mardi 29 septembre 2026

N'efface pas mes cercles - Emma Marsantes

 N'efface pas mes cercles   -  Emma Marsantes













Verdier
Collection jaune
Parution : 08/26
Pages : 160
Isbn :  9782378562953
Prix : 19.50 €

Présentation de l'éditeur



1980, une femme se suicide dans un appartement cossu. Dans les années cinquante, elle s’était unie avec un jeune homme à qui tout l’opposait.

Explorant son histoire familiale, la narratrice tente de démêler les raisons de ce drame et dresse ce faisant le portrait d’une société aux prises avec ses démons : le patriarcat, la guerre, la colonisation, les injonctions à la réussite et au bonheur.

N’efface pas mes cercles remonte le temps à la recherche des destins brisés et restitue avec force l’atmosphère des époques traversées. Cette saga bouleversante confirme le grand art d’Emma Marsantes.

Emma Marsantes



Née en 1960, Emma Marsantes a grandi à Neuilly-sur-Seine. Elle suit des études de lettres modernes à la faculté de Nanterre, puis à la Sorbonne.

Dans les années quatre-vingt-dix, elle écrit de la poésie qu’elle publie en revue. Professeure de français, elle a principalement enseigné dans des collèges de la banlieue parisienne. À partir de 2009, elle se consacre à la pratique de la photographie.
















Mon avis

Le 18 octobre 1980, la mère de Mia met fin à ses jours dans son appartement cossu de Neuilly.  Emma Marsantes s'interroge sur l'héritage familial.

Par cercles concentriques, comme les anneaux d'un arbre, elle va remonter l'histoire de la famille, des femmes en particulier depuis le début du siècle dernier, une histoire qui se répète, le poids du passé sur des vies empêchées ou dirigées. 

Un style incisif, sobre, petites touches par petites touches, des fragments pour comprendre l'effacement, la violence familiale, le poids du patriarcat, le colonialisme, le manque de liberté des femmes, l'emprise et les injonctions sociales.

La langue est poétique, subtile tout en délicatesse, élégance et pudeur.  Une écriture aiguisée, fragmentée d'une puissance et d'une beauté extraordinaire.

Coup de ♥



Les jolies phrases

Sa vie délivre son grand-père de ce chagrin qui a failli le tuer.

Est-ce d'avoir pris la vie d'un autre qui va le rendre fou ?

Les morts sont-ils morts ? Apparemment, tant qu'on n'en parle pas. Elle a fait passer une consigne stricte, on ne discute pas de politique à table, vous n'y comprenez rien et on n'évoque pas les absents, cela attristerait les enfants.  Comme la guerre s'éteint à peine autour des Grands Chênes, il ne reste plus beaucoup de vivres pour la conversation.  Traverser l'étendue des repas de famille, sans marcher sur les mines enterrées, demande aux convives de la concentration, et l'on avance de gaffe en gaffe, de foudroiement de regard en coup de pied sous la nappe, on s'étouffe à avaler les plats le plus vite possible, on renonce au café pour s'échapper, les larmes aux yeux, dans le jardin.


Sentiments, assentiments, sans et sang, tels sont les homonymes du mot femme.  Sentir, ressentir, être sensible, et supporter le sang.  Le sang rouge et avare laisse les hommes sans voix.  Il s'agit de ne pas en parler.  Chez les hommes, on ne saigne pas. 

Ils obéissent.  Ils n'ont pas le choix.  Déserter, être fusillé, fuir, ou alors la garnison, un régiment, le front.  C'est pour eux;  Affaire de génération. 

Léa fixe l'avenir dans les yeux.  Ne pas jeter un regard en arrière.  Ne pas se retourner.  Qui est ce soldat mort dans la boue des rizières ?  Le savoir, elle n'y survivrait pas.  Si elle rejoint le môle, si elle embarque, il n'y a rien.

Entendez bien, il y a une vulgarité pour les pauvres et une autre pour les riches, il s'agit simplement de ne pas adopter les mauvaise pratiques des autres. 

L'insecte danse dans la lanterne.  Epouse coloniale, femme colonisée, au nom de Dieu, au nom du mâle, au nom des innocents, le grand prisme de la violence, chacun y sera réfléchi à son tour, prédateurs ou indigènes dominés.  La narration est une imposture assumée.  De ma mère, pourtant, je ne retiens pas l'abjection. 

Personne ne sauvera tante Nanette.  Mais Elsa a retenu la leçon.  Obéir. Passer pour, filer droit, ou être transformée en déchet. 

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