dimanche 23 décembre 2018

Le tiers sauvage - Aliénor Debrocq

Le tiers sauvage  -    Aliénor Debrocq

Résultat de recherche d'images pour "le tiers sauvage"




Editions Luce Wilquin
Sméraldine
Parution : 13 septembre 2018
Pages : 320
Isbn : 9782882535528
Prix : 21 €


Présentation de l'éditeur



Pour Clara Clossant, trente ans, née le jour de la catastrophe de Tchernobyl, la vie est trouée de toutes parts. Croyant fermement au pouvoir des histoires, elle est persuadée que si l’on tombe dans le bon trou, celui de la fiction, il se peut qu’on ait une seconde chance, qu’on puisse battre les cartes une nouvelle fois. C’est ce qui lui arrive lorsqu’elle croise la route de Marcus Klein, auteur à succès récemment débarqué de Paris à Bruxelles. Agacée par sa popularité, elle décide de mener son enquête pour en faire un roman. Mais les livres qu’on imagine sont rarement ceux que l’on écrit et, bientôt, l’intrigue se déforme sous ses yeux sans qu’elle puisse contrôler ce qui se glisse dans les inter­stices entre le réel et la fiction.

Née à Mons (Belgique) en 1983, docteure en Art et Histoire, Aliénor Debrocq vit à Bruxelles où elle est journaliste, professeure de littérature et maman de deux petites filles. L’écriture de fiction donne sens à sa vie dès l’adolescence. Depuis 2013, elle a bénéficié de plusieurs bourses et résidences, publié deux recueils de nouvelles aux Éditions Quadrature et reçu le Prix Franz De Wever 2017 de l’Académie royale de langue et littérature françaises de Belgique.

Mon avis

Clara Clossant a 30 ans, elle vit dans un triste appartement devant un viaduc.  Pour vivre, elle écrit des catalogues d'art pour des ventes aux enchères.

Sa vie est un gruyère et elle aimerait s'évader persuadée que si elle tombe dans le bon trou, celui de la fiction, cela changera sa vie.  Son rêve, écrire, être sur le fil entre rêve et réalité.  La frontière est tellement mince lorsqu'elle écrit entre réel et imaginaire.

L'écriture ça doit le connaître, lui, Marcus Klein, écrivain parisien à succès.  Il vient de s'installer à Bruxelles.  Elle devient son assistante, elle va pouvoir mettre son projet en oeuvre, l'espionner pour comprendre sa popularité, son but ultime en faire un roman.

Mais ce que l'on imagine et ce que l'on vit sont tout autre, je n'en dis pas plus pour la suite de l'histoire si ce n'est qu'on va beaucoup voyager tout en restant à Bruxelles et en Bretagne, Calias, la Thaïlande à portée de main.

Ce roman, c'est l'histoire de l'écriture, de la création, le pouvoir des mots, de la littérature.  Il nous parle du processus de création où la frontière est mince pour les personnages imaginés, ceux qui habitent l'auteur et la réalité.  Difficile de faire la part des choses entre ce que l'on imagine et ce que l'on vit.

J'ai apprécié les nombreuses références littéraires.

Ce roman c'est aussi le roman dans le roman, celui de Marcus, l'ancien, le nouveau, celui de Clara.

C'est un roman à tiroirs que l'on peut lire de différentes façons en y abordant différents thèmes comme les migrants, le succès, la recherche de soi, l'amour entre autre.

La construction est originale, chaque roman s'emboîtant dans le principal comme des poupées russes.  Le livre est composé de trois parties.  J'ai de loin préféré la première plus dynamique et efficace.  La suite m'a moins convaincue, m'enlisant dans la lecture même si le thème et la construction m'ont convaincue.  Peut-être pas lu au bon moment.

Ma note : 6.5/10

Les jolies phrases

C'est l'incertitude qui fait peur.  On a toujours peur de ce qui vient, jamais de ce qui se produit, puisqu'on ne peut rien y changer.

C'est comme ça et pas autrement : de temps en temps on a tenté de lénifier le peuple pour éviter l'hystérie collective.

La fiction possède cet étrange effet de vous happer comme si tous les éléments étaient vrais.  Ils sont vrais pour l'auteur et le lecteur, mais seulement s'ils sont cohérents.

Dans un roman, il y a aussi tout ce qui ne sera pas dit de l'histoire que tu veux raconter.  Ce qu'il appartient au lecteur d'imaginer.  La part de l'ange, celle qui s'évapore comme dans le whisky.

On se sent fragile quand on écrit, Clara.  Indigne de l'histoire qu'on porte et qu'on veut raconter.  Je le vis chaque fois.  Mais la peur est dans ta tête.  Ce n'est qu'une pensée, pas la réalité.

On n'est jamais sûr de rien d'autre que du présent.

Tu ne contrôles pas le roman, c'est lui qui te contrôle.

Prends l'exemple d'Orwell : il a créé de véritables paradigmes dans la tête des gens !  L'impact de
1984 sur le vingtième siècle est immense.  Et pourtant a-t-il changé le cours du monde ? Empêché une seule guerre ou la robotisation ?  Si la littérature peut réellement quelque chose, c'est sur l'esprit et le coeur des individus.

Les choses finissent par arriver, mais jamais comme on l'imaginait, ni au moment où on le pensait.  Ni au bon endroit.  Et quand elles se produisent, il est rare que nos réactions soient aussi spontanées qu'on l'aurait voulu.


Le tiers sauvage, c'est cette chose qui vit en toi et que tu nommes insatisfaction.  Cette chose qui te pousses à écrire.  Ta part d'ombre, la petite bête qui te grignote, cette voix qui te parle dans l'oreille et t'empêche de dormir.




 

mardi 18 décembre 2018

Avec toutes mes sympathies - Olivia de Lamberterie ♥♥♥

Avec toutes mes sympathies  -   Olivia de Lamberterie ♥♥♥

Avec toutes mes sympathies

Stock
Collection La Bleue
Parution le 22 août 2018
Pages : 256
EAN : 9782234085800
Prix : 18.50 €


Présentation de l'éditeur

"Les mots des autres m’ont nourrie, portée, infusé leur énergie et leurs émotions. Jusqu’à la mort de mon frère, le 14 octobre 2015 à Montréal, je ne voyais pas la nécessité d’écrire. Le suicide d’Alex m’a transpercée de chagrin, m’a mise aussi dans une colère folle. Parce qu’un suicide, c’est la double peine, la violence de la disparition génère un silence gêné qui prend toute la place, empêchant même de se souvenir des jours heureux.

Moi, je ne voulais pas me taire.

Alex était un être flamboyant, il a eu une existence belle, pleine, passionnante, aimante et aimée. Il s’est battu contre la mélancolie, elle a gagné. Raconter son courage, dire le bonheur que j’ai eu de l’avoir comme frère, m’a semblé vital. Je ne voulais ni faire mon deuil ni céder à la désolation. Je désirais inventer une manière joyeuse d’être triste.

Les morts peuvent nous rendre plus libres, plus vivants."

O. L.

L'auteure nous en parle




Extrait de la grande librairie 27/09/2018

Mon avis

"Avec toutes mes sympathies", un livre qui n'aurait jamais dû exister car Alex n'aurait pas dû disparaître, pas à 45 ans nous dit Olivia de Lamberterie en parlant de son frère.

Un livre magnifique pour que la mort vive, qu'Alex soit toujours présent.  C'est un très bel hommage à son frère, une déclaration d'amour pour ce frère qui à jamais fait partie de sa vie.

Olivia de Lamberterie est critique littéraire pour Télématin, Le Masque et La Plume mais est également  "rédacteur en chef" pour "Elle".  Elle n'avait pas l'intention de franchir la ligne entre la critique et l'écriture car elle n'avait rien à dire.

Cependant son frère avant de partir lui a demandé d'écrire, et après sa mort, elle a retrouvé un message sur Facebook d'Alex lui demandant d'écrire son propre livre.

Ce livre, Olivia le portait en elle car elle voulait rendre à son frère, l'image de l'homme flamboyant qu'il était, sa joie, leur bonheur, lui pour qui "vivre l'a tué", celui qui a décidé le 14 octobre 2015 de franchir le parapet de sécurité du pont Jacques Cartier à Montréal.

Ce récit, c'est pour tromper la mort, garder la joie qu'elle l'a écrit.  Elle nous fait découvrir sa vie, sa famille, son enfance.  Une famille d'un certain milieu social où l'on exprimait peu ou pas ses sentiments, une certaine rigueur, une distance (le vouvoiement), pudeur et réserve étant de mise.

Elle nous fait découvrir cet amour inconditionnel, le lien très fort qui l'unit à jamais à son frère, cela même si des kilomètres les séparaient.

Elle nous pose question sur ce mal de vivre, sur le diagnostic assez tardif "dysthimie", nommé tardivement, mal soigné, sur les moyens inhumains des services psychiatriques qui abrutissent plutôt que de soigner.

Elle s'interroge sur l'aspect génétique de la question, leur famille étant lourdement touchée, mais tout ceci n'est jamais noir, jamais pathos.  Le ton peut être léger, l'humour étant bien présent provoquant le rire à certains passages.

L'auteure nous parle aussi beaucoup de l'amour des mots, des livres.  Les références sont nombreuses et c'est un pur moment de bonheur de lire cette plume.

Pour son mari, ses enfants, sa famille elle crée de la gaieté dans son quotidien non pas pour "faire son deuil", expression horrible mais pour que la mort vive et que les liens soient toujours présents, faire vivre Alex à travers eux.

La tristesse, le manque, la perte, le mal de vivre sont abordés mais c'est lumineux.  L'écriture est prenante, émouvante, élégante, emplie de pudeur et d'amour.  La sincérité et l'honnêteté de cette plume vraie m'a beaucoup touchée.

Un très beau récit que je vous conseille vivement.

Ma note : ♥♥♥♥♥

Les jolies phrases

Lire permet non de fuir la réalité, comme beaucoup le pensent, mais d'y puiser une vérité.

Ces échappées dans les mots des autres me détournent des miettes de ta réalité que je traque dans les recoins de mon quotidien.

J'hésitais entre la joie de savoir Alex vivant et l'effroi de le savoir désespéré.

L'amour se nourrit de l'absence.

S'il y a des problèmes on les tait. Peut-être qu'ainsi ils n'existeront pas, vive la pensée magique.

Mon frère était la seule personne à qui je me confiais.  Nous étions deux muets qui l'un en face de l'autre retrouvaient l'usage de la parole.  Avec qui chuchoter aujourd'hui?

La société dans laquelle on vit mérite-t-elle tellement qu'on s'y attache ?  L'amour immense qui l'entourait ne lui a pas servi de parachute.

Je n'ai plus envie de rien.  Je me force pour Florence, Juliette et François parce que je les aime, mais je dois me forcer à me forcer, et je n'ai plus l'énergie.

Sylvia Plath, Romain Gary, Ernest Hemingway, pour ne parler que d'écrivains que j'aime, je ne les considère pas malades, ces blessés dotés d'une sensibilité trop exacerbée pour supporter de se lever un matin de plus.

Alex a pansé ses plaies, maté sa mélancolie sans en arracher les racines.

Mais la vraie vie, qu'est-ce que cela veut dire ?  La vraie vie c'est celle qu'on se crée.  Rien d'autre.

Empêche-t-on un tsunami de déferler, un volcan d'exploser et de figer le paysage sous sa lave ?

J'écris pour prolonger l'existence d'Alex et m'empêcher de sombrer.  Parce que je ne peux tout simplement pas reprendre ma vie comme s'il n'avait jamais existé.

Vivre l'a tué.

On voudrait hurler de douleur mais on ne sait même pas où on a mal.  Aucun médecin à appeler. Aucune plaie à panser.

Le monde s'était rétréci à la taille du cercueil de mon frère, il reprend ses dimensions. Redevenir perméables aux malheurs extérieurs nous rend un peu de notre humanité entamée.




Merci à Netgalley et aux éditions Stock pour leur confiance.

dimanche 16 décembre 2018

Moi ce que j'aime, c'est les monstres - Emil Ferris ♥♥♥♥♥

Moi ce que j'aime, c'est les monstres   -  Emil Ferris

Résultat de recherche d'images pour "moi ce que j'aime c'est les monstres"
Monsieur Toussaint L'Ouverture
Roman graphique
Parution : 23/08/2018
Pages : 416
ISBN-13: 979-1090724471
Prix : 34.90 €

Présentation de l'éditeur

Chicago, fin des années 1960. Karen Reyes, dix ans, adore les fantômes, les vampires et autres morts-vivants. Elle s'imagine même être un loup-garou: plus facile, ici, d'être un monstre que d'être une femme. Le jour de la Saint-Valentin, sa voisine, la belle Anka Silverberg, se suicide d'une balle dans le coeur. Mais Karen n'y croit pas et décide d'élucider ce mystère. Elle va vite découvrir qu'entre le passé d'Anka dans l'Allemagne nazie, son propre quartier prêt à s'embraser et les secrets tapis dans l'ombre de son quotidien, les monstres, bons ou mauvais, sont des êtres comme les autres, ambigus, torturés et fascinants. Journal intime d'une artiste prodige, Moi, ce que j'aime, c'est les monstres est un kaléidoscope brillant d'énergie et d'émotions, l'histoire magnifiquement contée d'une fascinante enfant. Dans cette oeuvre magistrale, tout à la fois enquête, drame familial et témoignage historique, Emil Ferris tisse un lien infiniment personnel entre un expressionnisme féroce, les hachures d'un Crumb et l'univers de Maurice Sendak.

L'auteure

Résultat de recherche d'images pour "emil ferris"



En 2002, Emil Ferris (née en 1962 à Chicago), mère célibataire et illustratrice, gagne sa vie en dessinant des jouets et en participant à la production de films d’animation. Lors de la fête de son quarantième anniversaire avec des amis, elle se fait piquer par un moustique et ne reprendra ses esprits que trois semaines plus tard, à l’hôpital…

On lui a diagnostiqué une méningo-encéphalite : elle est frappée par l’une des formes les plus graves du syndrome du Nil occidental. Les médecins lui annoncent qu’elle ne pourra sans doute plus jamais marcher. Pire encore, sa main droite, celle qui lui permet de dessiner, n’est plus capable de tenir un stylo.

Le chef du service neurologie d’un des plus grands hôpitaux m’a dit que je ne marcherai plus jamais. Il en était sûr. — Emil Ferris

Alors qu’elle ne se voit plus aucun avenir, les femmes fortes à ses côtés l’encouragent – la thérapeute en charge de sa rééducation, ses amies et sa fille –, et Emil décide de se battre. Elle va jusqu’à scotcher un stylo à sa main pour dessiner, ce qui lui prend un temps fou… mais à force de persévérance, elle s’améliore. Emil décide de prendre un nouveau départ et s’inscrit au Chicago Art Institute, dont elle sortira, avec son diplôme, d’un pas déterminé.

Étudier à l’Art Institute était exactement ce dont j’avais besoin. Je n’avais pas d’éducation artistique de niveau universitaire et décider d’atteindre quelque chose de mieux était comme dire à l’univers que je refusais d’accepter la paralysie sans me battre. — E.F.

C’est à cette époque qu’elle commence l’écriture de son roman graphique. Elle mettra six ans à réaliser cette œuvre de 800 pages. Après 48 refus, l’éditeur Fantagraphics accepte le manuscrit.

Je travaillais sur un scénario basé sur la vision d’une fille loup-garou lesbienne blottie dans les bras d’un enfant Frankenstein transsexuel. Ces deux parias “monstrueux” ont été l’inspiration pour une nouvelle que j’ai écrite en 2004. Karen me parlait toujours (elle grondait plutôt, à vrai dire) et c’est en me fondant sur cette nouvelle que j’ai créé le livre.— E.F.

Le premier tome de son roman paraît en février 2017. Du jour au lendemain, Emil Ferris est propulsée parmi les « monstres » sacrés de la bande dessinée. Tandis que les réimpressions s’enchaînent, c’est unanime : il s’agit d’une œuvre d’exception.

Source : Monsieur Toussaint l'ouverture  

Elle nous en parle :





Mon avis

Attention énooorme coup de coeur c'est splendide, magistral , un nom à retenir Emil Ferris.

Ce n'est pas pour rien que ce roman graphique est le coup de ♥ de nombreux libraires. Emil Ferris est sans contexte à découvrir de toute urgence et ce pour de multiples raisons.

En 2002 l'année de ses 40 ans, lors d'une réception en son honneur, elle a été piquée par un moustique qui lui a transmis le virus de l'encéphalopathie provoquant rapidement une paralysie de ses membres.  Emil pensait ne plus jamais marcher, ne plus jamais dessiner.

A force de courage et de détermination, elle a peu à peu retrouver l'usage de son corps et de ses mains.  Au départ sa fille lui scotchait un stylo à bille dans la main...

Elle a décidé de prendre des cours de dessins et a commencé à dessiner dans des cahiers pour créer un grand roman graphique de plus de 800 pages, celui-ci en est la première partie.

Il fut compliqué de le faire éditer, faillite de l'éditeur, mais finalement il fut publié en 2017.  Monsieur Toussaint L'ouverture a fait le bon choix de se charger de l'éditer en français, sur un papier de qualité rendant au mieux ses fabuleux dessins.

Emil Ferris est sans conteste devenu un grand nom dans le genre "Comics".  Son travail est remarquable et l'originalité réside dans le fait que tout est entièrement réalisé au stylo à bille.

Osez cette expérience fabuleuse, croyez-moi vous n'en serez pas déçu.

L'histoire me direz-vous ?  J'y arrive.

C'est une double histoire qui nous est contée.  Nous sommes à Chicago dans le quartier Uptown fin des années 60.

Karen est une petite fille qui aimerait être mordue par un monstre pour qu'elle et sa famille le deviennent.  Les monstres la fascinent.  Elle lit le mensuel Ghaty chaque mois et dessine ces monstres dans un cahier.  Elle vit avec son grand frère Deeze et sa maman.  Elle nous raconte ses secrets et ceux de sa famille, de ceux qui l'entourent.

C'est aussi l'histoire d'Anka Silverberg, sa voisine.  Anka a été retrouvée morte, une balle en plein coeur, porte fermée.  Elle a été tuée dans le salon mais c'est dans son lit qu'on la retrouvée... Un mystère. 

Karen va enquêter sur sa mort et sur le passé douloureux d'Anka, rescapée juive des camps.

Ce roman graphique aborde la pauvreté, le commerce du sexe, la mafia, la discrimination, l'école, le racisme mais aussi la réalité des juifs durant la guerre, l'assassinat de Martin Luther King...  mais aussi les monstres qui se trouvent peut-être en nous !

Textes (assez denses) et dessins se partagent l'espace. L'art est omniprésent, l'auteure revisite les tableaux des musées avec Brio.

C'est une expérience UNIQUE , déstabilisante parfois, fantastique.  Un univers incomparable, onirique, original.

Les dessins sont SUBLIMES, EXTRAORDINAIRES, bluffants, chargés d'émotions.

Un travail remarquable.

Une expérience à vivre de toute urgence.

Un lire à offrir ou à s'offrir, vous ne serez pas déçus.

Immense coup de coeur ♥♥♥♥♥


Les jolies phrases

Si on pouvait voir avec un oeil de verre, le monde aurait-il l'air plus fragile ?

Il disait que quand les gens ont peur, ils sacrifient leur liberté à leur sécurité. Hitler l'avait compris !

Parfois des choses si terribles surviennent que les gens veulent que le monde soit à l'image de ce qu'ils ressentent au plus profond d'eux.

Les méchants, eux, le contrôle, ça les connaît ... Ils veulent que le monde entier soit effrayé pour pouvoir mener la danse.

Ne laisse jamais la noirceur des autres faire tomber la nuit en toi.



Résultat de recherche d'images pour "moi ce que j'aime c'est les monstres"



Résultat de recherche d'images pour "moi ce que j'aime c'est les monstres"

vendredi 14 décembre 2018

Des mots de contrebande, (Aux inconnus qui comme moi ...) - Alain Cadéo ♥♥♥♥♥

Des mots de contrebande,  

(Aux inconnus qui comme moi ...)   ♥♥♥♥♥

Alain Cadéo




















La trace éditions
Texte
Parution : 12/11/2018
Pages : 140
Ean : 979-1097515119
Prix : 16 €

Présentation de l'éditeur

Ces petits mots, ces intentions, ces billets, sont destinés à celles et à ceux qui ne se connaissent pas, font partie de la même famille éparpillée : les affamés d'azur. Nous, mendiants de la lumière, tendant la main pour des piécettes de partage, menue monnaie de notre joie, ce que nous cherchons c'est de pouvoir, sans aigreur ni amertume, poursuivre notre quête, nous rassembler autour des "mots de la tribu". Là, dans la caverne aux mille reflets de nos têtes, devant un bon brasier de phrases crépitantes, compagnons retrouvés nous tenant chaud, enfin nous ne serons plus seuls...

L'auteur

IMG_4396.jpg



Un passionné sans concession de la vie, des hommes et des rencontres.

Avide de vérité et de sens, sens des mots,

des êtres et des actes…

Ses romans ou plus précisément ses textes

sont des témoignages de sincérité et d’altruisme.

A partager avec des inconnus qui comme lui…

Pas si inconnu, Alain Cadéo est l’auteur de nombreux romans dont les magnifiques textes « Zoé » et « Chaque seconde est un murmure ».



Extrait de Var Azur 04/12/2018

Mon avis

Si vous suivez mon blog, vous savez sans doute qu'il est un auteur que j'aime beaucoup.  Son succès est à mon sens trop confidentiel car l'auteur de "Zoé" et de "Chaque seconde est un murmure" est pour moi l'orfèvre des mots par excellence.  

Si ce n'est déjà fait, je vous invite vivement à découvrir ses deux derniers romans  publiés chez Mercure de France.  

En réalité c'est depuis 1982 que ce poète écrit des nouvelles, des romans, des textes, du théâtre.  

Amoureux des mots et de la langue, il ne peut s'empêcher d'écrire et c'est tant mieux, n'hésitez pas à consulter sa page sur FB "Les billets d'Alain Cadéo" .

Un éditeur lui aussi est tombé sous le charme et lui a proposé d'en faire un recueil.  Quelle excellente idée !  Merci mille fois Monsieur Jean-Philippe Lafont et Isabelle Franc des éditions La Trace pour cette belle initiative.

C'est un petit livre de 140 pages, petit mais dense, un de ces livres que j'ai voulu savourer, me limitant volontairement aux nombres de pages lues pour déguster chaque phrase, chaque mot, car comme une praline, on croque un petit morceau, on laisse fondre, se libérer tous les arômes, les accords.

On rêve, on réfléchit, on sourit, on voyage.  C'est une explosion d'émotions, de sentiments qui surgissent au détour de chaque billet.

Monsieur Cadéo est vraiment un orfèvre des mots, il les allie avec passion, poésie et douceur.  Aucun mot n'est de trop, il est juste bien choisi, sorti de son écrin provoquant à chaque fois une douce alchimie.

C'est un moment de grâce, de plaisir qu'il vous propose.

Faites-vous plaisir et dégustez vous aussi chaque mot, chaque aphorisme pour vivre une expérience inoubliable.  Partagez-les sans modération car :

"Les mots  nous suivent pas à pas, hors du temps, au - delà"
"Les écrits restent, les mots nous déterminent, nous suivent, rassemblent"

Vous l'avez compris c'est un méga coup de coeur.


Les jolies phrases

Difficile de faire un choix car elles sont vraiment très nombreuses les jolies phrases, en voici quelques-unes..


J'ai la tête et le coeur broyés et lessivés par le roulis des mots.

Tout est cadeau, disait ma mère, mais seulement, rajoutait-elle, pour ceux qui n'attendent rien.

Croyez-moi, l'ennui, le bon vieil ennui, grinçant comme un fauteuil à bascule sur le perron de bois, n'est que du bonheur que l'on ignore.

Sur notre vie, ses raisons d'être, ne tiennent qu'à un fil, alors au-moins qu'il soit d'or d'argent ou de platine, chaque brin tressé, heure par heure, avec un véritable amour d'orfèvre.

Deux ailleurs qui se croisent font, chaque fois, un nulle part que j'aime par dessus tout.

Je suis un ferrailleur de phrases, de bouts d'idées, c'est maladif.  Je me suis dit qu'au poids, à la quantité, à la longue , ça finirait par vouloir dire quelque chose.

Du même auteur j'ai lu et adoré

mon petit billet en cliquant sur les couvertures



dimanche 9 décembre 2018

Réelle - Guillaume Sire

Réelle   -  Guillaume Sire


Réelle

Editions de l'Observatoire
Parution : 22/08/2018
Pages : 320
Code ISBN: 979-10-329-0243-1
Prix :  20 €

Présentation de l'éditeur


Enviée, choisie, désirée : Johanna veut être aimée. La jeune fille ne croit plus aux contes de fée, et pourtant… Pourtant elle en est persuadée : le destin dans son cas n’a pas dit son dernier mot.

Les années 1990 passent, ses parents s’occupent d’elle quand ils ne regardent pas la télé, son frère la houspille, elle danse dans un sous-sol sur les tubes à la mode, après le lycée elle enchaîne les petits boulots, et pourtant…

Un jour enfin, on lui propose de participer à un nouveau genre d’émission. C’est le début d’une étrange aventure et d’une histoire d’amour intense et fragile. Naissent d’autres rêves, plus précis, et d’autres désillusions, plus définitives.

L’histoire de Johanna est la preuve romanesque qu’il n’y a rien de plus singulier dans ce monde qu’une fille comme les autres.

L'auteur nous en parle





Mon avis

C'est une chronique sociale à laquelle nous invite Guillaume Sire par l'intermédiaire de la famille Tapiro issue de la classe moyenne.  

Didier, le père travaille dans une concession automobile, il aime Johnny.
Sylvie, la mère travaille elle dans une société import-export.

En dehors du travail, c'est devant la boîte noire, la télé qu'ils occupent leurs loisirs.  

Il y a aussi Kevin, le petit frère et Johanna, 13 ans au début du récit.

Pour Johanna, en dehors des cours de danse qu'elle délaissera pour les sorties au club avec sa copine Jennifer, son aînée de quatre ans, l'envie de plaire est grande.  Elle rêve de devenir célèbre et postule à "Graines de star", elle y chantera la chanson de son idole Ophélie Winter... oui mais , elle n'est pas prise , elle est déçue.  Déconvenue double car adolescente, elle rêve du grand amour et est prête à tout pour plaire à Antoine Dupré, un fils de la haute, contraste des classes sociales.

Les années passent, Johanna enchaîne les petits boulots, sa seule liberté sera de s'offrir un studio mais à quel prix !

Le destin n'aura pas dit son dernier mot car un jour, elle est contactée pour une nouvelle émission, la prod a retrouvé une photo donnée pour le casting de "Graines de star" et veut absolument la rencontrer.  La télé réalité débarque et "Big Brother" entendez "Le loft" arrive en France.  Un nouveau concept qui lui donnera la gloire et la célébrité, lui assure le producteur.  Johanna a 22 ans et veut croire en ses rêves...


Fable des temps modernes sur la télé qui occupe nos vies dans les années nonante, la génération télé, télé-réalité.  

Ce roman est clairement inspiré de Loanna -  même consonance que Johanna - il nous parle habilement des rouages de la télé réalité, il en démonte la mécanique, la cruauté.

La suite m 'a fait penser à "Cyril Hanouna", la télé poubelle (cela n'engage que moi) la connerie, la puissance d'un animateur sur ses chroniqueurs prêt à tout, au ridicule, à l'humiliation pour avoir un semblant de notoriété, de célébrité.

C'est captivant, rempli d'humour, de cynisme.  Un livre aux allures légères qui fait prendre conscience de la force de la petite boîte dans nos vies, enfin dans celle d'une génération qui vit sa vie par procuration  - (tiens tiens une chanson , les enfoirés, un spectacle la gloire, ceux qui ont lu le roman comprendront)  - dans l'inertie devant leur écran.

C'est lucide, acide, bien écrit.  Une belle satire sociale.  J'ai apprécié les nombreuses références musicales aux années 90.

A lire !

Ma note : 9/10

Les jolies phrases

Il y a deux types de retraités, avait-elle expliqué à Johanna, ceux qui sont propriétaires et ceux qui paient un loyer.  Les premiers voyagent, les seconds regardent la télé.

Tu commences à comprendre que, dans la vie, les accidents sont inévitables, du coup tu en veux moins au platane pour la voiture qui selon toi n'était pas préparée.

Mamie prétendait que la vie était nécessairement parsemée d'accidents, et que la seule façon d'être heureux consistait à réparer chaque fois.

Malgré sa volonté de ne rien espérer (et parce que l'espoir est un mécanisme qui n'a rien à voir avec la volonté), elle était pleine d'espérance : Paris, la télévision, Ophélie Winter, les Etats-Unis, Johnny, Leonardo DiCaprio... et l'argent, beaucoup d'argent.

Mamie était une reine antique, une amazone, Wonder Woman, de ces femmes dont on ne dit qu'elles sont l'avenir du monde, et qui, paraît-il, sauvent le pays chaque fois que les hommes, ces abrutis, partent à la guerre pour le détruire, Mamie la courageuse, Mamie la solitaire, Mamie l'encyclopédie vivante, la sorcière inca, l'ingénieuse, la charitable, la clairvoyante Mamie. 

:::parce que  "la vie", selon lui, était semblable à l'océan ou à la montagne : on peut en profiter et l'abîmer, mais à la fin il y a une avalanche ; à la fin il y aura un raz de marée.