jeudi 4 décembre 2014

Petits oiseaux Yôko Ogawa 9/10 ♥






PETITS OISEAUX

Yôko OGAWA




ACTES SUD
Septembre, 2014
11,5 x 21,7 
272 pages
traduit du japonais par : Rose-Marie MAKINO-FAYOLLE
ISBN 978-2-330-03438-2
prix indicatif : 21, 80€



Quatrième de couverture



Il est le seul à pouvoir apprendre la langue pawpaw afin de communiquer avec son frère aîné, cet enfant rêveur qui ne parle que le langage des oiseaux, n’emploie que ces mots flûtés oubliés depuis longtemps par les humains.
Après la mort de leurs parents, les deux hommes demeurent ensemble dans la maison familiale. D’une gentillesse extrême, l’aîné, qui ne travaille pas, se poste chaque jour tout contre le grillage de la volière de l’école maternelle. Peu à peu, la directrice remarque son calme rassurant pour les oiseaux, sa façon subtile de les interpeller, et lui confie l’entretien de la cage.
Quant au cadet, régisseur de l’ancienne résidence secondaire d’un riche propriétaire du pays, le jardin de roses, les boiseries des salons, la transparence des baies vitrées sont à la mesure de son attachement pour les lieux de mémoire. Parfois, les deux frères décident de “partir en voyage”. Valises en main, ils font halte devant la volière. Ravis de palabrer avec les moineaux de Java, les bengalis ou les canaris citron, ils oublient dans l’instant tout projet de départ. Un jour pourtant le calme du quartier semble en danger, une enfant de l’école disparaît.
Petits oiseaux est un roman d’une douceur salvatrice qui nous confie un monde où la différence n’influe pas sur le bonheur, où la solitude conduit à un bel univers, un repli du temps préservant l’individu de ses absurdes travers, un pays où s’éploient la voix du poème, celle des histoires et des chants d’oiseaux, celle des mots oubliés.


L'auteur





Yôko Ogawa est née le 30 mars 1962 à Okayama.

Elle a remporté le prestigieux Prix Akutagawa pour "La Grossesse" en 1991, et également les Prix Tanizaki, Prix Izumi, Prix Yomiuri, et le Prix Kaien pour son début.

Son univers obsédant, son écriture d'une exigence totale, d'une économie et d'une accuité remarquables, donnent à son œuvre déjà importante une place indéniable dans la littérature contemporaine.

Ses romans sont caractérisés par une obsession du classement, de la volonté de garder la trace des souvenirs ou du passé (L'annulaire, 1994 ; Le Musée du Silence, 2000, "Cristallisation Secrète", 1994), cette volonté conjuguée à l'analyse minutieuse de la narratrice (ou, moins fréquemment, du narrateur) de ses propres sentiments et motivations (qui viennent souvent de très loin) débouchant fréquemment sur des déviations et des perversions hors du commun, le tout écrit avec des mots simples qui accentuent la force du récit.

Elle est influencée par les écrivains japonais classiques comme Junichiro Tanizaki, mais également, grâce à son écrivain préféré Haruki Murakami, par des auteurs américains comme F. Scott Fitzgerald, Truman Capote et Raymond Carver. Pendant ses études en littératures anglaises/américaines à l'université de Tokyo, son professeur, Motoyuki Shibata (qui a fait la première traduction d'Ogawa en anglais, et traducteur en japonais de Paul Auster) lui fait connaître Paul Auster, dont le roman Moon Palace a eu une grande influence sur Ogawa.

L’œuvre de Yoko Ogawa, qui ne cesse d’être traduite dans le monde entier, est publiée en France par Actes Sud. Récemment parus : Les Tendres Plaintes (2010), Manuscrit zéro (2011) et Les Lectures des otages (2012).




source : Babelio

Mon avis

C'est dans le cadre des matchs littéraires de la rentrée  que je découvre le style de Yôko Ogawa.


Si comme moi, vous appréciez la littérature japonaise, je pense que vous serez comblé en découvrant ce petit bijou écrit tout en finesse.  Ogawa est une vraie poète, avec beaucoup de sensibilité et en mariant les mots de façon exemplaire elle nous décrit ici le destin de deux frères, dont la différence les a fait vivre en marge de la société dans un monde parallèle qui est le leur.

En effet, nous allons vivre la vie de l'homme aux petits oiseaux. Le livre débute par la découverte de son corps, une cage contenant un oiseau à lunettes à proximité.  Mais qui était cet homme surnommé par tous l'homme aux petits oiseaux ?  Il était tellement discret.  Peu le connaissait vraiment.

Il était le cadet et longtemps indissociable, inséparable de son frère aîné.  L'aîné était "différent", il ne parlait pas comme nous, il parlait un langage proche de celui des oiseaux (paw-paw) que seul son cadet pouvait comprendre.  Celui-ci était son interprète, son lien, son contact avec la vraie vie.

Le cadet a peu à peu renoncé à vivre pour lui-même, il s'est sacrifié pour son aîné, surtout depuis le décès de ses parents.  Il a appris à vivre dans ce monde intérieur, avec ses rituels, ses habitudes immuables :
- l'achat de la sucette paw-paw au papier d'oiseau le mercredi à la pharmacie du village, cela même si au fil du temps la propriétaire avait changé
- le sempiternel sandwich de mie le midi
- l'écoute de la radio le soir
- les voyages intérieurs et imaginaires
- l'observation des oiseaux (la volière de l'école)

Ils vivent ensemble la différence de l'aîné, ils ont une grande complicité, et lorsque l'aîné disparaît, le cadet va vouloir conserver le lien qui les unissait, les oiseaux.  Il va s'ouvrir petit à petit au monde mais s'enfermera dans celui des oiseaux et créera d'autres rituels pour garder ce lien :
- la bibliothèque et les livres toujours sur les oiseaux
- la résidence, la volière de l'école
- les patchs mentholés ..

Yôko Ogawa nous décrit le quotidien, les détails de la vie  mais la moindre description prend de l'ampleur tant le choix des mots sonnent agréablement, tout en finesse, poétiquement.  Les oiseaux prennent bien entendu une place majeure dans le récit.  C'est lent, très lent mais cela reflète à merveille la répétition du quotidien de nos deux protagonistes.  J'ai adoré le style, l'écriture.
Merci encore à Price Minister Rakuten pour ce bon moment.


Qualité d'écriture : 5/5
Plaisir de lecture  : 4.5/5
Originalité du livre : 4.5/5

Ma note globale : 9/10

Les jolies phrases

Le langage d'un seul être au monde le reliait à son frère d'une manière si intime qu'il ne faisait plus qu'un avec lui, si bien que jamais il ne lui serait venu à l'idée de s'en détacher pour l'enregistrer.

Même si le petit garçon connaissait les mots correspondant aux images sur les cartes, ceux-ci n'étaient que de simples blocs, et il lui était impossible de restituer la charpente qui les articulait et le charme des résonances qui soutenaient l'ensemble.

Les oiseaux à lunettes avaient un chant encore plus pur que celui de l'eau, du cristal ou de toute autre chose au monde, ils élaboraient une dentelle de voix cristalline, dont en se concentrant on aurait presque pu voir se détacher les motifs dans la lumière.

Il pensa que son aîné était mort à l'endroit qui lui convenait le mieux.  Dans ces derniers instants, les oiseaux à ses côtés représentaient pour eux deux consolations irremplaçables.

Tout en se penchant pour nettoyer de fond en comble cette volière que sa vie durant son frère aîné n'avait cessé de contempler, il écouterait derrière lui s'élever le chant d'amour des oiseaux.  C'était la meilleure façon de se rapprocher de son frère défunt, pensa-t-il en son coeur.

Les gens qui lisent des livres ne posent pas de questions superflues, ils sont paisibles.

L'oreille du vieillard se trouve juste devant ses yeux.  Toujours aussi fraîche, comme si seul cet endroit avait échappé à la vieillesse, elle se découpe nettement dans les couleurs du soir.  La tiédeur de son corps affleure à l'ourlet du pavillon.  Il comprend que cette oreille est à l'écoute.  Lui qui n'a cessé d'observer son grand frère à la volière et de traduire ses propos, il comprend la différence d'une oreille essayant d'entendre quelque chose d'important et une oreille ordinaire qui ne s'en soucie pas.  Il éprouve de la nostalgie.  Du simple fait de se trouver aux côtés de quelqu'un qui tend l'oreille, il sent s'apaiser son mal de tête. 

3 commentaires:

Bernieshoot a dit…

je participe également mais j'ai choisi un autre titre.
j’apprécie la qualité de votre chronique qui donne une bonne vision de ce livre et de l'auteur et l'idée des critères me plait beaucoup.

Ameni a dit…

J'aime beaucoup Yoko Ogawa, ce livre m'attend sur mes étagères. J'attends quand même le plus possible avant de lire Les petits oiseaux. Une fois fini, il faudra attendre le prochain...
Merci pour ces extraits, c'est toujours un vrai plaisir de lire cette auteur !

Nathalie Vanhauwaert a dit…

Bernieshoot quel livre avez-vous choisi ? merci pour votre commentaire.

Ameni j'attends avec plaisir vos impressions à la fin de votre lecture.