lundi 23 février 2015

Les brumes de l'apparence Frédérique Deghelt ****

Les brumes de l'apparence

Frédérique Deghelt




Actes Sud
Mars, 2014
11,5 x 21,7
368 pages
ISBN 978-2-330-03023-0
prix indicatif : 21, 80€

Résumé


Quand un notaire de province lui annonce qu’elle hérite d’une masure au milieu de nulle part dans l’isolement d’une forêt, décidée dans l’instant à s’en débarrasser, Gabrielle (parisienne, quarante ans) s’élance sur les routes de France pour rejoindre l’inattendu lieu-dit, signer sans état d’âme actes de propriété et autres mandats de mise en vente, agir avec rigueur et efficacité.
Un paysage, un enchevêtrement d’arbres et de ronces à l’abandon, où se trouve blottie depuis des décennies une maison dont une seule pièce demeure à l’abri du ciel, dix hectares alentour, traversés par le bruissement d’une rivière et d’une nature dévorante. Tel est le territoire que découvre Gabrielle, insensible à la beauté étrange, voire menaçante, des lieux, après des heures de route.
Contrainte de passer la nuit sur place, isolée, sans réseau téléphonique, Gabrielle s’endort sans avoir peur. Mais son sommeil est peuplé de rêves, d’odeurs de fleurs blanches et de présences.
Dans les jours qui suivent, toutes sortes de circonstances vont l’obliger à admettre ce qu’elle refuse de croire : certains lieux, certaines personnes peuvent entretenir avec l’au-delà une relation particulière. Gabrielle en fait désormais partie : elle se découvre médium.
De livre en livre, Frédérique Deghelt interroge notre désir d’une autre vie, explore les énigmes de notre perception, dévoile ce qui en nous soudain libère le passage entre la rationalité et l’autre rive.
Un roman jubilatoire, profond et inquiétant.

L'auteur

Photo de Frédérique Deghelt par Astrid di Crollalanza



Frédérique Deghelt est une romancière française vivant à Paris. Elle est également journaliste, réalisatrice de télévision, elle est écrivain à temps plein depuis 2009.

Elle nous parle de son livre



Mon avis


Un livre acheté en février 2014 lors de la rencontre de son auteure à la Foire du livre de Bruxelles.  J’avais adoré « La grand-mère de Jade », la sensibilité de cette belle plume.  Je vous emmène dans un registre différent, à la rencontre d’un monde plus obscur : « les médiums /la vie après la vie » .

Gabrielle, parisienne va avoir quarante ans.  Elle est mariée  à Stan, un chirurgien esthétique et est mère d’un grand ado Nicolas. Elle travaille dans l’événementiel.
Elle hérite d’un terrain et d’une masure à St Maboul-les-Oies en province.  Elle se rend sur place pour organiser la vente de ce bien et rencontre Jean-Pierre, un agent immobilier. Ils deviendront amis et cette rencontre changera sa vie.


Par la force des choses, elle sera contrainte de passer une nuit sur place et découvrira la beauté étrange mais aussi menaçante des lieux.  Elle s'endormira là-bas, seule, isolée du monde (sans réseau téléphonique) et son sommeil peuplé de rêves, de présences, d'odeurs de fleurs blanches la poursuivra.

Elle est cartésienne, mais sera obligée d'admettre l'inadmissible dans les jours qui suivront suite aux circonstances.  Gabrielle a un don, elle est medium et entretient des relations avec l'au-delà.

Une seconde maison se trouve sur ce terrain, elle semble maléfique, des phénomènes étranges et désagréables s'y produisent.

Voilà le décor est planté.  Gabrielle, dans un premier temps ne veut pas y croire mais elle sera obligée de l'accepter.  Elle va nous emmener dans diverses réflexions et si la vie ne s'arrêtait pas lorsqu'elle s'arrête selon nous.  Et si nous n'étions pas du "matériel physique" mais de l'impalpable, une connection entre ces deux êtres.  Un bien vaste débat.

J'ai par moment eu l'impression que je lisais Didier van Cauwelaert qui puise souvent son inspiration dans ce domaine.  

Un récit à lire avec un regard ouvert sur les perceptions de chacun.  D'aucuns le trouveront farfelu, tiré par les cheveux, d'autres l'adoreront.  A chacun sa vision. La perception dépendra des croyances de chacun.

La lecture fut agréable, l'histoire est bien construite ; mystère, suspense, intrigues menées du début à la fin.  Un bon choix des mots. Une jolie plume fluide et sensible. 

Les interrogations sont bonnes.  Ce récit incite vraiment à la réflexion, la remise en cause du bien fondé de la vie,  un élément peut faire tout basculer en fonction de la perception de chacun. 

Ma note : 8/10

L'avis des copines


Dans le cadre de ‘Challenge pour réduire ma pal », voici une LC avec Sur la route de Jostein

Voici l'avis de Sophie ici

Les jolies phrases

Personne n'est irremplaçable et ceux qui pensent le contraire auront mille fois l'occasion de constater qu'ils se trompent.

Avoir peur pour de faux, comme disent les enfants, nous protège de nos véritables angoisses.

Telle une gamine, j'éprouve la joie profonde d'être seule, oubliée, dans ce morceau de nature que je dois vendre au plus vite.

J'aimerais connaître les arborescences de ma vie, qu'elles m'apparaissent, comme une gigantesque carte des possibles où je contemplais avec gourmandise mes abandons, les routes délaissées au fil des incertitudes, les histoires avortées.

Comme si je pouvais me fondre dans chaque être qui m'entourait tout en demeurant une entité distincte.

La peur, c'est toujours et avant tout l'ignorance, la rencontre de l'inconnu.  Affronter sa peur, c'est refuser de souscrire à sa propre ignorance.  Mais si cette ignorance est également celle des autres, c'est pire encore.  On se sent très seul à désirer un partage ne suffirait pas.

Les rapports humains dans le monde des affaires tiennent à ces petits détails inhumains dont il faut jouer pour être pris au sérieux.

Est-il possible en vingt-quatre heures de passer dans un monde où l'on devient une personne qui n'est plus en accord avec ses propres pensées ?

Nous avons lié comprendre et croire, savoir et choisir, expliquer et agir.  Ce n'est pas nécessaire.  Vois-tu, je sais ce que je sens, même si je ne peux pas l'expliquer.  Je choisis la voie qui donne de la cohérence à mon existence même si je ne sais pas tout, j'admets sans comprendre, et, si je me suis trompée, je ne le saurai jamais.

Je n'avais pas de souci majeur, j'étais comme protégée, et alors ... Certaines vies sont ainsi : elles avancent au milieu des tempêtes, tout autour, d'autres souffrent, tombent, disparaissent, luttent, et ce n'est pas leur problème.  Les maladies, la fatalité, les vies malmenées, tout est imputable au hasard, au travail, à la chance plus ou moins provoquée selon les jours, au bénéfice du doute.

Tu le comprendras, on ne risque rien à devenir ce que l'on est déjà. On connaît la valeur de la vie et ce que cela peut apporter d'être au monde.  Il ne faut mettre de l'énergie qu'à être soi-même. Se trouver reste la clé.

C'est la peur qui l'a guidé, il m'a crue réellement folle.  Je n'y arrive pas. Je suis anéantie par la peine.  Je n'ai même pas de colère.

Cet appartement que j'aimais tant était devenu du carton pâte, le révélateur de mon aveuglement.

Quand ceux qu'on croyait fiables vous renient sur la parole d'un seul, qu'espérer ?

Ainsi, les autres savaient déjà que l'homme que j'aimais était amoureux d'une image inchangeable.

Les amis réparent les blessures irrémédiables ... Etre rejetée m'a poussée à vouloir tester ceux qui désormais seront à mes côtés, sans faire semblant.

C'était une vérité et, comme toute vérité, ça n'avait rien d'une croyance.  Un jour, j'en étais persuadé, ce quelque chose appartiendrait à la connaissance, à la science à l'explicable.  Je me disais que j'avais en quelque sorte visité l'Amérique avant la découverte de Christophe Colomb et que le paysage là-bas était à la fois semblable et complètement différent de celui-ci.

La vie est comme un tableau, on y voit ce qu'on ne croyait pas avoir peint.

Si l'on doit admettre que ce qui ne se voit pas n'existe pas et ne mérite pas de nom, alors votre naïveté est sans bornes.

L'amour nous entraîne sur les chemins de l'idéalisation et le désamour plein de griffes sur ceux de la défiguration.

Pour l'instant, j'ai déchiré le papier peint de mon existence et rien ne pourra me faire renoncer à cette envie de voir en dessous et peut-être de l'abattre.

Les religions du monde entier n'ont aucun intérêt à ce que le pouvoir, dont elles ont fait un usage démesuré à toutes les époques et dans tous les pays, leur soit retiré.

La peur ancestrale de notre véritable nature, c'est la peur de l'inconnu.  C'est toujours la peur qui déterminera la violence et la fermeture de l'esprit.

Etre le méchant prépare en douce l'avenir du futur adulte à ne pas combattre un désespoir obscur qu'il a adopté depuis l'enfance.

La mauvaise foi, ce n'est pas se tromper de croyances c'est faire penser aux autres qu'on n'a rien compris.

L'après vie appartient aux religions et notre vie corporelle aux médecins.  Deux colossales maisons se partagent ainsi un pouvoir indiscutable et jamais remis en jeu sur la totalité de notre vie.

Est-ce que je me rendais compte de ce que ça peut être, offrir à quelqu'un quelque chose qui est réellement une surprise pour lui, une surprise à laquelle on a pensé en se demandant ce qui va pouvoir vraiment lui donner du bonheur?

Le doute est une chose terrible parce qu'on ne sait pas très bien comment il grandit ni à quel moment il fout en l'air toutes nos certitudes.  Mais ce dont on peut être sûr, c'est que pour l'éliminer, il faut aller le chercher à la racine.  La fragilité qu'induit en nous le doute finit par peser une enclume.

L'anéantissement d'un être humain n'est rien si celui qui lui porte amour et compassion peut lui redonner de la confiance, de l'espoir, voire de l'espérance.

Je vais vivre et non plus exister.

5 commentaires:

Jostein a dit…

Le thème peut effectivement dèranger mais il faut reconnaître l'excellence de la plume, le travail de l'auteur et la qualité de la reflexion.
Je te remercie de m'avoir proposé cette LC. J'avais aussi ce livre depuis ma rencontre avec l'auteur en mars 2014.

Nathalie Vanhauwaert a dit…

Suis d'accord avec toi, la plume est magnifique et le sujet ouvre pas mal de réflexion. Suis peut-être un peu trop rationnelle mais contente de ma lecture.

Mélo a dit…

Il est dans mes envies lecture depuis sa sortie, je n'ai pas encore eu le courage de le commencer (et un rythme de tortue aussi)

Pourquoi pas pour la LC de l'invention de nos vies mais plutôt pour mai/juin pour moi. Qu'en penses-tu ?

Mélo a dit…

Ou bien à l'automne prochain, pourquoi pas :-) Donc soit avant soit après l'été ;-)

Nathalie Vanhauwaert a dit…

ok je note dans mon carnet de lecture de fixer le 28 juin si tu veux car c'est une petite brique. Avec plaisir