mercredi 1 juillet 2026

La nuit des cochons - Hélène Zoler

La nuit des cochons   -  Hélène Zoler




















Murmure des soirs
Parution : mars 2026
Pages : 220
Isbn : 978 2 931235 36 2
Prix : 22 €

Présentation de l'éditeur


Trente-cinq ans après avoir fui la ferme familiale un soir d’été, Julien, la cinquantaine, mène une vie solitaire et tourmentée, dans laquelle son passé et sa famille n’ont aucune place. Un matin, il reçoit un appel de sa sœur Faustine lui annonçant qu’une autre de ses sœurs, Agnès, est mourante et le réclame inlassablement. Convaincu d’avoir fait le bon choix en tournant définitivement le dos à une famille qui n’en était pas une, Julien cède cependant à la curiosité, et peut-être, aussi, à sa conscience.


Alors qu’il croyait pouvoir n’y faire qu’une brève incursion, Julien va replonger malgré lui dans ce passé marqué par la misère affective, l’étroitesse d’esprit de la campagne des années 50, la violence verbale et physique d’un père, l’indifférence d’une mère, jusqu’à la nuit des cochons, au cours de laquelle leur père a trouvé la mort. Que s’est-il réellement passé ?


Trente-cinq années plus tard, les circonstances restent floues, mais pour le salut d’Agnès, Julien se met en quête de la vérité. Mais est-ce Agnès ou lui-même qu’il tente d’apaiser ?


Mon avis

Quelle claque ce premier roman que je vous invite à découvrir au plus vite !  Un roman qui démontre que nos belges ont du talent.  Entre roman noir rural et thriller domestique, c'est noir, très noir, une écriture, une ambiance qui m'a un peu fait penser à l'univers de "Débâcle" de Lise Spit. 

Nous sommes en 1991, cela fait 35 ans que Julien a quitté la ferme familiale après la fameuse "nuit des cochons" qui a vu le décès de son père dans des circonstances troubles.  Que s'est-il véritable passé cette fameuse nuit ? Julien est toujours en questionnement et c'est l'appel de sa sœur Faustine qui va le ramener à ces souvenirs, à son sentiment de culpabilité.  C'est à la demande de son autre sœur "Agnès" qu'elle renoue contact, Agnès est au bout de sa vie et réclame son frère à tout prix pour trouver la paix avant de partir.

Retour en 1956-1957 dans cette famille dysfonctionnelle, un père alcoolique, jaloux, violent, dominant qui impose ses lois, semant la peur au sein de la famille nombreuse, une mère froide, silencieuse, détachée.  On vit dans le monde rural avec quelques animaux dont des cochons.  Chaque année la mise à mort du cochon pour une subsistance économique.  Un geste qui avec la violence du père laisse des traces, traumatise la famille.  Des peurs, des dénis, l'alcoolisme du père, son racisme, sa xénophobie, c'est tout ce qui ravive la mémoire de Julien en répondant à l'appel d'Agnès.

L'écriture est très visuelle, efficace, elle vous prend et ne vous lâche pas.  La tension grimpe au fil des pages et des secrets qui éclatent.  Un magnifique premier roman à découvrir au plus vite !

Ma note : un coup de ♥


Les jolies phrases

On croise toute la misère du monde dans un hôpital.  On croise la peur, la douleur, le renoncement, la fin d'une époque.  On croise la joie des guéris aussi, soulagés d'en sortir, mais sachant pertinemment, sans se l'avouer, qu'un jour iles reviendront pour de bon. 

Nous sommes comme prisonniers d'un bocal à poissons, redécouvrant à chaque circonférence parcourue l'horreur du tour suivant.  Je me suis longtemps demandé quel pouvait être le sens de nos vies dans ce bocal.  Dans cette eau trouble et vaseuse, notre seul objectif était de survivre, dussions-nous pour cela tourner en rond, de plus en plus vite.  Je me disais pourtant qu'il arriverait bien un moment où tourner en rond ne suffirait plus.  La survie ne pouvait être l'accomplissement d'une vie, elle n'en était qu'un moyen indispensable.  J'espérais qu'après le bocal viendrait le ruisseau, puis la rivière et enfin le fleuve.  

J'ai l'impression d'exister et c'est une sensation inédite pour moi.  Cette sensation est aussi réconfortante que douloureuse.  J'ai toujours pensé ne pas mériter une quelconque forme d'attention, puisque même mes parents ne se sont jamais donné la peine de faire semblant de m'en accorder. 

La vie peut se montrer plus dure avec certains, mais au bout du compte on choisit comment y faire face. 

On ne fouille pas dans la merde des gens, de peur qu'on s'intéresse à la vôtre ! 

Je me dis qu'en soi la laideur ne s'exprime jamais aussi pleinement que dans sa confrontation avec la beauté, qui la met en valeur.