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dimanche 23 février 2025

Enfant de salaud - Sébastien Gnaedig et Isabelle Merlet

 Enfant de salaud  -  Sébastien Gnaedig et Isabelle Merlet





















Futuropolis
Parution : 08 janvier 2025
Scénario : Sébastien Gnaedig
Dessin : Sébastien Gnaedig
Couleurs : Isabelle Merlet
Pages : 176
Isbn : 9782754844833
Prix : 24 €


Présentation de l'éditeur

Le narrateur, Sorj Chalandon lui-même, est journaliste. En mai 1987, il est envoyé par son journal à Lyon pour suivre le procès du nazi Klaus Barbie, accusé de crimes contre l’humanité. Peu de temps avant que ne débute le procès, il se rend à Izieu : le 6 avril 1944, quarante-quatre enfants et sept adultes, tous Juifs, furent arrachés de leur maison par Klaus Barbie et ses chiens. Ils furent conduits dans le camp d’internement de Drancy, puis déportés à Auschwitz-Birkenau.
Le narrateur aurait voulu que son père soit avec lui à Izieu, pour l’aider à comprendre. À comprendre ce qui avait poussé son père, en novembre 1942, à rejoindre les Allemands plutôt que les combattre. À comprendre pourquoi il était devenu un traître... À comprendre pourquoi lui, son fils, était un « enfant de salaud »...

Parallèlement au procès Barbie, le narrateur cherche intensément la vérité sur son père. Il récupère le dossier pénal de celui-ci, et se met à l’éplucher. Dès lors, ce n’est pas un procès qui s’ouvre, mais deux. L’un intime, l’autre universel...

« Enfant de salaud n’est pas la suite de Profession du père, mais son prolongement. C’est en quelque sorte le dénouement de toute une vie : celle de l’enfant devenu journaliste pour comprendre, pour chercher la vérité. Pour qu’on arrête de me mentir. » Sorj Chalandon

Le sens de la narration graphique de Sébastien Gnaedig s’allie aux couleurs magnifiques d’Isabelle Merlet. Un récit poignant qui croise la grande et la petite histoire.

Sorj Chalandon


Sorj Chalandon est né en 1952. Il est journaliste et romancier.
Il a écrit pour Libération pendant plus de 30 ans (Prix Albert Londres, 1988) et signe désormais au Canard Enchainé. Il a publié sept romans, inspirés de ses reportages de guerre : Mon traître (2008), Retour à Killibegs (2001), Le quatrième mur (Prix Goncourt des Lycéens, 2013), ou des romans plus intimistes dont La Promesse (Prix Médicis 2005) ou Profession du père (Prix du Style, 2015).


Photo : Alice Kneuse - Éditions Gallimard











Sébastien Gnaedig

Sébastien Gnaedig est né en 1968.
Il a assuré, depuis ses études aux métiers du livre à Bordeaux, différentes fonctions dans des maisons d’édition de bande dessinée (Les Humanoïdes Associés, Delcourt, Dupuis), toujours au plus proche des auteurs et de la fabrication de leurs titres.
Il est depuis 2004 le directeur éditorial des éditions Futuropolis.
Il dessine, en parallèle de son activité d’éditeur, des bande dessinées sur scénario de Philippe Thirault ou Pascal Rabaté. En 2018, il adapte le roman de Sorj Chalandon, Profession du père.

© J-L Bertini



Isabelle Merlet

Isabelle Merlet (1967) est coloriste. Elle collabore avec les plus grands auteur.ice.s contemporain.e.s : Jean-Denis Pendanx, Pascal Rabaté et David Prudhomme, Philippe Dupuy, Nicolas Dumontheuil, Blutch, Nicolas de Crécy, Taiyô Matsumoto, Catherine Meurisse ou encore Jean-Marc Rochette...
Elle vit dans le Bordelais.
Enfant de salaud est son premier livre en tant que co-autrice.


Mon avis

Je pense être un peu passée à côté au moment de la parution du roman, pas le bon moment sans doute ! C'est pourquoi je suis très contente d'avoir relu ce texte sous cet autre jour, celui du roman graphique.

J'ai beaucoup aimé la vision de Sébastien Gnaedig axé sur la relation père-fils compliquée.  Ce rejet du père et cette impossible vérité et relation sincère.

Sorj Chanlandon enfant entend un jour son grand-père lui dire qu'il est un enfant de salaud, que son père avait rejoint le mauvais camp pendant la guerre.  Il a toujours cherché à savoir la vérité, celle que son père lui a refusé.

En mai 1987, Sorj Chalandon a été correspondant spécial lors du procès du criminel de guerre Klaus Barbie. Sorj s'était rendu quelques semaines au préalable à Izieu où le 6 avril 1944, 44 enfants et 7 adultes juifs avaient été déportés à Auschwitz-Birkenau.  Il aurait tant aimé comprendre pourquoi son père avait choisi le mauvais camp.  

Sorj durant la couverture du procès a essayé de créer un dialogue avec son père, qui malgré des preuves en possession de son fils a toujours renoncé à dire la vérité.

Le dessin de Sébastien Gnaedig tout en rondeur et simplicité contraste avec la dureté du récit; les couleurs d'Isabelle Merlet mettent en évidence les émotions ressenties.

C'est un très bel album que j'ai beaucoup aimé.



Mon avis sur le roman de Sorj Chalandon

Cliquez sur la couverture






dimanche 20 septembre 2015

Profession du père Sorj Chalandon

Profession du père

Sorj Chalandon




Grasset
Parution : 19/08/2015
Pages : 320
Format : 142 x 205 mm
Prix : 19.00 €
EAN : 9782246857136



Avis de l'éditeur

« Mon père a été chanteur, footballeur, professeur de judo, parachutiste, espion, pasteur d’une Eglise pentecôtiste américaine et conseiller personnel du général de Gaulle jusqu’en 1958. Un jour, il m’a dit que le Général l’avait trahi. Son meilleur ami était devenu son pire ennemi. Alors mon père m’a annoncé qu’il allait tuer de Gaulle. Et il m’a demandé de l’aider.
Je n’avais pas le choix.
C’était un ordre.
J’étais fier.
Mais j’avais peur aussi…
À 13 ans, c’est drôlement lourd un pistolet. »

Mon avis

Sorj Chalandon nous conte l'histoire d'Emile Choulans, en réalité c'est sa propre enfance qu'il nous offre dans ce récit magnifique et emprunt d'émotions.

Enfant, en début d'année scolaire, il était toujours demandé : nom, prénom, profession du père.  Sorj ou Emile ne l'a jamais connue.  C'est troublant et difficile d'imaginer cela.  Pour Emile, son père était tour à tour ; chanteur, pasteur pentecôtiste, agent secret, prof de judo, membre de l'OAS, ... metteur en scène.

Cela se passe dans les années soixante, de Gaulle a "trahi" les français en rendant l'Algérie. Son père vit par procuration de papier, il vit l'actualité de l'intérieur, il affabule et manipule son fils.

Emile a foi en son père, il a besoin d'être aimé, de lui plaire, d'avoir sa reconnaissance et c'est pourquoi il se laisse malgré lui emporter dans le délire paternel.  Il participera avec lui à diverses missions de l'O.A.S., il déposera des lettres de menaces, inscrira le nom de l'OAS à divers endroits, cachera des résistants, il sera réveillé en pleine nuit pour parfaire son entraînement (marche forcée dans sa chambre, pompes...), un entraînement frisant la torture, convaincu qu'il faut une certaine condition pour mener à bien la mission : tuer le général de Gaulle.

Son père l'emmènera dans sa névrose, son délire et Emile complètement sous le joug entraînera à son tour son ami Luca.

Vivre ces scénarios aurait pu être formidable, magnifique , son père mettant en scène son délire et entraînant au sens propre comme au sens figuré son fils dans la vie d'agent secret mais malheureusement il y a cette violence cette cruauté, punir son fils avec un martinet acheté de son propre argent, l'enfermer dans un placard, d'atroces punitions, exercices physiques....  Ce fantasque manipulateur, tyrannique et pervers...

Ajoutez à cela la passivité de sa mère, le déni, l'isolement car ils vivaient en vase clos, comme une secte,  jamais personne ne leur rendait visite, c'était une prison même les grands-parents ne venaient pas....

Que d'émotions contradictoires à la lecture de ce récit. On passe grâce à l'imaginaire débordant du père, à vivre des choses incroyables, des situations frisant la comédie à la tragédie causée par cette violence, cette domination du père névrosé par le mensonge, la maltraitance.

Les mots sont justes, percutants.  C'est l'écriture de l'espoir, de l'amour,de  l'admiration mais aussi de la peur et de cette soumission.   L'écriture est intime, puissante, simple et sincère.  La force du récit pour moi est que c'est le regard porté par l'enfant qui nous est conté et non par l'adulte qu'il est aujourd'hui.

Ce récit semble incroyable, j'aurais tant aimé une rébellion. A défaut, Emile s'échappe grâce au dessin et la peinture aveuglé par l'amour des siens. Troublant, touchant, magnifique.


Ma note : 9/10


Les jolies phrases


On parle des choses tant qu'elles n'arrivent pas.  Et lorsqu'on est sur le seuil, au moment de faire le pas, on se tait.

Je pleurais de douleur après les coups de colère, aussi.  Mais jamais de détresse.  Le désespoir ne faisait pas partie de la sanction.

Il riait.  Ce médecin était un charlatan.  Incompétent comme tous les médecins, menteur comme les journalistes, voleur comme les ministres.

Elle m'observait en secret.  Une tristesse, une pluie d'automne, une colère brutale, une émotion trop vive, une larme de Noël, un regard battu.  Elle leur en voulait de m'avoir abîmé.

Personne d'autre que le père et le fils.  Le chef et son soldat à l'heure de la défaite.

Et il me faisait payer ce que je n'étais pas.

Ils m'avaient oublié.  Ils avaient laissé ma vie derrière eux.

La peur lui était étrangère, dégoûtante.  Il avait de l'aversion pour les faibles, pour tous ceux qui baissaient les yeux.  Et voilà que ses mots transpiraient l'épouvante.  Quelque chose était en train de naître, qui ressemblait à sa fin.

Pour la première fois, j'ai fait l'inventaire de ma petite vie.  Mes vêtements tenaient dans une penderie et trois tiroirs.  J'avais deux paires de chaussures, un manteau, quelques livres et une valise.  Je n'avais plus rien, ni personne.

Ma mère me regardait.  Elle ne disait rien.  Elle écoutait le drame de sa vie comme on assiste à l'accident d'une autre.

Quelque chose avait changé dans la pièce, dans mon coeur.  Une fenêtre invisible s'était ouverte, laissant entrer le vent, l'hiver, le froid, le soulagement, surtout.  J'avais la main sur mon inhalateur, mais je respirais normalement.  J'avais mis des mots sur mon silence.  Et j'avais été entendu.


mardi 2 novembre 2021

Enfant de salaud - Sorj Chalandon

Enfant de salaud - Sorj Chalandon










Grasset
Parution : 18 août 2021
Pages : 336
Isbn : 9782246828150
Prix : 20.90 €


Présentation de l'éditeur

Depuis l’enfance, une question torture le narrateur :
- Qu’as-tu fait sous l’occupation ?
Mais il n’a jamais osé la poser à son père.
Parce qu’il est imprévisible, ce père. Violent, fantasque. Certains même, le disent fou. Longtemps, il a bercé son fils de ses exploits de Résistant, jusqu’au jour où le grand-père de l’enfant s’est emporté : «Ton père portait l’uniforme allemand. Tu es un enfant de salaud ! »
En mai 1987, alors que s’ouvre à Lyon le procès du criminel nazi Klaus Barbie, le fils apprend que le dossier judiciaire de son père sommeille aux archives départementales du Nord. Trois ans de la vie d’un « collabo », racontée par les procès-verbaux de police, les interrogatoires de justice, son procès et sa condamnation.

Le narrateur croyait tomber sur la piteuse histoire d’un « Lacombe Lucien » mais il se retrouve face à l’épopée d’un Zelig. L’aventure rocambolesque d’un gamin de 18 ans, sans instruction ni conviction, menteur, faussaire et manipulateur, qui a traversé la guerre comme on joue au petit soldat. Un sale gosse, inconscient du danger, qui a porté cinq uniformes en quatre ans. Quatre fois déserteur de quatre armées différentes. Traître un jour, portant le brassard à croix gammée, puis patriote le lendemain, arborant fièrement la croix de Lorraine.

En décembre 1944, recherché par tous les camps, il a continué de berner la terre entière.
Mais aussi son propre fils, devenu journaliste.

Lorsque Klaus Barbie entre dans le box, ce fils est assis dans les rangs de la presse et son père, attentif au milieu du public.

Ce n’est pas un procès qui vient de s’ouvrir, mais deux. Barbie va devoir répondre de ses crimes. Le père va devoir s’expliquer sur ses mensonges.

Ce roman raconte ces guerres en parallèle.

L’une rapportée par le journaliste, l’autre débusquée par l’enfant de salaud.

Sorj Chalandon


Après trente-quatre ans à Libération, Sorj Chalandon est aujourd’hui journaliste au Canard enchaîné. Ancien grand reporter, prix Albert-Londres (1988), il est l’auteur de neuf romans et Enfant de salaud sera le dixième, tous parus chez Grasset. Le Petit Bonzi (2005), Une promesse (2006, prix Médicis), Mon traître (2008), La Légende de nos pères (2009), Retour à Killybegs (2011, Grand Prix du roman de l’Académie française), Le Quatrième Mur (2013, prix Goncourt des lycéens), Profession du père (2015), Le Jour d’avant (2017) et Une joie féroce (2019).


Mon avis

Dans "Profession du Père", Sorj Chalandon nous parlait de la mythomanie de son père, un homme qui voulait l'éblouir et qui l'aveuglait en réalité.  Ce père est décédé en 2014 dans un hôpital psychiatrique.

En 2020 il trouve un extrait de casier judiciaire de son père et il apprend que celui-ci a été écroué à la fin de la guerre et déchu pendant cinq ans de ses droits civiques.

Sorj va alors découvrir qui était son père avant son existence, sa curiosité était déjà en éveil étant enfant, il se souvenait des mots très durs de son grand-père  :  "tu es un enfant de salaud, ton père a choisi le mauvais camp pendant la guerre, on l'a vu en uniforme allemand à Lyon", ce père qui se présentait comme un grand résistant était un traître ! , il a en réalité porté cinq uniformes différents en quatre années. 

Sorj mène l'enquête et il la transpose dans ce roman en 1987 en parallèle au procès de Klaus Barbie qu'il avait suivi à l'époque pour son journal.  Son père avait alors assisté au procès de ses chefs !

Un roman que Sorj aurait aimé écrire avant la disparition de son père, de celui qui lui a menti toute sa vie.  

Enfant de salaud car toute sa vie il a menti à son fils, il l'a laissé dans l'ignorance et n'a jamais eu le courage de lui dire la vérité.  

Un style plus journalistique qu'à l'habitude, c'est ma perception de ce récit qui pourtant très personnel n'a pas réussi à m'emporter et me donner les émotions dont j'ai l'habitude avec cet auteur.  Je pense être passée à côté.

Ma note : 7/10


Les jolies phrases

Il m'a expliqué que la guerre, c'était plus compliqué que dans les films.  Un jour on tuait les uns, et le lendemain on pouvait tuer les autres.  Il fallait faire attention avec les mots "ami" et "ennemi" parce que l'Histoire avait été écrite par les vainqueurs.

Il n'avait pas payé et je lui en voulais.  Payer, ce n'était pas connaître la prison, mais devoir se regarder en face.  Et me dire la vérité.  Il a comparu devant des juges, pas devant son fils.  Face à eux, il a hurlé à l'injustice.  Face à moi, il a maquillé la réalité.  Comme s'il n'avait rien compris, rien regretté jamais. 

Plus je lisais tes dépositions plus j'en étais convaincu : tu t'étais enivré d'aventures.  Dans penser ni à bien ni à mal, sans te savoir traître ou te revendiquer patriote.  Tu as enfilé des uniformes comme des costumes de théâtre, t'inventant chaque fois un nouveau personnage, écrivant chaque matin un autre scénario. 

Mais ces fausses confrontations avaient été un naufrage.  Il ne fallait plus que Barbie reparaisse. Sa présence transformait ce procès en cirque. Au lieu de témoigner, de raconter, de se souvenir, les victimes pleuraient des mots sans suite.  Le regard du nazi abîmait ce que nous avions à entendre.  Pour que les martyrs osent parler, il fallait le silence d'un bois désert.  

Oui, je suis un enfant de salaud.  Mais pas à cause de tes guerres en désordre, papa, de tes bottes allemandes, de ton orgueil, de cette folie qui t'a accompagné partout.  Ce n'est pas ça, un salaud. Ni à cause des rôles que tu as endossés : SS de pacotille, patriote d'occasion, Résistant de composition, qui a sauvé des Français pour recueillir leurs applaudissements.  La saloperie n'a aucun rapport avec la lâcheté ou la bravoure.

Pendant tout le procès Barbie, j'ai rêvé de suivre ton procès.  Pas pour te juger, pour t'écouter mieux et t'entendre davantage.  Pour que tu m'apprenes et que je comprenne.

C'est un vaincu jugé par les vainqueurs.  Si Barbie avait gagné la guerre, vous seriez tous à sa place !

Mais l'enfant n'a plus revu son père. Il est devenu jeune homme, puis homme, abîmé par cette absence et les silences du camp.  
- Alors on prend le deuil, et on ne le quitte plus jamais.  

Du même auteur j'ai lu

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vendredi 18 avril 2025

Le don du père - Giuseppe Santoliquido ♥♥♥♥♥

 Le don du père -  Giuseppe Santoliquido  ♥♥♥♥♥








Gallimard
La Blanche
Parution : 03/04/2025
Pages : 208
Isbn : 9782073101327
Prix : 20 €

Présentation de l'éditeur


« À l’âge où les questions affluent sur les choix et la liberté, certaines choses ne vous échappent pas, et notamment que très tôt, dans la vie, il peut être déjà trop tard. »

Alors que son père vit ses derniers jours, l’auteur interroge le destin de cet homme qu’il percevait comme faible et auquel, dans l’arrogance de sa jeunesse, il ne voulait surtout pas ressembler. L’histoire de ce père, c’est celle d’un Italien arrivé très jeune en Belgique et devenu mécanicien à contrecœur, alors qu’il rêvait d’être avocat. Marqué du sceau de la fatalité, son parcours fut fait d’une série de déroutes succédant à de brèves périodes de lumière. Et pourtant, à l’heure des choix, il mit son garage en péril pour que son fils suive sa propre voie, celle des lettres, témoignant d’une abnégation dont celui-ci ne mesura la portée que bien plus tard.
En retraçant les trajectoires croisées d’un père et d’un fils que l’incompréhension a longtemps séparés, Giuseppe Santoliquido signe un récit filial d’une grande force poétique, explorant avec grâce les questions de l’exil, de la culpabilité et du pardon.


Mon avis

C'est un magnifique récit, hommage au père que nous propose Giuseppe Santoliquido.  Un jour en rentrant d'une rencontre avec des étudiants, lui est apparu l'image de son père, son rêve d'avocat avorté pour être mécanicien, un métier qui l'a usé, qui l'a tué.  

En effet, usé par le travail, par les émanations toxiques, son père a les poumons noircis, le verdict est pessimiste. Il y a la peur de la mort, la force de la mère ne pas se laisser abattre, manger, continuer.  Giuseppe sera plus présent.  Il va commencer à écrire, une façon de se rapprocher du père, de lui rendre tout ce que celui-ci lui a donné.  

"Ecrire pour lui faire face, lui tenir la main. Tels devaient être mon tribut, ma gratitude."

Le fils nous raconte l'histoire de la famille, à Gallinaro, village natal en Italie, des journaliers travaillant durement la terre, le grand-père qui fait le voyage en Belgique, mineur à Seraing. La naissance de Gerardo (le père) très vite premier de classe , il lit énormément, veut devenir avocat, il a les capacités mais rien à faire son père a tranché, il a trois enfants, ce seront trois manuels par souci de justice, il ne peut offrir des études à chacun.  

Tout bascule alors pour Gerardo qui voit ses rêves muselés, c'est le renoncement originel, il va arrêter ses études, écouter son père et travailler dans un petit garage, pas par goût, non du tout.

Petit à petit, je me suis résigné.  Je me suis fait à l'idée que les enfants de pauvres ne peuvent nourrir de rêves trop chers.

Il va progresser dans une profession qu'il n'aime pas.  Il travaille, on le paie.  La Belgique est pour lui une possibilité de construire un avenir.

Giuseppe n'a pas peur de se dévoiler, de parler de ses études compliquées, lui le fils , pour qui son père, se sacrifie pour lui donner le meilleur.  Il nous parle d'une dépression soignée en travaillant avec son père.  Un père qu'il regardait à l'époque parfois avec honte car il n'avait pas toujours assez d'ambition à ses yeux.  Aujourd'hui il exprime la honte de sa honte et tout l'amour porté au père.

Ce récit très personnel parle aussi de l'exil, de l'ancrage, de son pays la Belgique après un retour manqué à Gallinaro mais aussi de la douleur du renoncement, de la camisole sociale et d'amour.  L'amour inconditionnel du père à son fils pour qui il sacrifie tout pour lui permettre d'évoluer, lui donner ce qu'il n'a pas reçu.  

L'écriture est bien entendu magnifique. La plume est fluide, sensorielle, poétique.  On ressent l'amour, la gratitude, un très beau témoignage d'amour.   

Un récit intime mais aussi universel.  Superbe ♥

Gros coup de ♥

Les jolies phrases

On tient.  Le courage, c'est d'aller de l'avant coûte que coûte.  Jusqu'au bout. 

Ecrire pour lui faire face, lui tenir la main.  Tels devaient être mon tribut, ma gratitude.

Petit à petit, je me suis résigné.  Je me suis fait à l'idée que les enfants de pauvres ne peuvent nourrir de rêves trop chers.

Le métier de vivre consiste à trouver les chemins pour avancer, encore et toujours.  L'absence de chemin est le manque de tout, l'accès à la disgrâce.

C'est en écrivant, bien plus tard, que s'est enraciné en moi une sorte de pays d'encre, où les champs ensoleillés prolongent les hauts-fourneaux, où les vignes et les oliviers, perchés sur des terrils, dominent le temps et aussi la mort.  Un pays éprouvé spirituellement, à la croisée de mes influences, où mon cœur, comme placé face à un miroir, s'est retrouvé tel qu'il était.  Depuis lors, c'est là que je me tiens. 

L'essentiel c'est de suivre ses rêves.

Je pense que l'espoir, parfois, est un mirage qui se détache de nos peurs. 

La beauté, parfois, ça peut tuer plus que la mort.  Le soleil, là-bas, il ne nous a pas beaucoup réchauffés.  Ici le ciel est gris, c'est vrai, mais on nous a tendu la main.  Pour la première fois, on n'était plus des miséreux, des insignifiants.  

Ce n'est pas la récolte qui est la récompense, mais la possibilité de semer. 

Quand on survit à un suicidé, c'est comme s'il subsistait en nous une zone éteinte, inanimée. 

Quand on n'est pas heureux, il n'y a que deux façons de s'en sortir. Soit on se révolte, soit on se résigne. La pire des solutions, c'est de mener deux vies en même temps, une que l'on vit comme un vivant qui serait déjà mort, et l'autre, la vraie, qu'on aimerait vivre mais qu'on ne vit pas. 


Du même auteur j'ai lu et adoré

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dimanche 30 août 2015

Ils ont rejoint ma Montagne à lire



De retour d'une petite escapade française, de passage par Lille et son célèbre "Furet du Nord" en cette période de rentrée littéraire, impossible de ne pas craquer.

Deux premiers romans pour commencer, deux plumes à découvrir:

Camille, mon envolée

Sophie Daull



Philippe Rey
Date de parution : 20/08/2015
ISBN : 978-2-84876-468-9
Format : 14.5 x 22 cm
Pages : 192
Prix : 16.00 €

Avis de l'éditeur


Dans les semaines qui ont suivi la mort de sa fille Camille, 16 ans, emportée une veille de Noël après quatre jours d’une fièvre sidérante, Sophie Daull a commencé à écrire.
Écrire pour ne pas oublier Camille, son regard « franc, droit, lumineux », les moments de complicité, les engueulades, les fous rires ; l’après, le vide, l’organisation des adieux, les ados qu’il faut consoler, les autres dont les gestes apaisent… Écrire pour rester debout, pour vivre quelques heures chaque jour en compagnie de l’enfant disparue, pour endiguer le raz de marée des pensées menaçantes.
Loin d’être l’épanchement d’une mère endeuillée ou un mausolée – puisque l’humour n’y perd pas ses droits –, ce texte est le roman d’une résistance à l’insupportable, où l’agencement des mots tient lieu de programme de survie : « la fabrication d’un belvédère d’où Camille et moi pouvons encore,
radieuses, contempler le monde ».

« Dans les jours d’après, nous distribuerons tes soixante-dix-sept peluches, une par une ou deux par deux, à des fossés dans les campagnes, à des clairières, à des rochers. C’est joli, ces ours, ces lapins, ces petits chats abandonnés sur les tapis de mousse, prenant la pluie sous les marguerites. »

                                                 

Un mauvais garçon

Deepti Kapoor


Seuil
Traduit de l'anglais (Inde) par Michèle Albaret-Maatsch
140 x 205 mm
204 pages
9782021165678
17€

Avis de l'éditeur

Elle a vingt ans à New Delhi. Elle n’a ni père (parti vivre à Singapour), ni mère (décédée), ni repères. Sa tante, chez qui elle vit, cherche à la marier. Elle brûle d’une énergie qui n’a nulle part où aller, alors elle se plie aux conventions et garde ses pensées pour elle-même.
Un jour, dans un café, il la dévisage. Plus âgé, il semble venir d’ailleurs. Il est laid, et pourtant tout chez lui attire la jeune fille.
Il l’initiera au sexe, à l’alcool, aux drogues ; aux plaisirs du corps et à la noirceur de l’âme. Elle bravera les interdits et découvrira avec lui un New Delhi aussi dangereux qu’enivrant, où se côtoient l’ancestral et l’ultramoderne, la richesse et la putrescence, le profane et le sacré, et où pulse une rage de vivre que rien n’arrête.
Spirale d’amour et de destruction virtuose, Un mauvais garçon est porté par une prose qui vibre de désir et de révolte, jusqu’à l’incandescence.

Un incontournable de ma compatriote.

Le crime du comte de Neville

Amélie Nothomb



Albin Michel
août 2015
Format : 200 mm x 130 mm
144 pages
EAN13 : 9782226318091
Prix : 15.00 €


Quatrième de couverture

« Ce qui est monstrueux n’est pas nécessairement indigne. » Amélie Nothomb

Je vous en parle très vite car déjà lu et apprécié.  Une bonne année.

La blogosphère m'a donné envie de découvrir son écriture.

Otages intimes

Jeanne Benameur

Otages intimes

Actes Sud
Août, 2015
11,5 x 21,7 
208 pages
ISBN 978-2-330-05311-6
prix indicatif : 18,80€

Quatrième de couverture

Photographe de guerre, Étienne a toujours su aller au plus près du danger pour porter témoignage. En reportage dans une ville à feu et à sang, il est pris en otage. Quand enfin il est libéré, l’ampleur de ce qu’il lui reste à réapprivoiser le jette dans un nouveau vertige, une autre forme de péril.
De retour au village de l’enfance, auprès de sa mère, il tente de reconstituer le cocon originel, un centre depuis lequel il pourrait reprendre langue avec le monde.
Au contact d’une nature sauvage, familière mais sans complaisance, il peut enfin se laisser retraverser par les images du chaos. Dans ce progressif apaisement se reforme le trio de toujours. Il y a Enzo, le fils de l’Italien, l’ami taiseux qui travaille le bois et joue du violoncelle. Et Jofranka, “la petite qui vient de loin”, devenue avocate à La Haye, qui aide les femmes victimes de guerres à trouver le courage de mettre en mots ce qu’elles ont vécu.
Ces trois-là se retrouvent autour des gestes suspendus du passé, dans l’urgence de la question cruciale : quelle est la part d’otage en chacun de nous ?
De la fureur au silence, Jeanne Benameur habite la solitude de l’otage après la libération. Otages intimes trace les chemins de la liberté vraie, celle qu’on ne trouve qu’en atteignant l’intime de soi.

Il était attendu, hâte de la relire.

D'après une histoire vraie

Delphine de Vigan




JC LATTES
EAN : 9782709648523
Parution : 26/08/2015
484 pages
20.00 €

Avis de l'éditeur

« Ce livre est le récit de ma rencontre avec L.
L. est le cauchemar de tout écrivain.Ou plutôt le genre de personne qu’un écrivain ne devrait jamais rencontrer. »
Dans ce roman, Delphine de Vigan raconte l’histoire d’une amitié. Séduction, dépression et trahison sont les trois temps de ce récit qui entraîne le lecteur dans les coulisses de la création, là où le doute, les apparences et les faux-semblants tendent un piège redoutable. Qui est le maître du jeu ?
« Tu sais parfois, je me demande s’il n’y a pas quelqu’un qui prend possession de toi. »

J'avais beaucoup aimé "Le domaine des murmures" 

La terre qui penche

Carole Martinez



Gallimard
Broché: 368 pages
Parution : 20 août 2015
Collection : Blanche
ISBN-13: 978-2070149926
Dimensions du produit: 20,5 x 2,5 x 14 cm
Prix : 20 euros



Présentation de l'éditeur

Blanche est morte en 1361 à l'âge de douze ans, mais elle a tant vieilli par-delà la mort ! La vieille âme qu'elle est devenue aurait tout oublié de sa courte existence si la petite fille qu'elle a été ne la hantait pas. Vieille âme et petite fille partagent la même tombe et leurs récits alternent. L'enfance se raconte au présent et la vieillesse s'émerveille, s'étonne, se revoit vêtue des plus beaux habits qui soient et conduite par son père dans la forêt sans savoir ce qui l'y attend. Veut-on l'offrir au diable filou pour que les temps de misère cessent, que les récoltes ne pourrissent plus et que le mal noir qui a emporté sa mère en même temps que la moitié du monde ne revienne jamais ? Par la force d'une écriture cruelle, sensuelle et poétique à la fois, Carole Martinez laisse Blanche tisser les orties de son enfance et recoudre son destin. Nous retrouvons son univers si singulier, où la magie et le songe côtoient la violence et la truculence charnelles, toujours à l'orée du rêve mais deux siècles plus tard, dans ce domaine des Murmures qui était le cadre de son précédent roman.

Une attente , après avoir adoré "Quatrième mur", un partenariat me permet de découvrir :

Profession du père

Sorj Chalandon


Grasset
Parution : 19/08/2015
Pages : 320
Format : 142 x 205 mm
Prix :  19.00 €
EAN : 9782246857136

Avis de l'éditeur


« Mon père a été chanteur, footballeur, professeur de judo, parachutiste, espion, pasteur d’une Eglise pentecôtiste américaine et conseiller personnel du général de Gaulle jusqu’en 1958. Un jour, il m’a dit que le Général l’avait trahi. Son meilleur ami était devenu son pire ennemi. Alors mon père m’a annoncé qu’il allait tuer de Gaulle. Et il m’a demandé de l’aider.
Je n’avais pas le choix.
C’était un ordre.
J’étais fier.
Mais j’avais peur aussi…
À 13 ans, c’est drôlement lourd un pistolet. »


L'envie de découvrir la plume d'Agnès Ledig


Juste avant le bonheur

Agnès Ledig



Pocket 15948
Albin Michel en grand format

Quatrième de couverture


Prix Maison de la Presse

Cela fait longtemps que Julie ne croit plus aux contes de fées. Caissière dans un supermarché, elle élève seule son petit Lulu, unique rayon de soleil d’une vie difficile. Pourtant, un jour particulièrement sombre, le destin va lui tendre la main. Ému par leur situation, un homme généreux les invite dans sa maison du bord de mer, en Bretagne. La chance serait-elle enfin en train de tourner pour Julie ? C’est le temps de la découverte, des vacances, de l’amitié profonde. Le temps de vivre pleinement. En espérant que cela dure toujours.

Et pour terminer deux petits romans graphiques , J'en avais envie depuis longtemps.

L'arabe du futur
Riad Sattouf

  
Allary Editions                                  Allary Editions
Roman graphique                              Roman graphique
160 PAGES COULEURS                 160 PAGES COULEURS
170 X 240 mm                                   170 X 240 mm
20,90€                                                20.90 euros
15 MAI 2014                                     11/06/2015
EAN : 978-2370730145                     EAN / 978-2370730541


Tome 1


Une enfance dans la Libye de Kadhafi et la Syrie d’Hafez al-Assad.

Né d’un père syrien et d’une mère bretonne, Riad Sattouf grandit d’abord à Tripoli, en Libye, où son père vient d’être nommé professeur. Issu d’un milieu pauvre, féru de politique et obsédé par le panarabisme, Abdel-Razak Sattouf élève son fils Riad dans le culte des grands dictateurs arabes, symboles de modernité et de puissance virile. En 1984, la famille déménage en Syrie et rejoint le berceau des Sattouf, un petit village près de Homs. Malmené par ses cousins (il est blond, cela n’aide pas…), le jeune Riad découvre la rudesse de la vie paysanne traditionnelle. Son père, lui, n’a qu’une idée en tête : que son fils Riad aille à l’école syrienne et devienne un Arabe moderne et éduqué, un Arabe du futur.


Tome 2


Né d’un père syrien et d’une mère bretonne, Riad Sattouf raconte dans L’Arabe du futur sa jeunesse au Moyen-Orient.

Dans le premier tome (1978-1984) le petit Riad était balloté entre la Libye, la Bretagne et la Syrie.

Dans ce second tome, qui couvre la première année d’école en Syrie (1984-1985), il apprend à lire et écrire l’arabe, découvre la famille de son père et, malgré ses cheveux blonds et deux semaines de vacances en France avec sa mère, fait tout pour devenir un vrai petit syrien et plaire à son père.

La vie paysanne et la rudesse de l’école à Ter Maaleh, les courses au marché noir à Homs, les dîners chez le cousin général mégalomane proche du régime, les balades assoiffées dans la cité antique de Palmyre : ce tome 2 nous plonge dans le quotidien hallucinant de la famille Sattouf sous la dictature d’Hafez Al-Assad.



Fin de mon gros shopping lillois, mais les tentations de l'Intime Festival risquent d'en ajouter d'autres.

lundi 18 septembre 2017

Le jour d'avant - Sorj Chalandon ♥♥♥

Le jour d'avant

Sorj Chalandon






Grasset
Parution : 16/08/2017
Pages : 336
Prix : 20.90 €
Prix du livre numérique: 14.99 €
EAN : 9782246813804


Présentation de l'éditeur

« Venge-nous de la mine », avait écrit mon père. Ses derniers mots. Et je le lui ai promis, poings levés au ciel après sa disparition brutale. J’allais venger mon frère, mort en ouvrier. Venger mon père, parti en paysan. Venger ma mère, esseulée à jamais. J’allais punir les Houillères, et tous ces salauds qui n’avaient jamais payé pour leurs crimes.

L'auteur nous en parle







Mon avis

Livre coup de coeur. Livre coup de poing. Livre coup de gueule, cri de rage.

Rage que Sorj Chalandon a en lui depuis très longtemps.  Il est jeune journaliste à "Libération" lorsque le 27 décembre 1974 éclate la catastrophe minière de Lens-Liévin.  42 mineurs y trouvent injustement la mort.

Non ce n'est pas la fatalité, cela aurait pu être évité. Non, ce n'est pas normal pour un mineur de finir ainsi au fond du trou.  Non, ces travailleurs et la profession n'ont pas reçu l'hommage et la reconnaissance nationale qu'ils auraient dû avoir.

Alors resté tapie au fond de lui, cette colère gronde et pour la première fois l'auteur nous livre un récit qui sort de l'autobiographie.

Comment nous parler de ce drame ?  En créant le personnage de Michel Flavent, le frère du mineur. Michel et son frère Jojo sont des enfants de paysans et le Nord c'est aussi cela le combat entre la terre du dessus (les paysans) et la terre du dessous (les mines).  Leur père espère qu'ils reprendront l'activité agricole mais au village, au bistrot en particulier il y a les "rabatteurs",  qui dénigrent la profession liée à la terre et font miroiter que la mine, elle, chauffe les foyers, bitume les routes, apporte la richesse à la nation, les mineurs de la mine sont utiles...  et ils enrôlent les jeunes.
Jojo a 20 ans lorsqu'il devient mineur, il devient la fierté de son frère Michel qui il faut bien l'avouer sans cet accident l'aurait suivi dans le fond.

Le 27/12/1974 cela faisait cinq jours que l'on n'était plus descendu dans la mine, on aurait pu éviter cette tragédie mais au nom de la rentabilité et des économies, on n'avait pas pris les mesures de sécurité de base nécessaires : pas d'arrosage du fond, pas de dégrisoutage, de ventilation correcte, à quoi bon, le filon était en fin d'exploitation...

Michel ne se remettra pas de la catastrophe et de la mort de Jojo et de son père. Il vouera à la mine et au mineur une ferveur, une dévotion mais aussi une grande envie de vengeance.  Il retournera au pays quarante ans après la catastrophe...

Michel à travers la plume de Chalandon nous réservera quelques surprises : trahison, mensonges, besoin de vérité, de vengeance...

Un récit captivant, bouleversant. un roman truffé de fausses pistes, de rebondissements.  Un personnage trouble celui de Michel qui fait de son drame personnel le procès de la mine.

L'écriture de Chalandon est comme toujours percutante. Des phrases courtes allant droit au but, à l'essentiel.  C'est bouleversant, touchant.  Il cerne comme toujours ses protagonistes avec beaucoup de psychologie.  La plume est tout en justesse, magnifique remplie d'une belle humanité.

C'est pour moi un incontournable de la rentrée.

Un gros coup de coeur.  ♥


Les jolies phrases

Un mineur aujourd'hui, c'est un mécanicien, a répondu l'aîné.  C'est Germinal robotisé, a rigolé son copain en nous ouvrant la porte.

Elle se gavait d'hommes la mine.  Elle avait faim de nous.  Jamais elle ne nous laisserait en repos.

Eux fouillaient la terre pour éclairer le pays, chauffer les familles, produire le ciment, le béton, goudronner nos routes.  

Ne fais jamais d'enfant, Michel. S'il te plaît.  C'est trop de souffrances.

Blessé, c'est un mot triste pour dire qu'il est vivant.

Il a commis un crime pour en payer un autre.

Au nom du rendement, nous demandions aux hommes de faire plus que ce qu'ils pouvaient.

La prison n'est pas une halte, c'est le bout du chemin.  Le mur de briques au fond de l'impasse. L'antichambre du sépulcre.

Le chef du siège 19, lui , a été condamné à 10 000 francs d'amende et 1 000 francs de dommages et intérêts, versés à trois syndicats. "42 morts = 10 000 francs. Une ligne dans un bilan comptable"


Je n'ai pas relu les 42 noms. Je les connaissais depuis ma jeunesse, appris par coeur comme les lettres de l'alphabet. Celui de Jojo n'était pas dans la pierre, rejeté par les Houillères et par la mémoire. Mort trop tard pour être des martyrs. Mort trop loin pour être célébré. Mort entre deux draps pas entre deux veines. Mort en malade de la ville, pas en victime du fond.


J'ai raconté son enterrement de rien. Trop tard pour les honneurs, trop seul pour l'Histoire. Inconnu au bataillon des braves. Ni sur les plaques de cuivre, ni dans les coeurs de pierre. J'ai raconté sa veuve, crachée par les vivants. Ma jeunesse sans Jojo. La mort de mon père. Sa fin de paysan. Sa lettre . "Venge-nous de la mine."



dimanche 22 décembre 2024

Ils ont rejoint mon Himalaya à lire

Ils ont rejoint mon Himalaya à lire






De très belles arrivées cette semaine, je remercie tout particulièrement "Papillon noir " de Gallimard.

Une nouvelle collection créée et dirigée par Benjamin Lacombe qui propose d'adapter de grands textes littéraires en romans graphiques d'exception, brouillant les frontières entre livre-objet, littérature, illustration et bande dessinée.  Ce sont de sublimes objets !  Les trois premiers titres sont :


 Le portrait de Dorian Gray   d'Oscar Wilde   illustré par Benjamin Lacombe
















Gallimard
Papillon Noir
Parution : 30/10/2024
Pages : 256
Trad. de l'anglais par Jean Gattégno et Xavier Giudicelli
Illustrations de Benjamin Lacombe
ISBN : 9782073061799
Prix : 35 €

Présentation de l'éditeur

Premier ouvrage abordant sans tabous l’homosexualité, Le Portrait de Dorian Gray, censuré par deux fois et qui conduira Oscar Wilde en prison, est ici proposé dans sa version intégrale et non expurgée.
Cette édition exceptionnelle, magistralement illustrée par Benjamin Lacombe et enrichie d’extraits du poème De Profundis, offre un éclairage nouveau sur ce monument de la littérature.


Le deuxième titre

Les sorcières de Venise -  Sébastien Perez  illustré par Marco Mazzoni




















Gallimard
Papillon Noir
Parution : 30/10/24
Texte : Sébastien Perez
Illustrations : Marco Mazzoni
Pages : 120
ISBN : 9782073075574
Prix : 27 €

Présentation de l'éditeur

Roman d’anticipation et exploration graphique, Les Sorcières de Venise nous entraîne dans une Italie post-apocalyptique ravagée par une terrible pandémie. L’origine de ce mal nous conduira au Moyen Âge, sur une petite île vénitienne devenue le refuge d’une femme sorcière.
L’histoire, écrite par Sébastien Perez et superbement illustrée par Marco Mazzoni, oscille entre récit initiatique, contemplation onirique et véritable réflexion philosophique sur notre époque.

Le troisième titre :

Carmen  -   Prosper Mérimée  illustré par Benjamin Lacombe




















Gallimard
Papillon Noir
Parution : 20/11/24
Texte : Prosper Mérimée
Illustrations : Benjamin Lacombe
Pages : 176
Isbn : 9782073085269
Prix : 30 €

Présentation de l'éditeur

Proposée dans sa version intégrale, la nouvelle de Prosper Mérimée, dont a été tiré le célèbre opéra du même nom, nous entraîne en Espagne, à Séville. Dans cette nouvelle édition, Benjamin Lacombe déploie sa vision de Carmen à travers de sublimes illustrations mêlant ambiances sombres et gothiques aux couleurs chaudes de l’Andalousie.

Rentrée de janvier, une auteure que j'aime beaucoup nous revient :  Gaëlle Josse

De nos blessures  -   Gaëlle Josse




















Buchet Chastel
Parution : 6 janvier 2025
Pages : 176
Isbn : 9782283039717
Prix : 19.50 €


Présentation de l'éditeur



7 jours, 1000 kilomètres. Agnès, danseuse, tourne un jour le dos à sa vie. Elle part. Un périple lent, un itinéraire sans logique apparente. Dans quel but ?

Dans son sac, il y a un livre. Il est la raison de ce voyage qui la conduit à l'autre bout de l'Europe. Continuer à vivre exige parfois d'étranges détours.

Dans ce nouveau roman, on retrouve la sensibilité de Gaëlle Josse. Elle signe ici un texte bouleversant et lumineux sur la quête de soi. C'est aussi une déclaration d'amour aux livres, à la littérature, et à toutes les vies de papier qui nous rendent un peu plus vivants.

De nos blessures un royaume est le premier roman de Gaëlle Josse publié chez Buchet/Chastel.

Dans un registre très différent

Dernier cri - Hervé Commère




















Fleuve noir
Parution : 02/01/25
Pages : 480
Isbn : 9782265144095
Prix : 21.90 €

Présentation de l'éditeur

Une mort inexplicable, un ex-flic traqué, une cité ouvrière désolée…
Au cours de la nuit adultère qu'Etienne Rozier, ancien policier devenu lobbyiste, passe avec une journaliste, cette dernière est assassinée. S'il ne démasque pas lui-même le meurtrier, Rozier sait qu'il sera le coupable idéal.
Il n'a alors d'autre choix que de disparaître des radars et reprendre à son compte l'enquête qu'elle menait parmi les travailleurs pauvres, dans les coulisses de l'industrie textile. Cette immersion le conduit jusqu'à une ville qu'il pensait ne jamais revoir, liée à un passé qu'il avait préféré renier : Elbeuf.
Là-bas, tout est possible, à défaut d'être permis.

Un polar social sur le poids des origines et les fractures de notre monde.

Voici un petit livre hommage qui m'est précieux, j'ai eu la chance de rencontrer Alain Cadéo  à plusieurs reprises, c'était un orfèvre des mots, une rencontre marquante.  Merci Martine ♥

Il y a quelque chose encore, devant  je ne sais pas ce que c'est , mais nous devons y aller         Alain Cadéo























Les cahiers de l'égaré
Parution : 30/09/24
Pages : 82
Isbn : 9782355021503
Prix : 10 €

Présentation de l'éditeur

Je me demande bien ou s'éparpilleront mes billets du matin lorsque depuis longtemps je ne serai plus la`. Sans doute un rat câlin y aura fait son nid et un enfant ou deux en feront leur levain. Il y aura bien aussi quelques vieux centenaires mâchouillant leurs grumeaux qui, tout tremblants, bredouilleront trois phrases venues de leur mémoire en disant « ça, c’est y pas du Cadéo ? »

Une adaptation du roman de Sorj Chalandon  chez Futuropolis

Enfant de salaud  -  Sébastien Gnaedig et Isabelle Merlet




















Futuropolis
Parution : 08 janvier 2025
Scénario : Sébastien Gnaedig
Dessin : Sébastien Gnaedig
Couleurs : Isabelle Merlet
Pages : 176
Isbn : 9782754844833
Prix : 24 €


Présentation de l'éditeur

Le narrateur, Sorj Chalandon lui-même, est journaliste. En mai 1987, il est envoyé par son journal à Lyon pour suivre le procès du nazi Klaus Barbie, accusé de crimes contre l’humanité. Peu de temps avant que ne débute le procès, il se rend à Izieu : le 6 avril 1944, quarante-quatre enfants et sept adultes, tous Juifs, furent arrachés de leur maison par Klaus Barbie et ses chiens. Ils furent conduits dans le camp d’internement de Drancy, puis déportés à Auschwitz-Birkenau.
Le narrateur aurait voulu que son père soit avec lui à Izieu, pour l’aider à comprendre. À comprendre ce qui avait poussé son père, en novembre 1942, à rejoindre les Allemands plutôt que les combattre. À comprendre pourquoi il était devenu un traître... À comprendre pourquoi lui, son fils, était un « enfant de salaud »...

Parallèlement au procès Barbie, le narrateur cherche intensément la vérité sur son père. Il récupère le dossier pénal de celui-ci, et se met à l’éplucher. Dès lors, ce n’est pas un procès qui s’ouvre, mais deux. L’un intime, l’autre universel...

« Enfant de salaud n’est pas la suite de Profession du père, mais son prolongement. C’est en quelque sorte le dénouement de toute une vie : celle de l’enfant devenu journaliste pour comprendre, pour chercher la vérité. Pour qu’on arrête de me mentir. » Sorj Chalandon

Le sens de la narration graphique de Sébastien Gnaedig s’allie aux couleurs magnifiques d’Isabelle Merlet. Un récit poignant qui croise la grande et la petite histoire.


Et pour terminer en voici un qui me tentait beaucoup, merci Le Lombard et Babelio

Impénétrable  -   Alix Garin




















Le Lombard
Parution : 06/09/24
Pages : 304
Isbn : 9782808210805
Prix : 29.90 €

Présentation de l'éditeur

Dans un récit profondément intime et émouvant, Alix Garin nous raconte son voyage libérateur à travers les méandres des troubles de la sexualité. Comment le combat pour reprendre possession de son corps, de son désir et sauver son couple se transforme en une quête émouvante de guérison, d'émancipation et d'amour.

À travers des hauts et des bas, des échecs et des victoires, elle explore les profondeurs de sa psyché, les liens entre le physique et le mental et la complexité de la sexualité. Avec courage et honnêteté, Alix livre un témoignage sincère, beau et bouleversant sur les difficultés liées à la sexualité, encore trop méconnues et souvent taboues.


Belles lectures !