dimanche 9 octobre 2022

La vie clandestine Monica Sabolo

La vie clandestine -  Monica Sabolo



 














Gallimard
La Blanche
Parution : 18 août 2022
Pages : 320
Isbn : 9782072900426
Prix : 21 €


Présentation de l'éditeur

« Je tenais mon sujet. Un groupe de jeunes gens assassinent un père de famille pour des raisons idéologiques. J’allais écrire un truc facile et spectaculaire, rien n’était plus éloigné de moi que cette histoire-là. Je le croyais vraiment. Je ne savais pas encore que les années Action directe étaient faites de tout ce qui me constitue : le silence, le secret et l’écho de la violence. »

La vie clandestine, c’est d’abord celle de Monica Sabolo, élevée dans un milieu bourgeois, à l’ombre d’un père aux activités occultes, disparu sans un mot d’explication. C’est aussi celle des membres du groupe terroriste d’extrême gauche Action directe, objets d’une enquête romanesque qui va conduire la narratrice à revisiter son propre passé.

Comment vivre en ayant commis ou subi l’irréparable ? Que sait-on de ceux que nous croyons con-naître ? De l’Italie des Brigades rouges à la France des années 80, où les rêves d’insurrection ont fait place au fric et aux paillettes, La vie clandestine explore avec grâce l’infinie complexité des êtres, la question de la violence et la possibilité du pardon.

Monica Sabolo

Monica Sabolo est une journaliste et romancière française.

Elle a grandi à Genève en Suisse où elle fait ses études. Après avoir milité pour la défense pour les animaux, au sein du WWF en Guyane puis au Canada, elle travaille à Paris en 1995 comme journaliste pour un nouveau magazine français "Mer et Océans".

Monica Sabolo passe dans les rédactions des magazines "Voici" et "Elle". Au lancement de "Grazia" (Mondadori France), elle est recrutée comme rédactrice en chef "Culture et People".

En 2000, elle publie son premier roman, "Le Roman de Lili". Elle réitère cinq ans plus tard, en 2005, avec "Jungle".

Début 2013, elle prend un congé sabbatique de quelques mois pour écrire un troisième roman, "Tout cela n'a rien à voir avec moi" (2013), pour lequel elle reçoit la même année le prix de Flore.

En janvier 2014, Monica Sabolo quitte "Grazia" et le journalisme pour se lancer dans une nouvelle activité : l'écriture de scénario. "Crans-Montana" (2015) obtient le grand prix SGDL du roman 2016.

En 2017 elle publie "Summer", finaliste du Prix Goncourt des lycéens et finaliste du Prix du roman des étudiants France Culture - Télérama, roman pour lequel Monica Sabolo a reçu le Prix des lecteurs de la Fête du Livre de Bron 2018.
Il sera suivi en 2019 par le roman "Eden", pour lequel elle s'égare dans les bois de Colombie-Britannique, émerveillée par les lieux et horrifiée par le sort des femmes autochtones.


Source : Babelio

Mon avis

Monica Sabolo est à la recherche d'inspiration pour son prochain roman.  C'est en entendant l'émission "Affaires sensibles", qu'elle pense l'avoir trouvé.  Ecrire sur le groupe "Action Directe".  Elle est, à ce moment à des lieues de penser que ce sujet la rapprochera de son histoire.

Commence alors un travail titanesque, une enquête de grande envergure sur "Action Directe".  Souvenez-vous, c'était un groupe terrorriste qui a sévi en France de 1979 à 1987, avec plus de 80 attentats à son actif.

Il était composé de jeunes personnes : Nathalie Ménigon, Joëlle Aubron, Jean-Marc Rouillon et Georges Cipriani.

Le 17 novembre 1986, Action Directe a franchi une limite et est devenu sanguinaire, le PDG de Renault, Georges Besse fut froidemment assasiné.

"Je ne savais pas encore que les années Action Directe étaient faites de ce qui me constitue : le secret, le silence et l'écho de la violence."

En avançant dans son enquête, et en se penchant sur les quatre jeunes "ennemis publics n°1", pour comprendre pourquoi on sombre dans la violence, Monica Sabolo va les voir comme des êtres humains avec leurs failles.  Elle va se rendre compte qu'il y a un parallèle entre cette histoire et la sienne.

C'est un début de roman un peu confus car les deux histoires s'alternent et on ne voit pas de suite ce qui les unit.  Monica Sabolo nous parle d'elle, nous livre l'intime, la découverte que Y. Sabolo n'est pas son vrai père, elle prend conscience aussi de l'inceste qu'elle a subi par ce collectionneur d'art précolombien, de ce que la mémoire peut enfouir.

Elle nous propose une double enquête, celle d'Action Directe et celle sur son passé, ses origines.  Les deux affaires vont s'entremêler pour exorciser le mal.

C'est une écriture magnifique, maitrîsée, tout en délicatesse et sincérité qui nous livre un récit sur la mémoire, sur le mécanisme de dissociation qui lui a permis de surmonter l'inceste.  Peu à peu tout s'éclaire, la limite entre le bien et le mal qui la lie au roman.

Un récit qui l'amène de la mémoire collective à la mémoire intime, d'un trauma collectif à un trauma intime.

Ma note : ♥♥♥♥

Les jolies phrases

Je ne savais pas encore que les années Action Directe étaient faites de ce qui me constitue : le secret, le silence et l'écho de la violence.

Il n'y a rien de plus redoutable que de vivre dans un système capitaliste avec des gens qui ne le sont pas.

Le réel s'adresse-t-il toujours à notre part secrète, inconnue de nous, qui nous mène exactementlà ou elle le désire ? Serait-il possible que l'Histoire be parle en vérité que de nous-même ?

Quand il y a de l'amour, il ne doit pas y avoir de limites !

Nous nous racontons une histoire, puis nous la réécrivons, au fil du temps.  Ce spectre fantasque s'appelle la mémoire .  Le souvenir est un organisme vivant, un corps autonome, qui s'auto-génère. Personne ne ment, le spectre a juste pris la main.

J'aimerais lui demander comment on fait pour vivre hors de la fiction, pour habiter le réel et le présent.  Comment faire en particulier quand dans un mouvement irrépressible, le passé se met à remonter à la surface à la façon d'un cadavre gonflé d'eau.

L'amour est la seule chose intéressante à vivre, la seule qui puisse nous sauver.

Cet aquarium est notre famille en miniature : un milieu trouble, à l'abandon.  Une vitrine que l'on a entretenur pendant quelque temps avec un soin maniaque, l'exposant fièrement aux regards, mais qui nécessite une telle énergie, pour imiter le réel, que finalement, on lâche tout, d'un seul coup, exténué.  L'aquarium est là sous nos yeux, mais on ignore ce qui s'y déroule, derrière le rideau d'algues.  Personne n'y prête plus attention.

Ce qui n'existe pas insite, insiste pour exister.

"Imaginez-vous que vous parliez chimois à des interlocuteurs espagnols : vous pouvez parler doucement, supplier, crier, pleure, cela ne change rien, ils ne comprennent pas le chinois."

Les mots empêchés ressurgissent, en un autre lieu, un autre temps.  Tel pourrait être l'emblème de cette histoire : un oiseau, un message arrimé à la patte, qui aurait mis près d'un demi-siècle à trouver un destinataire.

Façonné pour tromper, le masque semble cacher les choses au profit d'un simulacre, mais sa fonction réelle est de révéler.  Ce n'est pas seulement un instrument de sacrifice ou d'initiation : c'est avant tout un symbole permettant d'accéder à la réalité.

samedi 8 octobre 2022

La garde-robe - Sébastien Ministru

 La garde-robe - Sébastien Ministru









Grasset
Parution : 13 octobre 2021
Pages : 192
EAN : 9782246826354
Prix : 18 €


Présentation de l'éditeur

Vera vient de mourir. Elle avait fui sa famille quand elle était jeune, et deux nièces sont chargées de vider le dressing de cette tante qu’elles n’ont pas connue.De vêtement en vêtement, de tailleur en écharpe et d’écharpe en robe du soir, chaque pièce de la garde-robe de Vera raconte un épisode de sa vie. Chanteuse de variétés dans les années 1970 ayant connu un grand succès puis l’oubli, elle épouse un riche industriel dont les nièces vont découvrir le secret, un secret que Vera a protégé jusqu’à la mort de son mari. Elle-même transporte la blessure de son enfance sans rien pardonner à son milieu d’origine. L’armure des vêtements se fend parfois : quand un réalisateur l’approche pour les besoins d’un film sur les corons de son village natal, les images reviennent, les sens vibrent, et la peau se fait plus tendre.

En reliant les pointillés que forment les habits de Vera, Sébastien Ministru reconstruit la biographie d’une femme qui a traversé les époques, fière, blessée, combative et ne regardant jamais un passé que ses nièces découvrent avec bien des surprises. Elle avait fait de l’élégance un rempart contre la violence du monde. Au fur et à mesure que les siens surgissent de son vestiaire, les faits se redessinent, et se précise l’itinéraire de celle qui avait tout fait pour renoncer à ses origines. Puisque aussi bien elle était “partie sans dire au revoir à son père et à son frère qui, partenaires dans la monstruosité des hommes, lui avaient fait mal sans réussir à la blesser.” Elle a porté sa souffrance comme ses vêtements, avec grâce.
Un personnage de femme dans la lignée des grands personnages féminins de Tennessee Williams.




L'auteur



Sébastien Ministru est né à Mons en 1961. Issu d'un milieu modeste, fils d'un père sarde illetré.
Il a plusieurs casquettes ; chroniqueur littéraire, radio, il est rédacteur en chef adjoint du "Télémoustique" depuis 1984.


Il écrit pour le théâtre, en particulier pour le TTO depuis de nombreuses années : Un homa où ça ?; Psy, Excit, Fever, Cendrillon, ce macho pour n'en citer que quelques unes.


Il a commencé en radio en 98 sur Bruxelles Capitale puis il présenta l'émission culte "Bang Bang" sur Pure Fm, le magazine LGBT. On le retrouve aujourd'hui de manière hebdomaire sur la Première dans "Entrez sans frapper"


Son premier roman "Apprendre à lire" publié chez Grasset en 2018.
"La garde-robe" est son deuxième roman, toujours chez Grasset en 2021


Mon avis

Véra Dor vient de s'éteindre laissant derrière elle un immense dressing contenant une multitude de tenues les plus extraordinaires les unes que les autres : robes en organza, manteau en brocart, cape en zibeline, longue robe asymétrique mais aussi une blouse écossaise, trois tailleurs et une petite robe trapèze orange..

Chaque vêtement est un bout de vie et la garde-robe un immense patchwork composant la vie de Véra.   

Deux nièces inconnues en sont les héritières, elles ont pour mission de vider le dressing en compagnie d'Anne-Marie, l'employée fidèle, l'amie, l'amante.

Á rebours, dans le désordre , une étape de sa vie hors norme est racontée, chapitre par chapitre.

Mais qui était Véra ?

Une jeune femme née dans les Corons haïssant son enfance, son manque de perspective.  Elle a pris son destin en mains déterminée à fuir sa classe.  D'amoureuse de la couture, sténo dactylo, secrétaire de direction, elle est entrée dans le monde du show bizz, chanteuse.  Elle a connu la gloire, célèbre et a détourné tous les scénarios, fait tomber tous les obstacles pour vivre dans un monde de riches auquel elle n'était pas destinée.

C'est un très beau roman à la construction très originale.  L'écriture est magnifique, au vocabulaire riche pour nous décrire le monde de la haute couture, les étoffes et les couleurs. Ce n'est pas un livre sur la mode mais sur le déterminisme social.

Une petite merveille d'originalité.

Ma note : ♥♥♥♥




Les jolies phrases


Elle avait accepté l'invitation, certaine de profiter des performances de ces chanteuses et de ces chanteurs qui continuaient à donner du sens à cette croyance selon laquelle c'est dans les chansons les plus légères qu'on trouve le plus de profondeur.

Elles avaient immédiatement compris que, contrairement à ce qu'on pouvait en penser, ces vêtements n'avaient rien de superficiel mais contenaient des traces d'une vie.

Mais le temps du deuil, n'efface pas le manque, il nous apprend à lui trouver une place, quelque part entre nous et la vie. 

Vera ne tombait plus amoureuse et elle s'en portait très bien, comme délestée d'un poids dont elle ne voulait plus s'encombrer.

Vera se demanda comment on pouvait garder en mémoire des moments d'expériences douloureuses, au point d'y construire toute une vie aux alentours, et d'y évacuer d'autres sans qu'ils ne laissent aucune trace.

Quand je regarde des hommes bien faits, je me demande toujours quels enfants ils ont été.

Les familles sont des jeux de loterie où la détresse est subie par les uns et ignorée par les autres.

Vera grandissait dans une famille où, contrairement aux garçons, les filles n'avaient aucun statut et incarnaient le malheur de leur géniteur d'avoir baisé à côté de la chance.

La mine c'est comme la guerre, ceux qui l'ont faite, au mieux ne veulent plus en parler, au pire ne sont plus là pour en parler. 

Mais j'ai grandi avec l'idée que rêver était un luxe réservé à ceux qui n'ont rien d'autre à faire.  Quelle bêtise.

Du même auteur j'ai lu

Cliquez sur la couverture pour avoir accès à l'article












mardi 4 octobre 2022

Bilan lecture de septembre

 Bilan lecture de septembre



L'impression d'être en mode ralenti, une semaine de vacances en amoureux, trois jours à Nancy pour "Le livre sur la Place"- un rendez-vous devenu incontournable avec mon amie Nathalie - une préparation de café littéraire et un retard phénoménal dans le blog...


Blog qui a fêté ses 10 ans ce 21 septembre.  L'envie toujours plus grande de lire plus mais aussi d'aller au ciné, au théâtre, de faire des découvertes, c'est bien oui mais je travaille toujours à temps plein donc si je ralentis un peu ce n'est pas si grave.  


Au final seulement 7 lectures


En préparation au café littéraire de septembre , du belge et du bon ♥









Un petit tour du côté de Liège avec Magritte et Simenon




Une belle découverte, le monde du cinéma, celui de Billy Wilder lu par Isabelle Carré.




Un premier roman graphique original.



Et la joie de retrouver la plume d'Oscar lalo dans un registre inattendu , une réussite !



Et un album jeunesse pour terminer.






Et je termine le mois avec deux lectures en cours




Comme toujours accès à l'article en cliquant sur la couverture, une fois la chronique publiée.


Mise à jour mensuelle de la page.


Belles lectures à vous. 

dimanche 2 octobre 2022

Dix ans pour le blog cela mérite un petit concours !

 Dix ans pour le blog ! cela mérite un petit concours !





C'est le 21 septembre 2012, il y a dix ans que mon blog a vu le jour.  Créé à l'époque dans le cadre des "Matchs de la rentrée littéraire" de Price Minister.


Que de chemin parcouru, dix ans plus tard, c'est 1492 articles publiés, 819 187 pages vues.  

Tout cela c'est grâce à vous de plus en plus nombreux à me suivre; 1608 abonnés sur Facebook, 1690 sur Instagram. Merci aussi à mes nombreux partenaires; maisons d'éditions, auteurs, attachées de presse qui me font confiance et font grimper de façon virtigineuse ma PAL.

Je lis et rédige pour ce blog, c'est parfois exigeant, contraignant mais tellement enrichissant de partager avec vous car la lecture cela se partage avant tout.  C'est aussi l'occasion de vous rencontrer en vrai parfois, depuis un an j'anime des cafés littéraires, une autre façon de partager ma passion des mots avec vous.   J'aimerais tellement pouvoir lire plus mais il y a une activité professionnelle à temps plein et une vie culturelle riche et dense.

Pour vous remercier de votre fidélité je vous propose un concours 😍

L'envie de vous proposer deux de mes coups de coeur de la rentrée !

Merci à Gallimard, Julliard et Sarah de le permettre.


Il y a 3 exemplaires de chaque à remporter .





Cliquez sur la couverture pour lire ma chronique .


Que faire pour participer ?


Le concours sera accessible de trois manières :

-  via le blog en laissant un commentaire, le livre souhaité et vos coordonnées mail sous cet article

- via Facebook mais en laissant un commentaire sous l'article du blog et en invitant deux personnes à participer et en aimant les pages de Gallimard et Julliard.

- via Instagram (modalités spécifiques sur le post)

Le concours sera ouvert jusqu'au 9 octobre minuit pour la Belgique, France et Luxembourg.  Les comptes concours seront exclus.

Un tirage au sort aura lieu le 10 octobre prochain. 


Bonne chance à tou.te.s



samedi 1 octobre 2022

Une ascension - Stefan Hertmans

 Une ascension  -  Stefan Hertmans





















Gallimard
Du monde entier
Traduit du néerlandais par Isabelle Rosselin
Parution : 13 janvier 22
Pages : 480Isbn : 9782072940996
Prix : 23 €




Présentation de l'éditeur

Se promenant dans sa ville natale de Gand un jour de 1979, le narrateur tombe en arrêt devant une maison : visiblement à l’abandon derrière une grille ornée de glycines, cette demeure l’appelle. Il l’achète aussitôt et va y vivre près de vingt ans.

Ce n’est qu’au moment de la quitter qu’il mesure que ce toit fut également celui d’un SS flamand, profondément impliqué dans la collaboration avec le Troisième Reich. Le lieu intime se pare soudain d’une dimension historique vertigineuse : qui était cet homme incarnant le mal, qui étaient son épouse pacifi ste et leurs enfants ? Comment raconter l’histoire d’un foyer habité par l’abomination, l’adultère et le mensonge ?

À l’aide de documents et de témoignages, le grand romancier belge Stefan Hertmans nous entraîne dans une enquête passionnante qui entrelace rigueur des faits et imagination propre à l’écrivain. Examen d’un lieu et d’une époque, portrait d’un intérieur où résonnent les échos de l’Histoire, Une ascension est aussi une saisissante plongée dans l’âme humaine.

Stefan Hertmans


















© Thomas Andenmatten


Ecrivain belge né à Gand en 1951. Stefan Hertmans enseigne au Stedelijk Secundair Kunstinstituut Gent et à l'Académie royale des beaux-arts de Gand (Haute École de Gand). Il dirige en outre le Studium generale jusqu'en octobre 2010. Il a également donné des conférences à La Sorbonne et aux universités de Vienne, Berlin et Mexico, à la Bibliothèque du Congrès de Washington et à l'University College de Londres. Il collabore à un grand nombre de magazines, dont Dietsche Warande en Belfort, Raster et De Revisor.

Il publie son premier roman, intitulé Ruimte, en 1981. Il est aussi l’auteur de poésies, de pièces de théâtre et de nouvelles, et signe de nombreux essais, notamment sur Walter Benjamin, Jorge Luis Borges, Marguerite Duras, Ernst Jünger, W.H. Auden, Martin Walser, D.H. Lawrence, Samuel Beckett, Hugo Claus, Peter Verhelst et Igor Stravinsky.

Il est le premier écrivain belge à avoir été sélectionné pour séjourner en 2000 dans la résidence d'écrivain Villa Marguerite Yourcenar à Saint-Jans-Cappel.

En 2003, il remporte le prix « La ville à lire » pour Entre villes : histoires en chemin (Steden. Verhalen onderweg, 1998). Il reçoit le prix de l'essai 2008 du Koninklijke Academie voor Nederlandse Taal- en Letterkunde pour Poétique du silence (Het Zwijgen van de Tragedie).

Son roman Guerre et Térébenthine (Oorlog en terpentijn) reçoit le prix triennal de la Communauté flamande en 2012 et, en 2014, le prix littéraire AKO.

Il est fait commandeur de l'ordre de la Couronne de Belgique en 2017. La même année il reçoit le Spycher: Literaturpreis Leuk (de) (Loèche, Suisse).

En 2020, il publie un roman-enquête sur la maison qu'il a longtemps habitée dans le vieux Gand (Patershol), et qu'il découvre tardivement avoir été, entre 1930 et 1950, celle de la famille de Willem Verhulst, V-Mann de la Gestapo, père d'Adriaan Verhulst.

Source : Wikipedia

Mon avis

En 1979, Stefan Hertmans fait l'acquisition d'une maison dans le quartier aujourd'hui branché de Patershol, Drogenhof à Gand.  Une maison laissée à l'abandon que nous allons visiter de fond en comble.

Il l'occupera 20 ans et apprendra par un livre "Zon van een 'foute' Vlaming" - fils d'un flamand fautif - écrit par son ancien professeur Adriaan Verhulst, qu'elle fut occupée par un SS flamand : Willem Verhulst.

Interpellé, Stefan va rassembler de nombreux témoignages; ceux des enfants Adriaan, Letta et Suzanne mais aussi de nombreux documents d'archives.  Il va rédiger une enquête impressionnante pour nous donner la lecture de ce "docu-roman".

L'écriture de Stefan Hertmans est vraiment très belle et agréable à lire, utile pour "digérer" toutes les informations. C'est un peu ardu au départ mais très vite, on est emporté par le style et l'écriture et on veut comprendre qui était Willem Verhulst.

Un drôle de gars qui a perdu un oeil enfant, sa mère aussi.  Victime de moqueries à l'école de la part des francophones de surcroît, est-ce cela qui le poussera à devenir plus tard un nationaliste ?

Il perdra sa première épouse Elsa, une juive allemande, ironie du sort.  Sa vie aurait-elle été différente si elle n'était pas décédée si jeune ?  
6 mois après sa mort, il épousera Mientje (Harmonia Wijers), une protestante hollandaise très croyante, pacifiste, serviable, toujours dévouée pour les autres.  Elle est horrifiée par le devenir de son mari, reste fidèle et dévouée, elle s'occupera des trois enfants.  

Très tôt, Wim intégrera les mouvements nationalistes flamands, euh plus exactement flamingants.  Il dira vouloir "défendre l'identité culturelle flamande".  Stop à l'enseignement francophone, à ces "Belgicistes" comme ils les nommaient.  Ses idées, son pays c'est vers l'Allemagne qu'il doit se tourner.

Il montera très vite les échelons de la hiérarchie, pour devenir "un héros de pacotille", un sacré froussard en fait, pourtant un des plus grands collaborateurs de Flandre durant la 2ème guerre.

Il deviendra entre autre, directeur de la radio-diffusion gantoise, chargé de la propagande, militant du DINASO, sur base de la culture, il pactisera avec l'ennemi, portera fièrement l'uniforme et la casquette à tête de mort, mettra dans son salon, 'la chambre mortuaire', le buste de Hitler sur la cheminée, deviendra un Waffen SS, espion de la Sicherheisdienst, dressera des listes et continuera à grimper dans la hiérarchie.

Ce livre m'a permis de mieux comprendre mon pays, l'origine linguistique de l'idée du séparatisme qui anime encore le Nord du pays. Comprendre la Flandre, sa réussite, son passé de collaborationnisme, l'Histoire avec un grand H.  Comprendre qu'à l'origine de la première guerre, l'enseignement était francophone, l'origine de la haine contre la langue française , contre la Belgique.

Un roman excessivement bien documenté, agrémenté de photos.  L'auteur reste neutre, ne prend jamais position, il expose les faits et les ressentis complexes de l'âme humaine.  Il me fait prendre conscience de la difficulté d'être femme, enfant, membre de la famille de collaborateurs, d'être partagé entre l'amour d'un proche et l'horreur de ses actes. et également de comprendre certaines rancoeurs toujours en vigueur.

Ma note : 9.5/10


Les jolies phrases

Ces Allemands, ils ne sont amicaux qu'en apparence.  Goethe n'a-t-il pas dit : "En allemand, on ment quand on est poli "?  Une discussion s'engage au cours de laquelle le vieux pasteur se montre implacable, triste et désemparé; il n'a rien de positif à dire sur Willem. Même sans se salir les mains, on peut commettre des crimes, rugit-il.


Mais tout uniforme la fait frémir. Comment dormir l'un près de l'autre quand les rêves de chacun ont suivi leur propre voie obscure ? La nuit est une crapule. Les enfants respirent d'une innocence qui humidifie légèrement leurs lèvres, ils balbutient des absurdités dans leur sommeil. Que fait de nous la guerre, cher pasteur Wartena? Pourquoi mon bien-aimé est-il un étranger dans mon lit ?



Plus je me plonge dans les mémoires d'Adri, plus je remarque les aspects qu'il n'a pas pu, ou pas voulu approfondir. Comme si la culpabilité était héréditaire et qu'il n'avait pas la force de porter le fardeau dont il s'était chargé : un fils aux épaules lestées du poids mort de son père. La douleur réside dans le silence entre les mots de son témoignage.


Pourquoi me fallait-il à tout prix voir cet endroit de mes propres yeux ? Peut-être la visite d'un lieu de souvenir, même si c'est celui d'autres personnes, est-elle une manière de laisser l'histoire s'apaiser.


J'ai toujours eu un faible pour l'odeur d' humidité et de délabrement dans les vieilles maisons. Peut-être parce que né peu après la guerre, j'ai dû encore traverser, en tenant la main de ma mère, des habitations endommagées par les bombardements, et que l'odeur de pierre humide et de moisi est devenue pour moi celle de la célèbre madeleine de Proust. Quand on est enfant et qu'on n' a pas encore de souvenirs, même l'odeur de délabrement est une source de bonheur.

Le présent s'évanouit, les bruits de la rue bruxelloise s'atténuent, les papiers font entendre un bruissement, devant moi s'ouvre un éventail en langue administrative alambiquée et derrière, comme à travers la poussière de l'Histoire qui s'envole, un homme vient à ma rencontre, il porte des lunettes avec un verre dépoli devant son oeil gauche, on ne le voit pas très bien dans l'obscurité mais on le sait, et il porte aussi un uniforme noir avec, par-dessus, le long manteau en cuir noir, il est deux heures et demie du matin et, suivi d'une dizaine de militaires tenant leur arme en joue, il tambourine à la porte d'un grand bâtiment sur le quai au Blé, un institut francophone, une enclave pour une caste en voie de disparition, mais c'est la nuit, personne ne le voit, de la brume s'élève du canal le long du bâtiment.   

Rien n'est plus funeste pour la joie de vivre que le sentiment secret de devoir toujours se justifier devant un juge intime qu'on ne connaît pas.  Il voit tout et condamne tout ; ce n'est jamais assez bien, on est toujours le perdant, quoi qu'on fasse ; il est insaisissable - il ressemble parfois à un ancien amour, puis à l'ami qui vous a trahi ou à la femme aux yeux perçants qui se moque de vous dans la pénombre ; tantôt le démon est rieur, ironique, se montre même patient face à vos imperfections, puis soudain vous parle, avec une immense condescendance, de ce que vous voulez éviter à tout prix, alors que c'est justement ce qui se passe, par votre faute en plus, votre grande faute, votre faute inepte, ineffaçable ; tantôt c'est un citoyen d'une élégance fatale qui vous tourne le dos parce que vous venez de faire quelque chose d'idiot qu'il est le seul à avoir vu; il vous guette quand vous ouvrez les yeux le matin et vous laisse vous endormir en haussant les épaules, parce que vous avez tout simplement fait ce que vous avez fait, sans savoir agir autrement.