samedi 20 janvier 2024

Feu le vieux monde - Sophie Vandeveugle

 Feu le vieux monde     -   Sophie Vandeveugle













Denoël
Parution : 10 mai 2023
Pages : 176
Isbn : 9782207178157
Prix : 17 €


Présentation de l'éditeur

« L’aube s’ouvrit sur un ciel de fumée. La ville, entourée de collines qui la regardaient, semblait bien frêle là-dessous, presque prise en étau, et n’avait plus pour horizon que ce ciel anthracite qui, à mesure que se levait un soleil de feu, s’orangeait. »

La petite ville de Bas-les-Monts a subi la mobilisation de ses jeunes et vit, depuis, au rythme des avions et sous la menace.
L’ennemi est d’une inhabituelle envergure, la ligne de front se déplace au gré des vents : en ce nouvel été caniculaire, ce sont d’effroyables incendies que les appelés combattent. Séparés de leurs familles, Nino, Joseph, le Moineau et les autres découvrent la camaraderie de la troupe et les limites de la docilité. Sous les frondaisons de la forêt suppliciée, le règne animal paie lui aussi un lourd tribut à cette guerre moderne…
Ardente et engagée, cette fable confie à la jeunesse la capacité de lucidité, le pouvoir de l’indignation et la volonté d’inventer l’avenir.

L'autrice

Née à Tournai en 1998, diplômée en lettres, aujourd’hui étudiante en journalisme, Sophie Vandeveugle est une autrice belge.
Elle a remporté en 2021 le Prix Jeune Audiberti pour sa nouvelle "D’une nuit l’autre", et le Prix Fintro 2023 en littérature francophone pour son premier roman "Feu le vieux monde".
Elle vit à Tournai.



Mon avis

Découverte d'un talent, une claque à la réalité de notre société. Sophie Vandeveugle est Tournaisienne, elle a 25 ans, c'est son premier roman et quel roman, quelle plume !

Nous sommes à Bas-Les-Monts, une petite ville qui vit sous la menace.  Des avions passent, c'est la guerre... Les jeunes de 18 à 40 ans ont été mobilisés.  C'est Montiel qui dirige une vingtaine de jeunes dont Nino, Joseph, le Moineau et trois camions.  La menace c'est l'été, la belle saison que l'on craint aujourd'hui tellement les températures montent, la menace c'est le feu que l'on traque, que l'on essaie de vaincre tout autour de la ville espérant qu'il ne la gagne pas. 

Les incendies font rage, la ligne de front se déplace sans cesse au gré des vents.  Le feu laisse peu de répit à ces jeunes qui apprennent à se connaître, mesurant les limites de chacun. Les femmes ne sont pas sans reste, certaines s'engagent, d'autres organisent la résistance, apportent des vivres aux soldats du feu.

Ce récit c'est un peu la révolte de l'état de notre monde, une façon de faire de la résistance, de dénoncer les nombreux travers de notre société.  Si le monde part en fumée c'est aussi et surtout le faute de l'homme qui ne respecte pas toujours le vivant, qui au prix d'élevage intensif déboise, fait de la culture intensive, tue petit à petit les ressources de dame la terre. 

Une écriture engagée sur le constat de l'état de notre monde, une façon de dire la révolte mais aussi de susciter des réflexions pour que l'on agisse, que l'on change le vieux monde en autre chose.  Une prise de conscience , l'envie de réinventer un avenir;  C'est lucide, dur, très dur mais tellement réaliste.  Dire, constater ce que font nos politiques est une chose mais c'est agir, changer de stratégie que nous souffle ce magnifique premier roman.

L'écriture est magnifique, oserais-je dire flamboyante, ardente.  Un texte fort à découvrir d'urgence.  Essentiel.

Ma note : 9.5/10



Les jolies phrases



L’aube s’ouvrit sur un ciel de fumée. La ville, entouré de collines qui la regardaient, semblait bien frêle là-dessous, presque prise en étau, et n’avait plus pour horizon que ce ciel anthracite qui, à mesure que se levait un soleil de feu, s’orangeait. Sous l’épais nuage, les monts s’alignaient, couverts de bois et de champs qu’interrompaient par endroits quelques fermes isolées ; on aurait dit une longue mer immobile d’où surgissaient de hautes vagues sans jamais chuter sur l’écume florissante. La nuit, sans crainte des voleurs, toutes fenêtres ouvertes, avait été longue : depuis plusieurs semaines il ne pleuvait pas et demeurait, impitoyable, une chaleur de désert qui gardait l’air toujours brûlant et sec. Une chaleur à coller, à suer au moindre effort et à ne rien faire, aussi. L’herbe partout où l’on y marchait craquait, semblait sur le point de s’émietter, jaune et courte : les premiers volets des bâtisses de Bas-les-Monts s’ouvrirent sur des balcons et des parterres où fanaient les fleurs, tête basse, que l’on ne pouvait plus arroser.

Le ciel était toujours opaque, il ressemblait aux poumons encrassés des fumeurs de longue durée et Bas-les-monts n'en paraissaient que plus vulnérable.  

Les feux brûlaient davantage que les terres, il brûlait un monde : les vies par milliers se changeaient en une fumée recouvrant les villes, comme pour rappeler à la multitude humaine le massacre qui avait cours là-bas, sans certitude qu’elle comprenne jamais quoi que ce soit – parmi ceux qui s’apitoyaient sur le sort des êtres qu’ils appelaient « bête », combien se moquaient des morts moins spectaculaires, ou plus dissimulées ? Combien, à la justice, préfèrent la complaisance ? Aux yeux des hommes, il n’est souvent de victimes, de martyrs, que celles et ceux sous les projecteurs.

La ville pouvait bien regarder où elle voulait, partout le ciel l'enrobait d'une perpétuelle couche fumeuse qui semblait lui dire : "Regarde, ville : à tes usines fumantes, faux poumons d'acier aux alvéoles d'argent, ont succédé les feux de tes grandes espérances de vie;  Regarde, ville : tes forêts brûlent comme ont trop brûlé tes usines et les corps par milliards, l'air partout ne sera bientôt plus que touffeur et les cieux, cendre."

Travailler, toujours travailler...  Au fond, ce n'est pas le travail qui me dérange, c'est que ce soit une condition pour vivre, mais même pas une garantie d'y arriver dignement.  Et le fait aussi qu'il n'importe pas que ça ait du sens, du moment que ça rapporte. Enfin, pas à nous, naturellement.

Souvent, aussi, je me dis que c'est à force de devoir travailler, gagner de l'argent pour vivre, pour manger, que les gens n'ont plus le temps de réfléchir. 





mardi 16 janvier 2024

Adèle - Dominique Van Cotthem ♥♥♥♥♥

 Adèle - Dominique Van Cotthem   ♥♥♥♥♥




























Genèse 
Parution : 14/01/2022
Pages : 288
Isbn : 9782382010112
Prix : 22.50 €

Présentation de l'éditeur



Lorsqu’il achète le château abandonné de Mesvin, Guillaume découvre une vieille photographie dans le garde-manger. Il s’agit de l’épouse d’un ancien propriétaire du domaine viticole. Il est touché par la jeune femme descendant un escalier et cachant son visage du revers de la main. D’elle, il ne sait rien, mais cette femme a fait l’objet de terribles rumeurs. On l’a accusée de crimes, on l’a jugée adultère, on l’a maudite, on l’a exclue.

En achetant le château de Mesvin, Guillaume a aussi acheté son histoire. Intrigué par Adèle de Brizan du Puy, il s’engage dans une longue enquête à l’issue de laquelle le lecteur découvre l’envers du décor : une jolie villageoise prise au piège entre un mari violent et une belle-mère manipulatrice et sans scrupules. Victime des secrets les plus honteux du château, prise au piège, Adèle veut survivre. Mais à quel prix ?


Dominique Van Cotthem





En 2017, Dominique Van Cotthem a été lauréate du concours Femme Actuelle pour son premier roman Le sang d’une autre (Nouveaux Auteurs et Pocket), couronné par le Prix Coup de cœur des lectrices. Son deuxième roman, Adèle, publié en 2021 chez Genèse Édition, est finaliste de plusieurs prix littéraires et a reçu les plus beaux éloges de ses milliers de lecteurs.






Mon avis

Attention coup de coeur ♥ Ce roman est juste incroyable, je vous préviens, une fois commencé, impossible d'en sortir. C'est un véritable page turner, intelligent, bien construit et rempli de surprises.


Dans le prologue, un élément déterminant. Antoine Griset découvre le corps d’une jeune femme le 12 avril 1946.

En 2014, l’homme qui a acheté le château abandonné de Mesvin, trouve une photo sous le lino d'un placard de la cuisine, celle d'une femme descendant un escalier en se cachant le visage. C'est lui qui va nous faire découvrir l'histoire d'une femme forte, libre qui en a bavé, l'histoire d'Adèle.

Adèle Gentil est blanchisseuse lorsqu'elle rencontre le Comte Jean-Mathieu de Brizan. Un mariage d'amour est célébré le 17 juillet 1937, Adèle a 18 ans. Adèle s'installe au château de Mesvin, mais la Comtesse mère, manipulatrice ne l'acceptera jamais, elle la méprise, l'ignore.

Peu à peu le conte de fée vire au cauchemar, Jean-Matthieu devient violent, Adèle est sous emprise.

Pour Adèle, c’est un véritable choc de classe. Elle doit tenir son rang va être éduquée par un percepteur, et elle aime cela. Elle s'ouvre au monde et un jour découvre les vignes abandonnées par un ancêtre. Elle y trouve refuge. C’est son échappatoire, elle se met en tête de faire renaître les vignobles et de créer un grand vin, un argument convaincant car il apporterait renommée et revenus au domaine.

La découverte du cadavre annoncée en prologue va faire basculer ce destin tragique.

C'est un roman à tiroirs, excessivement bien construit que nous propose Dominique Van Cotthem, drame psychologique, analyse sociologique mais aussi enquête policière.

La construction est parfaite, l'écriture est juste addictive, c'est un vrai page turner.

Chaque personnage est abouti, fouillé, même les personnages dits secondaires. Des personnages attachants dont Dominique cerne parfaitement la psychologie et décrit la profondeur de l'âme humaine.

On comprend bien le jeu du pouvoir et de l'emprise, pourquoi il n'est pas si simple d'en sortir lorsqu'on le vit de l'intérieur, c'est une des forces du roman mais le suspense aussi est maître. J'ai aimé être baladée, que les pistes se brouillent et que jusqu'au bout règnent le mystère et les retournements de situation.

C'est un grand livre, un très beau voyage dans le temps, une fresque sociale du Borinage dans les années 30-40. C'est aussi avant tout le portrait d'une femme forte, libre. Passionnée par la terre, les vignes. Croyez-moi, vous n’êtes pas au bout de vos surprises !



Lisez-le, ce roman est juste superbe.


Un immense coup de coeur ♥♥♥♥♥




Les jolies phrases

Parfois, une vie peut être longue, même si elle compte peu d'années.  Tout dépend de ses drames, ce sont eux qui étirent les jours.  Quant au poids d'une existence, il se mesure en douleurs, hélas, inexorablement. Le bonheur, lui, est un ensemble de légèreté, une bulle d'air parfumée, un impalpable souffle salutaire.

Vous savez, Madame, je ne suis ni aveugle ni sourde et si je suis muette, c'est uniquement par nécessité.  Une gouvernante a des devoirs, celui de se maîtriser en fait partie.  Il n'empêche, j'ai mes opinions.

Le puzzle commençait à prendre forme.  Les contours placés définissaient le tri des pièces à poser à l'intérieur en partant du bas. Les emboîter une à une, en remontant peu à peu vers le haut, recréer l'image entière du ou des coupables.

Pour renaître, il faut avoir en amont avoir vécu. Il faut avoir frôlé la mort, respiré son odeur, entendu son ricanement. Un retour est toujours le fruit d'un départ et un départ est toujours la graine d'un choix.

Les adieux déchirent, les adieux émiettent, les adieux décousent l'assemblage d'une vie.

L'héroïsme se mesure avant tout à la conséquence du geste posé.

Je compris ce jour-là que l’identité propre d’une femme se résume à son prénom, son nom étant toujours celui d’un homme.

Toujours est-il qu'accuser un puissant revient à se mettre en danger. 

Du même auteur j'ai lu

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dimanche 14 janvier 2024

Ils ont rejoint mon Himalaya à lire

 Ils ont rejoint mon Himalaya à lire





Voici les derniers arrivés. On commence par les belges.  Une question que je me pose souvent ;

Dans quel monde on vit  -  Ralph Vendôme

























Meo
Nouvelles
Parution : janvier 2024
Pages : 132
ISBN: 978-2-8070-0416-0
Prix : 16 €

Présentation de l'éditeur



Dans quel monde on vit…

Une femme révèle à ses enfants qu’une autre vie était possible, sans maternité. Un patron charismatique applique une notion particulière de la logique industrielle. Une jeune fille ne sait plus à quelle morale se vouer, qui sont les bons et qui les méchants.



Dans quel monde on vit…

Les artistes contemporains reculent plus loin encore les frontières de l’absurde.

La dictature est une affaire de famille.

Le routier se pend après avoir entraîné son camion sur une pente honteuse.

L’ange d’affaires retourne sa veste côté démon.



Dans quel monde on vit n’est pas une question, c’est un constat.

Ces onze nouvelles orientent le projecteur de manière à créer d’immenses ombres au tableau.

Chez le même éditeur, Meo, que je remercie

Seul & seule -  Michel Ducobu



















Meo
Parution : janvier 2024
Pages : 144
ISBN: 978-2-8070-0419-1
Prix : 17 €

Présentation de l'éditeur



Ils ont la vie derrière eux, du moins le croient-ils. L’un et l’autre ont choisi la solitude comme viatique pour la route qu’il leur reste à suivre. Par commodité pour lui, par défaut pour elle.



Le hasard ou le destin, même si les deux solitaires ne font aucunement confiance à ces génies de l’inconnu, vont néanmoins s’intéresser à eux. Avec un peu de compassion, un rien d’humour et une bonne dose de cruauté, selon la règle.



La vie devant soi sera-t-elle plus forte que l’envie ou le mal de vivre ?

La misanthropie de l’homme désabusé, la misandrie de la femme blessée peuvent-elles se dissoudre dans l’amour ?



Un défi, une expérience ultime, un sursaut sentimental les aideront peut-être à surmonter leur indifférence, à vaincre leur résistance.



SEUL et SEULE deviendraient ainsi, par la force tranquille des choses humaines, d’humbles héros d’une histoire à la fois banale et déroutante..


Chez Les Impressions Nouvelles, un premier roman à découvrir

Ça brille encore - Bénédicte Lotoko



















Les impressions nouvelles
Parution : janvier 2024
Pages : 192
Isbn : 978-2-39070-103-3
Prix : 18 €


Présentation de l'éditeur



Fille unique d’un père fou et d’une mère absente, Clotilde a trouvé dans sa chambre envahie de livres un abri à ses tourments. Livrée à elle-même depuis l’enfance par son père, blanc, issu d’une riche famille belge, Clotilde cherche, à travers la littérature, à combler le vide laissé par sa mère noire et congolaise.

Mais en ce début d’été, un coup de foudre la surprend et son équilibre vacille. Les Fragments d’un discours amoureux accompagnent sa dérive dans les rues et les places de sa ville natale, Bruxelles.

De quartier en quartier, elle erre, en quête d’amour et de ses origines. Les hommes et les femmes qu’elle rencontre la maintiennent debout. Jusqu’à quand ?

« Je veux être l’élue, la mère, la pute, la copine, la salope, la pote, la pire et la meilleure, le plan cul, la baise d’un soir, l’amour d’une vie. J’attends l’amour de mes rêves, il peut venir, je suis prête. Féministe ou pas, j’attends la douceur et la fièvre, le prince Disney, l’amant à la Duras. J’attends qu’il glisse un numéro de téléphone, un regard, me sauve de mes nuits littéraires et solitaires. Du lit à la fenêtre, puis du lit au fauteuil et du lit au lit, mes gestes ont trop de plaies, mon monde est trop confit, une saleté de cerise collante sans gâteau ni bougies. »

Rencontrée lors d'un goûter de Noël oragnisé par Livraison de mots, suis trop contente de découvrir la plume de Floriane Joseph

Les vivants sont des rois  -  Floriane Joseph





















Michel Lafon
Parution : 11/04/2024
Pages : 192
Isbn : 9782749952383
Prix : 17.95 €

Présentation de l'éditeur



Le talent de Floriane Joseph, nouvelle voix de la littérature française, qui signe un roman générationnel, poétique et profond. Une magnifique réflexion sur l'existence.

Six amis d'enfance se retrouvent, le temps d'une soirée. Joris, Katia, Mathieu, Line, Calypso et Hector ne se sont pas revus depuis la Tragédie. Mais cette nuit, à l'aube de tous les possibles, ils décident de tout oublier – passé, remords, regrets, absence – et de laisser l'ivresse les emporter, leurs liens se révéler, se nouer, ou se défaire comme un adieu à l'enfance qui, déjà, s'enfuit. Car ceux qui sont bel et bien là ont le devoir de régner sur la vie en rois...

Le suivant me tente énormément, j'adore quand l'art s'immisce dans la littérature

Les yeux de Mona  -  Thomas Schlesser





















Albin Michel
Parution : 1/2/24
Pages : 496 
EAN : 9782226487162
Prix : 22.90 €


Présentation de l'éditeur



Cinquante-deux semaines : c’est le temps qu’il reste à Mona pour découvrir toute la beauté du monde.

C’est le temps que s’est donné son grand-père, un homme érudit et fantasque, pour l’initier, chaque mercredi après l’école, à une œuvre d’art, avant qu’elle ne perde, peut-être pour toujours, l’usage de ses yeux.

Ensemble, ils vont sillonner le Louvre, Orsay et Beaubourg. 

Ensemble, ils vont s’émerveiller, s’émouvoir, s’interroger, happés par le spectacle d’un tableau ou d’une sculpture. Empruntant les regards de Botticelli, Vermeer, Goya, Courbet, Claudel, Kahlo ou Basquiat, Mona découvre le pouvoir de l’art et apprend le don, le doute, la mélancolie ou la révolte, un précieux trésor que son grand-père souhaite inscrire en elle à jamais.

Grand roman d’initiation à l’art et à la vie, histoire d’une relation solaire entre une petite fille et son grand-père, Les Yeux de Mona connaît un destin fabuleux : traduit dans plus de vingt pays avant même sa parution en France, c’est un phénomène international.



Sélectionné pour le Grand Prix RTL-Lire Magazine Littéraire 2024.

Et on termine par une parution chez Denoël

La disparition d'Hervé Snout  -   Olivier Bordaçarre





























Editions Denoël
Collection sueurs froides
Parution : 17 janvier 2024
Pages : 368
EAN : 9782207178676
Prix : 21 €


Présentation de l'éditeur

Odile Snout s’affaire dans la cuisine de son pavillon cossu. Le bœuf bourguignon qui a mijoté toute la journée est prêt. Avec ses deux adolescents, elle attend son époux, dont on fête ce soir-là l’anniversaire. Les heures passent et Hervé ne se montre pas. Quelque chose ne tourne pas rond chez les Snout et l’angoisse commence à monter.
Le lendemain matin, à la gendarmerie, le lieutenant ne semble pas inquiet. Hervé finira par rentrer chez lui, et reprendre son travail.
On a bien le droit de disparaître.

Dans sa langue incisive d’où émerge une poésie du quotidien, Olivier Bordaçarre brosse une analyse glaçante du monde du travail, du couple et de la vide de la famille.



samedi 13 janvier 2024

La langue des choses cachées - Cécile Coulon ♥♥♥♥♥

 La langue des choses cachées - Cécile Coulon  ♥♥♥♥♥











L'iconoclaste
Parution : 11 janvier 2024
Pages : 144
Isbn : 9782378804046
Prix : 17.90 €


Présentation de l'éditeur

À la tombée du jour, un jeune guérisseur se rend dans un village reculé. Sa mère lui a toujours dit : " Ne laisse jamais de traces de ton passage. " Il obéit toujours à sa mère. Sauf cette nuit-là.


Cécile Coulon explore dans ce roman des thèmes universels : la force
poétique de la nature et la noirceur des hommes. Elle est l'autrice
de Une bête au Paradis, Prix littéraire du Monde, Trois saisons d'orage, prix des Libraires, et du recueil de poèmes Les Ronces, prix Apollinaire.
Avec La Langue des choses cachées, ses talents de romancière et
de poétesse se mêlent dans une oeuvre littéraire exceptionnelle.

Cécile Coulon










Originaire de Clermont-Ferrand, Cécile Coulon publie son premier livre à seize ans. Depuis, elle ne cesse de nous surprendre, de nous émerveiller. En quelques années, elle a publié sept romans dont Une bête
au paradis, un grand succès de librairie, récompensé par le prix littéraire du Monde, et deux recueils de poèmes dont l’un, Les Ronces a reçu le prix Apollinaire en 2018. Cécile Coulon est également éditrice à l’Iconopop, une collection de textes brefs et poétiques à l’Iconoclaste.

Mon avis


Un jeune homme arrive à la tombée du jour dans le petit village reculé "Le fond du Puits", c'est sa mère qu'on avait appelé mais celle-ci trop vieille envoie son fils pour la première fois.

Il est nommé "coupeur de feu", "guérisseur", "rebouteux", "sorcier", il porte le don transmis de mère en fils, celui d'entendre la langue cachée des choses et de rétablir l'équilibre des choses. Il est celui que l'on appelle lorsque les hommes ne savent pas trop où demander de l'aide.

Jusque-là, son rôle était d'observer sa mère, apprendre les gestes qui soignent, réparent ce que les hommes ont abîmé, accompagner la mort.  On a appelé sa mère et c'est lui qui vient seul pour la première fois.

Il sait qu'il ne doit pas laisser de trace de son passage, n'écouter qu'une demande à la fois mais comme à chaque première fois cela ne se passe pas comme on l'entend.  Il va désobéir, transgresser la règle.

C'est un jeune homme sortant de l'adolescence qui arrive sans expérience.  Il repartira transformé, mûri,  conscient de la violence des hommes et de la souffrance des femmes, de la notion de vengeance, mais aussi  de l'équilibre fragile qui peut à tout moment se renverser. 

C'est un conte noir sur la nature et ses mystères, les héritages et leurs violences que nous propose Cécile Coulon.  Un texte sublime, magnifique ! 

Ce conte noir aux allures fantastiques va à l'essentiel, un récit intense qui parle de la nature humaine, de l'homme capable du meilleur comme du pire !  Il est question de la dualité de l'être , l'homme à la fois monstre et coeur tendre, rempli de noirceur et d'amour.

Cécile Coulon va au coeur des choses avec des mots choisis d'une force et d'une poésie incroyables.  Une écriture épurée, un texte magnifique resserré d'une puissance incroyable.

C'est sublime.

Un énorme coup de coeur ♥♥♥♥♥



Les jolies phrases


Nous voyons les choses cachées, il n'y a pas de mots pour cela. 

Comment un homme pareil peut-il donner un enfant sacré, comment d'un corps brutal peut naître une chose si fragile, comment, comment, comment, il n'en sait rien, ce père atroce, mais il ne peut pas perdre ce gamin, il ne peut pas le laisser mourir sans tout tenter, même appeler ce garçon, cet étranger, ce fils de la mère connue ici pour sauver les graves et les minables? Cet enfant est son salut, la lueur dans la boue, la couronne sur la crasse, cet ange, il ne le mérite pas, mais une douceur a percé sous les épaules rouges du père, un morceau d'amour qui tangue, qui grince.  Le miracle de l'enfant, c'est d'avoir débusqué chez son père cette émotion qu'il ne connaît pas mais qui le ronge.  Si l'enfant meurt, il sera moins qu'un homme, moins qu'une bête et cette brute aux épaules rouges a peur de ce qu'il y a sous les hommes et les bêtes : le vide. 

Sa mémoire, elle, est intacte : le drame, c'est de tout savoir, de se rendre compte que le temps défait le corps et que le corps défait est une barricade trouée où les souvenirs s'engouffrent.

...il était là pour apprendre à éteindre les grands feux furieux que ces moments, tous identiques, allumeraient dans le coeur pourri des hommes  et le coeur brisé des femmes.

Du même auteur j'ai lu 

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jeudi 11 janvier 2024

L'abbé Pierre Une vie pour les autres - Abdel de Bruxelles - Vincent Cuvellier

 L'abbé Pierre  Une vie pour les autres  

Abdel de Bruxelles- Vincent Cuvellier































Casterman
Parution : 05/11/2023
Scénario : Vincent Cuvellier
Dessin : Abdel De Bruxelles
Pages : 72
Isbn : 9782203204201
Prix : 16.50 €

Présentation de l'éditeur



La vie extraordinaire d’un homme extraordinaire...


Henri Grouès naît à Lyon en 1912. Éduqué dans une famille catholique tournée vers les autres, il est sensibilisé dès l’enfance à l’entraide et au partage. Se faisant d’abord appeler « Frère Philippe », Henri adopte après la Seconde Guerre mondiale un nom qui va rester dans toutes les mémoires : celui de l’Abbé Pierre. Réunissant des compagnons pour fonder Emmaüs, il mène dès lors une lutte acharnée contre le mal-logement. À l’hiver 1954, il lance son célèbre appel à la radio, et tout au long de sa vie l’Abbé Pierre a créé des communautés, en France et à travers le monde, afin de venir en aide aux personnes démunies. Par son infatigable action, il nous rappelle que la dignité est à la fois un enjeu de civilisation et un droit universel.



 



Mon avis

Vincent Cuvellier pour le scénario et Abdel de Bruxelles pour les dessins réalisent ici un exploit, en 72 pages ils nous racontent le parcours de l'exceptionnel Abbé Pierre , mais surtout le rendent accessible aux enfants, et ce qui ne gâche rien c'est qu'un euro pour chaque livre vendu est reversé à la Fondation de l'Abbé Pierre.

Henri Grouès né dans une famille bourgeoise catholique à Lyon en 1912.  Son père, un homme très croyant et actif auprès des démunis le dimanche, a très certainement été à l'origine de sa vocation.
À l'âge de 19 ans, il devient "frère Philippe" chez les frères Capucins, il quittera l'ordre pour des raisons de santé et deviendra vicaire à Grenoble.
 
En 1943, une rencontre déterminante on le comprend en filigrane dans l'album, celle de Lucie Coutaz, il deviendra l'Abbé Pierre  durant son action dans la résistance, il aidera des familles juives à quitter le pays, et des opposants dont le frère du Général de Gaulle.

1949 à Neuilly Plaisance, il achète une maison qui deviendra d'abord une auberge de Jeunesse puis le centre d'aide d'Emmaus tel qu'on le connaît, toujours avec Lucie Coutaz mais aussi avec Georges - le premier compagnon -, un ex-taulard qu'il recueille après une tentative de suicide.  L'Abbé Pierre, cela a toujours été une vie de partage avec ceux qui n'ont rien.  Avec eux il va essayer de trouver des solutions pour aider un maximum de monde, Emmaüs devient une communauté de chiffonniers, un mouvement qui lutte contre le mal-logement et accueille des sans-abris.   

L'appel de l'hiver 54 est bien entendu évoqué, un grand mouvement de solidarité naît et la personnalité de l'Abbé Pierre s'affirme, grandit à l'international.  Sans répit il se bagarre pour améliorer notre société, il inspire et rencontre Coluche.  Jusqu'au bout il restera la personnalité la plus appréciée, il est toujours là et sa Fondation a encore malheureusement bien du travail aujourd'hui.

J'ai beaucoup aimé le dessin d'Abdel de Bruxelles tout en simplicité et douceur.  C'est sobre comme l'était l'homme.  Ce trait doux rend je pense la bd accessible à la jeunesse, important de continuer à transmettre ces belles valeurs.

Si cet album vous a plu et que vous voulez en savoir plus sur l'homme, je vous invite à voir le biopic récent avec Benjamin Lavernhe.

Ma note : 9/10


Du même dessinateur j'ai lu et adoré

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