vendredi 23 septembre 2022

Nijinski, l'ange brûlé - Dominique Osuch

Nijinski l'ange brûlé - Dominique Osuch












Futuropolis
Parution : 08/06/22
Pages : 264
Isbn : 9782754825733
Prix : 28 €


Présentation de l'éditeur

En sept années fulgurantes, Vaslav Nijinski est devenu un mythe. Il est à la danse ce que Picasso est à la peinture : il a ouvert les portes de l’art contemporain, brisé les règles esthétiques dans un élan de génie créatif, et provoqué par cet acte délibéré un changement irréversible.
Dominique Osuch revient sur la vie de ce danseur étoile et chorégraphe russe d’origine polonaise, « proto punk » qui dans les années 1910 a attiré les personnalités artistiques les plus en vue, inspiré jusqu’à Charlie Chaplin avant de sombrer dans la folie.

19 janvier 1919, Vaslav Nijinski se meurt. Ses souvenirs viennent le hanter… Il se souvient de son enfance, de son frère handicapé Stanislas, de son père danseur qui les a abandonnés tout petits, de sa mère danseuse qui a sacrifié son art pour élever ses trois enfants. Il se souvient de ses camarades à l’Académie de Danse Impériale... et des folles nuits de Saint-Pétersbourg, de ses amours tumultueuses avec le prince Lvov, avec Diaghilev. Il se souvient de la première tournée parisienne des Ballets russes, de L’Après-midi d’un faune, sa première composition chorégraphique, de ses rencontres avec Jean Cocteau, Marcel Proust et Auguste Rodin, tous trois amoureux à leur manière de sa grâce, de sa face d’ange, de son corps d’athlète. Il se souvient de son mariage en Argentine avec la hongroise Romola de Pulszky, de la répudiation de son mentor Diaghilev, de Till l’Espiègle, sa dernière composition pendant la « Grande Guerre », et de Charlie Chaplin venu l’applaudir à Los Angeles.
Il ne dansera plus jamais. Ce soir, Nijinski est entré en fusion avec Dieu, qui lui a brûlé les ailes.

Dominique Osuch

Dominique Osuch est née en 1962.  

Diplômée de l'Ecole Supérieure des Arts Décoratifs de Strasbourg, tout en se consacrant à la peinture, elle publie pour la jeunesse. Entrée en bande dessinée comme coloriste, elle écrit d'abord pour Pierre Wachs deux livres, puis une biographie remarquée de Niki de Saint Phalle.

2014 chez Casterman  Niki de Saint Phalle, le jardin des secrets

Mon avis

Mettre en lumière la vie d'un danseur étoile par le dessiN, c'est un défi que Dominique Osuch a brillamment réussi. Traduire la danse et le mouvement à l'aide de la couleur, en nuançant l'ombre et la lumière, c'est magnifiquement réussi.

Nijinski est un danseur qui a marqué les esprits et la danse contemporaine.  Un avant-gardiste, un danseur génial devenu fou.  Une étoile filante de la danse moderne.

Le roman graphique commence le jour où Nijinski est entré en fusion avec Dieu et s'est brûlé les ailes pour sombrer dans la folie.

Nijinski est né à Kiev en 1889, d'origine polonaise.  Ses parents sont danseurs mais très tôt se séparent.  Un père volage, sa mère, Eléonara qui devra l'élever seule avec son frère et sa soeur, frère qui tombera du 3ème étage et deviendra mentalement handicapé, des faits qui laisseront probablement des traces pour Vaslav qui en souffrira.

Il sera admis à l'école impériale de ballet de Saint Pétersbourg contre la volonté de son père, probablement jaloux.  Vaslav est un prodige, c'est le plus aérien des danseurs, il va briser les codes, créer l'adoration ou le scandale avant de sombrer dans la folie.

Modernité et inventivité, le tout dans un contexte historique retraçant une époque culturellement et politiquement complexe.

Intéressant.

Ma note : 8/10



Une jolie phrase

Je me sentais pour de bon tout mou en tissu rempli de son et fait de bois la tête les mains et les pieds aussi.  Je savais ressentir la marionnette parce que j'étais moi aussi une marionnette dans les mains de Diaghilev...




mardi 20 septembre 2022

Ils ont rejoint mon Himalaya à lire - Nancy le livre sur la Place

 Ils ont rejoint mon Himalaya à lire - spécial Nancy

 Le livre sur la Place





Période de vacances oblige, j'ai pris du retard, afin de rendre cette rubrique digeste voici avant de découvrir les livres arrivés dans ma boîte aux lettres, mes tentations à Nancy.  Je trouve que j'ai été raisonnable , non ?  Enfin il y en a encore sur ma liste mais je n'ai pris que ceux des auteurs présents avec dédicaces, les autres feront l'objet d'un passage à la Librairie Claudine.



Un auteur incontournable pour moi, une évidence :


Le salon  -  Oscar Lalo















Plon
Parution : 18/08/2022
Pages 160
Isbn : 9782259306881
Prix : 18 €

Présentation de l'éditeur

L’histoire inclassable d’un homme qui, en découvrant la littérature à trente-neuf ans, fait connaissance avec la vie.

« Vous connaissez une personne, vous, qui a lu La Tentation de saint Antoine ? »

Le malentendu commence devant le bac à un euro d’une librairie de quartier. Le narrateur de cette histoire ne saurait expliquer pourquoi ce livre l’appelle, mais il tend une pièce au libraire pour que Gustave Flaubert ne fasse plus le trottoir.
Le malentendu se poursuit chez un styliste visagiste où notre héros, à la faveur d’un mauvais coup de tondeuse, se retrouve dans l’obligation de rembourser une dette colossale. Sans un sou dans le portefeuille, mais persuadé du trésor que contient son livre de poche, il propose de faire salon littéraire dans ledit salon de coiffure.

Le Salon est l’histoire inclassable et enchanteresse d’un éveil à la vie par le biais de la littérature, sur fond de relation triangulaire entre un coiffeur autodidacte, un libraire au grand cœur, et un adolescent… de trente-neuf ans.

Magnifique rencontre à Nancy avec Mathias Malzieu mais aussi quelqu'un qui le connaît bien ☺, Olivia Ruiz et son deuxième roman

Ecoute la pluie tomber -  Olivia Ruiz



























Jc Lattès
Parution : 11/05/2022
Pages : 198
Isbn : 9782709670081
Prix : 19.99 €

Présentation de l'éditeur

Marseillette, 1977. Dans le café qui l’a accueillie, étouffée, puis révélée, Carmen pleure sa nièce chérie. À plus de quarante ans, elle se rappelle les personnages qui ont changé sa vie.
Ceux qui l’ont fait plonger, l’ont remise dans le droit chemin. Ceux qui ont su percer ses failles et écouter ses désirs. Sans oublier ses soeurs, dont elle partage les stigmates de l’exil mais refuse de suivre la route.
Parce qu’après tant d’épreuves, Carmen aussi veut s’inventer un destin...

D’une hacienda près de Tolède à la prison madrilène de Ventas où le franquisme fait rage, en passant par un paquebot transatlantique, Olivia Ruiz nous embarque dans les tourments d’une histoire qui s’entremêle à la grande, où l’amour triomphe de la violence. Un nouveau roman chavirant.

« Irrésistible, ce tourbillon vertigineux a les couleurs et les excès, les audaces et la morale réinventée de l’univers de Pedro Almodóvar. » Le Monde des livres

Chez le même éditeur, je la suis depuis le début Sandrine Collette

On était des loups   -   Sandrine Collette


























Jc Lattès
Parution : 24/08/2022
Pages : 208
Isbn : 9782709670661
Prix : 19.90 €

Présentation de l'éditeur

Ce soir-là, quand Liam rentre des forêts montagneuses où il est parti chasser, il devine aussitôt qu’il s’est passé quelque chose. Son petit garçon de cinq ans, Aru, ne l’attend pas devant la maison. Dans la cour, il découvre les empreintes d’un ours. À côté, sous le corps inerte de sa femme, il trouve son fils. Vivant. Au milieu de son existence qui s’effondre, Liam a une certitude. Ce monde sauvage n’est pas fait pour un enfant. Décidé à confier son fils à d’autres que lui, il prépare un long voyage au rythme du pas des chevaux. Mais dans ces profondeurs, nul ne sait ce qui peut advenir. Encore moins un homme fou de rage et de douleur accompagné d’un enfant terrifié.

Dans la lignée de Et toujours les Forêts, Sandrine Collette plonge son lecteur au sein d’une nature aussi écrasante qu’indifférente à l’humain. Au fil de ces pages sublimes, elle interroge l’instinct paternel et le prix d’une possible renaissance.

Sélectionné pour les :
Prix Femina 2022
Prix Femina des lycéens 2022
Prix Renaudot 2022
Prix Renaudot des lycéens 2022
Prix Jean Giono 2022

« Magnifique, de concision, d’émotion brute. Entre western et variation écolo, un livre puissant qui vient questionner l’instinct paternel. » Madame Figaro


Contente de revoir Gaëlle Josse

La nuit des pères  -  Gaëlle Josse


























Noir sur Blanc
Parution : 18/08/2022
Pages : 192
Isbn : 9782882507488
Prix : 16 €

Présentation de l'éditeur

« Tu ne seras jamais aimée de personne. Tu m'as dit ça, un jour, mon père. Tu vas rater ta vie. Tu m'as dit ça, aussi.

De toutes mes forces, j'ai voulu faire mentir ta malédiction. »

Appelée par son frère Olivier, Isabelle rejoint le village des Alpes où ils sont nés. La santé de leur père, ancien guide de montagne, décline, il entre dans les brumes de l'oubli.

Après de longues années d'absence, elle appréhende ce retour. C’est l'ultime possibilité, peut-être, de comprendre qui était ce père si destructeur, si difficile à aimer.

Entre eux trois, pendant quelques jours, l'histoire familiale va se nouer et se dénouer.

Sur eux, comme le vol des aigles au-dessus des sommets que ce père aimait par-dessus tout, plane l’ombre de la grande Histoire, du poison qu’elle infuse dans le sang par-delà les générations murées dans le silence.

Les voix de cette famille meurtrie se succèdent pour dire l’ambivalence des sentiments filiaux et les violences invisibles, ces déchirures qui poursuivent un homme jusqu'à son crépuscule.

Avec ce texte à vif, Gaëlle Josse nous livre un roman d'une rare intensité, qui interroge nos choix, nos fragilités, et le cours de nos vies.

J'ai aussi rencontré Lili Sohn, j'avais beaucoup aimé "Partir"  , me suis laissée tenter

La guerre des tétons 1  Invasion -  Lili Sohn



















Michel Lafon
Parution : 05/03/2015
Pages : 224
Isbn : 9782749925516
Prix 14.95 €

Présentation de l'éditeur


J’ai été diagnostiquée d’un cancer du sein en février 2014, à 29 ans. J’ai également découvert mon super pouvoir de magicienne : transformer le caca en paillettes.

Afin d’informer mes proches, d’extérioriser mes émotions, j’ai décidé d’ouvrir un blog BD. J’y raconte mon quotidien, mon expérience, mes interactions avec le milieu médical et mes découvertes sur cette maladie.

Finalement j’ai reçu tellement de messages de soutien que ça m’a poussée à continuer et à partager mes histoires plus largement.

La guerre des tétons 2  -  Extermination  -  Lili Sohn



















Michel Lafon
Parution : 01/10/2015
Pages : 224
Isbn : 9782749927350
Prix : 14.95 €

Présentation de l'éditeur



« Je ne veux pas qu’on me regarde avec des yeux de petit chat, je n’ai pas besoin de pitié mais plutôt d’énergie cosmique ! Et si ça peut t’inciter à te checker les boobs ou ceux de ta copine, eh bien tant mieux ! »

Après l’annonce de son cancer du sein en février 2014, Lili a dû faire face à toutes les étapes qu’implique un tel diagnostic : l’annonce aux proches, la succession des examens médicaux, l’ablation de son téton, le regard des autres, et finalement l’apprivoisement de cette maladie qui l’habite.

À la fin du tome 1, nous avions laissé la jeune femme face à ses doutes, dans l’attente des résultats de son test génétique. Au début du tome 2, nous la retrouvons prête à en découdre avec son nouveau combat : la chimiothérapie. L’occasion pour elle de parler des effets secondaires – la perte des cheveux… et des poils, ou celle de la mémoire au moment le moins opportun –, de sa nouvelle hygiène de vie – sans alcool la fête plus folle ! –, de ses recettes personnelles pour illuminer ses journées – comme sidérer tout l’hôpital en portant des leggings invraisemblables –, mais aussi de sujets plus intimes, tels les problèmes de sexualité ou de fertilité.

Reprenant la suite de ses publications sur le blog à succès, augmentées de nombreux épisodes inédits, Lili use de ce même ton énergique et décalé pour nous raconter la suite de ses aventures et répondre à toutes les questions plus ou moins sérieuses qu’on peut se poser sur le cancer du sein.

C'est mon amie Nathalie qui m'a fait découvrir cette jeune auteure pétillante

Perpendiculaire au soleil  -   Valentine Cuny - Le Callet

























Delcourt
Encrages
Parution : 31/08/2022
Pages : 436
Isbn : 9782413044932
Prix : 34.95 €

Présentation de l'éditeur

À 19 ans, Valentine Cuny-Le Callet entame une correspondance avec Renaldo McGirth, un condamné à mort américain. Au fil de leurs échanges, nait un projet de récit graphique d'une intense émotion.


En 2016, Valentine Cuny-Le Callet entame une correspondance avec Renaldo McGirth, condamné à mort, incarcéré depuis plus de 10 ans en Floride. Au fil de leurs lettres, des images qu’ils s’échangent, des rares visites, naît le récit graphique de leurs vies parallèles. Le livre questionne avec une intense émotion la brutalité d’un système carcéral, et l’amitié qui surgit, depuis une cellule de 5m2.

dimanche 18 septembre 2022

Bilan lecture d'août

Bilan de lecture d'août

Un petit mois lecture, un peu de fatigue, un voyage en famille riche en visites et activités laissant peu de temps aux livres.  Un grand week-end à l'Intime Festival pour écouter de belles lectures et découvrir de nouveaux auteurs.  Cela fait un mois bien rempli, un peu moins de temps pour se poser mais ce n'est pas le plus important car j'ai fait de belles découvertes.

Il en manque un sur la photo "Méfiez-vous des corvidés"






Une pépite, le second roman d' Annie Lulu m'a enchantée.




Invité de L'Intime Festival, auteur du Nord de mon pays.  Bienheureuse de cette lecture, indispensable pour mieux comprendre la Belgique. 





Roman graphique sur la danse pour changer.





Un second roman auto-édité, un très chouette thriller.  Je vous conseille ce roman de Régine Heindryckx





Difficile de se construire quand on déménage tout le temps et qu'on ne peut pas parler de la profession de ses parents !




Depuis trop longtemps dans ma pal, du Belge au programme !




Ce fut une belle découverte de l'Intime Festival , une très belle plume, à découvrir.



Comme toujours en cliquant sur la couverture accès à ma chronique.

Cette rubrique est actuélisée de manière mensuelle.


Belles lectures ! 

samedi 17 septembre 2022

Jours de sable - Aimée de Jongh ♥♥♥♥♥

Jours de sable   -  Aimée de Jongh


 























Dargaud
Parution : 21/05/2021
Pages : 288
Isbn : 9782505082545
Prix : 29.99 €

Présentation de l'éditeur


Washington, 1937. John Clark, journaliste photoreporter de 22 ans, est engagé par la Farm Security Administration, l'organisme gouvernemental chargé d'aider les fermiers victimes de la Grande Dépression. Sa mission : témoigner de la situation dramatique des agriculteurs du Dust Bowl. Située à cheval sur l'Oklahoma, le Kansas et le Texas, cette région est frappée par la sécheresse et les tempêtes de sable plongent les habitants dans la misère.

En Oklahoma, John tente de se faire accepter par la population. Au cours de son séjour, qui prend la forme d'un voyage initiatique, il devient ami avec une jeune femme, Betty. Grâce à elle, il prend conscience du drame humain provoqué par la crise économique. Mais il remet en question son rôle social et son travail de photographe...

Après Le Retour de la bondrée (Prix Saint-Michel du meilleur album) et L'Obsolescence programmée de nos sentiments (en collaboration avec Zidrou, Prix d'argent du Japan International Manga Award), Aimée de Jongh signe un récit émouvant, inspiré par des faits historiques et nourri par un séjour sur place.

Aimée de Jongh



Aimée de Jongh (1988) a publié sa première bande dessinée « Aimée TV » à l'âge de 18 ans. Elle a été découverte par plusieurs maisons d'édition et de presse, pour lesquelles elle travaille aujourd'hui encore. Aimée a suivi sa formation en film d'animation dans les écoles de Beaux Arts de Rotterdam et de Gand. Entre-temps, elle a signé une bonne dizaine de séries de bandes dessinées et a collaboré sur cinq films d'animation. Sa série bd quotidienne Snippers (Coloc' en français) paraît dans un journal hollandais et dans un journal suisse ; en Belgique, ce sont surtout ses bandes dessinées pour jeunes enfants, comme Kito & Boris et Slimme Pim qui l'ont fait connaître.


En 2014, Aimée s'est attelée à son premier roman graphique, dont elle signe aussi le scénario : Le retour de la bondrée (titre original : De terugkeer van de wespendief). Cet album lui a valu de percer à l'international. Cette bande dessinée a été très bien accueillie et a remporté le prestigieux Prix Saint-Michel pour le meilleur album de bande dessinée de 2014-2015. Le livre sera publié en français par Dargaud et par la suite porté à l'écran en 2016. En 2018, elle collabore avec Zidrou au scénario et publie un deuxième roman graphique chez Dargaud, L'obsolescence programmée de nos sentiments.

En 2020, elle publie un nouveau roman graphique en solo chez Dargaud, Jours de sable, qui est salué par la critique et qui remporte notamment le Prix des Libraires de BD.

Source : Dargaud

Mon avis

Dans les années 30, en pleine dépression, John Clark est un jeune photographe.  Il est engagé par la FSA, organisme gouvernemental, pour se rendre en Oklahoma, plus précisément dans le Panhandle, un no man's land - le "Dust Bowl"- pour y capturer la vie là-bas car "une image en dit plus que des milliers de mots".  Le poids des photos pour changer la condition de ces gens !

Son travail : montrer à quoi ressemble la vie dans le Dust Bowl, là où la poussière bloque les rayons du soleil, envahit tout...  Mais on lui demande de révéler la vérité cachée en mettant ses prises de vue en scène, en y changeant un détail !

Il suit à la lettre le scénario reçu et photographie la désolation, la faim, le cheval mort, les villes fantômes, la misère... 

Bloqué une nuit dans sa voiture dans ce désert en pleine tempête de poussière il va faire une rencontre qui va lui faire changer ses perspectives ; Betty Harrisson.

Il va côtoyer la vie et la mort et se rendre compte de la réalité du drame humain qui se joue sur place. Il va se remettre en question, lui et son rôle social de photographe, les raisons qui l'y ont conduit.

Entre planches et photos d'époque, on sent l'investissement d'Aimée de Jongh pour nous relater ce petit bout d'histoire peu connu.  Ces dessins sont sublimes, dans les tons ocres et orangés.  Elle donne vie à ces tempêtes de poussière, le ressenti est juste incroyable.  Cet album est sublime et à mettre entre toutes les mains !

C'est sublime, beau, une réussite, que dis-je une pétite et un coup de coeur absolu. 

Ma note : ♥♥♥♥♥

Les jolies phrases

Une image en dit plus que des milliers de mots.

Les meilleurs photos sont instantanées. En une seconde, elles saisissent l'attention. Elles racontent une histoire ou communiquent un message.


Il ne faut pas oublier les limites de la photo. Tous les domaines où elle échoue. Il aura fallu ce voyage pour que je me rende compte à quel point la photographie est l'art de la tromperie.


Qu'est-ce qui fait une bonne photo ? On s'attache généralement à l'éclairage, à la composition, au sujet...
Mais ne faudrait-il pas aussi prendre en compte ce qui est en dehors du cadre ? Tout ce que le photographe n'a pas su saisir ?

Du même auteur j'ai lu 

Cliquez sur la couverture pour avoir accès à l'article












jeudi 8 septembre 2022

Les Presque soeurs - Cloé Korman

Les presque soeurs - Cloé Korman















Le Seuil
Cadre Rouge
Parution : le 19 août 2022
Pages : 256
Ean : 9782021427639
Prix : 19 €


Présentation de l'éditeur



Entre 1942 et 1944, des milliers d’enfants juifs, rendus orphelins par la déportation de leurs parents, ont été séquestrés par le gouvernement de Vichy. Maintenus dans un sort indécis, leurs noms transmis aux préfectures, ils étaient à la merci des prochaines rafles.

Parmi eux, un groupe de petites filles. Mireille, Jacqueline, Henriette, Andrée, Jeanne et Rose sont menées de camps d’internement en foyers d’accueil, de Beaune-la-Rolande à Paris. Cloé Korman cherche à savoir qui étaient ces enfants, ces trois cousines de son père qu’elle aurait dû connaître si elles n’avaient été assassinées, et leurs amies.

C'est le récit des traces concrètes de Vichy dans la France d’aujourd’hui. Mais aussi celui du génie de l’enfance, du tremblement des possibles. Des formes de la révolte. 


Mon avis 

Anne-Laure Mourgue garde des enfants juifs dont les parents ont été raflé en juillet 42.  Ils sont au nombre de quatre : les trois soeurs Korman : Mireille, Jacqueline et Henriette, âgées respectivement de 10, 5 et 3 ans, et un bébé Madeleine.

Le 9 octobre 42, à la demande des autorités allemandes,  elle prépare les fillettes et refuse de leur donner le bébé. Madeleine c'est la petite dernière Kaminsky, ses soeurs Andrée, Jeanne et Rose seront également raflées le même jour.  

Ironie du sort,  leurs parents étaient également raflés ensemble en juillet. Ce sont deux familles polonaises venant de villes murées en ghetto ; Varsovie et Piotrkov, émigrées en France en 1939 qui finiront malheureusement dans leur pays à Auschwitz.

En faisant cette enquête, Cloé Korman a voulu savoir qui étaient ces enfants et surtout retrouver les traces des trois cousines de son père, qu'elle aurait pu connaître si elles n'avaient pas été assassinées.

Elle nous démontre l'acharnement et l'implication concrète de Vichy, du traitement qui a scellé le sort des enfants juifs rendus orphelins par la déportation de leurs parents entre 1942-1944.

Des enfants répertoriés, placés dans des centres ou familles d'accueil, raflés, séparés, au camp de Pithiviers, de Beaume-la-Rolande, entassés dans des baraquements en attente d'être convoyés, "libérés" enfin plus exactement bloqués, séparés, ballotés.

Elle retrace l'histoire, leur enfance, la force de l'enfance, l'évasion par l'écriture pour Andrée survivante qui témoigne.  Elle nous parle aussi des Justes, des personnes qui mettaient en oeuvre une façon de protéger les enfants, de se donner bonne conscience.

Le livre est exigeant car bien documenté, ce qui peut rendre la lecture un peu ardue mais ce récit est indispensable pour ne pas oublier.

Ma note : 8.5/10


Les jolies phrases

Certaines histoires sont comme des forêts, le but est d'en sortir.  D'autres peuvent servir à atteindre des îles, des ailleurs.  Qu'elles soient barques ou frêts, elles sont faites du même bois.  

"Chaumière" (ou "petite ferme", small farmhouse dans le texte original) est le terme employé par l'historien Raul Hilberg pour parler des premières installations destinées aux meurtres de masse à Auschwitz, après des essais dans des camions qui n'étaient pas suffisament spacieux.  "Chaumière" a aussi quelque chose qui évoque les villages des contes, de ceux qui bordent les forêts. De mon côté, j'hésite à reconnaître celle que j'aperçois, à en franchir la lisière avec les six enfants qui m'entourent.  Les orphelins sont les héros ou bien, selon la perspective dans laquelle on se place, les proies aisées dans les forêts des contes où ils sont abandonnés, et où seule la ruse peut les sauver.  La forêt où s'égarent Hansel et Gretel est en tout point pareille, à l'arbre près, à celle où se trouvent les deux chaumières dont parle Hilberg.  

Elle est posée ici aujourd'hui en même temps que nous, mais elle est dans sa maison comme une cigogne sur un bourrelet d'alluvions, détendant ses pattes, reprenant son souffle, entre deux reportages plus ou moins lointains - les lointains relatifs de son art qui donne l'air si proche à ce qui est loin, loin de ce qui est proche.

Leur vieillesse, aperçue depuis le miroir sans tain du studio de Géraldine, m'apparaît ce soir-là beaucoup moins comme une corrosion que comme un accroissement, comme le végétal qui pousse plus, donne plus de fleurs, de mousses, abrite plus d'insectes, capte plus d'air et de lumière. 

L'opportunisme de ceux qui ont mis en application les lois antijuives, ou bien leur ambiguïté, entre assistance et oppression, les a portés à choisir les endroits habituels du culte et de la vie associative juive pour faciliter la traque et le regroupement des victimes.  Les centres de l'UGIF sont des anciens hospices, asiles, orphelinats, maison de vieillards, hôpitaux ou écoles, tous des lieux destinés à qui s'y abritaient.  Concernant les enfants, cette fonction est encore plus sournoise : ces derniers n'auraient pas eu besoin de protection si on ne leur avait pas enlevé leurs parents.  Le système qui les protège est aussi celui qui les a faits orphelins. Quant à les regrouper, rien de plus dangereux, de plus paradoxal avec l'idée de leur porter secours.

Je me demande ce qu'elles éprouvent à former ce groupe d'enfants qui se perdent et qui se quittent sans arrêt, alors que leurs parents ont disparu.  On dirait des poupées gigognes auxquelles on enlèverait successivement toutes leurs enveloppes, qui flottent dans un espace sans arrière-plan.  Enlevées à des familles qui n'existent plus, elles se recomposent en groupes successifs qui s'égarent et se dispersent à nouveau, dans ces lieux vidés de leur usage normal, et dont on peut les retirer d'un jour à l'autre.  


Les rapports des médecins sur les foyers rapportent des cas d'enfants internés depuis plus d'un an qui craignent de grandir, pensant que leurs parents ne les reconnaîtront pas, et d'autres qui s'arrêtent de grandir, soient qu'ils cessent de s'alimenter de façon plus ou moins volontaire, anorexie ou brûlures d'estomac telles qu'en présente ma petite-cousine Mireille, soit que le processus s'enraye, par des moyens à peine identifiables, et que l'enfant se maintienne dans les contours d'une silhouette qu'il ne veut plus changer.