lundi 13 mai 2019

La petite fille qui en savait trop - Peter May ♥♥♥♥♥

La petite fille qui en savait trop   -   Peter May   ♥♥♥♥♥



Rouergue Noir
Traduit de l'anglais par Ariane Bataille
Parution le 1er mai 2019
Pages : 320
Isbn : 9782812617805
Prix : 22 €

Présentation de l'éditeur

Bruxelles, 1979. Alors que Neil Bannerman, un journaliste d’investigation envoyé par le Edinburgh Post, découvre les us et protocoles de la jeune Communauté européenne, un homme d’un tout autre calibre arrive lui aussi du Royaume-Uni. Ancien combattant des forces armées britanniques, Kale est devenu un tueur professionnel redoutable et s’il a rejoint le continent c’est pour une exécution. Un crime qui serait parfait si une étrange petite fille, incapable de parler ni d’écrire, mais extraordinairement douée en dessin, n’en était le témoin. Tania saura-t-elle donner un visage à l’assassin de son père ? En aura-t-elle le temps ?
Peter May lance un infernal compte à rebours dans la capitale belge, cœur de la vie politique européenne, épicentre de tous les jeux de pouvoir. Bannerman, l’Écossais impliqué à son corps défendant dans le meurtre d’un compatriote, pourra-t-il prendre de vitesse un assassin qu’aucune pitié n’a jamais arrêté ? Et, tandis que les autorités belges et britanniques s’acharnent à étouffer une affaire aux ramifications politiques, parviendra-t-il à démêler les motivations du meurtre d’un homme que beaucoup considéraient comme le futur Premier ministre du Royaume-Uni ?

L'auteur

Peter May: 'I'll Keep You Safe' Gets to No.1 - Midas PR ...

J'ai la chance de le rencontrer mardi, je vous en parle très vite.

Mon avis


Cette fois Peter May ne nous emmène pas en Ecosse, c'est un écossais qui vient à Bruxelles en la personne de Bannerman, il est journaliste à l'Edinburgh Post.

Nous sommes en 1979, en pleine campagne britannique. Des élections auront bientôt lieu pour désigner le futur Premier Ministre du Royaume Uni. Bannerman arrive à Bruxelles pour quelques semaines et découvre les us et protocoles du Marché Commun (à l'époque, le prédécesseur de la Communauté Européenne) Il est à la recherche d'idées d'articles. C'est son collègue Timothy Slater qui l'hébergera durant son séjour bruxellois.

En même temps que lui arrive Kale, un ancien combattant des forces armées britanniques, il a un contrat pour exécuter Gryffe ( l'actuel Ministre des Affaires étrangères britannique en poste à Bruxelles, il est pressenti comme prochain Premier Ministre) et Slater.

L'assassinat a lieu chez Gryffe. Il n'y a aucun doute sur le meurtre, l'arme se trouve dans la main droite de Slater qui est gaucher, c'est bien l'arme de Gryffe mais il n'a jamais pris d'entraînement de tir, une mallette contenant 250.000 GBP est retrouvée. Malgré tout l'affaire qui dans un premier temps fait beaucoup de bruit est étouffée , classée sans suite. Étrange !

Bon, on pourrait croire au crime parfait mais pas vraiment, Tania la fille de Slater a tout vu, elle était dans le hall d'entrée attendant son père. Tania est autiste, elle ne parle pas, difficile de communiquer avec elle mais elle est extrêmement douée en dessin et a reproduit la scène, interrompue, elle n'a pas terminé le visage de l'assassin, on le surnommera "l'assassin sans visage".

Pour Bannerman, le crime est évident, il va mener l'enquête pour en comprendre les raisons et pour en connaître le commanditaire. Il doit bien cela à Tania qu'il veut protéger et pour qui il porte une affection particulière.

C'est palpitant. Une fois de plus, Peter May nous capte d'entrée de jeu et nous invite à résoudre l'enquête avec ses personnages. Ce qui est frappant, c'est qu'il s'agit ici d'une oeuvre de jeunesse, il avait 25 ans à peine lors de l'écriture. Une écriture déjà caractéristique, fluide, très visuelle. Les descriptions sont précises, minutieuses. Le roman est super bien construit, les pistes et les motivations des personnages restent mystérieuses jusqu'à la fin. On reste en haleine et veut comprendre qui tire  les ficelles et pourquoi.

J'ai aimé replonger fin des années 70, dans la salle de presse ; un télex, des machines à écrire, des journaux et téléphones fixes, rien à voir avec aujourd'hui et les nouvelles technologies et le tout fonctionne parfaitement bien.

C'est fou comme la psychologie des personnages est bien fouillée. Peter May déjà dépeint parfaitement la nature humaine, les profondeurs de l'âme. Ses protagonistes sont particulièrement bien aboutis.

Un roman qui nous parle de la vision de l'Europe, de l'euro scepticisme anglo-saxon, des ghettos eurocrates au coeur de la capitale ne s'intégrant pas à la population. Une certaine vision de mon pays - pas accueillants les belges, non ça je ne peux le croire ☺- nos deux langues utilisées sans nous accorder entre le Nord et le Sud, alors vous pensez bien l'Europe !! Nous sommes en Belgique au pays du surréalisme.

Et puis, un peu d'amour dans ce monde de brutes, la difficulté d'aimer, la peur de s'engager pour Sally et Bannerman, se reconstruire sur des blessures ce n'est pas simple. N'oublions pas le beau personnage de Tania, enfant autiste, un sujet dont on parlait très peu à l'époque.

Un grand Peter May, lu avec énormément de plaisir. Si vous voulez en savoir plus sur ce palpitant roman noir paru chez Rouergue que je remercie, rendez-vous chez votre libraire préféré.

C'est un coup de ♥♥♥♥♥



Les jolies phrases

 Ce sont des gens si bizarres.  Ils ne peuvent même pas se décider à parler le français ou le flamand.

Vous savez, il n'y a pas moyen d'échapper aux choses qu'on regrette.  Elles restent là, elles vous façonnent, même sans qu'on le sache.  Et puis quelque chose ou quelqu'un fait tout remonter à la surface, et tout paraît encore pire après ces années d'enfouissement.

La situation avait un côté irréel.  Comme un rêve.  Ou, plus exactement, un cauchemar.  Une suite d'événements qu'il avait traversés sans avoir l'impression d'y participer.

Les gens ne sont pas toujours ce qu'ils paraissent être.


Ce qu'un homme fait avec ses mains est souvent le reflet de ce qui se passe dans sa tête.

Les pensées dérivaient dans son esprit comme des écharpes de brume.  Dès qu'elle voulait s'en saisir, elles disparaissaient, et elle abandonnait.

Ce sont trop souvent ceux qui ont le plus besoin d'amour qui sont les plus difficiles à aimer.

En vérité, Janssen, l'on ne peut exister sans l'autre.  Dans nuit, il n'y a pas de jour.  Sans haine, il n'y a pas d'amour.  Sans compassion, il n'y a pas d'égoïsme.

Parfois librement, parfois sous la contrainte. Un bon journaliste n'est pas seulement doué avec les mots, il sait obtenir des informations, il sait chercher.  Sait où fureter, à qui demander.

Ce n'est pas non plus très juste, hein ? On peut s'avancer dans la vie en s'attendant qu'elle soit juste.  Dieu, s'il existe, devait avoir la tête ailleurs le jour où il nous a mis sur cette planète, ou alors il joue à des échecs célestes dont nous sommes les pions qu'on peut facilement sacrifier sur le grand échiquier de l'univers, qu'on trouve ça juste ou pas.  On peut parler de bien et de mal, même si c'est différent pour chacun de nous... Mais rien n'est juste.

Le pire, c'était de ne pas savoir ce qui était le mieux pour elle.  Quand il s'agit de soi, on s'en fiche.  On se maltraite.  On fait tout de travers.  On boit, on ignore les ordres du médecin.  Mais quand il s'agit de quelqu'un d'autre, on se sent investi d'une responsabilité.

La perfection ne s'atteint qu'une fois.  Jamais la deuxième fois.  Ni la troisième.  On passe le restant de sa vie à essayer de rattraper une illusion perdue.

Même ceux que nous aimons, ou pensons aimer, ne sont pas aussi importants à nos yeux que nous-mêmes.  Voilà la véritable condition humaine.  C'est ce que nous ressentons tous, mais nous avons honte d'admettre.  Pourquoi, je n'en sais rien.  Car l'égoïsme est l'essence de l'existence. (...)
Pouvez-vous me dire, par exemple, ce qui détermine notre vote dans une élection ?  Nous votons évidemment pour le parti que nous jugeons le plus apte à nous procurer des avantages.  Pourquoi pleurons-nous quand un être aimé disparaît ?  Parce que nous avons subi une perte.  Toutes les motivations sont égoïstes, même les motivations religieuses lorsqu'on promet la vie éternelle au ciel en récompense d'une vie pieuse sur la terre.


Du même auteur j'ai lu

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dimanche 12 mai 2019

Rencontre avec Olivier Norek

Rencontre avec Olivier Norek 

Furet du Nord de Louvain-La-Neuve le 9 mai 2019






Un rendez-vous bien sympathique à la librairie Furet du Nord ce jeudi 9 mai. Lionelle Francart questionnait pour nous le plus charmant des flics écrivains ; Olivier Norek pour nous parler de son tout dernier thriller policier féminin Surface.

Avant de parler du livre, allons à la rencontre  de l'homme, très accessible, charmeur et charmant qui nous parle à coeur ouvert.  Il est toujours policier mis en disponibilité depuis six ans, ce qui lui a permis de se tester à l'écriture.  Un homme qui a l'humain au centre de sa vie et de sa littérature.

Rien au départ ne le destinait à l'écriture, ayant terminé son bac français avec 5/20 nous confie-t-il  .  Il s'est engagé dans sa jeunesse dans une mission humanitaire  pendant la guerre du Kosovo.  Il voulait être utile, aider l'autre, c'est donc naturellement à son retour qu'il s'est engagé dans la police pour servir son prochain.  

Comment lui est venue l'envie d'écrire ?

Il nous confie deux anecdotes.  Lorsqu'il était en mission humanitaire, il écrivait de longues lettres à ses parents en lui décrivant ses journées, ses missions.  Sa mère était contente d'avoir des nouvelles mais lui a demandé à qui il avait demandé d'écrire ses courriers ?  Il a alors pris conscience que lorsqu'il parlait de ce qu'il vivait avec passion, ce qu'il connaissait bien , l'écriture venait à lui tout simplement.  

Un jour en pleine enquête, il reçoit un mail sur son téléphone qui lui propose de s'inscrire à un concours de nouvelles, il efface le message.  Rentrant au bureau, à nouveau ce message qu'il éclipse.  Le soir en rentrant chez lui, ce même message apparaît à nouveau.  Un signe ?  Il se dit trois fois dans la même journée et tente sa chance.  Il finira troisième au concours.   Il se rend à la remise de prix et un membre du jury lui confiera qu'il pensait avoir à faire à une jeune fille étant donné la sensibilité de son écriture.  Il lui dira que s'il garde cela et parle de choses qu'il vit et connaît cela pourrait faire quelque chose de bien.

Norek continue alors ses longues journées de travail , capitaine de police le jour, les fins de soirée et nuit se lance dans l'écriture de son premier roman "Code 93"  qui sera publié en 2013.

Code 93 raconte son quotidien, des enquêtes vécues par lui ou des proches de confiance.  Il parle de ce qu'il connaît , l'écrivain est né.  Son personnage le capitaine Coste le suivra dans ses trois premiers romans "Code 93", "Territoires" et "Surtension".



Entre deux Mondes

Il envisage ensuite l'écriture d'un polar qui se situerait dans la jungle de Calais.  Il prend son sac à dos et s'y installe durant trois semaines.  Et là, submergé une fois encore par l'humain, hypersensible aux histoires qui lui sont livrées, il sent que son livre va prendre une autre direction.  Il sortira le livre par lequel j'ai découvert sa plume "Entre deux mondes", un récit magnifique, dur qui nous parle des migrants, une occasion une fois encore d'apporter de l'humain, et je l'espère de permettre à certains d'ouvrir les yeux et de comprendre la situation de ceux qui ont tout perdu, et sont ici, malmenés souvent au prix de très grands sacrifices.   (ma chronique se trouve ici) .

Cela fait deux ans que Norek défend son roman dans les lycées, une façon toute naturelle pour lui de "payer sa dette" dit-il pour ces récits de vies partagés avec nous.  Il est d'ailleurs question de la réalisation du film, à suivre... 


Et si on parlait enfin de "Surface"

Pour la première fois ce sera une héroïne. Noémie Chastain est flic,  en mission et reçoit un tir de fusil de chasse à bout portant au visage.  Un homme défiguré ça fait baroudeur, c'est plus proche de la normalité, on ne s'en inquiète pas mais une femme défigurée, c'est tout autre chose, c'est compliqué.

D'autant plus que Noémie adore son job et pour se reconstruire, sa hiérarchie l'envoie dans un petit village perdu, dans le plus petit commissariat de France.  Là où gendarmerie et police cohabitent, et ce que Noémie ignore c'est qu'en réalité on ne veut plus la voir, on la met "au placard", elle est même pressentie pour organiser la fermeture de ce secrétariat.

Oui mais Chastain elle adore son job,  c'est vraiment compliqué pour elle de quitter la ville pour atterrir au milieu de nulle part, de perdre ses collègues, ses habitudes, son job, son visage ... elle doit faire face, plutôt surface, reprendre le cours de sa vie, surmonter tout et se reconstruire.

Un corps remonte à la surface du lac du village englouti, c'est l'occasion pour Noémie de ressortir un cold case vieux de 25 ans, une triple disparition non élucidée.  Elle va mener l'enquête mais les méthodes sont si différentes ici  par rapport à la ville, il faut d'abord rencontrer l'autre car ce sont les contacts humains qui l'aideront à comprendre, les technologies et la science utilisées en ville viendront ensuite.

Vraiment j'ai hâte de le lire car Norek aime particulièrement développer la psychologie de ses personnages.  Son héroïne avec sa gueule cassée visible c'est une métaphore, on peut tous s'y retrouver, nous avons tous des complexes, des secrets, des blessures, des blocages invisibles parfois face au regard des autres.

Lorsqu'il écrit, Norek nous expliquait qu'il aime tout d'abord trouver le bon personnage , le véhicule emphatique car sans lui l'histoire ne pourrait exister.  Ensuite il intègre des faits sociaux qu'il veut mettre en avant puis l'histoire arrive ensuite et se construit.

Ici un polar rural inspiré du village où il se ressourçait enfant, déménageant souvent avec ses parents, c'est dans le village de sa grand-mère qu'il se ressourçait, vivait ses premières expériences.  Un village où il trouve l'inspiration lorsque celle-ci le bloque dans la création d'un de ses romans.   Il a voulu mettre à l'honneur les métiers passion, ceux qui quoi qu'il arrive continueront à exercer leur métier pour autrui, médecin, instituteur, flic, infirmier...

Bon je m'arrête ici, si un jour vous avez l'occasion d'assister à une rencontre, n'hésitez pas, un personnage qui a beaucoup de choses à dire, très intéressant et vraiment très accessible.

Merci au Furet du Nord pour cette belle rencontre.



Du même auteur j'ai lu et adoré

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Entre deux mondes

jeudi 9 mai 2019

Depuis, mon coeur a un battement de retard ♥♥♥♥♥- Valérie Cohen

Depuis, mon coeur a un battement de retard  ♥♥♥♥♥

Valérie Cohen

Depuis, mon cœur a un battement de retard

Flammarion
Parution : 10 avril 2019
Pages : 352
ISBN : 9782081480735
Prix : 18.90 €

Présentation de l'éditeur

Joli brin de femme épanouie à la carrière radieuse, la vie d’Emma semble toute tracée. Développer son entreprise de prêt-à-porter, cultiver ses amitiés, aimer paisiblement son mari et son fils.
Mais une fois par an, Emma revient à ce jour, il y a vingt ans, lorsque son amour de jeunesse l’a quittée. Quand elle apprend que cet homme est actif sur un site de rencontre pour personnes mariées, la tentation est grande de revisiter ses souvenirs.
Quelle trace laisse un premier amour ? Est-il possible d’apprivoiser le passé quand il s’immisce dans le présent ? Peut-on tourner la page sans renoncer à hier?



Valérie Cohen

Cohen Valérie



Valérie Cohen est née et vit à Bruxelles. Juriste, elle se consacre désormais à l'écriture et tente d'apporter, avec humour et tendresse, de la lumière sur nos ombres. En nous rappelant que le destin est une construction en perpétuel mouvement.

Mon avis

C'est toujours un bonheur de retrouver l'écriture de Valérie Cohen, une belle conteuse d'histoires à chaque fois.  C'est son cinquième roman que je vous invite à découvrir.  Au programme douceur, bienveillance, que du bonheur cette lecture, vous allez vous régaler ! ♥

Emma a tout pour être heureuse ; Yvan son mari bienveillant, soutien sans faille dans son travail, Arthur son fils, un adolescent sans problème, Alexandra son amie d'enfance très présente.  Emma s'épanouit dans son travail, elle aime se donner à fond mais chaque année le 12 mars, elle est nostalgique et repense à ce jour 20 ans plus tôt où Jean-Philippe son amour de jeunesse l'a quittée !

C'est plus fort qu'elle, elle ne peut s'empêcher d'y penser.   Depuis ce jour, son coeur a un battement de retard !  Chaque année c'est le même rituel, elle pousse aux aurores la porte de la papeterie Lismonde, choisit une carte postale qu'elle déposera le soir venu chez Agnès Marchand, son ancien prof d'anglais, responsable du fan club de Cloclo (tout un programme) mais aussi accessoirement la maman de son premier amour, la carte à l'attention de celui-ci.

Le lendemain, en général la vie reprend son cours, fermant cette parenthèse jusqu'à l'an prochain, sauf que cette année , un "divorce party" , celui de Karen la soeur de son ex amour, ravivera ses souvenirs et la replongera dans la nostalgie et son passé.  L'envie de retrouver à tout prix son amour de jeunesse pour obtenir des réponses à ses questions une fois pour toute ne la lâchera plus, elle deviendra obsessionnelle.

Valérie Cohen aborde différentes questions.  Quelle trace laisse un premier amour ?  Peut-on apprivoiser le passé quand il s'immisce au présent ? Comment tourner la page sans renoncer à hier ?  Comment expliquer un désir que l'on ne comprend pas ?  Pourquoi vouloir renouer avec son passé si on a tout pour être heureux ?  Quel est donc ce manque ressenti ?  Cette envie, ce besoin d'avoir la certitude que l'on a fait les bons choix et que l'on ne s'est pas trompé ?

C'est une belle brochette de personnages que Valérie Cohen nous invite à découvrir, des personnages à la psychologie bien travaillée, sensibles, drôles, attachants, émouvants, des femmes surtout.  Elle nous parle si bien de l'âme humaine.

Des situations improbables, cocasses parfois, toujours avec humour, une plume que je vous invite vraiment à découvrir.  Cela semble léger mais ne l'est pas tant.

Mention spéciale au personnage de Blandine.  Je n'ai pas envie de vous en dire plus, un livre qui se déguste comme une friandise.  Cela pétille, c'est coloré.

Ah oui, on y parle de l'univers professionnel d'Emma, sa mission développer une entreprise de prêt à porter pour les femmes de moins d'un mètre soixante.  Il faut vous dire qu'Emma mesure un mètre cinquante et demi, une sacré nana qui a du caractère et du tempérament.  La recherche de l'amour et de son Jean-Philippe passera par les sites de rencontres...

Je vous en ai assez dit et j'espère vous avoir mis l'eau à la bouche et vous avoir donné l'envie de découvrir ce très beau roman.

Gros coup de coeur. ♥♥♥♥♥

Les jolies phrases

Afficher son décolleté à un certain âge, c'est pire qu'un maraîcher qui mettrait en rayon des fruits avariés.

Pourtant, elle en est consciente, c'est dangereux, un passé.  On peut l'envoyer balader, le disséquer, lui claquer la porte au nez, le diluer dans l'alcool ou simplement le tenir à distance.  Tentatives hasardeuses.  Il chancelle, mais ne s'évanouit jamais.  Au pire, il vampirise nos nuits.  Au mieux, il éclaire nos jours.  Une fois inscrits dans la mémoire, les souvenirs se contorsionnent, traversent notre conscience et s'immiscent, sans y être invités, dans nos rêves, nos silences et nos conversations.  Toujours en coulisses, ils patientent, meurent et renaissent à notre insu.

La mort est tellement plus rassurante que la vie.

Un passé, même vidé de sa substance, demeure toujours un passé.

Votre sentiment d'abandon était énorme, vous me suivez ?  Gros comme un nuage.  Disons que ce nuage, c'est votre passé.  Et maintenant, imaginez-vous prisonnière de ce nuage.  C'est ça, la nostalgite. Mais ne vous inquiétez pas, elle se soigne très bien.

S'inventer des vies, c'est mettre des couleurs à la sienne.

Comment lui expliquer un désir qu'elle même ne comprend pas ?  Comment faire cohabiter en elle tant d'émotions contradictoires.

Aimer, ce n'était pas se sentir en sécurité, choyée, désirée.  Ce n'était pas vivre aux côtés d'un être qui pansait vos blessures mais, au contraire, c'était rencontrer quelqu'un qui vous faisait plonger dedans les pieds joints.  Aimer, c'était le plus grand.  Aimer, c'était plus douloureux.

Un enchevêtrement d'innombrables souvenirs épars.  Certains restent gravés en nous à notre insu et nous embarquent dans d'étranges voyages intérieurs.  D'autres infusent longtemps, et puis se font la malle, disparaissent à jamais.  Dans les deux cas, il reste l'absence.  On en fait quoi , de l'absence ?

Nous ne sommes vraiment pas tous égaux pour accueillir la vie.

Fantasmer, transgresser, désirer ces inconnus lui apportait une immense liberté intérieure.  Poser des actes, et, peut-être, se fracasser à ses rêves la plongeait dans une guerre intestine dont elle n'était pas certaine de sortir victorieuse.

Mieux valait avoir des ailes au coeur que des papillons dans le ventre.

Ressasser est inutile, profondément pathétique.  S'il fallait tomber chaque fois que la vie nous mène sur un nid-de-poule, les hôpitaux seraient remplis de jambes cassées !

Tout ce que la vie nous invite à traverser, ma jolie, vous ne le changerez pas.  Ni vous, ni personne.  Ni vos larmes, ni vos regrets, ni vos souffrances.  Rien ne change le cours de votre histoire.  La seule chose que vous pouvez modifier, c'est le regard que vous portez sur elle.

Sa mère lui répétait souvent que la vie était une succession de noeuds, que le grand jeu des humains était de les défaire, un à un.  Pour ensuite s'en confectionner d'autres, avec la même ardeur mise pour les désentortiller.

Certaines rencontres portent en elles la magie d'une évidence.

Du même auteur j'ai lu

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Résultat de recherche d'images pour "le hasard a un gout de cake au chocolat"

A noter que Monsieur à la migraine va être édité chez J'ai lu le 08 mai 2019

Monsieur a la migraine



lundi 6 mai 2019

Une femme en contre-jour / Gaëlle Josse ♥♥♥♥♥

Une femme en contre-jour        Gaëlle Josse



























Editions Noir sur blanc
Notabilia
Parution : 07/03/2019
Pages : 160
ISBN 978-2-88250-568-2
Prix : 14 €


Présentation de l'éditeur


« Raconter Vivian Maier, c’est raconter la vie d’une invisible, d’une effacée. Une nurse, une bonne d’enfants.

Une photographe de génie qui n’a pas vu la plupart de ses propres photos.

Une Américaine d’origine française, arpenteuse inlassable des rues de New York et de Chicago, nostalgique de ses années d’enfance heureuse dans la verte vallée des Hautes-Alpes où elle a rêvé de s’ancrer et de trouver une famille.

Son œuvre, pleine d’humanité et d’attention envers les démunis, les perdants du rêve américain, a été retrouvée par hasard – une histoire digne des meilleurs romans – dans des cartons oubliés au fond d’un garde-meubles de la banlieue de Chicago.

Vivian Maier venait alors de décéder, à quatre-vingt-trois ans, dans le plus grand anonymat. Elle n’aura pas connu la célébrité, ni l’engouement planétaire qui accompagne aujourd’hui son travail d’artiste.

Une vie de solitude, de pauvreté, de lourds secrets familiaux et d’épreuves ; une personnalité complexe et parfois déroutante, un destin qui s’écrit entre la France et l’Amérique.

L’histoire d’une femme libre, d’une perdante magnifique, qui a choisi de vivre les yeux grands ouverts.

Je vais vous dire cette vie-là, et aussi tout ce qui me relie à elle, dans une troublante correspondance ressentie avec mon travail d’écrivain. »

G.J.
 

Dix ans après la mort de Vivian Maier, Gaëlle Josse nous livre le roman d’une vie, un portrait d’une rare empathie, d’une rare acuité sur ce destin troublant, hors norme, dont la gloire est désormais aussi éclatante que sa vie fut obscure.



Gaëlle Josse

Gaëlle Josse



Venue à l’écriture par la poésie, Gaëlle Josse publie son premier roman Les Heures silencieuses en 2011 aux éditions Autrement, suivi de Nos vies désaccordées en 2012 et Noces de neige en 2013. Également parus en édition de poche, ces trois titres ont remporté plusieurs prix, dont le Prix Alain-Fournier en 2013 pour Nos vies désaccordées. Ils sont étudiés dans de nombreux lycées et collèges, où Gaëlle Josse est régulièrement invitée à intervenir. Le roman Les Heures silencieuses a été traduit en plusieurs langues et Noces de neige fait l’objet d’un projet d’adaptation au cinéma.

Aux Éditions Notabilia/Noir sur Blanc, Gaëlle Josse a publié trois romans : Le Dernier Gardien d’Ellis Island (2014), L’Ombre de nos nuits (2016) et Une longue impatience (2018).

Gaëlle Josse est diplômée en droit, en journalisme et en psychologie clinique. Après quelques années passées en Nouvelle-Calédonie, elle travaille à Paris et vit en région parisienne.

Elle anime, par ailleurs, des rencontres autour de l’écoute d’œuvres musicales et des ateliers d’écriture auprès d’adolescents ou d’adultes.

Gaëlle Josse a reçu le prix 2015 de littérature de l’Union européenne pour Le Dernier Gardien d’Ellis Island (Notabilia/Noir sur Blanc).

Mon avis


Comme à chaque fois, lire un livre de Gaëlle Josse c'est se laisser emporter dans une écriture magnifique, elle a le don de sublimer son sujet, merci d'avoir mis en lumière le destin de Vivian Maier.

C'est une biographie-roman que l'auteure nous propose. Cela commence l'hiver 2008 à Chicago où une femme glisse et tombe sur une plaque de verglas. Elle vit dans le dénuement, dans la solitude. Elle décédera le 26/04/2009 à l'âge de 83 ans, sans famille. Mais qui était cette femme ? C'est ce qu'aimerait savoir John Maloof, un jeune agent immobilier qui a acquis d'elle en 2007 des cartons de photos et pellicules, le tout pour 400 dollars dans une vente aux enchères. Il espérait trouver des photos du quartier pour illustrer un livre mais ce sont des milliers de photos de visages qu'il a découverts.

Il sent qu'il détient quelque chose de rare et veut "révéler" "inventer" Vivian Maier, le nom inscrit au crayon sur une enveloppe.

Il va remuer ciel et terre, enquêter et retrouver et faire éclore l'oeuvre de l'artiste.

C'est sur cette énigme que Gaëlle Josse avec sa plume tout en pudeur, tout en délicatesse nous fait découvrir une femme bien particulière et remplie de mystère.

Vivian Maier , une femme franco-américaine avec une enfance et une filiation difficiles qui a choisi d'être nounou, qui sa vie durant n'a jamais quitté son appareil photo, c'était sa vie.

Une femme Libre, qui en pleine ségrégation raciale dans les années 50 photographiait des visages noirs, hispanos, des exclus, des marginaux, des abîmés, des fracassés de la vie. Elle ne pouvait s'empêcher de prendre des clichés, de collecter la vie autour d'elle, d'accumuler, développer et puis  d'entasser chez un garde-meubles jusqu'à voir disparaître le sens de sa vie, faute de moyens pour les conserver.

Une femme libre avec une personnalité ambivalente, qui voyage, traverse l'atlantique à plusieurs reprises vers ses racines françaises. Une famille complexe où planent le mensonge et le mystère. Une femme qui dès qu'elle possède un peu d'argent plaque son travail de nurse pour voyager à travers le monde, pour le capturer avec sa petite boîte noire.

Une femme qui semble avoir peur des hommes ? Un choix ? Un besoin d'indépendance ?

Une femme dont on a des auto-portraits, dont l'oeuvre sera mise au monde et reconnue bien après son décès. Pourquoi ne pas avoir voulu montrer son travail de son vivant ? Par peur ? Par amour propre ? Par paranoïa ? Pourquoi tant de mensonges dans son entourage ? Par refus de l'échec ? Vivian Maier était pourtant consciente de son talent, elle en était fière. Encore un mystère !

De nombreuses questions dont Gaëlle Josse essaie de décoder et de découvrir la véritable personnalité de Vivian Mayer. Un livre qui m'a tenu en haleine . Comme souvent Gaëlle Josse s'inspire du monde artistique. Il faut dire que l'écriture est un art en soi et que de nombreux parallèles existent entre l'écriture et la photo.

Une autre question est soulevée également, celle du rêve américain et ce qui m'a particulièrement marqué est le rapport existant entre la solitude , le déchirement, les angoisses et l'équilibre mental de Vivian Maier, et la création. L'ignorance des oeuvres, des similitudes avec Camille Claudel ou Séraphine de Senlis.

J'ai adoré ce récit d'une femme à l'esprit libre et solidaire. Je remercie Net Galley , Notabilia pour leur confiance.

Ma note : coup de ♥


Les jolies phrases


Par cet oeil posé sur la vie, sur toutes ces histoires qui se dévoilent en un cliché, histoires urbaines, dans le mouvement, dans la matière compacte de la ville. Le terrible, le tendre, le drôle, l'insolite. Le vrai. Le presque rien qui révèle un destin.

Elle ne se séparait jamais de son appareil, elle photographiait comme elle respirait, comme si sa vie en dépendait. Une sorte de troisième oeil, ou de bouclier. Ou les deux à la fois.

Entrer dans une vie, c'est brasser des ténèbres, déranger des ombres, convoquer des fantômes. C'est interroger le vide et tendre l'oreille vers des échos perdus.

Le secret demeurera, car il touche au secret de l'être, à la façon unique pour chacun, de conduire ses jours, à ses contradictions, à ses blessures. Et le mystère forge une légende, car il nous faut donner un sens à ce qui nous échappe.

Le mystère demeurera, car il touche au secret de l'être, à la façon unique pour chacun, de conduire ses jours, à ses contradictions, ses blessures. Et le mystère forge une légende,car il nous faut donner un sens à ce qui nous échappe.

Elle n'est pas une nourrice qui prend des photos pour se distraire, mais une artiste qui se contente d'un travail alimentaire.

Photographier, c'est incorporer le sujet, symboliquement. Pour cette raison-là, et pour nulle autre, il n'y a pas de voyeurisme dans son travail, en dépit des scènes de disgrâce, de désespoir, d'abandon.

Le travail de Vivian Maier me renvoie, de façon frontale, impérieuse, à ce que je poursuis en écrivant. Faire passer un peu de lumière dans l'opacité des êtres, dans leur mystère, leur fragilité, dans leurs errances, et dire ce qu'on entrevoit, ce qu'on devine, ce qui se dérobe. Assemblage unique, pour chacun, de chair et de rêves. Au détour d'une phrase, parfois, surgit notre nudité. Qui va nous faire face dans le miroir ? Quels anges déchus et quelles enfances oubliées ?


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samedi 4 mai 2019

Bilan de lecture d'avril

Bilan de lecture d'avril

Avril, c'est chaque année le mois belge, je vous en ai assez parlé je pense - le résumé est ici - , j'avais anticipé mes lectures pour cause de vacances.  Un joli voyage dans le Sud Est Américain , beaucoup de belles découvertes, des journées bien remplies mais aussi de grands trajets qui m'ont au final permis de lire plus que je ne l'espérais.  L'occasion de lire en numérique et de retrouver des petits trésors oubliés.

Voici mon récapitulatif en images, comme toujours en cliquant sur la photo, vous retrouverez mon billet lorsqu'il sera paru.  (mise à jour mensuelle)


Un poète, magicien des mots j'avais hâte de retrouver sa plume 


La seule bd du mois, vous aurez tout sur Eiffel



Merci à Anne-Marie Bougret de m'avoir envoyé son roman, j'ai passé un excellent moment en compagnie de Virginia Woolf



Un super thriller chez Taurnada que je remercie également




Une plume que j'adore, comme toujours un grand moment de lecture, à la rencontre de Vivian Mayer 





Un livre jeunesse  emprunté  au fiston ♥





Mois belge oblige, il était oublié sur ma liseuse, le premier de Karine Lambert  , prix saga café





Merci pour la patience , j'ai mis du temps à le sortir de ma PAL, super thriller




Une auteure belge que j'affectionne beaucoup, son roman m'attendait à mon retour de vacances ♥♥♥





Un peu de poésie avec un québecois rencontré chez Tulitu , souvenez-vous 'L'orangeraie"  c'était lui.






Nous voici en mai , mon programme de lecture , disons ma PAL urgente, pas certaine de respecter le tout,  à suivre...