mardi 15 septembre 2026

Après Mireille - Robin Josserand

 Après Mireille  -  Robin Josserand




















Mercure de France
La Bleue
Parution : 27/08/26
Pages : 160
Isbn : 9782715268579
Prix : 16 €



Présentation de l'éditeur

« Je scrutai une dernière fois le visage de mon arrière-grand-mère. J’aurais tant aimé lui accorder cette humanité qui m’a ému dans ses livres, faire apparaître des irisations de délicatesse, de bonté. J’ai entretenu l’espoir de pouvoir relativiser la colère de mon grand-père, de dessiller le regard sur son histoire, espérant qu’il ait involontairement laissé des pistes de côté. Mireille était une femme blessée. Une orpheline confiée à l’Assistance publique. Une survivante, réduite à l’état de bête. »

Pour brosser le portrait de son arrière-grand-mère Mireille, Robin Josserand dispose d’un témoin privilégié : Jean-Claude, son grand-père. Celui-ci a quatre ans et demi quand sa mère est arrêtée et déportée pour faits de résistance. À son retour, neuf mois plus tard, elle n’est plus la même, désormais incapable de prendre soin de ses enfants. Sa peine, elle l’écrira dans deux livres.
Fils mal aimé, Jean-Claude est devenu un homme meurtri. Grâce à de nombreuses conversations avec le narrateur il pourra enfin saisir toute la complexité de l’histoire de sa mère, esquissant le début d’un pardon.
Comment vivre après avoir connu les camps ? Roman familial aux entrées multiples, Après Mireille parle de mémoire et de transmission. Robin Josserand nous entraîne dans une enquête passionnante sur les traces de son aïeule.


Robin Josserand




Robin Josserand est bibliothécaire. Il vit et travaille à Lyon




Photo Francesca Mantovani ©Gallimard



Mon avis

Tout commence au mémorial de Ravensbrück où l'arrière-grand-mère de l'auteur, Mireille fut déportée durant 9 mois laissant son fils, Jean-Claude âgé de 4 ans et demi à son départ.

On quitte Ravensbrück avec un silence intérieur; silence lourd d'une mémoire que l'on a désormais en partage, reçue telle une brûlure.  

Au départ de ces silences, de ce vide, Robin Josserand va partir sur les traces de son arrière-grand-mère, Mireille, décédée trois ans avant sa naissance, une manière peut-être en écrivant son histoire de casser le cycle de l'abandon. 

Mireille, institutrice, mère aimante lors de son arrestation comme prisonnière politique, est une résistante courageuse. Á son retour, 9 mois plus tard, c'est une bête sauvage, blessée qui se mure dans le silence, elle est froide, brutale, ne veut voir ses enfants, les envoyant en famille d'accueil ou en pension, ailleurs loin d'elle.  


L'auteur va rencontrer son grand-père chaque semaine, au Creusot, pour faire remonter ses souvenirs, s'aider de photos, de cahiers, de documents pour reconstituer la complexité de Mireille, son histoire, sa personnalité, ses ressentis, et aider Jean-Claude, homme meurtri au début du pardon.

Deux livres écrits laissés par Mireille Mallet, le premier rédigé à son retour des camps, "Sous le signe du triangle" , est le seul moment de parole avant de se murer dans le silence et sa souffrance et quelques années plus tard, un roman, une autofiction "Le pain blanc".

Une enquête passionnante à l'écriture sobre et précise.  Elle relate le cheminement, les entretiens au Creusot avec son grand-père, questionne, interroge afin de comprendre la douleur, la souffrance qui fait que quelque part la victime soit devenue bourreau à son tour et peut-être martyrisa les autres dans l'espoir de souffrir moins !

Ma note : 9/10

Les jolies phrases

Les témoignages de mon grand-père et les livres de sa mère m'apparaissent comme les contrepoints d'une même histoire.  Celle d'une femme empêchée, éloignée de toute forme de vie et de joie.  Sa triste façon d'être au monde, sans éclat, sans colère, une ombre n'ayant jamais su s'adapter à la plus pâle des lumières. 

Je reste prisonnière de moi-même plus que je ne le fus jamais de mes bourreaux parce que je ne possède plus l'espoir tenace et vivifiant de m'échapper. 

Je sais enfin que Mireille n'a pas tout dit, tout écrit dans ce premier livre, parce qu'advient le moment où le récit ne peut traduire l'indicible, l'horreur, et c'est là qu'intervient la fiction.  Si j'ai une quelconque certitude concernant  la littérature, c'est qu'il n'y a que l'acuité du roman qui puisse assumer le désordre du réel. 

Et si, inconsciemment, c'était avec ses livres que Mireille avait fait le plus beau geste, à savoir donner les clés de résilience et tendre une main aux générations futures pour casser le cycle des abandons ?  Je répondis : "Je suis en effet de ceux qui pensent qu'un livre peut tout racheter et qu'il est possible d'absoudre grâce à une ligne. "

Mais surtout, ce qui me frappe, c'est que cette femme, on la plaint, on lui parle, mais on ne la regarde pas.  On l'élude.  On l'esquive.  On ne cherche pas à comprendre. 

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