prix : 18 €

Présentation de l'éditeur


Le simple d'esprit avec son sourire figé "TOUJOURS COUNTEN", nous qui le croisons, que savons-nous de lui ? Il nous raconte ses joies, ses peines et ses angoisses, ses amours, ses douleurs dans une époque et un environnement rudes.

Son monde n'est pas tout à fait le nôtre, mais le notre est-il si différent du sien ?


L'auteur


Après « Barnabé et le Vieux Fou », « Insomnies » et « Ils m’appelaient Doctor John », Jean-Claude Lefebvre revient dans ses montagnes pour se mettre dans la peau de « Simple d’Esprit, le Fada de Bousiéyas » dont les idées frissonnent dans la tête comme les petites pensées sauvages au vent des alpages.
Jean-Claude Lefebvre est aussi médecin à la retraite, pas toujours à la retraite ...avec des missions pour MSF en Syrie, en Lybie et en Afrique ...


Mon avis


Attention pépite !  ♥♥♥

Un grand merci à Jean-Philippe Laffont et aux jeunes éditions "La Trace" pour la découverte de cette pépite.  Un livre que je n'aurais sans doute jamais découvert autrement, et quelle erreur, je serais passée à côté d'un petit bijou !

Avant de parler de l'histoire, je tiens à souligner la beauté de l'objet.  Le livre est soigné, avec un visuel magnifique qui reflète à merveille l'esprit du livre. Bravo.

Exercice difficile, trouver les mots sur ce récit magnifique. C'est parti !

Direction Bousieyas, un petit village des Alpes Maritimes dans l'arrière pays niçois.
C'est un 24 décembre que verra le jour Jean-Noël dit le Fada de Bousieyas.

La naissance s'annonce difficile, le bébé ne vient pas, il neige, il faut aller à la rencontre du docteur dans cette nature hostile, traîneau et mules sous la neige, braver le froid !  Il faudra utiliser les fers pour que Jean-Noël voit le jour.  Il en sera marqué à vie, un oeil fermé, le visage déformé à tout jamais.. Il ne respirera pas de suite laissant quelques séquelles au niveau de son développement intellectuel.

Un chouette professeur le prendra à l'école mais au départ de celui-ci, il sera rejeté, deviendra la risée de tous au village.  L'amour de ses parents le portera, lorsqu'au village on l'embêtera, pour éviter les affrontements il suivra les conseils de sa maman , il sourira, se forgera une carapace.

"Toujours counten" , on dit de lui , se sera la façon d'éviter des reproches et d'avoir la tranquillité, d'éviter que l'on s'acharne sur lui et devienne le souffre-douleur.

Mais pourtant, il n'en est pas si insensible, il nous raconte ici son histoire, nous donne sa vision des choses.

Il est sensible, il ressent toutes ces choses en dedans mais à du mal à s'exprimer.  L'amour inconditionnel de ses parents, la bienveillance de Georges son parrain et son confident "Néan", un âne du Poitou différent comme lui, lui permettront d'avancer, d'apprendre le métier de muletier de son père, de garder des chèvres en montagne.... et surtout de vivre comme tout le monde, une vie simple au rythme des saisons.

Un magnifique récit, une plume poétique, bien particulière qui m'a séduite d'entrée de jeu.  L'écriture est sensible comme notre "fada", magnifique.

Elle nous décrit à merveille la montagne, la nature.  On ressent la tempête, l'orage, la neige, on voit littéralement les paysages, on ressent la nature en soi. 

Un roman qui nous parle d'un autre temps, nous sommes au siècle dernier. Il nous parle de la modernisation, de la fin du métier de muletier avec l'arrivée des routes, de la période de la première guerre..

Les mots, l'apprentissage auront une place importante.  Amour, différence, regard des autres sont des thèmes abordés tout en sensibilité, un roman magnifique, à découvrir de toute urgence.

Vous l'avez compris c'est vraiment un immense coup de coeur, un livre qui m'a touchée.

Ma note : ♥♥♥♥♥

Les jolies phrases

J'aurais pu recopier le livre !!!!

J'ai beau être simple d'esprit, j'ai un coeur comme les autres.

Ces gens sont comme les mélèzes, ont l'écorce rugueuse et les pieds bien en terre, même s'ils sont courbés par le vent et la neige.  Ils sont faits de bois dur, dont le coeur rouge saigne.

- Les gens, ne sont pas tous gentils, ils n'aiment pas que l'on soit DIFFÈRENT ni que l'on ne pense pas comme eux. Toi, tu es DIFFÈRENT, plus doux et tes idées dans ta tête ne suivent pas le même chemin, alors ils ne peuvent pas te comprendre.  Aussi quand quelqu'un te traite de Fada, de simple d'esprit, t'insulte ou te dit quelque chose que tu ne comprends pas, souris, es ben mieil.  (c'est bien mieux)
- Mais je n'ai pas envie de sourire quand ils sont méchants !
- C'est pour cela qu'il faut sourire, m'a t-elle répondu, s'ils voient qu'ils te mettent en colère, que leurs paroles te blessent, ils continueront et ce sera pire.  Alors que, si tu leur souris, s'ils te croient toujours content, ils se lasseront rapidement et te laisseront tranquille.  Souviens-toi de cela et souris.
... je suis devenu aux yeux des autres "un Bouan fada toujours counten", le simple d'esprit pour qu'ils me laissent la paix.

Tu sais comment ça fait d'être amoureux ?  ça met du miel à l'intérieur, mais quand il n'y a plus de miel, il reste les abeilles qui te mangent le coeur.

Le doute, c'est terrible, c'est comme la pourriture dans le fruit, si on le laisse, il gâte tout, dans mon grand bonheur tout neuf il y avait une épine.

Le mariage, c'est une histoire d'amour, pas de différence, il faut deux êtres qui s'aiment...  S'ils s'aiment, ils n'ont pas besoin d'être pareils.  Un garçon et une fille ce n'est pas parce qu'ils sont différents de ceux qui les entourent qu'ils ne peuvent pas s'aimer, se marier et être heureux.  Le mariage c'est comme une soupe de légumes à laquelle tu ajoutes de l'huile d'olive.  L'huile et la soupe sont différentes, la preuve, c'est que, l'huile flotte sur la soupe et comme cela ce n'est pas particulièrement bon.  Par contre si tu brasses les deux ça devient goûteux, mais si tu veux que ça le reste, il faut continuer à brasser jusqu'à la dernière cuillerée.  Le mariage c'est pareil, ce n'est pas la différence qui emporte, c'est d'entretenir jusqu'au bout.



Encore merci aux éditions La Trace, une jeune maison prometteuse que je vais suivre d'un peu plus près.

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