jeudi 28 juillet 2016

Soleil brisé - M.O. WALSH

Soleil brisé

M.O.WALSH

Soleil brisé

Le livre de Poche  34135
Michel Lafon 2015
Traduit par Michel Marny
384 pages
Date de parution: 04/05/2016
ISBN: 9782253087250
Prix conseillé 7.30 euros

Présentation de l'éditeur


À Bâton-Rouge, en Louisiane, la vie est paisible en cet été 1989. Le lycée est fini et le narrateur, quatorze ans, va enfin pouvoir passer ses journées à observer Lindy Simpson, sa jolie voisine d’en face – d’un an son aînée – à qui il voue une passion obsessionnelle depuis son enfance.
Jusqu’à ce soir terrible où tout bascule. Lindy est victime d’une agression brutale en rentrant chez elle. Elle ne reconnaît pas son violeur et la police ne trouvera jamais le coupable. Par qui Lindy a-t-elle été agressée dans ce quartier familial si paisible ? Pourquoi, soudain, certains des habitants ont-ils des choses à cacher ? Et pourquoi le narrateur, trente ans plus tard, raconte-t-il cette histoire avec un sentiment de culpabilité ?

Un auteur doué dans l’art du suspense et du contre-pied. Jeanne de Ménibus, Elle.

Mon avis

La quatrième de couverture était tentante.  L'idée de partir en Louisiane, à Bâton Rouge, d'y parcourir la région, l'intrigue qui laissait entrevoir un thriller psychologique me faisait envie.

Quelle double déception !

Aujourd'hui le narrateur dont on ignore le nom se replonge 30 ans en arrière dans ses souvenirs.
C'était l'été 1989, âgé alors de quatorze ans, accro de sa voisine Lindy Simpson pour qui il vouait un culte. Un soir, tout bascule, Lindy subit un viol, elle n'a pas reconnu son agresseur.

Notre narrateur va se remémorer le quartier, ses habitants, sa jeunesse, il se sent coupable...

C'est noir, glauque, décousu, tellement décousu que je m'y suis perdue car c'est encombré d'une multitude de détails, de réflexions qui compliquent l'histoire, qui brouillent le fil du récit.  Je me suis donc perdue , ennuyée, m'accrochant difficilement à la narration.

Cela aurait pu se passer n'importe où, car la Louisiane il n'en est question que de la page 262 à 276, un peu comme un guide , j'ai trouvé cela étrange.

Des réflexions au final intéressantes sur la vision du drame tel un viol qui pour un ado de quatorze ans à l'époque ne mesure pas les conséquences de l'acte.  La culpabilité et le sentiment de vouloir aider à tout prix, un livre sur l'initiation, la découverte des premiers émois, de la sexualité.  Des sujets comme les conséquences d'un divorce, une étude de la société sont bien décrits mais il manque de cohérence.  C'était brouillon et je n'ai pas éprouvé de plaisir à la lecture, je sais que j'ai en général du mal avec la littérature américaine mais la magie n'a pas opéré, c'est un flop pour moi.

Ma note : 5/10

Les jolies phrases

Viol. Je n'associais pas l'image à ce mot, en dépit de ma récente relation avec lui. (...) Pillage, attaque, violence.  Donc je savais que "viol" allait de pair avec une grande injustice, oui, je n'étais pas débile.  Mais cela ne m'avait jamais évoqué la virginité de Lindy, son esprit en bourgeon, son corps se faisant massacrer sexuellement.  Je n'avais jamais pensé à quelque chose qui ne puisse pas être réparé.

C'est un endroit amusant à visiter, mais je n'aimerais pas y habiter.

Ta vie va être difficile si tu te laisses tracasser par la moindre petite erreur, dit-il.  La vie est belle.  Profites-en.

C'est étrange, n'est-ce pas ?  dit ma mère.  Je veux dire, les hommes.  On aurait pu croire qu'ils comprendraient qu'ils ne seraient pas obligés de réparer tant s'ils ne commençaient pas par casser.

L'amour ne change pas.  Tu peux avoir cinquante ans et te retrouver à faire les choses les plus dingues pour une femme dont tu penses qu'elle n'a rien de commun avec la première, mais c'est faux. Il y aura toujours un lien, je te jure.  L'amour ne change jamais.  Le truc, c'est d'en choisir une bonne pour commencer.  Si tu fais ça, alors l'amour n'a rien de déprimant.


mardi 26 juillet 2016

Les Beaux étés. La Calanque. - Zidrou et Jordi Lafebre

Les beaux étés.

Tome 2 : La Calanque





Dargaud
DESSINATEUR : LAFEBRE JORDI
SCÉNARISTE : ZIDROU
COLORISTE : LAFEBRE JORDI
GENRE HUMOUR
AUTRE REGARD
PAGINATION.56 PAGES
FORMAT.241x318
EAN.9782505065326
Prix : 13.99 €

Présentation de l'éditeur

Dans ce deuxième tome des Beaux Étés, Zidrou et Lafebre remontent le temps : les Faldérault et leur 4L rouge ont quatre ans de moins. 1969, cap au Sud ! Le Sud, certes, mais le voyage sur les petites routes a aussi toute son importance : le dernier café avec Pépé Buelo avant le départ, le champagne pour les 100 000 km de Mam'zelle Estérel, les pauses pipi, les pique-niques, le camping... avant de rejoindre les calanques paradisiaques de la Méditerranée ! Des moments précieux pour lesquels il est bon de prendre son temps...

Mon avis

Second opus de la série.  Après Cap au Sud (1973), on remonte encore dans le temps et nous voici en 1969, l'année de la victoire d'Eddy Merckx au Tour de France et celle où l'homme a marché sur la lune.

Toujours autant de plaisir à revenir à la fin des années soixante, les Beatles chantaient Ob-la-di, Ob-la-da, c'était l'époque de "Je t'aime, moi non plus", du "Sirop Typhon"...

La famile Faldérault part en vacances avec sa 4L pour le Sud.  C'est le temps de l'insouciance, le bonheur..  Le camping, le coin tranquille, les belles rencontres qui les emmènent plein sud dans les Calanques, ... Une époque où l'on privilégiait encore les contacts humains.., les rêves de certains vers Katmandu, les regrets de l'histoire avec les références à l'Espagne de Franco,  une autre époque. 

Nostalgie quand tu nous tiens.   Avec beaucoup d'humour, de bonne humeur et de fraîcheur, retour dans une autre époque.  Que du plaisir.

Ma note : 8/10

Les jolies phrases


Vous avez déjà remarqué, Madeleine ?... Les photos de famille ne captent que les bons moments : les vacances, les anniversaires, la communion de la petite dernière ...Pour s'en souvenir, pour qu'ils vous tiennent chaud au coeur.  Qui songerait à prendre des photos d'une scène de ménage, d'une maladie, d'une dispute ... celle de trop ?

Comme je le dis toujours : la gentillesse, c'est comme les fesses d'une jolie femme, on ne s'en lasse pas !

samedi 23 juillet 2016

86, année blanche - Lucile Bordes ♥♥♥♥♥

86, année blanche

Lucile Bordes





















Editions Liana Levi
«Littérature française»
mars 2016
isbn ePub : 9782867468186
Prix : 10,99


Présentation de l'éditeur


Au printemps 1986, le monde découvre Tchernobyl. Sous le nuage radioactif qui traverse l’Europe, trois femmes se racontent. Lucie, dans le sud de la France, se demande s’il va passer la frontière et bouleverser sa vie d’adolescente. Ludmila, dans la ville ultramoderne qui jouxte la centrale, veut croire que tout est sous contrôle dans l’invincible URSS. Ioulia, à Kiev, rêve d’indépendance et de son jeune amant français. Un moment crucial pour chacune d’entre elles, un moment crucial de notre Histoire. Trente ans après la catastrophe de Tchernobyl, Lucile Bordes se souvient de la peur, de l’attente et du silence. Dans une langue affûtée et poignante, elle dit aussi l’amour, l’engagement et le sens du sacrifice.

L'auteur nous en parle



Mon avis

Tout le monde se souvient du dimanche 27 avril 1986, un incendie éclate dans le réacteur numéro quatre à Tchernobyl.  Un nuage radioactif traverse l'Europe.

A travers la plume de Lucile Bordes, ce sont trois femmes qui vont nous faire le récit d'un morceau de leur vie de ce printemps 86.

Lucie a quinze ans, elle vit près de Marseille.  Elle entend parler de l'incident pour la première fois le mardi 29/04/86 soit ironie du sort le lendemain de l'essai atomique des Français à Mururoa.  Elle est paniquée, elle a vraiment peur que ce ne soit la fin du monde.  Et ce nuage qui s'arrête comme par magie dans le Sud de la France ! Elle est inquiète, voit la mort qui s'approche.  C'est le chaos dans sa famille mais pour d'autres raisons : son père sent approcher le spectre du chômage et la fermeture des chantiers navals, un autre cataclysme.

Ludmila a 25 ans, elle est mariée à Vassyl. Ils ont une petite fille Marina. Ils vivent à Prypiat, une sorte de ville moderne, la vitrine de la Russie, ultra moderne, fleurie.  Une caractéristique : tous travaillent à la centrale de Tchernobyl.  Ce dimanche 27, Vassyl a été appelé pour donner un coup de main pour circonscrire l'incendie.  Ludmila pense au baiser qu'ils n'ont pas échangé.  On vient les chercher pour évacuer les lieux par précaution.  Il ne faut prendre des affaires que pour deux jours., mesures provisoires, ils ne rentreront jamais...

Ioulia vit à Kiev, une centaine de kilomètres de la centrale, avec son mari Petro et leur fille.  Le ménage bat de l'aile depuis qu'elle a rencontré un français.  Au lendemain de l'incident, lâcheté ou sécurité, il est rappelé en France.  Petro va partir, il s'engage comme liquidateur.

Trois voix, trois femmes s'expriment.  Elles nous content leur amour, le sens du devoir, le sens du sacrifice, leur peur, leur désespoir.

Un récit poignant, dur, émouvant, réaliste ou comment par sens du devoir, du sacrifice, tant d'hommes ont fait abandon d'eux-mêmes pour les autres, par amour, par choix, par obligation.

Ce récit m'a remuée, retournée comme aucun livre auparavant.  Quel claque.

Cela fait peur, pousse à la réflexion lorsque aujourd'hui nos dirigeants prolongent le nucléaire sans tenir compte de certains signaux minimisant les risques.  Comment une région est anéantie, les familles déchirées, à tout jamais.

Lucile Bordes nous démontre également la manipulation ou rétention d'informations des autorités. Mesdames, Messieurs les politiques réveillez-vous car ceci n'est pas une fiction et Fukushima n'est pas si loin.

Un livre fort qui remue les consciences.  Une écriture directe, prenante, puissante chargée en émotions.

Encore un joli coup de coeur  ♥♥♥♥


Les jolies phrases

Au coeur du chaos, on nous répétait que tout était sous contrôle.

C'était ça, le plus dur, le temps qu'on nous volait en ne nous disant rien.

En nous raccompagnant au bas de l'immeuble, Vassyl s'était exclamé qu'il n'arriverait rien à l'homme russe tant qu'il aurait assez de vodka pour s'y noyer, radiations ou pas, et il nous avait donné deux bouteilles pour la route.

Et ma voix était d'autant plus assurée qu'il fallait étouffer la rumeur intérieure, celle qui disait que nous tenions nos vies de l'atome et qu'il était peut-être normal que l'atome nous les demande en retour, un jour ou l'autre.

Quand je lui ai demandé pourquoi il avait fait du zèle, il m'a répondu que ce n'était pas du zèle, mais le sentiment du devoir à accomplir, la conviction d'être à sa place, l'évidence  - qui fait l'homme - d'être plus que soi, la main et le coeur de millions d'autres.  Dans son délire, il n'était pas loin de se considérer comme un privilégié : qui a dit que c'est au moment de donner sa vie que l'homme fait la preuve de ce qu'il est ?

Il allait là-bas pour en finir.  Liquider son couple avec la catastrophe, puisque la vie qui avait été la sienne lui semblait à présent un mensonge.

Comment un presque mort peut-il se soucier d'un vivant au point de lui souhaiter une bonne nuit ?

L'absence de Petro était à ce point libératrice que je ne pouvais pas m'empêcher de souhaiter sa disparition pure et simple, définitive.  Qu'il ne revienne pas.

A la manière des enfants qui se sentent incompris et se rêvent orphelins, parce que l'orphelin a cet avantage, à ce moment là, de pouvoir s'inventer les parents qui lui vont, je ne voulais pas qu'il meure vraiment, je me plaisais simplement à imaginer comme ce serait bien s'il mourait.

Ces gens avaient tout perdu.  Il ne leur restait que la chance d'appartenir à un pays qui n'abandonnait pas les siens.




jeudi 21 juillet 2016

Un partenariat que j'adore , les petits derniers à rejoindre ma MAL

Un partenariat que j'adore : les Editions Luce Wilquin

C'est une maison d'éditions de Belgique.

Si vous ne la connaissez pas, voici un article publié au début de notre partenariat en avril 2014, c'est ici

Voici les derniers arrivés cette semaine :



La rentrée se prépare, deux auteurs que j'apprécie beaucoup Isabelle Bary et Anne-Frédérique Rochat.
Mais avant tout, je vous parle d'une auteur dont j'ai vraiment envie de découvrir la plume. Elle est née en 1984 et nous propose ici son huitième roman.  J'avais eu l'occasion de passer un chouette moment avec elle à la Foire du Livre de Bruxelles, j'ai hâte de découvrir sa plume.


Un endroit d'où partir   -  1. Un vélo et un puma

Aurélia Jane Lee






Luce Wilquin
Sméraldine
Parution 15/04/2016
14 x 20,5 cm
256 pages
ISBN 978-2-88253-520-7
EUR 20.-

Présentation de l'éditeur

Enfant trouvé, Juan Esperanza Mercedes de Santa María de los Siete Dolores grandit au sein d’un couvent, puis d’une hacienda où il devient l’élève de Don Isaac, homme érudit au passé mystérieux.
Développant très jeune un talent pour la peinture, mais aussi pour abandonner les femmes qu’il aime, Juan mènera une vie marquée par les ruptures successives, le doute, la culpabilité et la quête du véritable amour.
Un endroit d’où partir raconte le parcours d’un homme et d’un artiste tourmenté par ses choix, mais aussi profondément inspiré, sensible et amoureux, qui bouleverse la vie de tous ceux qui le rencontrent.
Une saga en trois tomes au cœur d’une Amérique latine fantasmée
Un personnage hors du temps et si universel
Des thèmes millénaires : la blessure de l’abandon, la filiation, la foi,…
Deuil des illusions, des amours perdues, de l’enfance,…
Une œuvre mature et très ambitieuse par l’auteur de Dans ses petits papiers



L'autre Edgar      -   Anne-Frédérique Rochat




Luce Wilquin
Sméraldine
256 pages
Parution : le 19/08/2016
Prix : 20 €


J'avais beaucoup aimé la plume de cette Suissesse née en 1977.  Anne-Frédérique est comédienne et écrivain.  Elle alterne en écriture pour le théâtre et nous propose ici son cinquième roman.  J'avais adoré "A l'abri des regards" , coup de coeur de la rentrée 2014, mon billet est ici et "Le chant du canari" ici

Voici le résumé et je vous reviens à la rentrée.

Présentation de l'éditeur

Comment mener une existence paisible lorsque l'on porte le prénom de son frère défunt qui occupe toute la place dans le cœur de sa mère ? Toute sa vie, Edgar tente de se débarrasser de ce fantôme.

Un peu plus tard en septembre, c'est une autre auteur belge qui nous revient.

Ce qu'elle ne m'a pas dit    -  Isabelle Bary

Cover Ce qu'elle ne m'a pas dit


Luce Wilquin
Sméraldine
256 pages
Parution le 02/09/2016
Prix 20 €

Présentation de l'éditeur



Quel est le point commun entre une quadragénaire moderne, belge et blonde du 21e siècle et un trappeur amérindien né dans les années ’20 ? Le sang !

Marie a quarante-sept ans. Avec Alex, son mari, et Nola, leur fille de seize ans, ils forment une famille bourgeoise contemporaine : un boulot accaparant, une indispensable vie sociale, un chien à poil long, des engueulades et des fous rires, des sushis le samedi, des impertinences d’ado avec un peu d’herbe fumée en cachette et, bien sûr, toujours trop d’Internet. Rien d’extraordinaire, en somme.

Mais ça, c’était avant. Avant que Marie ne découvre le secret bien gardé du passé passionné et violent qui est le sien.

Tantôt cruelle et tantôt drôle, émouvante et parfois désespérée, la révélation de ce secret tisse peu à peu une histoire qui rapprochera Marie de sa fille.

Avec ce roman, l’auteure pose les questions qui nous taraudent : Faut-il révéler les secrets de famille ? La vérité est-elle toujours bonne à dire ? Comment et quand la dévoiler ?

Parce que nous avons tous de vieux secrets, petits ou grands, Isabelle Bary célèbre, dans son neuvième livre, l’imagination, la mémoire, l’amour, l’humour et la joie de vivre comme alternatives au silence.

Hâte de découvrir ce sixième roman d'Isabelle.  J'avais particulièrement aimé "Zébraska", mon billet est ici



Merci encore à Luce pour sa confiance et merci de chaque fois nous donner des auteurs et récits de qualité.  Oh oui que j'aime cette maison de chez nous.

mardi 19 juillet 2016

Dans les prairies étoilées - Marie-Sabine Roger

Dans les prairies étoilées

Marie-Sabine Roger





















Rouergue
La Brune
mai 2016
256 pages
20,00 €
ISBN
978-2-8126-1063-9

Présentation de l'éditeur

Merlin, auteur d’une série BD à succès, perd son vieux copain Laurent, qui lui a inspiré son héros, Jim Oregon. Comment continuer à le faire vivre dans ses dessins, d’autant que dans son « testament », Laurent lui impose deux contraintes pour l’album à venir…. Marie-Sabine Roger s’amuse allègrement à jongler entre deux mondes, celui de la réalité et de la BD, et donne naissance comme toujours à une tribu de personnages tout en couleurs. Par l’auteur notamment de La Tête en friche, Bon rétablissement et Trente-six chandelles.

L'auteur nous en parle

Si vous avez décidé de le lire, faites comme moi, ne regardez la vidéo qu'après, par contre si vous hésitez ça vaut la peine de l'écouter.





Mon avis

C'est le troisième roman que je lis de Marie-Sabine Roger, une auteur qui fait mouche à chaque fois.

Un humour, une grande sensibilité, elle nous touche à chaque fois en plein coeur avec une galerie de personnages hors du commun.

Merlin et Prune s'aiment. Ils viennent de craquer pour une maison à retaper en plein campagne à perpète les Bains ....

Merlin a 57 ans, il est dessinateur, illustrateur de BD et documentariste.  Il dessine pour une encyclopédie d'oiseaux (ce qui nous explique cette magnifique couverture).  Prune a 49 ans, elle aime Merlin d'un amour fou, sa spécialité : les marchés aux puces.  Tout va donc pour le mieux jusqu'au jour où leur ami et ancien voisin Laurent décède inopinément.

C'était lui qui avait inspiré à Merlin, Jim Oregon, le personnage principal de sa série phare Wild Oregon. Cette série lui permet de bien vivre aujourd'hui.  C'est un mélange de western et fantastique dont le treizième album est sur le point de sortir.

Merlin est perdu, il est triste de perdre son ami mais surtout se pose des questions concernant la suite de la série, sans Laurent qui était un père pour lui.

De plus il recevra un courrier un peu particulier, une sorte de testament où Laurent aura des exigences concernant la série .... je ne vous en dis pas plus.

Nous allons découvrir des personnages hauts en couleur comme tante Foune (une vieille bique castratrice) et l'oncle Albert un jeune premier de 94 ans qui prendra une décision qui changera aussi sa vie , comme il le dit   "..sommes arrivés à l'âge où les jours comptent triple comme certaines lettres du Scrabble. Et nous profitons triplement du bonheur qui nous est échu."

Il y a aussi Lolie et Genaro, un chat hargneux "Cyrrhose", l'excellent plombier Bombala, ...

C'est un magnifique récit sur l'amitié, sur le temps qui passe, rempli de tendresse et d'humour, mais c'est surtout un régal où l'auteur se met en scène et nous parle du processus de création et de l'écriture.
J'ai aimé comment Merlin puise son inspiration dans la vraie vie, la frontière entre la réalité et la fiction est mince. J'ai également apprécié que ces pensées nous soient à chaque fois proposées comme des cases de BD qu'il imagine.  Une idée géniale.

Les personnages parlent, accompagnent véritablement Merlin au quotidien.  La frontière entre imaginaire et réalité est si mince.  Marie-Sabine Roger se pose également la question des droits des lecteurs, du rôle qu'ils pourraient jouer dans le processus créatif? Pourrait-on lui imposer des contraintes, des règles ?

J'ai passé un excellent moment.  Les chapitres sont courts.  La plume est vive, riche, fluide, sensible.  On vit de vraies émotions passant du rire aux larmes.  Les personnages ont comme à chaque fois une grande humanité et une bonne dose d'humour.

Voilà une belle lecture estivale à emmener dans sa valise.

Ma note : 9/10


Les jolies phrases

Mais les maisons ont ceci de commun avec nous, les humains, qu'elles nous attirent, nous repoussent, ou nous laissent indifférents.  Et parfois, c'est le coup de foudre, qui ne correspond jamais, ou presque, à nos critères.  On pourrait dire pareil des histoires d'amour.

A chacun d'entre nous son propre cataclysme.  Ce n'est pas l'ampleur des dégâts qui fait l'étendue de la peine.

Mais le plus étrange, c'est que l'épreuve surgit souvent à l'instant même où le bonheur semblait acquis.

La vie est un feuilleton tellement prévisible.  On sait bien ce qui nous attend, au dernier épisode de la dernière saison.  Où trouve-t-on l'innocence de s'étonner encore ?

Le corps a beau lâcher, on n'efface jamais la mémoire du désir.

J'ai encore dans l'oreille les petites brisures aux détours de ses phrases, comme autant d'échardes pas encore poncées qui se redresseraient dans la veine du bois.

Avec elle ne rien dire n'est jamais un effort.  C'est le privilège des gens qui s'aiment, ne pas être obligés de meubler les temps morts comme une pièce trop grande dans laquelle on a froid.  Quand on s'aime, se taire est une connivence.

La profondeur des amitiés ne se juge pas toujours à leur ancienneté.

Chaque mort d'un ami est une lampe éteinte, qui rend notre chemin un peu plus hasardeux.

Au présent, parce que c'est à jamais le seul des temps qui compte.  Le seul qui fait de nous des êtres immortels.

Les morts ne sont pas tristes, il n'y a pas de raison que les vivants le soient.

Les lecteurs ...  Mettez une apostrophe, on entend "l'électeur".  Ce n'est pas un simple jeu de langue, une pirouette.  C'est le lecteur qui fait l'auteur, et pas uniquement l'inverse.

Edmée et moi sommes arrivés à l'âge où les jours comptent triple , comme certaines lettres au Scrabble.  Et nous profitons triplement du bonheur qui nous est échu.

Les morts ne meurent pas tant que l'on pense à eux, ils s'absentent, rien d'autre.

Je la connais, cette angoisse du lecteur, lorsque le point final approche.  Cette tristesse, ce refus, quand il ne reste plus que quelques pages, à peine.  Lorsqu'on sait qu'on saura, bientôt.  Plus de suspense, plus de surprises, ni aucune raison d'espérer autre chose. La pièce jouée jusqu'au tout dernier mot de la dernière rime.  La frustration ultime, si la fin ne nous convient pas.  Et cette sensation tellement particulière, ce doux plaisir mélancolique à refermer le lire si, par bonheur, on l'a aimé.

Ces personnages-là, dont on pourrait jurer qu'ils ont été créés pour nous, exactement, par ces chers inconnus, tous ces auteurs vivants, ou morts, mais dont la voix résonne encore.