vendredi 16 janvier 2026

Le monde est fatigué - Joseph Incardona

 Le monde est fatigué - Joseph Incardona






















Finitude
Parution : août 2025
Pages : 224
ISBN 978-2-36339-235-0
Prix : 21 €


Présentation de l'éditeur



« Il y a tellement de bruit alors qu’il faudrait du silence, canaliser l’émotion, poser une compresse fraîche sur la folie du monde. »

Êve est une sirène professionnelle qui nage dans les plus grands aquariums du monde. Mais personne n’imagine la femme brisée, fracassée, que cache sa queue en silicone. Quelqu’un lui a fait du mal, tellement de mal, et il faudra un jour rééquilibrer les comptes.
En attendant, de Genève à Tokyo, de Brisbane à Dubaï, elle sillonne la planète, icône glamour et artificielle d’un monde fatigué par le trop-plein des désirs.
À travers un destin singulier, Joseph Incardona revisite le mythe de la sirène et nous donne à voir une humanité en passe de perdre son âme.


Joseph Incardona



Joseph Incardona (né en 1969) est Suisse d’origine italienne. Il est l’auteur d’une quinzaine de romans ou de recueils de nouvelles. Il est aussi scénariste pour la BD, le cinéma ou la télévision, dramaturge et réalisateur (un long métrage en 2013 et plusieurs courts métrages)











Mon avis

Comme je suis heureuse d'avoir croisé Joseph Incardona à Nancy en septembre dernier et d'avoir été intriguée par la couverture et le titre de son dernier roman "Le monde est fatigué", je découvre une jolie plume qui porte un regard critique sur notre société.


Êve car dans rêve, il y a Êve est sirène professionnelle.  Elle parcourt le monde en jouant son rôle, en nageant dans un bassin pour émerveiller les gens et surtout pour plaire et épater les enfants des riches de ce monde.  Elle est devenue "un bien commercial" que l'on paie grassement pour apporter ce rêve qu'elle a perdu.    Car avant d'être Êve, c'était Nathalie, une jeune femme qui allait vivre sa vie, ses projets de manière normale mais un horrible accident en a décidé autrement.  

Brisée, cassée, recouse de partout, elle est devenue ce que les gens fortunés s'arrache, une sirène professionnelle qui parcourt la planète avec une démarche particulière et un gros bagage, une queue de silicone qui lui permet d'être une autre.  Elle parcourt le monde, le luxe sur toute la planète, amasse de gros cachets mais elle n'en a que faire, ce qui l'anime, c'est la vengeance.  Elle veut absolument connaître et rencontrer la personne qui lui a fait ce mal et l'a privée de l'essentiel.

Un ami détective, Matt va l'aider dans sa quête.  Assouvira-t-elle son désir de vengeance ?  Trouvera-t-elle un autre sens à sa vie ?   

Joseph Incardona  dans ce conte aquatique nous présente aussi les travers de ce monde, cette ultra richesse, les dérives du capitalisme, la surconsommation et le manque de respect pour notre planète et une idée de combat écologique.   Le monde est fatigué, usé par son manque d'humanité, d'écoute, d'empathie, un récit engagé, prise de conscience.

J'ai beaucoup aimé la construction puzzle qui petit à petit nous permet de savoir qui est vraiment Êve, cette survivante, une vraie guerrière des temps modernes.  On va découvrir son âme, ses blessures cachées, ses motivations mais aussi son engagement pour la planète. 

La plume d'Incardona est à la fois poétique et cynique.  Beaucoup d'humour, de noirceur mais aussi de la lumière. Une plume fluide, élégante que j'ai bien l'intention de retrouver.


Ma note : 9.5/10


Les jolies phrases

Peut-être que l'important dans la vie, n'est pas ce qu'on désire, mais ce dont on a besoin.

Chaque vie est un laboratoire où tout recommence à zéro. 

L'important n'est pas où elle va, mais ce qu'elle attend. 

Comme au commencement où tout était intact, beau et cruel. 

Êve décide de suivre les neuf étapes. Neuf, comme le parcours du deuil :
Mouillez-vous les mains et prenez du savon – (Annonce)
Frottez vos paumes l’une contre l’autre – (Choc)
Frottez votre paume droite sur le dos de votre main gauche en croisant les doigts et inversement – (Déni)
Frottez vos paumes l’une contre l’autre en croisant les doigts – (Colère)
Frottez le dos de vos doigts contre vos paumes – (Marchandage)
Faites des cercles dans votre main droite avec votre pouce gauche et inversement – (Tristesse)
Faites des cercles sur vos paumes avec vos doigts – (Résignation)
Rincez vos mains avec de l’eau – (Acceptation)
Séchez vos mains – (Reconstruction).

Et c'est toujours pareil : la seule chose que vous ne pouvez pas avoir devient celle que vous voulez par-dessus tout.

Ce qui n'est pas vu n'existe pas.

Tout le monde veut la vérité, mais tous ne peuvent pas l'entendre.

Elle sait que la perfection côtoie toujours l'obsession et la folie.

Mais dans une vie, au fond, à qui dit-on qui on est vraiment ?

La géographie n'est que le décor, l'humain est le territoire.

Ce que je veux dire, c'est qu'on n'est jamais les mêmes, que nos vies sont des superpositions de nous-mêmes. On est des strates, rien n'est valable tout le temps.

Elle traverse une passerelle où des « cadenas d'amour » sont attachés à la rambarde métallique. Il y en a pléthore comme ça, sur des milliers de ponts dans le monde. Les clés gisent sur le fond limoneux de la Limmat ou emportées par le courant. Qui sait si certains ont gardé le double pour s'en libérer ?



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