jeudi 7 mai 2015

PARDONNABLE IMPARDONNABLE Valérie Tong Cuong ♥♥♥♥♥


Pardonnable Impardonnable

Valérie Tong Cuong


Pardonnable, impardonnable

Editions : JC Lattès
Date de Parution : 01/2015
Code EAN/ISBN : 9782709646086
Hachette : 4570156
Prix public : 19.00 €
Format : 130 mm x 205 mm
300 pages

Quatrième de couverture

Un après-midi d’été, alors qu’il se promène à vélo sur une route de campagne, Milo, douze ans, chute et se blesse grièvement.
Ses parents Céleste et Lino et sa grand-mère Jeanne se précipitent à son chevet. Très vite, chacun va chercher les raisons de l’accident. Ou plutôt le coupable. Qui était avec lui ce jour-là ? Pourquoi Milo n’était-il pas à sa table, en train de faire ses devoirs, comme prévu ?
Tandis que l’angoisse monte autour de l’état de Milo resurgissent peu à peu les rapports de force, les mensonges et les petits arrangements qui sous-tendent cette famille. L’amour que chacun porte à l’enfant ne suffira pas à endiguer la déflagration. Mais lorsque la haine aura tout emporté sur son passage, quel autre choix auront-ils pour survivre que de s’engager sur le chemin du pardon ?
Un roman choral qui explore la difficulté à trouver sa place au sein du clan, les chagrins et la culpabilité, mais aussi et surtout la force de l’amour sous toutes ses formes.

L'auteur



Valérie Tong Cuong a travaillé huit ans en entreprise avant de se consacrer à l’écriture et à la musique. Elle a publié plusieurs romans, dont les très remarqués Providence et L’Atelier des miracles ainsi que des nouvelles. Elle écrit également pour le cinéma et la télévision. Pardonnable, Impardonnable c'est son dixième roman.


Elle nous en parle 

Mon avis

Milo a douze ans, il respire la joie de vivre.  Il est avec sa tante Marguerite au moment où arrive un horrible accident de vélo.  Et là tout bascule...

Ses parents Céleste et Lino étaient avec Jeanne pour une donation secrète au moment des faits.  Cela nous plonge directement dans l'ambiance et dans les secrets.

Car cette famille, elle en a des secrets...  C'est donc un roman choral, à quatre voix qui nous est proposé.  Tour à tour chacun s'exprimera dans un chapitre en passant par cinq stades : le temps de la colère, celui de la haine, de la vengeance, des regrets pour enfin arriver au pardon.

Pardonnable, impardonnable, c'était un jeu mais peut-on tout pardonner ?  C'est l'objet de ce récit.

  • Jeanne : la mère possessive a créé une relation fusionnelle avec sa fille Céleste.
  • Céleste : la soeur aînée de douze ans de Marguerite, le synonyme de bonté, tendresse, compassion envers Marguerite.


  • Lino : père de Milo et mari de Céleste, il est exigeant avec son fils car il souhaite toujours mieux pour lui, il ne sait pas exprimer ses sentiments, il se réfugie dans l'alcool s'il a des problèmes et il renie ses modestes origines.
  • Marguerite : l'exclue, avec Milo elle retrouve les joies de l'enfance, la pureté et la vérité, c'est son soleil.
Je n'en dis pas plus. 

Les thèmes abordés sont les secrets, les regrets, la culpabilité et le chemin vers le pardon, la reconstruction peut-être d'une famille déchirée.
Ce roman est magnifique, il m'a beaucoup touché, m'a profondément ému.  Un véritable coup de malgré la surenchère de peines, de drames et de malheurs car là cela fait un peu beaucoup...  

Cependant cela n'a pas gâché le plaisir de la lecture tant l'écriture de Valérie Tong Cuong vous emporte.  Ses mots sont choisis.  Ces personnages sont des êtres réels remplis d'humanité.  

L'écriture est directe, le rythme est excellent.  Une plume qui vous prend, les pages tournent à toute vitesse.  Chaque personnage est fouillé, bien détaillé avec psychologie et profondeur, le tout en délicatesse.  


J'ai adoré ce roman fort et intense.

Ma note :  un coup de ♥♥♥♥♥










Lecture avec les copines, voici l'avis de d'Aline Sybelline du blog Du temps pour lire
et celui de Violaine et son blog "les lectures de Lailai"

Les jolies phrases

Les grandes douleurs unissent sûrement plus que les joies.

Il faut croire que le silence était une évidence pour chacun de nous, pourtant aujourd'hui je sais que c'était une erreur, c'était laisser l'infection se développer en toute discrétion, c'était nous condamner à perpétuité, parce qu'il y a des secrets dont il faut parler de suite ou plus jamais.

Il suffit de peu de choses pour que nos vies bifurquent.

Tu as effacé nos douleurs et nos dettes, Milo.  Le monde a inversé sa course à l'instant où tu es né, bien vivant.

Sois heureux dans ta nouvelle vie et laisse-nous à la nôtre.  Elle n'est peut-être pas tous les jours brillante, mais tant qu'on ne sait pas que le luxe existe, pourquoi veux-tu qu'il nous manque ?

C'est comme ça, dans certaines familles les enfants naissent par wagonnets, chez nous c'est au compte-gouttes.  Avorter, c'est peut-être se priver pour toujours d'être mère, qui sait ce que l'avenir lui réserve ?

Sans doute ai-je le tort d'avoir mon âge.  De la même manière que la bave du bébé émeut quand celle d'une vieille personne dégoûte, les souffrances ne sont pas mesurées à la même aune chez la femme de trente ans que chez celle de soixante.

C'est lorsque l'on n'a plus rien à perdre que l'on est le plus dangereux.

C'est sur ceux que l'on aime et qui nous aiment que l'on déverse son désarroi.

J'ai pensé, il est si difficile de composer avec une vie dont on ne détient que des fragments, quand on n'a même pas idée de ce qui nous échappe, quand tout autour de nous n'est constitué que de pièces manquantes dont on ignore les contours.

Le viol des sentiments est-il plus acceptable que celui des corps ?

Je n'avais pas hésité à l'humilier, alors même que cette humiliation avait tué mon père.  J'avais reproduit ce que j'avais haï.  Je n'avais qu'un idée en tête, sauver ma peau. Être quelqu'un. Être différent.

Refuser la fatalité, l'impuissance, se prouver que l'on est encore vivant : je ne cherchais rien d'autre.  Je croyais me défendre.

Mentir et tromper pour se prouver que l'on est vivant.

Marguerite était mon cancer.  Elle avait d'abord enflé dans mon ventre et, à présent, elle colonisait mon sein.  Ce n'était pas un amas de cellules malignes que je palpais, mais la douleur de sa naissance que je portais depuis toujours sans jamais avoir réussi à m'en délivrer, sans jamais pouvoir en confier le fardeau.  J'étais le monstre qui avait accouché du monstre.

Une mère doit pardonner à son enfant, une mère doit tout comprendre, une mère doit aimer sans la moindre condition.

Parfois, les mots qui se bousculent sont si nombreux qu'ils créent au bord des lèvres un embouteillage impossible à endiguer.

Parfois, la confusion est telle qu'on devient incapable d'identifier la nature des sentiments qui nous habitent.

Tu es comme un astronaute, Lino, tu as quitté la planète, tu t'es mis sur orbite mais nous autres, en bas, on a toujours eu les pieds dans la boue.

Je n'oublie rien, je n'excuse rien, mais je pardonne, ce qui est fait, rien ne changera le passé, en revanche il nous appartient de modifier l'avenir.  Ne prends pas ce pardon si ce n'est ce que tu veux.

mardi 5 mai 2015

Sauve-toi Kelly Braffet ****


Sauve-toi

Kelly BRAFFET





















Broché: 327 pages
Editeur : Editions du Rouergue (8 avril 2015)
Collection : Rouergue noir
Langue : Français
ISBN-10: 2812608633
ISBN-13: 978-2812608636
Dimensions du produit: 20,5 x 2,5 x 14 cm


Extrait

Patrick travaillait de jour à Zoney's GoMart un mercredi par mois : enfermé dans sa fraîcheur sous vide, derrière les vitrines sales de cette boutique de station-service, à regarder les voitures filer sur la route nationale pendant que lui restait sur place. Quand il travaillait de nuit, ce qui était le plus fréquent, le monde était sombre, calme et silencieux au-dehors, et il se sentait sombre, calme et silencieux à l'intérieur. Quand il travaillait de jour, il se sentait juste piégé.
Alors quand l'heure de quitter la boutique arriva enfin, ce soir-là, il lui fut tout simplement agréable d'être libre. Il avait les yeux brûlants de fatigue, et l'odeur caractéristique de l'endroit restait accrochée à ses vêtements - chips périmées, vieille confiserie, et relents forts et sirupeux de la fontaine à soda - mais l'air chaud de septembre lui fit du bien. Il tourna le coin du bâtiment et se dirigea vers les bennes à ordures où il s'était garé, là où l'asphalte défoncé n'était quasiment plus que gravillons et où les mauvaises herbes poussaient haut jusqu'en bordure du parking, les clés de sa voiture encore froides dans sa main à cause de la clim. C'était la seule chose à quoi il pensait.
Puis il vit la gothique appuyée contre sa voiture.
Il l'avait déjà vue. Elle était entrée dans la boutique plus tôt ce jour-là, quand Bill était venu chercher son chèque de salaire. Patrick l'avait eue à l'oeil parce qu'il n'avait rien d'autre à faire et qu'elle était restée là bien trop longtemps à glander avec son café et à regarder les rayonnages de boissons. Patrick, lui, personnellement, se foutait bien de ce qu'elle pourrait voler ou en quelle quantité, mais tant qu'elle avait été là, il avait dû paraître s'y intéresser pour les caméras de surveillance. Ensuite, vu que Bill l'avait traitée de Maîtresse de Dracula et qu'il avait fait une suggestion obscène, elle l'avait traité de taré puis était sortie aussitôt, vexée, tout au moins c'est ce que Patrick s'était dit. Bill et lui en avaient ri, et il n'y avait plus repensé.
Mais maintenant elle était là, adossée à sa voiture comme si elle était chez elle, à le regarder avec des yeux aussi grands, aussi impitoyables que des objectifs d'appareil photo. Dans la lumière déclinante, ses cheveux teints noir de jais et son rouge à lèvres tirant sur le noir donnaient à son visage une pâleur bleuâtre. Elle avait une cigarette brune entre les doigts, même si elle ne devait pas avoir plus de seize ans, et un petit air très étudié qui oscillait entre l'indifférence et l'amusement. Ses lèvres esquissèrent un vague sourire lorsqu'elle le vit.
«Salut», dit-elle.
Patrick s'arrêta. De minuscules squelettes humains parfaitement articulés étaient suspendus à ses oreilles. Il chercha dans ses souvenirs, se demandant s'il la connaissait, si, sous toute cette merde, il y avait quelqu'un du quartier ou la petite soeur de quelqu'un qu'il aurait perdue de vue depuis qu'elle avait dix ans. Il n'en eut pas l'impression. «Si c'est de l'herbe que tu cherches», lui dit-il, «tu t'es trompée de soir. Ce mec-là travaille le lundi.
- Tu veux dire ton copain, le taré de ce matin ?» Elle rit. Un rire d'Hollywood, totalement dépourvu de fraîcheur, à l'image de l'atmosphère qu'il venait de quitter. «Sûrement pas.
- Bon.» Patrick était trop fatigué pour ce genre d'embrouille. Il désigna la portière de sa voiture et elle recula, mais pas assez. Il eut du mal à ne pas la toucher en y montant. Il glissa sa clé dans le contact, boucla sa ceinture et baissa la vitre de sa portière, parfaitement conscient du regard appuyé que la fille posait sur lui à travers le pare-brise sale. Il fit démarrer le moteur.
Elle attendit, les yeux toujours rivés sur lui.
Il hésita.

Présentation de l'éditeur

Patrick Cusimano traverse une mauvaise passe. Son père est en prison, il travaille de nuit dans une station-service, et la petite amie de son frère, Caro, une fille au passé trouble, a donné une tonalité nouvelle, très embarrassante, à leur relation. Pour ne rien arranger, voilà que Patrick devient l'objet des attentions de Layla Elshere, une lycéenne gothique qui s'entiche de lui pour des raisons qu'il n'arrive pas à s'expliquer, mais qui lui inspirent une insurmontable méfiance.
De son côté Verna, la cadette de Layla, entre au lycée. Elle devient le souffre-douleur de ses camarades de classe, et pas seulement en raison de son prénom étrange ou de ses parents, des fondamentalistes chrétiens. La réputation de la sulfureuse Layla jette une ombre trop lourde sur sa petite soeur et celle-ci ne tarde pas à rejoindre son aînée au sein de son groupe d'amis marginaux. Leur monde va se révéler bien plus sombre que tout ce qu'elle pouvait imaginer.
Alors que Patrick, Layla, Caro et Verna sont chacun pris au piège de relations d'une violence extrême, alors que chacun d'eux a de bonnes raisons d'armer un fusil et de faire feu, leurs trajectoires vont converger dans un paroxysme de violence. Avec ce roman d'une puissante acuité, irrésistiblement sombre et addictif, d'une âpre intégrité, Kelly Braffet s'impose comme une voix à part dans l'Amérique d'aujourd'hui.

Kelly Braffet, née en 1976, vit à New York. Sauve-toi !, son troisième roman, le premier à être traduit en français, a été très remarqué à sa sortie aux États-Unis, en 2013.


Mon avis

Nous sommes à Ratchetsburg, petite ville de l'Amérique profonde.  Patrick Cusimano vit avec son frère Mike et Caro, la petite amie de celui-ci. C'est la classe moyenne américaine. Patrick travaille de nuit dans une station-service.  Son frère bosse à l'usine et Caro est serveuse.

Leur père, John Cusimano a tué un enfant; il était ivre au volant de sa voiture.  Il est en prison mais ce n'est pas suffisant pour les habitants de la région.  La haine se ressent sur la famille, on les dénigre sur internet et le poids de la faute du père est reporté sur ses enfants.

Les bières coulent à flots à la maison, dans la glacière du salon.  C'est l'activité principale de Mike, boire des bières devant la télé ou au bar du coin, les jours de paie.  Patrick aussi est accro de bière et de films d'horreur, il aime écouter de la musique trash.

Un soir, il est abordé par une ado gothique, Layla. Elle l'accoste à la sortie du boulot en lui disant qu'elle sait qui il est, que c'est le fils de l'assassin.  Voilà, cela vous plante le décor de l'ambiance régnant en ville.

Une autre famille, celle de Layla.  Ses parents, enfin son père surtout est devenu pasteur catholique après sa naissance.  Layla est née représentant la "faute" du temps de l'inconscience, à l'époque où ils étaient fous de rock et insouciants, ils adoraient Clapton, d'où l'origine de son prénom.

Jeff Elshire et sa femme sont devenus ce que je pourrais définir des catholiques extrémistes, intolérants.  Ils font participer leurs enfants, car Layla a une soeur Verna, le parfait prototype de l'enfant sage et vertueux, le modèle idéal de piété et d'obéissance répondant à l'idéal idéologique de leurs parents.

Layla, vous l'avez compris échappe totalement à leur contrôle, elle est en révolte d'où son look gothique.

Jeff organise des réunions de prières, il essaie de convertir.  Il était intervenu à l'école au cours de biologie scandalisé et interdisant que l'on parle de la reproduction, le parfait prototype de l'américain puritain.

Sa soeur Verna en fera les frais lors de sa rentrée au collège, très vite elle en bavera et deviendra victime de harcèlement.  Stoïque, elle essaiera d'endurer jusqu'à l'inacceptable ... elle trouvera refuge chez les amis de sa soeur et la bande de "Justinien" croyant y découvrir réconfort et se forger une carapace.

Les deux mondes se croiseront petit à petit. Kelly Braffet met ici deux histoires en parallèle, le rapport entre les deux ira crescendo.  Un récit au fil des pages qui augmentera en intensité. Les dialogues sont forts.  C'est tendu.  On sent au fil des pages cette tension, les incompréhensions palpables entre les personnages.  Nous sommes à la rencontre d'âmes torturées qui ne recherchent que leur survie. Le texte est très fort.

C'est le premier roman de Kelly Braffet, le premier magnifiquement traduit en français.  Le troisième en anglais, il fut remarqué à sa sortie aux Etats-Unis.  Kelly Braffet est la belle-fille de Stephen King.

Ce livre aborde différentes thématiques, l'alcoolisme, les classes sociales défavorisées de l'Amérique profonde avec un regard sur la société qui rejette encore la faute du père sur ses enfants. L'incompréhension et le décalage entre l'idéalisme de la religion prêchée et la réalité vécue par leurs enfants, victimes des convictions religieuses extrémistes des parents.  Ceci avec beaucoup d'humanité et de réalisme.

C'est un magnifique roman noir, une tragédie sur fond de rock métal, une musique qui raisonne, un tempo d'enfer dans l'écriture qui nous entraîne dans un suspense dont l'intensité grimpe, grimpe.  Destins d'âmes tourmentées qui cherchent à se sauver. Un récit rempli d'humanité.

Merci à mon partenaire, Rouergue Noir pour cette belle découverte que je vous conseille sans plus attendre.

Ma note : 8.5/10


Les jolies phrases

Chacun de nous rencontre des épreuves, et chacun d'entre nous est l'épreuve de quelqu'un d'autre.  Alors je pense qu'on peut dire un peu des deux !

Il arrive qu'on côtoie quelqu'un tous les jours pendant des années sans jamais le connaître. Et il y en a d'autres, on a le sentiment de les connaître depuis toujours.

On ne pouvait pas parler de la manière dont les choses devraient se passer dans la famille des autres. Les familles étaient comme des océans.  On ne pouvait pas savoir ce qu'il y avait sous la surface, dans les coins où l'on n'avait jamais été.

Ce n'est pas faire l'amour qui est important.  Ce qui l'est, c'est le personnage avec qui tu le fais.  C'est une différence qui échappe à Layla, parfois.

Le mariage n'est ni un lieu où l'on va, ni une chose que l'on fait.  C'est une chose que l'on vit.  Il y a des gens pour qui cela marche, d'autres pour qui ça ne marche pas.

On trouve le plaisir dans la souffrance, la puissance dans la soumission et la sagesse en faisant des conneries.

Mais il n'y a pas de demi-vérités.  Il y a la vérité et ce que vous choisissez d'en faire.  Et il faut vivre avec soi-même après, c'est là que la demi intervient.  Parce qu'on peut très bien ne vivre qu'à moitié indéfiniment ou presque.  On ne peut vivre qu'à moitié jusque la mort.


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dimanche 3 mai 2015

Ils ont rejoint ma montagne à lire

Craquage cette semaine.

Ce matin  je n'ai pu résister à mon auteur préféré:

Jules
Didier van Cauwelaert


Jules

Albin Michel
mai 2015
288 pages
EAN13 : 9782226314833
Prix : 19.50 €

Quatrième de couverture

« À trente ans, Alice recouvre la vue. Pour Jules, son chien guide, c’est une catastrophe. Et en plus on les sépare. Alors, il se raccroche à moi. En moins de vingt-quatre heures, ce labrador en déroute me fait perdre mon emploi, mon logement, tous mes repères. Il ne me reste plus qu’une obsession – la sienne : retrouver la jeune femme qui nous a brisé le cœur. »

Entre une miraculée de la chirurgie et un vendeur de macarons, une histoire de renaissance mutuelle et de passion volcanique orchestrée, avec l’énergie du désespoir, par le plus roublard des chiens d’aveugle.


Un autre qui me plait énormément :

Check-point

Jean-Christophe Ruffin


Gallimard
Parution : 10/04/2015
400 pages
140 x 205 mm
ISBN : 9782070146413 
Prix conseillé : 21 euros

Quatrième de couverture


Maud, vingt et un ans, cache sa beauté et ses idéaux derrière de vilaines lunettes. Elle s'engage dans une ONG et se retrouve au volant d'un quinze tonnes sur les routes de la Bosnie en guerre.
Les quatre hommes qui l'accompagnent dans ce convoi sont bien différents de l'image habituelle des volontaires humanitaires. Dans ce quotidien de machisme, Maud réussira malgré tout à se placer au centre du jeu. Un à un, ses compagnons vont lui révéler les blessures secrètes de leur existence.
Et la véritable nature de leur chargement.

À travers des personnages d'une force exceptionnelle, Jean-Christophe Rufin nous offre un puissant thriller psychologique. Et l'aventure de Maud éclaire un des dilemmes les plus fondamentaux de notre époque. À l'heure où la violence s'invite jusqu'au cœur de l'Europe, y a-t-il encore une place pour la neutralité bienveillante de l'action humanitaire? Face à la souffrance, n'est-il pas temps, désormais, de prendre les armes?


J'avais apprécié "Les gens heureux lisent et boivent du café", il m'a semblé logique d'acquérir la suite..

La vie est facile, ne t'inquiète pas.

Agnès Martin-Lugnand






Michel Lafon
Parution : 23/04/15 -
ISBN : 9782749923864
Pages : 320
Format : 14/22,5
Prix : 16.95 € 

Quatrième de couverture

« Alors que j’étais inconsolable, il m’avait mise sur le chemin du deuil de mon mari. J’avais fini par me sentir libérée de lui aussi. J’étais prête à m’ouvrir aux autres. »

Depuis son retour d’Irlande, Diane a tourné la page sur son histoire tumultueuse avec Edward, bien décidée à reconstruire sa vie à Paris. Avec l’aide de son ami Félix, elle s’est lancée à corps perdu dans la reprise en main de son café littéraire. C’est là, aux Gens heureux lisent et boivent du café, son havre de paix, qu’elle rencontre Olivier. Il est gentil, attentionné et surtout il comprend son refus d’être mère à nouveau. Car Diane sait qu’elle ne se remettra jamais de la perte de sa fille.

Pourtant, un événement inattendu va venir tout bouleverser : les certitudes de Diane quant à ses choix, pour lesquels elle a tant bataillé, vont s’effondrer les unes après les autres.

Aura-t-elle le courage d’accepter un autre chemin ?

Agnès Martin-Lugand est l’auteur des best-sellers Les gens heureux lisent et boivent du café et Entre mes mains le bonheur se faufile. Le premier s’est vendu à plus de 300 000 exemplaires en France et sera bientôt adapté au cinéma. La vie est facile, ne t’inquiète pas en est la suite.

Parce que le mois belge chez Anne et Mina c'est terminé, autant jouer les prolongations en lisant belge alors + 3

La Dyle Noire
Xavier Deutsch

Dyle_3D
Luc Pire éditions
Date de publication : février 2015
Format : 12 x 18,5 cm
Pages : 144
ISBN : 978-2-87542-097-8
Prix public : 10 €

Le livre

Été 1944. Alors que les Alliés traversent l’Europe pour la libérer de l’Occupation allemande, un cadavre est découvert dans une petite maison du bord de la Dyle, quai du Trompette, à Wavre. Un cadavre, alors que la fin de la guerre approche ? Quoi de plus banal ?

Un policier pressent cependant que cette mort ne doit rien aux circonstances historiques et qu’on se trouve en présence d’un meurtre crapuleux. En dépit de ce que lui recommande son chef et sans craindre les balles qui sifflent de toutes parts dans la dernière confrontation entre les libérateurs britanniques et les soldats allemands, il cherche à résoudre cette étrange affaire.

Mercredi, encore deux belles rencontres  à la Librairie Antigone à Gembloux. A la rencontre de la maison d'éditions On Lit et de Lorenzo Cecchi et Daniel Adam.

Petite fleur de Java
Lorenzo Cecchi

Petite fleur de Java suivi de Deux migrations

On lit
Numérique  : 6,99 euros 
 978-2-87560-057-8
Papier :  14 euros 
 978-2-87560-061-5
 195 pp.


Description

Deux verres de trop, un virage mal négocié, une voiture dans le décor et la vie de Léo bascule. Le visage fracassé, le beau Léo devient bientôt gargouille déplumée, obèse et grimaçante. Mais c'est à l'intérieur surtout que la transformation s'opère jour après jour. Et sa femme, Lucienne, la famille d’Omar, son voisin marocain, et tout le petit monde du quartier ne peuvent qu'être les témoins malgré eux d'une lente et terrible métamorphose. Lorenzo Cecchi démontre une fois de plus son talent de conteur dans ce roman poignant.

Petite Fleur de Java est suivi de Deux migrations, deux nouvelles qui abordent avec tendresse et ironie les destins de deux déplacés économiques dans l'Europe d'aujourd'hui, un thème cher à l'auteur.


Eaux perdues
Daniel Adam

Eaux perdues

On lit
Numérique :| 5,99 euros
978-2-87560-047-9
Papier : 12 euros
978-2-87560-053-0 
128 pp.

Description


Vincent va être père. Dans quelques mois, Romy mettra au monde leur enfant. Dans la tête de Vincent se mêlent espoir, souvenirs et doutes. Comment fait-on pour être père quand on n’en a pas eu soi-même ? Que faut-il apprendre à un enfant ? La fuite ne serait-elle pas la meilleure solution pour éviter le désastre à venir ? Allongé sur un talus et écoutant les trains passer, Vincent se remémore sa propre histoire. Eaux perdues est un roman sur la paternité, la mémoire, la famille et l’amour. Ballottés au rythme du présent, les personnages appréhendent la vie à venir, imprégnés d’une poésie où les absents remplissent les interstices du passé.
Eaux perdues est le troisième roman de Daniel Adam et le premier publié chez ONLIT Editions. Homme de théâtre, il a été finaliste du Prix Victor Rossel 2010 pour Une histoire tue publié aux Editions du Cerisier.

Deux surprises dans ma boîte, la première de Lecteurs.com, dans le cadre du Prix Orange, un des 30 livres en lice

Baïnes
France Cavalié

couverture
Robert Laffont
Parution : 2 Janvier 2015
Format : 1 x 215 mm
Nombre de pages : 234
Prix : 18,00 €
ISBN : 2-221-15663-3

Le livre

Les années 80 à Biarritz. La ville des princes et des stars hollywoodiennes, par ailleurs farouchement basque, est le théâtre d'une histoire d'amour violente et lumineuse. C'est le récit intense d'une guerre dont personne ne se doute... Et d'une rédemption.

« - On va se marier, Rose.
Arrivé dans mon dos, Oleg a dit ça comme une évidence.
- Tu verras, ce sera mieux pour les enfants.
J'étais muette. Ou avait-il passé la nuit ? Avec qui ?
Je ne pensais plus qu'à ça, scrutant son regard, ses beaux yeux bleus posés sur moi.
Il a insisté.
- Alors, Rose ?
Je n'ai pas répondu tout de suite. Il y a des bonheurs qui ne réjouissent pas tout à fait. »
Dans le Biarritz des années 1980, ou l'art contemporain défie les ors de son passé princier, ou les surfeurs règnent sur la Côte des Basques, ou l'océan cache les baïnes et leurs puissants courants contre lesquels mieux vaut ne pas lutter, c'est l'histoire d'un amour en fusion qui déraille à huis clos. Rose et Oleg. Un amour bloc avec la mèche à l'intérieur.

Babelio m'a également gâté avec :

Un été 63
Tracy Guzeman


Flammarion
Guzeman, Tracy
Parution:06/05/2015
Format:15.2x24x3 cm
Prix:22,00 €
EAN:9782081290075

Le livre

Les soeurs Kessler n'ont pas grand-chose en commun dans leur caractère : tandis que Natalie est manipulatrice, Alice est plutôt rêveuse. Cette dernière tombe amoureuse d'un peintre désargenté mais sa soeur perturbe son idylle. Quarante ans plus tard, Bayber l'artiste est riche et dévoile une oeuvre qui fait ressurgir les démons du passé.

Voilà c'est tout pour le papier, mais j'ai succombé au numérique.


Six fourmis blanches

Sandrine Collette



Denoël
Collection Sueurs Froides
288 pages
155 x 225 mm
ISBN : 9782207124369 
Gencode : 9782207124369
Parution : 22-01-2015
Prix souhaité 19.90 en papier

Le livre

Le mal rôde depuis toujours dans ces montagnes maudites. Parviendront-ils à lui échapper?

Dressé sur un sommet aride et glacé, un homme à la haute stature s’apprête pour la cérémonie du sacrifice. Très loin au-dessous de lui, le village entier retient son souffle en le contemplant.
À des kilomètres de là, partie pour trois jours de trek intense, Lou contemple les silhouettes qui marchent devant elle, ployées par l’effort. Leur cordée a l’air si fragile dans ce paysage vertigineux. On dirait six fourmis blanches…
Lou l’ignore encore, mais dès demain ils ne seront plus que cinq. Égarés dans une effroyable tempête, terrifiés par la mort de leur compagnon, c’est pour leur propre survie qu’ils vont devoir lutter.

C'était un achat pour les vacances, c'est Alain qui vous en parlera très vite.

Avant le dernier, j'ai pris le deuxième ...

Entre mes mains le bonheur se faufile
Agnès Martin-Lugnand



Michel Lafon
Parution : 05/06/14 
ISBN : 9782749922096
Pages : 336
Format : 14/22,5
Prix : 16.95 €

Le livre


Depuis l’enfance, Iris a une passion pour la couture. Dessiner des modèles, leur donner vie par la magie du fil et de l’aiguille, voilà ce qui la rend heureuse. Mais ses parents n’ont toujours vu dans ses ambitions qu’un caprice : les chiffons, ce n’est pas « convenable ». Et Iris, la mort dans l’âme, s’est résignée.

Aujourd’hui, la jeune femme étouffe dans son carcan de province, son mari la délaisse, sa vie semble s’être arrêtée. Mais une révélation va pousser Iris à reprendre en main son destin. Dans le tourbillon de Paris, elle va courir le risque de s’ouvrir au monde et faire la rencontre de Marthe, égérie et mentor, troublante et autoritaire…

Portrait d’une femme en quête de son identité, ce roman nous entraîne dans une aventure diabolique dont, comme son héroïne, le lecteur a du mal à se libérer.

Et pour terminer

Le palais des ombres
Maxence Fermine

Le Palais des Ombres

Michel Lafon
Parution : 02/10/14 
ISBN : 9782749922218
Pages : 368
Format : 14x22.5
Prix : 19.95 €

Le livre


Paris, dans les années 1960. Nathan Thanner, trentenaire taciturne et discret qui ne vit que pour ses marionnettes confectionnées dans le secret de sa boutique, voit sa vie bouleversée par une lettre de son père auquel il ne parle plus depuis vingt ans. Cet ex-romancier à succès, dont la rumeur veut qu’il soit devenu fou, lui annonce son décès et l’héritage qu’il lui lègue : l’énigmatique maison où il vivait reclus, Le Palais des Ombres. Mais, même dans la mort, Hugo Thanner reste un être fuyant et mystérieux, à l’image de cette demeure diabolique qui semble se jouer de Nathan. Commence alors pour le jeune homme un inquiétant jeu de pistes dont l’issue pourrait le changer à jamais…

Une dernière tentation avant de terminer ce papier

L'immeuble des femmes qui ont renoncé aux hommes
Karine Lambert



Michel Lafon
Parution : 07/05/14
ISBN : 9782749922775
Pages : 256
Format : 14/22,5
Prix : 14.95 € 

Le livre


Les hommes sont omniprésents dans cet immeuble de femmes… dans leurs nostalgies, leurs blessures, leurs colères et leurs désirs enfouis. Cinq femmes d’âges et d’univers différents unies par un point commun fort : elles ne veulent plus entendre parler d’amour et ont inventé une autre manière de vivre… Jusqu’au jour où une nouvelle locataire vient bouleverser leur quotidien. Juliette est séduite par leur complicité, leur courage et leurs grains de folie. Mais elle, elle n’a pas du tout renoncé !  Et elle le clame haut et fort. Va-t-elle faire vaciller les belles certitudes de ses voisines ?

samedi 2 mai 2015

Bilan de lecture d'avril

Un mois d'avril bien rempli car j'ai totalisé 9 lectures, voilà ce que cela donne quand on prend une semaine de vacances dans le but de ne rien faire si ce n'est que lire.

Mon coup de coeur du mois est sans conteste "Les fiancés" de Déborah Lévy-Bertherat qui est magnifique. J'avais déjà adoré "Les voyages de Daniel Asher"; je confirme une plume magnifique que je vous invite de découvrir.

Mes autres lectures étaient tout aussi belles, "Meursault contre-enquête", "Pardonnable-Impardonnable"  et "Un tout petit rien" sont aussi magnifiques.

Dans l'ensemble de très belles découvertes, un pavé aussi lu grâce à une lecture commune,une enquête sur l'histoire du christianisme avec "Le Royaume".

Je n'ai pas encore publié tous mes billets mais cela ne saurait tarder.

En cliquant sur la couverture, vous avez accès à celles publiées à ce jour.

Bonnes lectures à vous.













vendredi 1 mai 2015

Les fiancés Déborah Levy-Bertherat

Les fiancés

Déborah Lévy-Bertherat





























Collection : Littérature / Rivages
Grand format
230 pages. 
Paru en : Avril 2015
Prix : 18.00 €
Isin : 9782743631765
Editions : Rivages


Avis de l'éditeur


Un roman d’une grande efficacité narrative, qui mêle avec brio, sur fond d’évocations de souvenirs d’enfance et de guerre, le motif romanesque des retrouvailles amoureuses et celui de l’usurpation (involontaire) d’identité. Madeleine retrouve soixante ans après son premier fiancé qu’elle croyait mort à la guerre d’Indochine, mais il s'avère que le vieux René qu’elle serre dans ses bras est un autre... Un traitement très fin et subtil du malentendu tragique entre des êtres qui étaient voués à s’aimer et que la vie a destiné à se perdre.

Mon avis




J'avais adoré le premier roman de Déborah Lévy-Bertherat "Les voyages de Daniel Ascher"
qui sort en poche en ce mois d'avril.  C'était d'ailleurs la LC avec mon binôme "Les petites lectures de Scarlett" le mois dernier.  Nous n'avons pas résisté à l'idée de découvrir le nouvel opus de Déborah, un petit bijou.


L'avis de Julie se trouve ici


René Loriot est résident de la maison de retraite "L'Espérance" depuis six ans.  Le soir de la Saint Jean, une dame aux souliers rouges l'aperçoit dans le jardin, et lui dit "Tu es là, tu es revenu ?".  Elle le prend dans ses bras, l'observe et est contente de retrouver son premier amour.  Elle savait que Maximilien reviendrait, qu'il n'était pas mort il y a soixante ans en Indochine.  Non, elle le savait vivant et elle l'étreint.  René est troublé, ce visage lui dit quelque chose, mais quoi ?  Lui qui a pourtant une excellente mémoire, il a beau retourner ses tiroirs mais il ne sait pas d'où vient ce regard. Troublé et ne voulant pas perdre cet amour, cette tendresse, peu à peu il rentrera dans la peau de Maximilien  pour vivre une belle histoire d'amour.

La mémoire de Madeleine est comme un gruyère, petit à petit, les souvenirs se perdent.  René va veiller sur elle, la protéger, essayer d'en savoir plus et de la ramener dans ses souvenirs.

Nous traverserons les guerres, l'enfance , à travers leurs souvenirs, un pont magnifique, un dialogue qui va se créer entre la vieillesse et l'enfance.  René et Mado en s'approchant de leur fin de vie vont retrouver leur authenticité, se dépouiller de leur mensonge pour accepter enfin la réalité de la vie.

Dans ce récit, il y a aussi Célestine, une religieuse qui a quitté son Afrique natale il y a quatre ans. Elle s'est promise à Dieu pour éviter de perdre la vie en la donnant.  Elle a été troublée par la mort de sa mère qui a quitté ce monde en enfantant avec son petit frère.  Elle a préféré se libérer du poids des hommes en se mariant avec Dieu.  Elle est généreuse.  Elle est passeuse à " L'Espérance".  Elle a toujours sur elle, un petit livre de contes d'Andersen.  Elle l'utilise régulièrement auprès des pensionnaires, pour aider au passage de cette vie vers l'autre rive. Un personnage rempli d'amour et de tendresse que l'on aurait envie de rencontrer.

Ce roman est abouti, magnifique.  L'écriture est splendide, poétique, remplie de tendresse et d'émotions.  Que de nombreux passages j'ai eu envie de vous citer tant la beauté du récit est présente à chaque instant.  C'est un petit bijou.  Jamais le livre ne devient noir, pathétique, au contraire il est lumineux.  C'est avec beaucoup de tendresse que nos "petits vieux" se penchent sur leur vie et le chemin parcouru.  Et puis l'amour c'est toujours possible, et le dernier amour il faut le vivre intensément.

Magnifique, n'attendez plus et découvrez ce magnifique récit.  Magnifique jusqu'à la couverture bien choisie.  Elle illustre à merveille l'esprit du livre, la mémoire qui s'étiole; les souvenirs, le bonheur, le grand voyage, le passage.  Encore bravo un livre abouti jusqu'au bout.

Immense coup de

Les jolies phrases

Les années s'abolissent, il n'est jamais parti, elle n'a pas vécu, ni aimé d'autre homme, ni étudié la science, ni eu d'enfant.  L'enfant, c'est elle, elle a huit ans et tout l'amour à inventer.

Lui d'habitude si raisonnable, il a senti que s'il ne descendait pas la rejoindre à l'instant même, s'il la laissait fuir, c'est lui qui se perdait.

Ils étaient suspendus entre ciel et terre, un souffle les enveloppait et les abritait de la pluie, comme quand un silence se fait et qu'on dit "un ange passe".

Il avait voulu se changer en marionnette pour ne pas la lâcher d'un fil.

Un discret sabotage a déjà desserré quelques boulons, bientôt, les tire-fond vont lâcher les traverses, ouvrir les butées, et libérer l'âme des rails.  Inéluctablement, son petit train quotidien va dérailler et se mettre à rouler au hasard, sans crier gare.

Tant que le mal n'a pas de nom, on peut douter qu'il existe vraiment, tandis qu'après...

Elle mesure comme toujours la distance qui les sépare de ses proches, les continents, les mers, les années.  Au lieu de la joie espérée, elle éprouve la douleur de l'absence.  Comment se retrouver sans pouvoir se toucher, s'étreindre, s'embrasser ?  L'affection se déperd dans tous ces câbles et ces ondes.

C'est fou, songe-t-elle, ce que la vie peut vous changer.  Le temps vous rabote, vous ponce et vous polit, jusqu'à vous user complètement.  Il gomme les cicatrices, adoucit les caractères.

Mais il enfouit ses doigts bleuis sous les plumes, au plus près de la peau, cherchant l'endroit où le duvet est encore sec et chaud comme la vie.  Pris d'un nouveau vertige, il se sent basculer hors de l'enfance, vers un monde obscur et cruel.  Alors, comme si la chaleur trop douce de l'oiseau mort dégelait quelque chose au plus profond de lui, il se met à pleurer.

A sa naissance, elle était toute petite, si petite qu'ils n'ont pu ni la voir, ni la toucher, ni l'habiller, ni lui donner de nom.  Deux semaines plus tard, elle aurait eu droit à tout cela, et à une petite tombe blanche, mais elle est née trop tôt, ou morte trop tôt, ce qui revient au même.

Elle leur avait choisi des prénoms de rois ou d'empereurs, parce que c'était le seul luxe qu'elle pouvait leur offrir.

Sous son crâne, ses tiroirs d'ivoire débordent. Ceux qui sont restés fermés pendant des années se sont ouverts sans prévenir et ont laissé échapper leur contenu.  Sa mémoire est devenue un dédale de chemins de fer aux aiguillages incontrôlables, un labyrinthe d'allées enchevêtrées, un lac profond aux eaux dangereuses, hantées de tourbillons.  A ses propres souvenirs se mêlent ceux d'un autre.

Quand à la fin de l'après-midi, le troisième avion amorce enfin sa descente vers Bobo Dioulasso, elle contemple la terre, sa terre, la région des Hauts-Bassins.  Les lits des rivières dessinent sur sa surface brune un fin réseau de veines presque taries.

René a apporté à l'hôpital sa plus jolie robe, celle des grandes occasions.  Il voulait poser près d'elle la boîte à musique à la poupée mais elle ne tenait pas dans le cercueil.  Pendant que le prêtre balançait l'encensoir, il cherchait des yeux, sur le côté de la grande boîte de chêne verni dans laquelle on avait couché Giselle, une clé à remonter, qui déclencherait le mécanisme et la remettrait en mouvement.

L'incertitude atténue la souffrance.

Son assiette contient du cholestérol pour six mois et du bonheur pour cent ans.

Mon pays, c'est le bout du monde, et pourtant on y sera avant le matin.

Tous les gamins qui avaient vu la scène l'oublieraient les uns après les autres.  L'ombre de la puberté l'effacerait de leur mémoire, car seuls les enfants sont capables de voir et d'entendre les anges.  Mais à la fin de leur vie, l'image du corps splendide dans la chapelle d'arbres pourrait leur revenir.

Elle la tient, comme les vieux de la Maison de l'Espérance quand ils traversaient le pont vers l'autre rive.  Cette fois, c'est l'inverse.  Angélique est au milieu du pont, il faut lui faire rebrousser chemin.  Et sans arrêt, pour ne pas perdre, elle lui parle à l'oreille.

A l'écoute de Déborah Lévy-Bertherat

Caroline Gutmann de RCJ a reçu Déborah ce 07 avril 2015, retrouvez-la ci-dessous.




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