mardi 24 mai 2022

Interview Didier Van Cauwelaert

Interview  Didier Van Cauwelaert



 













Le 16 mai dernier j'ai eu la grande chance de rencontrer Didier Van Cauwelaert à l'occasion de la sortie de son dernier roman "Une vraie mère ou presque..."  paru chez Albin Michel.

En cliquant sur la couverture accès à l'article. 


L'occasion de vous proposer ma toute première interview, une petite conversation à bâtons rompus à laquelle j'ai pris énormément de plaisir.






Interview en podcast ici









Qu'allez-vous entendre dans l'interview ?

- Pourquoi Didier Van Cauwelaert a-t-il décidé de devenir écrivain professionnel très jeune ?

- Son premier roman publié au "Seuil" en 1982  "Vingt ans et des poussières" a été consacré par le Prix Del Duca, un discours prononcé par Maurice Schumann, la voix de la France libre sur Radio-Londres pendant la guerre. Sous le chapiteau du Salon du Livre de Nice, il prononce un éloge où il me conjugue au passé, comme si j’étais mort. Retour à la case départ…

Il nous parle du théâtre :

Ecriture de romans mais aussi de théâtre en lien avec ce dernier roman.  

Il a 17 ans lorsqu'il met en scène au théâtre de Nice "Huis Clos" de Sartre. 

Suite à un oubli de demande des droits d'auteur, il écrit directement à Sartre pour obtenir l'autorisation de jouer la pièce.  Après le spectacle, il reçoit une lettre dictée par Sartre disant que des amis à lui avaient vu la pièce et qu'on lui avait dit que le public avait ri.  Il avait toujours été convaincu qu'il avait écrit une comédie et le remercie 33 ans après de lui avoir redonné raison.  Gratitude. 

Le théâtre, sa première pièce montée durant son service militaire. Situation décalée, les corvées le jour, les plateaux télé le soir pour parler de sa pièce. 

Hasard et clin d'oeil, son premier roman "Vingt ans et des poussières", il y a 40 ans, parlait déjà de théâtre.

Passion pour les comédiens et l'incarnation des rôles, la réincarnation dans la vraie vie pour Lucie Castagnol dans "Une vraie mère ou presque..."


Le roman 

Comment est née l'idée de ce roman ?

L'idée est née de la réalité.  Didier van Cauwaelaert a perdu sa mère à Nice.  Comme dans le roman il utilise sa voiture et n'a toujours pas mis la carte grise à son nom. Il a réellement été flashé pour excès de vitesse. Une contravention, une seconde, et voici qu'il reçoit un courrier au nom de sa mère décédée.   Il s'est demandé que faire et a jailli l'idée du roman, pourquoi ne pas engager une comédienne pour l'incarner.

Un hommage à sa mère ?

Comme l'écrivain dans le roman, une façon de rendre hommage à sa mère qui par nécessité avait pris le rôle de garde-fou, doucheuse d'enthousiasme, qui avait le rôle ingrat contrairement à son père remis en vie dans "Le père adopté" qui était  lui un personnage romanesque à part entière.

Parfois des tensions qui devaient être dissipées avec sa mère d'où la nécessité d'utiliser le roman. Lucie Castagnol, son ultime création, un personnage pour la réconcilier, elle va jouer le rôle de sa vie.  Se présente comme la sauveuse, le convainc d'aller jusqu'au bout.  Il va se laisser tenter et elle va tout contrôler, une logique perfectionniste et ce sera une perfection dans l'imitation. 

Entre deux mères ?  va permettre à Pierre de découvrir qui était réellement sa mère.  Va découvrir la vérité par le mensonge de l'imposture.

L'écriture :  se donner un mal de chien pour qu'on ne ressente pas l'effort?

C'est vrai , c'est toujours compliqué pour qu'à la lecture on ne ressente pas le travail et l'effort de l'écriture mais le travail est énorme. 

Processus d'écriture :

- Il les rêve d'abord, il faut toujours que ce soit hyper réaliste , le plus important est la première phrase.

La place du rire, de l'émotion , passer de l'un à l'autre.  Son objectif aider à mieux vivre, à rendre la réalité plus respirable. Regarder les choses en face et les apprivoiser, comme la peur de la mort par exemple.  L'humour est le meilleur allié de l'émotion et de la reconstruction.


Portrait chinois

Si vous étiez un animal :  un éléphant (allez écouter pour savoir pourquoi ☺)

Si vous étiez un élément : la mer 

Si vous étiez une saison : le début de l'automne pour les couleurs, la chaleur, les odeurs

Si vous étiez un sentiment : la gratitude et l'amour

Dans quel arbre, quelle plante, animal aimeriez vous être réincarné ?

- L'a déjà été par un roman " Le journal intime d'un arbre", un poirier de plus de 300 ans 


Cela et bien d'autres choses à l'écoute du podcast ici

Soyez curieux ☺






dimanche 22 mai 2022

Over the rainbow - Constance Joly ♥♥♥♥♥

 Over the rainbow   -   Constance Joly  ♥♥♥♥♥



























Flammarion
Parution : 06/01/21
Pages : 192
Ean : 9782081518650
Prix : 17 €



Prix horizon 2022 ♥♥♥♥♥

C'est Constance Joly et "Over the rainbow"






Constance Joly et les autres nominés, 5 livres à découvrir car cette sélection était vraiment très belle.

Marcel Sel, Sylvie Wojcik, Matthieu Falcone, Emmanuel Flesch, Constance Joly





Présentation de l'éditeur


Prix Orange du livre 2021
Prix Horizon 2022

Celle qui raconte cette histoire, c’est sa fille, Constance. Le père, c’est Jacques, jeune professeur d’italien passionné, qui aime l’opéra, la littérature et les antiquaires. Ce qu’il trouve en fuyant Nice en 1968 pour se mêler à l’effervescence parisienne, c’est la force d’être enfin lui-même, de se laisser aller à son désir pour les hommes. Il est parmi les premiers à mourir du sida au début des années 1990, elle est l’une des premières enfants à vivre en partie avec un couple d’hommes.

Over the Rainbow est le roman d’un amour lointain mais toujours fiévreux, l’amour d’une fille grandie qui saisit de quel bois elle est faite : du bois de la liberté, celui d’être soi contre vents et marées.


Constance Joly



















Photo Roberto Frankenberg © Flammarion

Constance Joly travaille dans l’édition depuis une vingtaine d’années et vit en région parisienne. Le matin est un tigre, son premier roman (Flammarion, 2019), a été très bien accueilli par la critique et les libraires.

Mon avis

C'est un roman autobiographique courageux, bouleversant, merveilleux que nous propose Constance Joly.  Un témoignage d'amour magnifique à son père Jacques, une des premières victimes à avoir succombé au SIDA.

Constance vient d'être maman, elle invite Justine son amie de jeunesse qui lui assène cette petite phrase assassine "Oui c'est cela je me souviens : il fait partie des vieux homos qui sont morts les premiers"  "le dasse"

Ces mots résonnent "vieil homo" "le dasse", elle réalise ce que son père a souffert, le silence, la honte et la nécessité d'écrire, de remonter le cours de sa vie.  

Jacques a un frère découvert au lit avec un homme à ses 18 ans.  C'est la honte, l'exil et lui qui ressent la même attirance, le refoule en lui.

Il épousera Lucie en 1966.  Jeunes profs engagés, ils montent à Paris en '68, ils partagent leur goût pour la littérature italienne. Constance naît de cette union.

Elle est âgée de sept ans lorsqu'ils se séparent.

En 1976, Jacques a 37 ans lorsqu'il fait son coming-out, ce qui n'est pas simple à l'époque car en '76 l'homosexualité est toujours répertoriée comme une maladie mentale et est considérée comme un délit passible de prison.

Pour Constance, son père vit avec son copain Ivan durant douze ans.  Un couple normal ayant une vie culturelle riche.  Jacques aime particulièrement l'art et la musique, les comédies musicales en particulier ce qui rend le titre "Over the Rainbow" chanté par Judy Garland parfait, cette symbolique forte représentant le combat des hommes et des LGBT...

La maladie arrivera en juin '81, elle sera détectée en 1988, c'est alors que débutera le calvaire de Jacques jusqu'à son départ en 1992.

La plume de Constance Joly est juste fabuleuse, de courts chapitres, les mots justes sans jugement, très poétiques.  Elle nous exprime la honte, le silence, le déni, la maladie, le calvaire subis par les hommes et en particulier par son père, ceux qui ont eu le courage d'être eux-mêmes.  

C'est intense, une écriture riche d'amour et de pudeur.

Elle aborde tous les tabous, la difficulté d'affirmer son homosexualité, l'assassinat de Harvey Milk, la honte, l'arrivée du sida, des traitements, la difficulté de s'assumer, la honte, le déni, l'isolement, le regard des autres.  En 35 ans, 35 millions de morts avant la découverte de la trithérapie.

Si ce sujet vous intéresse, je vous recommande vivement le magnifique roman de François Roux "La vie rêvée des hommes".

Ma note : ♥♥♥♥♥

Les jolies phrases

Je connais la langue des absents.  C'est toi qui me l'as apprise. 

Tu as été un père discret, emprunté, timide et merveilleux.
J’ai l’impression de tricoter à grosses mailles en écrivant pour te sortir de l’ombre. Entre les points de cette laine de mots passe tout ce que je ne sais pas dire, tout ce que je suis impuissante à inventer, et ce qui, je le sais, fait la vie même : le point serré des émotions complexes, des ambivalences que la multitude des faits dérobe, si bien que je me sens découragée, souvent. Mais je me suis promis d’avancer pour te rejoindre. Mettre au jour tes masques, faire tomber les fictions successives que tu t’es construites pour tenir en équilibre.
Nous sommes les produits d’une vie trouée de mystères, tissée de songes et de dénis. Je suis passée, moi aussi, entre les mailles de tes mensonges.
Je vis, grâce à l’histoire que tu avais voulu raconter au monde, et qui t’avait littéralement laissé sans voix. Je vis grâce à la fiction.
Et je suis ici, maintenant, pour tenter de te rendre les mots.

Comment le monde tient-il encore quand votre existence bascule au fond de l'âbime.

Le silence est le pire des bourreaux.

Le déni est plus terrible que n'importe quelle vérité.

Votre relation est une fleur tenace qui pousse sur un terrain sec et n'a pas besoin d'eau pour vivre.  Elle se nourrit de ce que vous lui donnez : des mots rares, mais profonds. Lucie et toi vous appelez parfois pour partager un peu de ce qui vous lie depuis toujours : la beauté d'une mise en scène de théâtre ou d'opéra.  dans ces échanges ténus se tisse un nouveau langage de tendresse entre vous.  La douceur est ce qui reste de votre amour vaincu.  Tout passe, finalement, la vie et ses enfers, dans le chas de l'aiguille.

Le vie emporte tout, l'amour et les visages de ceux que nous avons aimés, et pourtant nous agissons sans relâche.  Nous nous construisons des digues dérisoires, bientôt emportées.


Elle peut être féroce avec les gens, sauf avec les siens.  Elle agit avec ses émotions comme avec son increvable bégonia, dont elle dompte la pousse en coupant et recoupant ses tiges.  Elle s'est lentement effondrée après ta mort.  Elle ne t'a jamais vraiment quitté des yeux : sa tombe regarde la tienne. 

Il semble qu'aller chez toi c'est quitter un pays pour un autre, où j'adopte d'autres coutumes.

Tu as suivi ton désir et sauté dans ses vagues inconnues, chaque brasse tendant un peu plus tes muscles, déliant ton souffle; tu n'as jamais regardé en arrière, même quand la lassitude te gagnait, ou la peur; tu as offert ton dos à la blessure du soleil, tu as lutté contre la résistance de l'eau.  Tu as perdu des amis dans ta traversée, la famille de ta femme t'a tourné le dos quand elle a compris que tu étais parti avec un homme.  On a menacé de révéler ton homosexualité à l'université où tu enseignes. 

Existe-t-on quand on n'est plus réchauffé par le soleil, quand on n'entend plus la rumeur du monde ?

J'écris pour tourner la page.  J'écris pour inverser le cours du temps.  J'écris pour ne pas te perdre pour toujours.  J'écris pour rester ton enfant.



mardi 17 mai 2022

Une vraie mère ou presque - Didier Van Cauwelaert ♥♥♥♥♥

 Une vraie mère ou presque  -   Didier Van Cauwelaert
















Albin Michel
Parution : 02 mai 2022
Pages : 208
Isbn : 9782226474391
Prix : 19.90 €

Présentation de l'éditeur



« En trois mois, ma mère a perdu onze points. Elle n’a jamais conduit aussi mal que depuis qu’elle est morte. Il faut dire que j’ai laissé la carte grise à son nom, et j’ai l’excès de vitesse facile. Mais voilà qu’un jour, une lettre de la préfecture la convoque à un stage de récupération de points. C’est alors que Lucie Castagnol, bouillonnante comédienne à la retraite, se jette sur moi avec la ferme intention d’interpréter le rôle de la disparue. »

Irrésistible de drôlerie et d’émotion, l’histoire plus vraie que nature d’un romancier aux prises avec la doublure de sa mère qui, de catastrophes en élans fusionnels, réactive en lui les conflits qu’elle a décidé de résoudre.


L'auteur


Didier van Cauwelaert cumule prix littéraires et succès public depuis ses débuts. Prix Goncourt pour Un aller simple en 1994, il a récemment publié Le pouvoir des animaux, après l’exceptionnel succès en librairie de Jules et Le retour de Jules en cours d'adaptation cinématographique.

Mon avis

Simone Pijkswaert, la mère de Pierre - écrivain narrateur- est morte d'un coup de bière aux obsèques de son cancérologue !  Un fait peu commun vous en conviendrez ! Personnage haut en couleurs, elle lègue à son fils chéri , écrivain en panne d'inspiration,
 son appartement et sa Renault Fuego...  Objectif: qu'il s'en serve et la fasse rouler. Mais aimant la vitesse, trois mois plus tard, la défunte a perdu onze points !  - car la carte grise est toujours à son nom.

Un courrier arrive proposant à la défunte de participer à un stage pour récupérer quatre points.  

Que faire ? Tout avouer ? Pierre hésite mais la solution se présente à lui lorsqu'il rend visite à sa tante résidant en Ehpad. Lucie Castagnol, voisine de chambre, activiste anti pass-sanitaire, accessoirement animatrice du lieu, est une comédienne à la retraite.

Elle vient se présenter habillée comme un sosie de la défunte, proposant ses services. Elle a d'ailleurs pris la liberté de s'inscrire au stage, ce sera pour elle l'occasion d'incarner le dernier rôle de sa vie.

Pierre hésite, pensant à l'usurpation d'identité, mais au final se laisse embarquer, et très vite il va se laisser emporter par l'illusion de cette mère plus vraie que nature, être bluffé par son jeu. Une fausse mère qui va lui faire revivre une vraie relation mère/fils et lui permettre de voir la sienne autrement.  

Didier Van Cauwelaert rend ici un très bel hommage à sa maman disparue, un joli témoignage d'amour.

C'est drôle, jouissif, on rit, on réfléchit aussi à travers cette comédie. L'écriture est addictive, les pages tournent très vite.  Péripéties, retournements jusqu'au bout.

Un livre qui fait un bien fou mais qui indirectement aborde d'autres thèmes : l'écriture, le théâtre et l'incarnation d'un rôle, la prolongation de sa mère, un prolongement de celle-ci, l'amour.

J'ai adoré et vous le conseille vivement. 

Ma note : ♥♥♥♥♥















Les jolies phrases

Il écrit des romans pour recycler ses sentiments, elle récupère les déchets plastiques pour en faire des pulls, et ils pensent être un couple assorti. Enfin ...

C'est le regard des autres qui fait vieillir !

Ma gloire, pour ne pas dire mon honneur, c'est de faire passer l'art avant la thune.  Et la vérité d'un personnage, toute ma carrière en atteste, est le plus haut degré de l'art scénique.  Ils n'y verront que du feu.

Elle avait parfaitement capté la teneur de nos rapports, nos dissensions, les piques à fleuret moucheté par lesquelles son amour s'exprimait - ce mélange de fierté maternelle et de constat sans trêve de l'ingratitude filiale qui m'avait pesé.

Moi qui me livre si peu, sauf dans des situations de fiction, j'étais désarçonné par la confiance irrationnelle que je venais de témoigner à ce fac-similé de ma mère !

L'authenticité se niche dans le détail ! Si je me sens en-dessous, je joue faux.

Ne donne jamais à une femme le pouvoir de gâcher ta vie !

Me réfugier dans le travail des mots quand le monde réel ne veut plus de moi, c'est la même parade qu'elle avait trouvée avec ses recettes de cuisine.

Qui était réellement cette femme, où était sa vérité, dans quel réservoir d'émotions puisait-elle son identité profonde - l'empathie de l'interprète ou l'ascendant de la manipulatrice ?

Je pensais que le deuil effacerait nos tensions.  Mais non, au contraire.  C'est terrible, en fait, d'être pris entre deux amours inconciliables.  On finit par ne plus savoir qui on protège.. Par se dévitaliser, dans l'espoir de souffrir moins... Faire semblant, quoi, pour avoir la paix.

Vous me donnez la réplique en me corrigeant, je suis vos indications à la lettre, et tout le monde y croira. Souvenez-vous de ce qu’a écrit mon cher Cocteau : « Je suis un mensonge qui dit la vérité. » J’en serai la preuve vivante.

à suivre  interview!!!   

J'ai eu la chance de rencontrer Didier Van Cauwelaert ce 16 mai à Bruxelles, je vous propose de découvrir très vite l'interview 




Du même auteur j'ai lu et chroniqué

Cliquez sur la couverture pour avoir accès à l'article



lundi 16 mai 2022

Ils ont rejoint mon Himalaya à lire

Ils ont rejoint mon Himalaya à lire


 


Il est lundi quand je commence cet article et déjà 7 nouveaux titres viennent d'atterir dans ma PAL.

Voici les arrivées de la semaine dernière.  Bon choix, belles découvertes et belles lectures.


Il sera en librairie le 2 juin prochain, un premier roman celui de Bérengère de Montalier


  Quartiers Sud   -    Bérengère de Montalier

















Les Arènes Equinox
Parution : 2 juin 2022
Pages : 304
Isbn : 9791037505968
Prix : 17 €


Présentation de l'éditeur



Julia est une étudiante avocate de 19 ans à l’avenir prometteur.
Elle vit à Marseille, sa ville, son amour, mais elle a du mal à trouver un équilibre entre ses amis d’enfance issus de quartiers populaires, où elle est née et a grandi, et ses riches nouveaux « amis » de l’école de droit, où elle poursuit ses études.
Entre une histoire familiale qu’elle dissimule honteusement et les coups bas des avocats, Julia est au bord de l’implosion. Seules son insouciance et sa spontanéité pourront sauver son cœur abîmé.

Dans ce premier roman au goût de récit initiatique, Marseille est le personnage principal.

Bérengère de Montalier dépeint les errements d’une jeunesse tiraillée entre le ressentiment de ceux à qui la vie ne promet plus rien et la vacuité de ceux à qui on a déjà tout accordé.

Retrouver la plume d'Alain Cadéo c'est toujours un grand moment, une pièce de théâtre cette fois

Arsenic et Eczema   -  Alain Cadéo



















Les cahiers de l'égaré
Parution : 10 mai 2022
Pages : 64
Isbn : 9782355021336
Prix : 10 €

Présentation de l'éditeur

Lieu : les égouts de Paris, très en profondeur. Personnages : Deux types avec casques et lampes, tenues d'égoutiers, bardas, sacoches, l'un arrive de la gauche, l'autre de la droite Azema, dit Eczéma. Un rêveur, un optimiste, une boule de malice et de bonne humeur. Peut-être un intello contrarié capable de s'adapter à tout. Il a une grosse tache sur le visage et une autre sur le bras. Passe son temps à se gratter et les démangeaisons s'accentuent en fonction de l'action. Bavard, sympathique, aime à susciter l'inquiétude. Père mineur en Alaska ayant abandonné sa famille. Mère prostituée. Pas d'attache. Arsène, surnommé Arsenic par ses collègues de boulot. Très grand, voûté, l'œil clair, râleur. Le genre revenu de tout. Sens de la répartie aigre-douce. Bosseur, « pro », toujours syndicaliste mais grand déçu de la politique et des humains en général. Au fond pour lui il n'y a pas d'issue. On naît, on vit, on meurt dans un boyau. Pas de choix. « La vie est un long fleuve de merde ». Il est comme la plupart d'entre nous, incrédule, pragmatique, réaliste et pourtant il rêve d'autre chose, d'un ailleurs, différent. Marié, père de deux enfants qu'il ne voit plus, divorcé. Travaille depuis 30 ans dans les égouts. Passionné contrarié, Il se veut lucide, froid, cynique. Eczéma court dans les égouts... On entend comme un galop à sa poursuite... Il passe devant le 109, s'arrête un instant, le téléphone pend avec le même grésillement qu'au début de la pièce. Il finit par trouver l'échelle de sortie, grimpe, trébuche, tombe, se raccroche, continue de monter, soulève enfin la plaque d'égout donnant sur la rue, sort... Clarté aveuglante... Plus rien... La ville a disparu, désintégrée. On entend alors la voix d'Arsène qui hurle en ricanant : Pourquoi tu cours ma poule ! Je te l'ai dit, y'a plus rien là-haut... Y'a plus rien... Les dieux sont revenus…

Du belge pour continuer .... un premier roman

Au-delà des ombres     -    Sophie Kester
































180° éditions
Parution : mai 2022
Pages : 338
Isbn : 9782940721122
Prix : 20 €


Présentation de l'éditeur



En mentant sur ses diplômes, Emily, mère célibataire un peu paumée, parvient à se faire engager par une prestigieuse société internationale. Elle y rencontre l’amour, mais enclenche aussi, sans le savoir, un terrible engrenage. Entre Paris, Londres et des voyages aux quatre coins du monde, la jeune femme doit affronter ses peurs pour découvrir la vérité. Réfugiée dans la campagne anglaise, elle peut néanmoins compter sur des amies singulières qui toutes, à leur manière, l’aideront dans sa quête de justice et de sérénité.

Docteure en science politique, Sophie Kester signe un premier roman captivant qui mêle récit initiatique, dénonciation sociale, suspense et histoire d’amour. Au travers de personnages féminins puissants, elle interroge les failles et les forces présentes en chacun de nous.

Heureuse de retrouver la plume de Dominique Zachary dont j'avais beaucoup aimé "Les frémissements du silence"

P'tite hirondelle  -   Dominique Zachary



























Kiwi éditions
Parution : 10 mai 2022
Pages : 132
Isbn : 9782492534249
Prix : 16 €

Présentation de l'éditeur



Un conte écologique et philosophique qui voit une mère et sa fille adoptive se battre pour le respect du vivant et la liberté.


Paola Ortiz, garagiste dans les Pyrénées-Orientales, tient plus que tout à sa fille adoptive, Finette. Cette dernière est mystérieusement fascinée par les hirondelles qui nichent dans son garage. Seul leur vol est capable d’attirer son attention. Mais un jour, les nids sont vandalisés, laissant la fillette effondrée. S’engage alors un combat pour découvrir l’auteur du crime et réparer les dommages. Au fil de cette aventure, l’histoire de l’adoption de Finette refait surface et dévoile les origines de sa passion pour ces oiseaux.

Avec P’tite hirondelle, Dominique Zachary propose un conte écologique et philosophique qui voit une mère et sa fille batailler pour le respect et la liberté. Mais les contes modernes sont parfois cruels…

Un roman graphique autobiographique

Genre Queer   -    Maia Kobabe




















Casterman
Parution : 04/05/2022
Traduit de l'anglais USA par Anne-Charlotte Husson
Pages : 240
Isbn : 9782203224322
Prix : 19 €

Présentation de l'éditeur


« Je ne veux pas être une fille. Je ne veux pas non plus être un garçon. Je veux juste être moi-même. »


Dans Genre Queer, Maia Kobabe offre le récit intense et cathartique de son chemin vers l’identification en tant que personne genderqueer (ou non binaire, c’est-à-dire qui déroge aux normes de genre et de sexualité) et asexuelle, et celui de son coming out auprès de sa famille et de la société. Parce qu’elle traite d’identité de genre – ce que cela signifie, comment l’appréhender –, cette histoire se révèle un guide aussi nécessaire et utile qu’il est touchant.




Alex Awards 2020 pour lecteurs ados et adultes
Stonewall book awards 2020
Israel Fishman nonfiction award honors runner-up


On termine avec une série bd , après "Les maîtres de l'or" et 'Rani"

Les damnés de l'or brun  
1. Salvador, 1822      -  Alcante/Rodhain/Vallès




















Glénat
Parution : 04 mai 2022
Scénario : Alcante et Fabien Rodhain
Dessin : Francis Vallès
Préface : Jean Van hamme
Pages : 56
Isbn : 9782344041765
Prix : 14.95 €

Présentation de l'éditeur



Le goût amer du chocolat.

Brésil, 1822. Sur ce territoire encore sous domination portugaise, les plantations prospèrent et les notables se pressent au port de Salvador pour trouver des esclaves aptes au travail. C’est là que Dom Louis et son frère cadet Tiago espèrent repérer, eux aussi, des hommes robustes. Mais, subjugué par sa beauté, Dom Louis repart avec une jeune esclave, Maïra ! Ce n’est bien sûr pas du goût de leur père, qui a besoin de main d’œuvre pour faire tourner son exploitation de cacao. Dans un contexte politique incertain où les indépendantistes menacent l’ordre établi, ce père préoccupé par les affaires décide de marier Dom Louis. Malheureusement, le jeune héritier impulsif et violent n’a d’yeux que pour Maïra. Exténuée par le travail dans les champs, cette dernière est à bout de force… Seule échappatoire, intégrer le domaine comme servante. Pendant ce temps, les rivalités grandissantes entre les deux frères dynamitent littéralement le clan familial de l’intérieur. Désormais, Tiago devient l’héritier favori. La haine que lui voue alors son frère Dom Louis dépasse l’entendement. Tiago va-t-il réussir à prendre les rênes du domaine dans un pays au bord de l’implosion ? Maïra va-t-elle rester enchaînée à cette existence ? Et si les destins de ces deux personnages se croisent, jusqu’où iront-ils ?

Sans nul doute, la meilleure saga familiale depuis Les Maitres de l’Orge (2014), dessinée déjà par Francis Vallès et scénarisée par Jean Van Hamme. Cet adepte de la ligne clair revient ici avec un trait classique pour magnifier un récit engagé signé Fabien Rodhain (Les Seigneurs de la Terre) et Alcante (La Bombe, 2020). Alcante a cosigné avec son « père spirituel » Jean Van Hamme (XIII, Largo Winch et Les Maitres de l’Orge) la série RANI (Ed. Le Lombard), déjà illustrée par Francis Vallès. Ce premier tome prometteur, préfacé logiquement par Van Hamme, dénonce l’esclavagisme et les grandes industries qui se sont enrichies en exploitant les populations opprimées.



dimanche 15 mai 2022

Le jeune homme - Annie Ernaux ♥♥♥♥♥

Le jeune homme     -     Annie Ernaux 



 















Gallimard
La Blanche
Parution : le 5 mai 2022
Pages : 48
Isbn : 9782072980084
Prix : 8 €

Présentation de l'éditeur

En quelques pages, à la première personne, Annie Ernaux raconte une relation vécue avec un homme de trente ans de moins qu’elle. Une expérience qui la fit redevenir, l’espace de plusieurs mois, la « fille scandaleuse » de sa jeunesse. Un voyage dans le temps qui lui permit de franchir une étape décisive dans son écriture.
Ce texte est une clé pour lire l’œuvre d’Annie Ernaux — son rapport au temps et à l’écriture.


Annie Ernaux



Crédit photo: Annie Ernaux/ photo Catherine Hélie, Gallimard.




Annie Ernaux, née Duchesne, a grandi en Normandie – à Lillebonne où elle est née en 1940, puis à Yvetot, où ses parents ont déménagé quelques années plus tard pour tenir un café-épicerie. Élève à l’école privée catholique, elle côtoie des filles de milieux plus aisés que le sien, et fait l’expérience de la honte sociale. En 1958, âgée de 18 ans, elle part pour la première fois seule, sans ses parents, travailler dans une colonie de vacances.Annie Ernaux dans les années 60 

Là, elle fera l’expérience de la sexualité et de la vie en collectivité, expérience qu’elle livrera dans Mémoire de fille. Dans ce même livre, elle évoque aussi son séjour à Finchley, dans la banlieue de Londres, comme fille au pair en 1960, avant qu’elle ne décide d’étudier les Lettres à l’Université de Rouen, abandonnant la formation entamée pour devenir institutrice.

C’est à cette période qu’elle écrit son premier manuscrit, qui n’a jamais été publié. Les années qui suivent sont celles du mariage; de la réussite au Capes, puis à l’agrégation; de la naissance de ses deux fils; des années passées à Annecy, en Haute-Savoie, où elle est professeure dans le secondaire; et de la mort de son père, en 1967, alors qu’elle rend visite à ses parents en Normandie. En 1974, Annie Ernaux publie chez Gallimard son premier livre, Les Armoires vides, qui dépeint sous une forme romancée l’avortement clandestin qu’elle a subi en 1964, ainsi que sa trajectoire sociale de ‘transfuge de classe’. En 1977, elle déménage en région parisienne avec sa famille, quitte l’enseignement secondaire et devient professeure au Cned, le centre d’enseignement à distance. En 1983, elle publie La Place, un récit retraçant la vie de son père. Couronné du prix Renaudot, ce livre attire un large lectorat. Apres son divorce, elle continue à vivre dans la maison de Cergy où elle réside encore. Dans les années 2000, elle quitte ses fonctions d’enseignante et signe Les Années, texte perçu par beaucoup comme l’accomplissement de son oeuvre, tant sur le contenu que sur la forme d’autobiographie collective. Ce livre sera couronné du prix Marguerite Duras et du prix François Mauriac, et sa traduction en anglais a été sélectionné pour le prestigieux Man Booker International.

Annie Ernaux a reçu plusieurs prix pour l’ensemble de son oeuvre: le prix de la langue française en 2008 et le prix Marguerite Yourcenar en 2017. Ses textes ont été rassemblés en grande partie dans un Quarto publié en 2011 chez Gallimard (Ernaux est la première femme à être publiée dans cette édition de son vivant). En 2014, elle a reçu le titre de docteure Honoris Causa, décerné par l’Université de Cergy-Pontoise.

Source


Mon avis

C'est un tout petit récit de 38 pages mais quelle intensité ! Un texte écrit entre 1998 et 2000 lorsqu'elle a eu une relation à l'âge de 54 ans avec un homme âgé de trente ans de moins qu'elle !

Une passion qui en miroir lui a permis de vivre le présent comme un passé dupliqué, de revenir vers ses origines sociales, vers son passé...  De revivre tous les âges de sa vie... l'effet du temps qui passe, du vieillissement par le regard des autres mais aussi d'avoir le sentiment pour la première fois avec lui d'être un personnage de fiction...

Ce court et intense récit, minimaliste et intimiste est aussi celui qui lui a permis l'écriture de "L'événement" , il permet de comprendre son rapport à l'écriture et au temps.  Il s'agit d'un des éléments clés de son oeuvre.

Ma note  : ♥♥♥♥♥

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