Je - Liliane Hassaine
Gallimard
La Blanche
Parution : 20/08/26
Pages : 256
Isbn : 32601000048280
Prix : 21 €
Présentation de l'éditeur
Il se tourna vers moi, suspendu à ma réponse.
— Pas grand-chose. Mais je sais la reconnaître quand elle est là.
— Eh bien moi, chaque fois que je la vois, elle me blesse.
Quand je vois votre visage, par exemple, quelque chose en moi se trouve comme ébranlé. »
Île de la Jamaïque, 1831. Antoinette Cosway, créole de bonne famille, s’éprend d’Edward Rochester, un Anglais aussi impénétrable que fascinant. Mais à la séduction enflammée succèdent rapidement des scènes vénéneuses, où les baisers sont des blessures, où toute une société livre la jeune femme à son bourreau.
Des années plus tard, Antoinette tente de conquérir sa propre histoire.
JE se situe à mi-chemin entre roman victorien et thriller intimiste contemporain. Lilia Hassaine s’est inspirée du personnage de la première femme de Rochester dans Jane Eyre, le roman culte de Charlotte Brontë. Elle a choisi de lui donner une voix, un corps, une destinée.
Lilia Hassaine
Mon avis
Lilia Hassaine revisite ici le roman victorien et le transforme en thriller domestique qui à l'heure actuelle résonne en violence conjugale, au poids du patriarcat.
JE, c'est la première personne avec laquelle s'exprime Antoinette Cosway alias Bertha Mason, mais ce sont aussi les initiales de Jane Eyre, l'héroïne de Charlotte Bronté.
Avec beaucoup de finesse dans une écriture travaillée, sensorielle, délicate, un style élégant, Lilia Hassaine imagine et donne la parole à la première épouse de Rochester enfermée dans le grenier.
Antoinette Cosway, créole de bonne famille rencontre Edward Rochester en Jamaïque et en tombe éperdument amoureuse. Un récit d'amour passion qui deviendra vite celui de la violence et de l'emprise mais aussi celui du déni des personnes qui en sont témoins par leur silence.
La fin de l'esclavagisme et du colonialisme sont bien présents, nous sommes en 1831 lorsqu'Antoinette quitte la Jamaïque pour rejoindre l'Angleterre.
Une découverte par ce roman de la plume de Lilia Hassaine que j'ai vraiment beaucoup aimée.
C'est un coup de ♥
Les jolies phrases
Mais si le cœur est vide, vous verrez la vérité ; et vous n'aimerez pas ce que vous verrez. Parce qu'un cœur vide, c'est une maison sans gardien : tôt ou tard, de mauvais esprits viennent l'habiter.
Pourquoi le langage amoureux est-il si plein de mensonges, d'histoires qu'on se raconte et qu'on raconte aux autres ?
Les vrais remèdes, c'est pas dans les feuilles. C'est dans nous.
Je pensais à tout ce qui porte un nom : une musique qui vous précède, une mémoire qui se déploie à chaque syllabe. "Antoinette" portait l'odeur du café grillé et des livres humides. C'était le grain d'une langue dans laquelle ma mère avait ri, pleuré, aimé, la cadence grave de Christophine quand elle priait pour moi.
"Bertha" n'avait pas encore d'odeur. "Bertha" était un couloir vie.
Ce que Rochester n’aime pas, il ne le détruit pas. Et ce qu’il ne peut pas détruire ne l’intéresse pas.
J'enviais ces femmes de lettres, capables de transformer leur fièvre en lumière, leurs élans en liberté.
Si la vieillesse réduit mon corps, elle semble en retour éclaircir mon esprit - comme si la vie, en se retirant, révélait un sens plus profond à chaque chose. Peut-être est-ce là le privilège des années : goûter le monde avec plus d'acuité, plus de passion peut-être, à mesure que le temps se resserre.
Ces hommes éveillent en nous des sentiments si violents qu'on les confondrait aisément avec la passion véritable, oubliant que l'amour ne conduit jamais à l'abîme.
On juge une femme nerveuse, excessive, ingrate. Si elle se défend, on la dit violente ; si elle se tait, on l'estime coupable.
